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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 10:00

 

ATTENTION CECI EST UNE PURE FICTION ! C’est un extrait d’un court roman que j’ai écrit il y a quelques années.

 

La  villa avait été le cloître de mon enfance érémitique. Je me remémorais la maison délabrée aux allées en béton, le carré de gazon où l’on installait ma piscine en plastique. L’eau claire des premiers jours faisait place à une pellicule d’insectes morts, de feuilles et de fleurs en décomposition sans que personne ne songe à la changer, malgré les rougeurs et les boutons qui me couvraient le corps. Il y avait la course d’un lézard au soleil le long d’un mur au crépi fendillé, la table de ping -pong sans  les balles que l’on m’avait confisquées  car  je les perdais toutes, les raquettes inutiles. Il y avait un vélo au sous-sol mais je n’avais pas le droit de sortir et personne ne voulait m’accompagner en promenade. Il y avait aussi les rosiers sauvages aux fleurs outrageusement ouvertes, au parfum sucré, écœurant qui me faisaient  pourtant saliver car elles m’évoquaient des gâteaux orientaux. Je me souvenais d’un pied de romarin qui fleurait bon la garrigue, d’un nain de jardin qui ronchonnait avec bonhomie et auquel je lisais des bandes dessinées.

 

 

 

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C’était le seul endroit où je pouvais me blinder. J’y éprouvais une paix, une sensation extraordinaire de temps hors du temps,  de bonheur suspendu. J’avais l’impression d’évoluer en dehors de moi, de délayer ce qui me fait souffrir, et de me créer un quotidien supportable. J’y oubliais que non seulement mes parents avaient leur monde et leurs projets dont j’étais exclu sauf lorsque je devenais l’objet de leurs chantages, mais qu’ils ne permettaient pas que je recherche la compagnie d’autres personnes, la présence d’amis authentiques, une vraie qualité d’échange.


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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 10:00

Mes pas tassaient les feuilles multicolores dans un crépitement de friture. Pourtant je crus qu’absorbée par sa peinture, la jeune femme devant la maison ne m’avait pas entendu arriver. Je me glissai à plat ventre derrière la bâche de la piscine pour l’observer tout à loisir. Elle portait une blouse ample à carreaux noirs et blancs, avec un col Claudine et des manches ballon. Je  pouvais enfin la contempler longuement. Elle avait un pinceau dans une main, sa palette dans l’autre. Elle semait des pigments sur la toile, croquait des arbres et leurs feuilles clignotantes, des nuages imbibés de caramel comme si quelqu’un là-haut faisait fondre du sucre au soleil. Elle les clouait avant qu’ils n’emportent leur secret de lumière. Elle avait un coup de pinceau large et précis, rapide, ne s’attardait guère, remplissait la toile dans sa hâte de tout capter, tout saisir. Elle s’interrompit un moment, recula.

 

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Elle enveloppa du regard le jardin devant elle, le portail  forgé en arc de cercle, les noisetiers autour. Elle avait esquissé sur la toile un héron de pierre perché sur un socle circulaire entouré d’un grillage. Il se tenait à sa gauche dans l’herbe, les pattes jointes et droites, l’œil vide, le bec dressé à la verticale du corps. Elle effleura d’un œil distrait, la terrasse et le perron de la maison à sa droite. Puis elle se remit à emprisonner des couleurs sur son carré blanc. 

 

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 10:00

Il avait choisi  un endroit singulier. Un hall de gare immense, une sorte de réfectoire d’usine, clinquant et branché. Des tables rapprochées, des conversations jacassières et véhémentes. Les sièges, les colonnes disséminées ici et là, le bar, les plateaux, et même la pancarte des toilettes étaient en acier et luisaient d’un vernis froid et métallique. Autrefois au cours de la soirée, les fumées des cigarettes s’y seraient enroulées. Elles  en auraient terni l’éclat, auraient comblé la salle. Chacun n’aurait distingué que ses proches voisins. Ce qui ne m’aurait pas déplu. Car ce beau monde, des couples majoritairement ou des messieurs seuls à la recherche de décolletés avantageux, transpirait la bourgeoisie parisienne. Un lac sans reflets, un miroir sans teint.

 

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Ca n'est pas mon héroïne bien sûr, elle est plus rigolotte!

 

 

Je détournai mon regard vers  une cliente esseulée, à la table contiguë de la nôtre. Elle avait l’air d’une Esmeralda abandonnée de son Phoebus. Je détaillai ses cheveux noirs à ressorts, les anneaux argentés à ses oreilles, son chemisier moulant au col en fourrure, sa jupe longue et ses bottes raclant le carrelage. Un coup d’œil à sa montre, à son portable dans le sac, elle commanda un verre pour patienter, composa son menu sur la carte, mais je ne suis pas seule, il va arriver, ne faites pas marcher la commande, encore un moment s’il vous plaît. Se pencha à la fenêtre, le cou tendu ainsi qu’une ride à sa joue. Sourit, traça des moulinets avec les mains, se cala sur sa chaise, posa les deux poings sur la table, se redressa, jeta un regard circulaire dans la salle et me dévisagea d’un sourire qui ne m’était pas adressé. Ah, enfin, le voilà !

 

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est: rêve.

 

 

Une ville la nuit, c’est peut-être beau mais sortez, quittez le macadam et prenez l’autoroute. Vous verrez, les panneaux, les pylônes ont l’air de monstres grimaçants. Les arbres sont  des squelettes décharnés, les bandes d’arrêt d’urgence des cadavres séchés étendus au bord de la route. Les voitures forment des haies spectrales et une odeur de terre fraîchement remuée évoque le cimetière.

 

 

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Rouler ainsi sous la pluie avec des trombes d’eau qui obscurcissent la vue, devient périlleux, angoissant. Mes roues chassent et l’automobiliste devant moi ralentit, je le devine au halo blafard au niveau des phares. J’essaie d’écouter la radio mais 107.7 est désespérément brouillé. Le vent a des bourrasques cinglantes, ce sont des rideaux de pluie qui s’abattent sur la voiture comme si quelqu’un tentait de m’aveugler en jetant un drap sur mes vitres. Un hululement troue la nuit… Dans ma tête probablement. J’aperçois au loin un  camion de travaux publics. Son œil  orange de cyclope se rapproche, menaçant. Et l’étroit parcours balisé qui mène à lui, oblige à la prudence. J’allume mes feux clignotants, et observe mon suiveur dans le rétroviseur. Il ne semble pas avoir compris, ne réduit pas sa vitesse, on dirait un hanneton bourdonnant comme pour butiner. Mais je rêve ! Il va me rentrer dedans… 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 08:00

 

La première fois que je l’avais rencontré il m’était apparu comme un grand chef de tribu vêtu à l’européenne. Des tamtams résonnaient dans ma tête et des chants guerriers, un panache de fumée m’embrumait l’esprit. Il était debout devant le fauteuil directorial comme devant un trône, face à la foule. Je me représentais son  couvre chef, un képi imposant, et des galons dorés  à sa veste rouge. Il ne manquait que la haie des gardes, l’alignement des sagaies, le sol rouge et poussiéreux. En guise de porte étendards, les délégués du personnel, à l’étroit dans leurs costumes, se tenaient face à direction. Ils remerciaient le patron venu fêter le nouvel an avec eux : « Monsieur le directeur, c’est un plaisir de vous avoir parmi nous.

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- Mon épouse me demande tout le temps de vos nouvelles…

- Vous voyez, je me sens si bien dans l’entreprise que j’y ai fait rentrer mon fils… »

Il regardait devant lui, fixant la porte de la salle de réunion sans ciller. Il toisait chaque arrivant, risquait un sourire, un regard oblique ou admirait le plafond.

 

A sa gauche, se tenait le conseil des sages, les ingénieurs, juristes, commerciaux. Et peut-être des  mages aux paroles sibyllines, des astrologues et leurs prophéties inquiétantes, je ne connaissais pas encore tout le personnel.

Je me trouvais au milieu des sages, et je sentais le regard du chef posé sur moi, curieusement glacial et complice. Il avait refusé de répondre à mon salut à l’entrée. Nous n’avions pas échangé de poignée de main. Il me pistait à la manière d’un  tigre gonflant le poil, sortant ses griffes et dressant l’oreille pour effrayer un jeune mâle fougueux. La salle était surchauffée, j’avais les mains moites et mon col de chemise me démangeait.  Je me sentais malade tel un occidental au milieu des peuplades indigènes, incommodé par le climat, atteint de paludisme ou ayant abusé du vin de palme.

 

images--27-.jpgLa popularité du chef était immense, intacte.

Il avait une cinquantaine d’années, un visage fin, encore ferme, des lèvres petites mais pleines. Son nez était légèrement retroussé, piqué de taches de rousseur. Ses yeux verts, très rapprochés, avaient la transparence de la gelée. Lorsqu’il braquait sur vous ses longs cils et fronçait ses sourcils broussailleux, il vous crucifiait sur place. Il était grand, mince, d’allure sportive, large d’épaule, parlait peu et ne se déplaçait pas. Nous devions venir à lui comme des enfants auxquels il tapotait la tête avec indulgence. Son regard mobile, expressif, perforant, fouillait nos cerveaux comme pour dire : QUI M’AIME ME SUIVE ! J’avais le sentiment d’être un singe  vivant, décalotté, à qui l’on mangeait l’intelligence à même le crâne, comme cela se pratique dans certains pays, paraît-il.

 

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Ceci répondait aux consignes de LENAIG:

A partir du mot "couvre-chef," écrire ce que l'on veut. Une seule condition inclure: QUI M'AIME ME SUIVE! dans le texte.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : tournez manège !

 

Il est parfait. Coloré et bien rempli il attrape de petites mains avides qui se collent à lui comme des mouches. Et tandis que les parents attendent des médicaments,  quelle horreur, à part le sirop à la framboise, tout est dégoûtant, les bambins ouvrent des yeux comme des soucoupes et sautillent autour du présentoir.  Il y a ceux qui osent, je prends ce qui me plait, je défais le papier,  une lichette rapide et… maman est obligée de payer. Il y a ceux qui tripotent,  regardent  maman, tripotent à nouveau et … ça ne va plus loin. Certains demandent la permission.  Quelquefois c’est oui, quelquefois c’est non, ça dépend comment elle est lunée maman. Certains déboulent comme des flèches vers les sucettes comme si un aimant puissant intergalactique les capturait. Ceux-là, en général, ont la démarche du vainqueur. C’est paradoxal, ils ne sont pas envoûtés comme on pourrait le croire, ce présentoir-là, ils vont se le faire. Personne ne se mettra sur leur passage, alors ils tapent du pied et pleurent. J’en ai vu qui se roulent par terre. Souvent ça marche. Ce qu’il faut, c’est f….. la honte aux parents. Si tu as compris ça, tu es dans le vrai mon gars.

 

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Je dois raconter. Là-dedans c’est tout plein de sucettes sans sucre, avec tout plein de parfums. Même que les meilleures, celles qui partent le plus vite sont au coca et à la framboise. Et la dame de la pharmacie, elle veille au grain, elle en remet tout le temps. C’est une brave femme qui aime les enfants : sans sucre, pas de carie ! La sucette chez le pharmacien, ça devrait être systématique. Je ne vois pas ce qui gêne maman. Elle nous en fait tout un manège chaque fois ! 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 21:30

 

Puisque Cathiechris m’a taguée, je me dévoue.

 

 

A quoi sert un tag ?

A faire parler les bavards.

 

Ton programme de la journée à part bloguer.

Bosser, nager, préparer des petits plats pour ma famille et les petits copains de mes enfants qui squattent souvent à la maison.

 

La mode de la moustache revient, qu’en penses-tu ?

J’ai un ami à qui ça va très bien mais pour mon homme je préfère sans.

 

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Plutôt lunettes, lentilles ou rien ?

Ca a varié avec l’âge : autrefois rien puis lentilles. Aujourd’hui lunettes.

 

Vernis adhésif pour les ongles, tu connais ?

Non, je ne demande qu’à apprendre.

 

 

Tu écris ton blog en direct ou tu réfléchis longtemps et tu notes tes idées sur un petit cahier?

Souvent en direct et selon l’impulsion du moment. Pour certains textes, je vais puiser dans mes écrits antérieurs car j’ai participé à des ateliers d’écriture.


Quand tu prends une photo, tu penses à quoi ?

Que je sais merveilleusement capter l’instant et que j’ai un talent fou.  Non je plaisante, quand je prends une photo, c’est pour prendre le bateau, la maison ou le monsieur là en face, tout bêtement.

 


Si tu devais m’écrire une lettre ou un poème tu m’écrirais quoi ?

J’hésiterais entre copier  Baudelaire ou Verhaeren, ou délirer  comme j’aime le faire. Ca commencerait par «  O toi mon aminaute ! », et finirait par  « O moi ton aminaute ! »

 

Tu as prévu un bon repas pour la Saint Valentin ?

Ce jour-là, c’était coquilles Saint Jacques sur lit de poireau.

 

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Si tu devais acheter quelque chose là maintenant ce serait quoi ?

Une robe de printemps toute légère qui s’arrêterait juste au- dessus du genou.

 

 

Tu pars en vacances où et quand ?

Fin février : à Toulouse, au mois de mai : à Madrid.

 

 

 

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 10:00

Ah cette manie qu’on a en province, de toujours vous demander d’où vous venez ! On vous épingle sitôt qu’on vous aborde. On vous répertorie,  on vous classe. Et le ton qu’on prend quand on sait que vous êtes de la capitale, tient de l’admiration parfois mais le plus souvent, de l’ironie ou de la condescendance. On a besoin de se rassurer, on est mieux dans son patelin qu’à Paris. On respire, on se parle, on prend le temps. Rien ne vaut la nature et le calme, rien ne vaut d’écouter passer les jours.

 

 A Paris, personne ne pose de question, peu importent les origines.  Tu existes puisque tu es là. Tu portes un costume, une djellaba ou un boubou, et tout le monde le voit bien. Tu affiches tes origines, tu revêts  « le dress » code social. Tu te fonds dans la masse comme une ombre. Et tu marches et tu cours. Personne ne t’arrêtes, ne t’entraves. Paris n’est pas New York où rien ne surprend. Si tu hurles, si tu gigotes,  si  tu chantes à tue-tête, quelqu’un se retournera, te regardera l’air surpris, puis poursuivra sa route. On ne va pas tout simplement t’ignorer, ne pas te voir. Mais si je réfléchis bien, à Paris on se fout un peu de toi, tu n’intéresses personne réellement. Les regards sont lisses, tu es un fantôme. A moins d’avoir su recréer, dans ton quartier, un coin de province, ou l’on papote, ou l’on échange, ou l’on se parle. Et que lorsque survient un étranger, tu saches dire : tu viens d’où toi ?

 

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Je parle de Paris, j'écris, mais j'écoute les infos aussi. Je ferais mieux d’évoquer les grandes villes toutes, et de l’indifférence qui les caractérise. Quand je pense qu’un homme est mort à Strasbourg, il y a trois ans dans une tour, et qu’aujourd’hui seulement, quelqu’un s’en est aperçu.

  

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 10:00








Selon le thème puisé dans l'atelier d'écriture de PSYCHOLOGIES.COM: écrire une lettre d'amour, réelle ou fictive, à son chéri sans la lettre M dans le texte.


Si notre passion n'est plus qu'un souvenir
Si de nos ébats s'est enfui le désir,
Si soudain que soit ton besoin de partir
T'éparpiller, respirer, t'étourdir
T'évader, t'envoler, loin de nous rebâtir,
Des illusions d'ailleurs épuiser les soupirs;
Tu sais au fond qu'un jour surgiront les regrets
De nos querelles absurdes, de nos jeunes années;
Ton coeur dans ta poitrine saura très fort cogner
Tu te surpasseras, tu viendras rechercher
Celle en qui résonnaient tes paroles d'éternité
Et qui, si la vie n'a pas tout balayé
Acceptera peut-être de te laisser creuser
Une place, une digue, un fossé,
Au tréfond de son être par toi disloqué.
   
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:15

 

 

 

 

 

 

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(Clin d'oeil à Capucine, sur la notion d'émotion et de plaisir.)

 

Agrandissant le trou dans le grillage, je pénétrai dans la propriété comme si c’était normal, comme si j’étais attendue. Sans complexe, je brisai les branches qui entravaient mon avancée. Je  coupai les orties hautes. Je marchais lentement, dérapant sur le sol moussu et la terre recouverte de buis séché. C’était l’automne, les tilleuls perdaient leurs feuilles. Les pins et le buis avaient un feuillage dense et verdoyant soumis aux caprices du vent dont le chant imitait les oiseaux. Je m’aventurai sous une voûte enténébrée de fougères géantes. Leurs feuillages mêlés et retombants ouvraient un passage. Au loin je repérai une clairière. Elle brillait d’une lumière aveuglante et chaude comme du miel bouillonnant dans un chaudron. Je forçai l’allure et trébuchai sur des pommes de pin et des cailloux, me cramponnai aux branchages. Mes gants usés étaient une piètre protection. Mes mains étaient glacées et écorchées. Ce long tunnel exacerbait les odeurs : fientes et crottes d’animaux, essence de pin, parfum douceâtre du tilleul. Au centre de la clairière, le tronc  d’un arbre abattu recouvert d’une nappe de lierre, figurait un autel. Le sol était jonché de ramures duveteuses et dorées. Le soleil pétillait de poussières comme le champagne de bulles. Je fis le vide dans ma tête. J’eus de nouveau la certitude de vivre.

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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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