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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 10:00

Cette semaine chez Sherry le casse-tête est le mot : corde.

rope

Le film de Hitchkock ayant pour titre « La corde » et sorti en 1948,  m’est aussitôt venu à l’esprit. Il s’agit de deux étudiants qui tuent l’un de leur camarade avec une corde, en imaginant commettre le crime parfait d’une part, et estimant  qu’ils en ont le droit car ce sont des êtres supérieurs, d’autre part. Ils cachent le corps dans une malle et invitent les proches du mort au cours d’un repas. Tout le film se déroule dans une seule pièce où trône cette malle.

Nous nous tenons tous sur une corde, dans le film tous les personnages s’enroulent autour d’elle, les deux criminels, l’un froid, l’autre devenu nerveux peu à peu, les proches du mort qui dînent gentiment tout près de son corps. Et le professeur qui  a  involontairement suggéré l’idée du crime aux étudiants, et réalise peu à peu l’impensable.

Dans la vie, la corde c’est le lien qui nous rend supportables en société, et fait de nous des équilibristes. Car nous sommes tous un peu anxieux, paranoïaques, histrioniques, narcissiques, obsessionnels, dépressifs, dépendants, évitants. Pour la plupart, il s’agit de tendances, de traits de caractères. Au lieu de marcher sur une seule corde nous les tressons entre elles à notre manière. Ce qui rend la corde qui nous définit, plus solide, plus stable. Et nous la tendons aux autres afin qu’ils s’en saisissent. La corde signe la fraternité. J’aime beaucoup cette idée. Et puis la corde, c’est aussi notre ADN, cette spirale aux informations multiples. Mais si j’aborde le côté scientifique….

ADN

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 08:00

Défi 95 pour ce jeudi en poésie, parti de chez Lénaïg : tout ce qui est petit est inouï.

 

20-janvier-2013-0332.JPG 

 

Petites goutte d’eau postées sur une branche

Comme des yeux tristes et ronds fixant un objectif

C’est ainsi qu’un fantôme espère une revanche

Et hante le paysage, au milieu des massifs

 

 

 

 

20-janvier-2013 0224

 

Si sa parure se fond aux couleurs du feuillage

C’est qu’il ne souhaite guère s’encombrer de bagage

Il aime onduler, ne porter sans ambages

Que sa robe luisante pour tout aéropage

 

 

 

 

Photo 166

 

Il ne reste de lui qu’une petite soucoupe

Car il semble voler, embraser l’atmosphère

 Cependant il s’apprête à regagner la mer

Et à y verser, fragile, telle une chaloupe

 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 10:00

 

Photo-010.jpg

 

Quand paraît un ciel clair au détour de l’hiver

Le printemps se rebelle, et s’affranchit, et cogne

La saison qui se meurt en un baiser amer

Et l’haleine du vent, à mes oreilles grogne

 

 

 

Photo 016

 

Un vent de liberté

Des vaguelettes bleutées

Et depuis le rivage

Une envie d’enfant sage

Etendre sa ramure

Et voler vers l’azur

S’élancer, pas trop haut

Se refléter dans l’eau

 

 

 

Photo 053 

 

N’avoir pour destinée que précéder, larguer

Les navires au long cours, vers leurs chemins d’errance

Et s’arrimer à quai, bel insecte englué

Une petite souffrance pour un cœur en partance

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:00

 

Suzâme nous invite à réfléchir sur le thème de la fête

 

20-janvier-2013-1498.JPG

Photo prise à la Maison de la Violette à Toulouse

 

Avoir le cœur en fête sans trop savoir pourquoi

On ne le nomme pas, c’est quelque chose en soi

Un sourire,  un baiser, un mot transi plaqué

Aux lèvres d’un amour, vaincu et désarmé

 

Soudaine apparition d’un soleil nu et rond

Délesté de nuages, un ciel bleu dans le fond

Un matin froid et sec, l’hiver à la campagne

Au détour d’un sentier, la bonne humeur me gagne

 

Bien au chaud sous la couette, au pied le chat blotti

Dehors c’est  la tempête, je rêve de Tahiti

J’en oublie la tourmente, des rêves plein la tête

J’entends le vent siffler, là dessous les palmiers

 

C’est la rue de l’école, ils s’en vont pépiant

Comme les hirondelles ils refont le printemps

Et glissent les écharpes, et volent les bonnets

C’est l’heure où l’on s’évade, où l’on fuit les dictées

 

Là-bas dans la vitrine, oui je la reconnais

Elle est douce et bien neuve, comment a-t-elle fait

Pour soigner sa fourrure et garder un œil vif ?

Peluche de l’enfance, émotion, coup de canif !

 

Toutes ces petites joies, ces bonheurs ordinaires

Emaillent nos vies parfois de rires élémentaires

Nettoyons nos mémoires comme de belles assiettes

Chacune de nos heures contient son lot de fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 10:00

 

20-janvier-2013-2577.JPG

 

Celui de mes sept ans se prénommait Jean Marc

Deux ans de plus que moi, nos fou-rires dans le parc

Il me galvanisait, c’était mon petit Dieu,

Et je le dévorais en ouvrant grand les yeux

 

Plus tard vers dix, onze ans, je lui ai préféré

Des personnages célèbres, et hors de ma portée

Voyageurs dans le temps ou sous les cocotiers

Le Sandy de Flipper, le Léo de Losey

 

A treize ans je m’étais entichée de Michel

Pauvre papillon qui s’était brûlé les ailes

En volant les sujets des épreuves du bac

Et qu’on avait surpris la main dedans le sac

 

A vingt ans je croyais à l’amour éternel

Et pour un beau marin, aurais décroché le ciel

Hélas, la belle image, ténébreux loup des mers

N’était, je dois l’avouer qu’une autre de ces chimères

 

Aujourd’hui mon héros est à côté de moi

Et je peux le toucher, mieux, entendre sa voix

Il a certes, des défauts,  je ne suis pas parfaite

Il arrive qu’entre nous, souffle parfois la tempête

 

 Mais il a du héros une belle qualité

En toutes circonstances, sur lui je peux compter

 

 

 

 

 

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : relax

 

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Facile à dire quand on a des projets plein la tête. Qu’on ne sait pas classer  ses idées selon l’urgence. On veut bien faire, et tout faire. Changer la litière du chat et sortir les poubelles, préparer son sac de piscine et téléphoner à une copine. Prendre rendez-vous chez le coiffeur, foncer un moule à tarte, poster un texte sur son blog. Feuilleter le dernier Elle d’un œil distrait tout en écoutant Voulzy. Ecouter les infos à la télé et lire les news sur Yahoo pour comparer. Aller bosser en sachant qu’il faut ramener un Humex rhume pour le fils, un savon Rogé Cavaillès pour la fille, l’ordonnance de la voisine. Passer chez  Carrefour mais comme il neige y aller à pied et laisser tomber la moitié des courses.  Se préparer un café mais oublier de recharger la SAECO, décider d’aller voir le dernier Tarantino mais se retrouver piégé par les amis qui déboulent à la dernière minute.

Se plonger dans un bouquin, s’enfermer dans la chambre quand le chat gratte à la porte. Programmer son week-end avec doudou,  attraper la grippe. Parenthèse, un de mes clients soigne la sienne en étalant de la confiture de piment sur une demi-baguette et en avalant un Fervex avec un verre de vodka, si ça tente quelqu’un ! Trouver une idée de repas pour dimanche midi quand déboulerons les pièces rapportées des djeuns. Constater qu’on a maigri, je dis bien maigri de quatre kilos en deux mois et s’inquiéter qu’un régime marche aussi bien… 

Enfn bref, relax moi ! Pas vraiment, même si je l’avoue, j’ai forcé sur les anecdotes, cela dit j’ai vraiment maigri.

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 00:00

Pour illustrer à la fois la photo sujet de la quinzaine chez Miletune et le défi 94 parti de chez Hauteclaire nous invitant à proposer une suite pour un film qui nous a plu.

 

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Frits Thaulow

J’ai pensé à Bruegel l’Ancien.  Parce que l’étendue blanche et les toits recouverts de neige c’est son domaine. Les arbres  filiformes qui accrochent le ciel aussi. Et les maisons posées ça et là comme de jolis cubes dans un paysage de gands espaces. Le gris, le blanc, le marron sale des montagnes, et la vie au milieu. Chez l’un des villageois patinent, chez l’autre un skieur slalome. Chez Bruegel l’Ancien on pense aux cartes postales, aux vœux que l’on échange car la neige est une fête, on y danse plus qu’on y marche et rien ne la griffe, personne n’y pèse de tout son poids. Il y a foule cependant, et l’on papote, on discute avec véhémence, en agitant les bras en tous sens parfois.  Chez Thaulow la neige est foulée, tassée, chiffonnée, vivante et nue pourtant. Comme si la foule était là quand même, muette. Le décor est posé mais un peu inquiétant, tout le monde se terre. Le soir tombe peut-être, à en juger par la teinte jaune orangée  que prend le sol à l’arrière-plan et les toits fument, c’est l’heure du dîner. Ce silence…

 

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Bruegel l'Ancien

Le décor est planté. Je pense à « Into the Wild » un film de Sean Pen où un jeune homme abandonne sa vie confortable et son brillant avenir pour affronter la vie au grand air et les neiges de l’Alaska. Il y finira sa vie seul, isolé de tous, et dans une grande détresse. Alors j’aime imaginer que ses pas le portent vers un village comme l’un de ceux-là aux toits embués, où une odeur de lard et de soupe aux choux s'échappe par les fenêtres. Il s’aventurerait d’un pas hésitant, la neige en témoigne. Il avancerait avec peine, on entendrait quelques accords de piano, plaqués comme de la ouate. Et cela résonnerait dans sa tête, au rythme de la marche, indiquant la pesanteur, les pieds qui s’enfoncent et soulèvent de la poudreuse. Le seul cri, juste avant le générique de fin serait une voix, un écho, l’accueil de la montagne relayant le skieur venu à sa rencontre pour le relever juste avant qu’il ne s’effondre : « Ohé, vous avez besoin d’aide ? »

 

wild

Into the wild

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 10:00

 

 

L’exposition « L’impressionnisme et la mode » ferme ses portes au musée d’Orsay, aujourd’hui à Paris. Et j’ai attendu les derniers jours pour m’y rendre, un après-midi en semaine. Je m’étais dit, évitons la foule des débuts d’expo, l’attente aux caisses, les queues à méandres multiples, la chaleur des salles, les bousculades devant les vitrines, les remarques parfois incongrues des visiteurs, les « please where are the toilets ?»,  les « no flash, pas de photo ! » des gardiens débordés. Eh bien je n’ai absolument pas échappé à tout ça. Mais l’exposition est une réussite qui par magie, une fois le cordon de sécurité franchi, m’a fait bondir dans le temps. Elle laisse venir à soi cette seconde moitié du dix-neuvième siècle comme une ronde, une fête, un bal permanent.

 

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Tout d’abord parce qu’il s’agit d’une immersion dans le beau monde, celui des titrés et des artistes. Un monde où l’on porte des robes de lever, de matinée, d’après-midi et de soirée. Où l’on froisse la mousseline et le taffetas, où l’on  porte la soie et les cotons légers, où l’on exhibe polonaises (jupons à trois volants) et nœuds plats. Un monde où l’on se rend chez la modiste gantée de blanc, où l’on dévoile une cheville sagement troussée dans  une chaussure à talons courts. Un monde où tout dandy qui se respecte affecte une pose distanciée et dédaigneuse, vêtu d’un habit sobre de pingouin.

 

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Henri Fantin Latour par Edouard Manet

 

On découvre les grands magasins, les journaux de mode, les maisons de couture. On dessine et l’on peint la parisienne. Elle prend la pose, pas toujours de face, on doit remarquer la tournure de sa robe et son maintien, son allure, son élégance. Elle montre ses enfants dans leurs habits de fête, elle affiche déjà cette tenue de soirée qui deviendra notre « petite robe noire ».

 

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La parisienne par Edouard Manet

 

Elle offre ses bras ronds et dodus, et son décolleté audacieux aux regards éperdus de ces messieurs, dans sa loge au théâtre. Elle se promène oisive, à la campagne, en  relevant ses jupons par un système de tirette. Elle se dénude savamment, on aperçoit corsage, jupe, lacets et bas, abandonnés au sol.

 

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Rolla par Henri Gervex

 

Elle rejette le corset, choisit les nœuds, les plis à l’arrière, tout est codifié, manchon, voilette, ombrelle, hauteur des talons. Elle se laisse photographier par Disdéry, les photos s’échangent. La femme est un tout, sa grâce, son sourire, la finesse de ses attaches sont sublimées par le costume, par la lumière.

 

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Bord de mer par James Tissot

 

L’homme parfois arbore des tenues claires, ou décontractée sportives, mais c’est pour mieux asseoir son originalité, son rang, son appartenance.

La mode selon Baudelaire permet d’accéder à la morale et à l’esthétique du temps. Selon Manet, la dernière mode, pour une peinture, c’est tout à fait nécessaire, c’est le principal. Pour Degas, le chatoiement du taffetas, la matité du velours, la légèreté des fleurs en soie ou des plumes, priment. Mais pour tous les impressionnistes, les femmes sont des silhouettes qui ont acquis leur indépendance. Cette exposition était grisante comme une valse dansée au bras d’un excellent danseur, je suis ressortie un peu groggy.

 

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Une soirée par Jean Béraud

 

Et je laisserai le mot de la fin à une dame tout de près moi qui s’adressait à une amie en disant : « je pense qu’il faut rendre hommage à toutes les repasseuses qui défroissaient ces robes, je n’aurais pas aimé être à leur place ! » 

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Femmes au jardin, par Claude Monet

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 10:00

 

Cette semaine chez Sherry le casse-tête est:" un plus un = ?"

 

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Quand je l’ai surpris, il clignotait de branche en branche, comme pour faire une farce et m’inviter à le suivre.  Et puisque je le filmais distraitement,  il s’inquiéta : tu n’y mets pas assez de coeur! Cesse de te jouer de moi, de faire comme si je n’existais pas, que tu ne m’avais pas vu. Tu sais bien que  je t’épie, je ne te lâche pas, il faut que tu saches. Je veux que tu me voies briller, je souhaite que ma puissance et mon rayonnement t’aveuglent. Je suis le plus beau, je suis l’astre au firmament. Et même mon déclin, est un feu d’artifice. Rien ne peut me vaincre. Attends une heure, reste là une heure de plus.

 Un cliché de lui en fin d’après-midi plus une heure de patience de ma part, en paparazzo déterminé à obtenir un scoop, m’ont permis de fixer le soleil prenant son bain. Ce soir-là, un peu agité, il éclaboussait tout sur son passage.

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:00

Je publie un texte que vous trouverez peut-être long, mais j’avais envie de vous faire partager une petite page historique et culturelle du Maroc à l’époque de l’Indépendance, au travers des lettres que mon père, professeur au lycée Al Khawarizmi de Casa, envoyait à ma mère restée à Paris.

 

4 juillet 1957

Depuis mon retour, j’ai trouvé des changements dans notre quartier. La route qui passe devant chez nous est terminée. Beaucoup de nouvelles constructions, mais ce ne sont que les marocains qui construisent. Les européens continuent à partir mais il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte car je me suis aperçu qu’il y a encore pas mal de français. Certes de nombreux magasins et usines ont fermé. La vie a sensiblement augmenté mais le calme est rétabli. Les européens qui auparavant se montraient hargneux ne sont plus que grands sourires, j’en reste sidéré. Comme l’indépendance les a subitement changés ! Seuls les fonctionnaires, policiers, postiers, douaniers ont été mis à la disposition de l’ambassade. Pour l’enseignement le gouvernement nous a proposé des contrats de un à cinq ans. Rien n’est encore établi car il règne dans tous les services administratifs une pagaille monstre, c’est à qui s’en foutra le plus. Les français ne veulent plus prendre de responsabilités et les marocains ne sont pas encore à la hauteur. A vrai dire nous ne sommes pas plus avancés qu’il y a un an. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il ne faut pas compter faire carrière au Maroc, nous en avons pour quatre cinq ans maximum, pour les fonctionnaires s’entend. Ces fameux contrats ne garantissent pas grand-chose surtout du point de vue social. Je serai obligé de signer comme tout le monde mais pour un an renouvelable chaque année.

 

 Mardi 9 juillet.

C’est la grand fête au Maroc : la fête de l’Aïd El Kébir (Fête du mouton). Ce matin nous avons entendu de chez nous la prière rituelle dite en plein air par plus de vingt mille arabes. Ensuite il y a eu la cérémonie du sacrifice qui consiste à égorger un mouton devant le mur des immolations. Cette cérémonie a lieu en plein air à peu près à huit cent mètres de chez nous. Le grand prêtre exécute le mouton qui est aussitôt transportée en voiture à la demeure du Pacha (environ 1Km 500). Si la bête arrive vivante c’est un présage de bonne année et alors retentissent les 21 coups de canon qui annoncent aux fidèles la bonne nouvelle et marquent aussi le commencement des manifestations populaires.  Les  fameux 21 coups de canon retentissent chaque année ce qui n’entraîne pas que les années soient meilleures pour cela.

 

 11 juillet

16H15 … Tiens me voilà, vois-tu je n’ai pas été trop long. Il fait si bon être près de toi, alors continuons notre petit bavardage. Ici la température a un peu augmenté, 29° à Casa, mais c’est très supportable car il y a une brise fraîche. Par contre dans les villes de l’intérieur, il fait très chaud Fès 44°, Marrakech 40, Kouribga 41, Tadla 42…

 

2 août

J’ai lu sur le journal aujourd’hui que la sécurité sociale va être instituée pour les français du Maroc. Cela arrangera pas mal de salariés et qui sait, tu pourras te faire muter à Casa. Peut-être as-tu déjà entendu parler de cette nouvelle.

 

10 août 1957

Mardi c’était fête au Maroc pour l’Achoura : jour de l’an marocain. Pour nous c’était un jour ordinaire, les deux communautés vivent complètement séparées, d’autant qu’il s’agit de fête religieuse. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de notre «  Auguste Souverain », il a 48 ans, des festivités strictement familiales sont prévues dans sa résidence d’été qui se trouve à Walidia, petite localité estivale située à quelques kilomètres de Mazagan. Son fils, SAR Moulay, Hassan organise dans sa maison particulière qui se trouve pas loin de chez nous, une réception en l’honneur de son père. Depuis l’indépendance, les marocains ne ratent pas une occasion de fêter les anniversaires en grande pompe, mais les caisses de l’état sont vides. Chez nous les français, il y a une sacrée pagaille dans la sphère administrative. Je n’ai pas touché ma solde de juillet.

 

 

14 août 1957

Demain 15  Août, nous irons certainement à la messe, et l’après-midi au port voir les régates. Ici comme partout où il y a un port, on organise des fêtes à l’occasion de la fête de la mer, promenades en bateau, régates, bals, feux d’artifice. Le soir une procession parcourt les rues d’un quartier de la ville. Tous les arabes sont de sortie ce jour-là. Curieux ils se massent et regardent hébétés ce qui se passe. A présent ils ne se gênent plus, ils rentrent dans les églises par simple curiosité. L’indépendance leur donne de l’audace.

 

 

21 août 1957

Je ne vais à aucun spectacle. Il faut dire que ce n’est pas la saison. En ce moment tout le monde est à la plage ou en vacances en France, ou rentré définitivement.

J’ai reçu ce matin une lettre express de Rabat m’informant que j’avais à adhérer au protocole annexe de la convention culturelle franco marocaine. Je suis donc mis à la disposition du gouvernement marocain et lié par un contrat de deux ans renouvelables.

 

24 août

Je te joins deux cartes postales pour que tu aies une idée des rues et des maisons ici. C’est la place de France, le centre de la ville où sont rassemblés tous les autobus, c’est loin de valoir l’organisation parisienne ! Au premier plan il y a des marocains et des marocaines en costume du pays. Depuis qu’ils sont indépendants, ils circulent partout. Autrefois, ils restaient dans leurs quartiers en Médina.

 

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 29 août

 Le soleil ne cesse de briller dans le ciel bleu et la température se maintient aux environs de 25°. A présent Casa commence à s’animer, les gens sont rentrés de congé. La rentrée scolaire aussi approche à grands pas et déjà on  se demande ce qu’elle sera. De nombreux enseignants sont partis laissant un grand nombre de postes vacants. D’autre part l’effectif des élèves marocains augmente chaque année, il est très probable que nous ayons du boulot sur la planche.

 

11 septembre

Merci ma chérie de ta proposition de m’envoyer des journaux de France. C’est inutile nous avons tous les journaux du jour. Je peux lire en même temps que toi,  le Figaro, France soir, l’Aurore et le Monde. La poste aérienne est rapide : 4h 30 de Paris. Chaque semaine comme à Paris j’achète « arts et spectacles ». Je sais ainsi tout ce qui se passe dans la capitale. Mais dis donc Casa n’est pas un trou perdu, c’est un petit Paris au 1 /50000. PS : j’ai adoré le disque de Raymond Devos que tu m’as conseillé avec : La Mer et A Caen les vacances.

 

 

25 septembre

Un camarade de promotion m’a rendu visite. Il est à Casa pour faire ses adieux car il rentre définitivement en France dans un collège technique du sud-ouest. Les départs se poursuivent à un rythme soutenu. Cette rentrée s’annonce difficile car il y aura beaucoup de travail ; plus de 750 000 élèves scolarisés. Les classes sont  surchargées. Le journal local rassure les parents d’élèves en disant que tous les postes vacants ont été pourvus, qu’il n’y aura pas de crise de professeurs. Cela est très possible mais la qualité de l’enseignement en souffrira étant donné la médiocre qualité des derniers recrutements. Et en ce qui me concerne je ne veux pas me tuer au boulot.

 

1 octobre 1957

 Un petit mot avant de m’endormir pour te dire ce qu’a été cette première journée scolaire. J’avais hâte de retrouver mes collègues. Ce premier jour  nous avons affecté les élèves dans les différentes sections. L’école, une des plus importantes de Casa, ne compte pas moins de 1000 élèves. Elle était assaillie par une meute de gosses de tous âges variant de 5 à 18 ans. Inutile de te dire si nous avons eu du travail : distribution de fournitures scolaires, relevé des noms des élèves  des différentes sections, affectation aux différents ateliers, remaniements dans la liste des inscrits etc…

Pour le moment j’ai à m’occuper des « 3ème année électricien », c’est-à-dire les élèves préparant le CAP. J’en ai 15 et je crois que j’arriverai en m’en tirer sans trop d’encombres. Nous sommes deux à nous occuper de la section électricien. Un nouveau titulaire qui vient de terminer son stage et moi. Le travail partagé permet de commencer dans de bonnes conditions. Cette année  s’annonce sous de bons hospices.

 

Dimanche 6 octobre

Je crois qu’à Paris la saison théâtrale va bientôt commencer, tu pourras te divertir un peu, voir des pièces intéressantes. Ici aussi la saison est bien remplie, on joue des pièces qui ont été jouées à Paris telles que : Requiem pour une nonne, Thé et sympathie, Ne faites pas l’enfant. Il y aura également du Music- Hall : Roger Pierre et Jean Marc Thibault. J’espère pouvoir aller à certaines de ces représentations.

 

 23 octobre 1957

Tes impressions sur le dernier Clouzot « Les espions » correspondent aux critiques  que j’avais lues sur un « arts et spectacles ». En effet de la part d’un tel metteur en scène le spectacle est quelconque et déçoit. Dimanche nous avons vu « Porte des Lilas » avec Brassens, Dany Carrel, Bussières, Annette Poivre. Le film nous a plu. Les séquences sont excellentes, bien interprétées par des acteurs de renom. Brassens lui n’a qu’un rôle secondaire, il semble n’exister que par ses chansons. Par contre Brasseur selon son habitude est le grand chef de file, le point de mire d’où rayonne toute l’action. En somme, une production raisonnable qui m’a fait passer quelques heures agréables dans ce Paris enchanteur.

 

porte-des-lilas.jpg

En ce moment se prépare en grande pompe, le circuit automobile international qui aura lui à Casa avec la participation de grands cracks mondiaux tels que Fangio, Moss, Behra, Maurice Trintignant… Il y aura plus de 70 000 spectateurs, le prix des places varie de 300 à 5000 francs. Dimanche, ce sera journée populaire.

 

 Trintignant

 

4 novembre 1957

Les fêtes de la Toussaint se sont passées sans éclat. Tout d’abord parce que les traditions se perdent et maintenant nous sommes dans un pays étranger où les manifestations sont réduites du fait de certaines dates, ainsi le premier novembre est l’anniversaire de la rébellion algérienne.

 

30 novembre 1957

On ne s’est pas aperçu de la sainte Catherine, dans notre profession nous avons d’autres chats à fouetter. Peut-être que dans le privé…Nous sommes retirés de la ville et ignorons ce qui s’y passe. On sent venir Noël à grands pas. Les magasins sont pleins de monde, aux Galeries Lafayette, les vitrines remplies de jouets animés attirent et retiennent petits et grands, ce qui a  pour effet de créer de sacrés embouteillages.

 

5 décembre 1957

Depuis quelques jours nous participons à l’opération "yeux". Chaque année le service de santé organise une campagne contre la maladie des yeux, en particulier le trachome très fréquent chez les marocains. Nous badigeonnons deux fois par jour les yeux de nos élèves avec de la pommade à l’auréomycine. Ce n’est pas un travail très plaisant et il demande une propreté rigoureuse.

 

 

16 janvier 1958

Cette année scolaire n’est pas très agréable pour le personnel enseignant, on sent qu’il manque quelque chose, le cœur n’y est pas. Il est évident que lorsqu’on reste trois mois sans être payé ça donne à réfléchir. De nombreux instituteurs de France ont répondu comme un seul homme aux propositions du gouvernement marocain et n’ont jusqu’à présent pas touché un centime de leur traitement et de leurs frais de voyage. Ils en sont à mendier, le mot n’est pas trop fort, auprès de collègues pour au moins assurer leur existence et celle de leurs familles. Quant à payer les heures supplémentaires…Dans quelque temps la vie au Maroc deviendra intenable. On y reste tout de même car on a moins de dépenses qu’en France et on s’est habitué, le soleil est notre allié de toujours. Mais il est vexant de voir qu’on nous a promis plus de beurre que de pain.

 

 

 

J’arrête là, il me semble avoir restitué une ambiance, une époque, des souvenirs. J’espère ne pas vous avoir trop ennuyés.

 

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