Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 10:00

Il m’arrête alors que je sors de ma Twingo.   "C’est chouette hein comme voiture, on se gare n’importe où avec ça, dit-il. J’en ai une moi aussi, pas ce modèle, celui d’avant un peu plus rond qui lui donnait un air de gros bébé. Je vais partout avec ça, c’est que c’est cher maintenant les voitures, et vu le prix de l’essence..."

Il porte un blouson ouvert sur un gros pull marron à col roulé et un jean. Il a les cheveux gris et le sourire d’un homme à la quarantaine lisse. Il ne se complique pas la vie. Les rides sont dessinées pour lui donner de la profondeur, le rendre crédible.  De près, ça à ressemble du maquillage, elles ne sont pas creusées, tout juste à peine esquissées. Ses dents brillent comme des gouttes de lait. Je l'aperçois dans le quartier depuis un moment déjà. Je sais qu'il n’est pas marié, n’a pas d’enfant, exerce un job pépère. Il arbore une boucle à l’oreille gauche. Dans ce matin brumeux qui promet la pluie, un peu de brouillasse dans laquelle le soleil a délayé  un rayon pâle, il semble heureux, il a l’air jeune, insouciant. Je me demande quelle est sa vie,  a-t-il une compagne, un compagnon peut-être? Je me demande ce qui le motive, quels sont ses amis, ses loisirs, ses sorties.

Je m’interroge sur moi, cette curiosité malsaine qui voudrait que ça cache quelque chose, cette existence douce, sans aspérité, ce personnage dont rien dans l’allure ou le contexte familial n’accroche, ne dérange, ne montre une difficulté ou une souffrance. Je ne devine aucune faille. Pourtant il doit bien y en avoir une.

 

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Et je me dis qu’il ne camouffle rien, il relativise. Les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde. Lui est joyeux de nature. Campé devant moi et les jambes légèrement arquées, il me dépasse d’une tête. Il a le regard clair, son œil pétille comme s'il me faisait une farce. Ou allait disparaître dans la brume tel un lutin.

Il me quitte sur une pirouette : "je n’ai pas les moyens de changer de voiture, ou alors dans dix ans peut-être, je prendrai une voiture à pédales !" Son petit rire sec résonne à mes oreilles comme un grelot.

 

Par mansfield - Publié dans : personnage singulier - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 00:00

Puisque tu m'obliges à la solitude, je me réfugie dans ma carrière aux "vampires". Assis en tailleur, à même le sol, je soulève de la poussière blanche avec mes chaussures. Je me détache, je dénigre, je détruis l’idole. J’essaie, Bon Dieu, j’essaie. Et j’éternue, la craie emplit mes poumons. Il y a une niche creusée dans la roche au loin et qui borne le regard. C’est un repère que je m’impose. Il est incontournable. Je n’irai pas voir à l’intérieur. Je ne dérangerai pas les chiroptères. Ils hibernent, immobiles, depuis le début de novembre. Je préfère les imaginer dans leur cache, froide, humide, sans courant d’air. Ils sont en léthargie, leur cœur bat lentement. Leur température interne est tombée à quatre degrés. Enveloppés dans leurs ailes, ils referment leur manteau. Combien de temps vivront-ils ainsi, protégeant les membranes de leurs ailes et leurs oreilles, fines comme du papier ?

 

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L’amour m'a donné de grandes ailes ouvertes. J’ai des périodes délirantes au cours desquelles je me sens invincible. Je suis capable d’exécuter des rotations, des ellipses dans les airs, d’inventer des joutes horizontales, de déployer un manteau de chair qui  apaisera le corps de ma bien-aimée, comme les membranes de ces renards volants, compagnons de ma retraite, s’étalent et se plient sur leur fourrure duveteuse et engourdie. Mais elle se débarrassera de moi quand elle le décidera. Un jour elle en aura la volonté. Je ne suis ni aveugle, ni sourd, je l’ai parfaitement compris.

 

Combien de temps vais-je tenir, apprivoisant la peur ? Quand ressentirai-je une sorte d’harmonie, d’unité, d’équilibre ?  Je ne veux plus voir les fantômes projetés sur les parois de la cavité par  la flamme de ma lampe à pétrole. Ces spectres m’épouvantent. Ils me renvoient l’odeur de soufre de nos ébats. Tu ne t’es jamais offerte. A aucun moment tu n’as baissé la garde, ouvert une brèche dans ton cœur. Je n’ai pas osé t’imposer mon  amour. Tu aurais compris que ma rage, ma violence, mon désir ont atteint un paroxysme, que je suis aliéné. Actuellement, je ne suis pas seul, je ne dois pas déranger mes amies, les chauve-souris. Je ne vais pas hurler.

 

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Par mansfield - Publié dans : divagation - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 10:39

Je viens d’achever la lecture difficile (pour moi), de « Mondo et autres histoires », de JMG Le Clézio.  L’écriture est limpide, l’exploration par des enfants de la nature et ses mystères minutieuse, le fantasme et l’onirisme sont très présents. Par moments, on s’imagine volant avec l’auteur vers des univers parallèles où tout  n’est que beauté, où l’on oublie sa peur.

 

Mais pour moi qui suis incapable de fixer mon attention trop longtemps, c’est beaucoup trop détaillé, fouillé. L’exploration des nuages et des bruits venant de la terre, les chuintements du vent incitent à l’évasion. Et je m’évade dans mes pensées. Je décroche du texte et, un ou deux paragraphes plus loin, je m’aperçois que j’ai perdu une partie de l’histoire. Alors j’essaie de revenir en arrière. Mais je bâcle, et je lis plus vite encore pour dépasser l’endroit où je m’étais réveillée.

J’ai des morceaux d’histoire, des gorgées d’émotion pure, d’ivresse, et des passages à vide. Alors je me lève, je me fais une tasse de thé, je mange un fruit ou je sors.

 

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Dehors, le ciel est bas, gris, vide de nuages. Ou trop plein. Il pleut des gouttes sur mes lunettes. Les flaques d’eau polluée sur le goudron n’ont rien à voir avec les sols détrempés de Le Clézio. J’ai beau lorgner sur mes bottes, je n’aperçois que d’autres pieds sanglés, et des amis à quatre pattes. Nul petit rongeur, ou scorpion laissant ses traces comme de petits cheveux sur le sable.  Le temps est étonnamment doux pour un début de janvier. J’enlève mon écharpe tellement j’ai chaud, malheureusement ça n’a rien  à voir avec la douce chaleur des rayons d’un soleil caressant et déversant une lumière irréelle. Je marche, j’ai chaud c’est tout. Pourtant, ça vient peu à peu, une sorte d’apaisement, de délassement. Comme si ma lecture influait sur mon mental. Comme si l’on pouvait mettre en  parallèle  des mondes différents et éprouver des sensations identiques. Comme s’il ne suffisait de presque rien. Un bon livre même difficile, pour partir, ailleurs, et se sentir bien, ici. Je rentre, il est temps. 

Par mansfield - Publié dans : ecriture de soi - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:00

Pour  illustrer le casse-tête  de Sherry cette semaine : ASIATIQUE, je me suis inspirée d’un article trouvé sur le net. Marie Pierre Noguez  dans L’Usine Nouvelle N° 2875.

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J'ai un job de gagnant dans cette entreprise, j’ai complété ma formation de base par l’achat de deux bibles du management et de la stratégie : l’Art de la Guerre de Lao Tseu et le Traité des cinq anneaux de Misashi. 

Et dans ma vie privée pour décompresser, pour compenser, j’ai besoin de me détacher des valeurs matérielles, de dépouillement. Alors j’ai découvert le Boudhisme.  Je me sens en accord avec cet individualisme religieux, la souplesse qui l’accompagne, la tolérance, l’absence de formalisme. thumbnail--4-.jpg

J’ai envie de me soigner par les médecines naturelles aussi. L’acupuncture, le Feng Sui, le Shiatsu, le yoga tant de disciplines, de choix de vie! Et si j’essayais les arts martiaux. C’est fou ça, je me lance un peu dans toutes les directions. Mais comment rechercher le bien-être, l’harmonie, comment rester zen.  C'est ma quête identitaire, ma croisade. J’aimerais faire cohabiter mon yin et mon yang sans trop de heurts.

 


A la maison, je m’initie à la cuisine au wok et j’ai acheté un livre de recettes à la vapeur. Sur la tablette, à côté de la cuisinière, j'ai ajouté de l'huile de sésame, du nuoc mâm, de la sauce soja. Dans mon réfrigérateur, il y a du lait de soja et du tofu. Je vais tenter les sushis ce week-end, je viens d'acheter du thon et du saumon frais.  Et puis je bois du thé vert toute la journée.

 

 

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Mes sorties ? Le Musée Guimet tout d’abord, arts et traditions asiatiques. Je dois absolument voir l'exposition sur le maîtres calligraphes contemporains du Japon.     Puis le ciné, je ne rate aucun film de Wong Kar Waï depuis « In the mood for Love ». Un film qui parle d'amour, d'adultère et... d'autocuiseur. A la maison je lis des mangas depuis peu. Ca me rajeunit et ça me décoince un peu, cette idée du double qui a des allures de bombe sexuelle.

 

 

 

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Et je ne vous raconte pas mon goût pour les kimonos et  les icônes de la mode asiatique. Des vêtements droits, lisses, de la soie. Prêts du corps, aux lignes épurées, mon rêve! Je ne sais pas  si c’est moi, est-ce que j’en fais trop ? Est-ce que je vais me lasser ? thumbnail--5-.jpg

 

Je suis la tendance et je m'épanouis comme ça. J'ai commencé un cursus universitaire en langues O. Cet été je parcours la Chine, j'ai tracé mon parcours à l'aide du Routard. Je impliquée vraiment, je suis une caricature.

 

Par mansfield - Publié dans : divagation - Communauté : LE CASSE TETE DE LA SEMAINE
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 10:00

 

 

 

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Delphine Gay est née en 1804, la même année que George Sand, à Aix-la- Chapelle. Fille de Sophie Nichault de la Valette, dont les parents ont été ruinés par la révolution, et d’un homme de finance, elle fait son entrée dans le monde en 1822, dans les salons du faubourg  Saint Germain. Elle déclame des poèmes devant Nodier et Hugo et devient vite célèbre, admirée par Goethe et par le roi Charles X.  Elle publie des essais poétiques en 1824 et 1825. Lamartine écrit en la voyant  contempler une chute d’eau : «  elle avait les joues pâlies par l’émotion du spectacle et un peu déprimées par la précocité de la pensée. Et sa voix complétait son charme : elle avait l’accent des poètes avec la bienséance de la jeune fille ». Elle fréquente les plus beaux noms d’Europe, est accueillie en Italie en 1827 et couronnée au Capitole.

Sa situation est délicate, elle est à la fois femme publique c’est-à-dire qui publie, et fille à marier. De plus elle déclame ses vers avec des accents de tragédienne. Cela met ses contemporains  mal à l’aise. Elle n’a pas de dot et la mère d’Alfred de Vigny lui refuse le mariage avec son fils. Mais elle est l’amie des romantiques. A la première de Hernani, en 1830, Gautier (photo)  la décrit comme une apparition dont le charme suspendit le tumulte et provoqua les applaudissements des jeunes gens.

 

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Sa chance est la rencontre avec Emile de Girardin, photo ci-dessous,  qu’elle épouse en  1831 à vingt- sept ans. Ensemble ils conquièrent la Société par l’entremise des journaux pour « l’ambition personnelle et l’utopie sociale ». A cette époque E. De Girardin a fondé «  Le voleur »,1828, et «La Mode »,1829. Tous les jeunes talents y écrivent  des articles: Dumas, Karr, Sue, Balzac, G. Sand

 

 

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Il crée ensuite le « Journal » et l’ «Almanach de France ». Et la « Presse » en 1836 dans lequel Delphine tient la chronique « Courrier de Paris » sous le nom de Vicomte de Launay. Le Vicomte raconte l’érection de l’obélisque place de la Concorde, tient les lectrices au courant des tendances de la mode, chapeaux, manches bouffantes ou ajustées, dentelles, plis, volants. Va écouter l’Opéra, applaudir Rachel au théâtre français, frissonne à la Porte Saint Martin, rit aux Variétés. Contemple le défilé de Longchamp, mange des glaces chez Tortoni, assiste aux séances de l’Académie française. Visite le salon de peinture, les expositions de produits de l’industrie. Détaille les toilettes dans les bals. Delphine de Girardin exprime ainsi son sens comique.

 

 

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Le vicomte de Launay évoque une société parisienne, un ensemble de phénomènes vestimentaires, de bonnes manières et la présence de personnes éminentes dans tous les domaines. Delphine de Girardin admire l’ancien régime, elle écrit à la mort du roi Charles X en 1836 : « Nous pleurons le roi de la France chevaleresque, brillante et poétique, de la France dame de qualité,  de la France enfin qui n’est plus ».  Aujourd’hui le vaisseau de l’état est «  un lourd bateau à vapeur, chargé de charbon et de pommes de terre, partant à heure fixe, arrivant à jour fixe au port qui lui est assigné… »  Elle apprécie donc peu, la monarchie du roi Louis Philippe plus bourgeois qu’aristocrate et se plaint de la dégradation des mœurs. Au mariage du prince d’Orléans en 1837 elle écrit : « Quelles sont toutes ces femmes dans les voitures de suite Quels vieux chapeaux ! Quelles robes fanées ! ».

 

Delphine Gay est aussi connue pour son salon au 41 rue Laffite, à Paris puis dans l’Hôtel  Marbeuf  sur Les Champs Elysées. Elle reçoit ses intimes tous les soirs mais sa soirée de réception où l’on fait de la poésie et de la musique  se tient le mercredi. Elle ne supporte la médiocrité, il faut se distinguer par la naissance, ou posséder un talent réel. Elle convie Gautier notamment, en lui disant que le but de la soirée est de prendre des glaces et de dessiner des girafes.  Après l’Opéra ou avant d’aller dans le monde, entre onze heures et minuit viennent Lamartine, Hugo, Balzac, Musset… Mais aussi des politiques tel  le ministre Guizot, le préfet de police Delessert, un homéopathe à la mode, le docteur Cabarrus. Le couple De Girardin réunit charme, talent, pouvoir, influence, intelligence et humour. La caricature ci-dessous montre Balzac à gauche et Hugo à droite à l'une de ces réceptions.

 

 

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Delphine de Girardin meurt d’un cancer en 1855, à l’âge de cinquante et un ans, soit cinq ans après Balzac. George Sand a encore vingt et un ans devant elle.

Ses œuvres de fiction les plus connues sont : le marquis de Pontanges 1835, Contes d’une vieille fille à ses neveux 1832, La canne monsieur Balzac 1836, Il ne faut pas jouer avec la douleur, 1853.

 

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Si je parle de Delphine de Girardin aujourd'hui, c’est que certains de nos contemporains me la rappellent. Ils font très parisiens ou distingués, ont ce côté "grande bulle du grand monde".  Ainsi Inès de la Fressange est son double  de mode et Fanny Ardant la tragédienne. Elle prête sa plume à Sophie Fontanel de l’hebdomadaire ELLE, très rigolote sous le pseudo de Fonelle et prie Nadine de Rothschild  de nous inculquer les bonnes manières. Elle décide de nos soirées intellectuelles en imposant certains noms aux directeurs de chaînes en fin de semaine : Pivot, Drucker, PPDA ou Beigbeder. Il ne me vient pas de nom féminin à l’esprit dans ce domaine, et je le déplore…

 

 

SOURCES : Wikipédia, LAVIE ELEGANTE par Anne MARTIN-FUGIER, Editions FAYARD.

 

 

Par mansfield - Publié dans : personnage singulier - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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