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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 10:00

 

cafe-1.jpg

Edward Hopper: Automate

 

 

 

Soleil d’après-midi déversé dans le cou

Assise à la terrasse elle s’ennuie de vous

La main sur une tasse et l’autre bien à plat

Elle tressaille au contact glacé du formica

 

Tout contre la soucoupe, un livre qu’elle ne lit pas

Les poussières de la ville ont terni son éclat

Et son visage las trahit de l’amertume

Son regard est noyé quelque part dans la brume

 

A la table voisine un homme lui sourit

Elle soupire et se cabre tandis que ses yeux fuient

Les cloches de l’église agressent sa mémoire

Le bonheur se dérobe, peut-elle encore y croire ?

 

Chevalier sans armure, elle a jeté l’épée

Et les bras écartés, ôté son bouclier

C’est votre botte en touche qu’elle attend résignée

Vous êtes en retard, l’avez-vous oubliée ?

 

 

 

 

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 10:00

 

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Ce dont je rêve en ce moment c’est une table en bois, face à la mer. Je viendrais m’y installer dès le matin, quand le soleil caresse la peau plus qu’il ne la brûle.

Le vent pousse un souffle tiède qui  m'enveloppe les épaules. J’ai devant moi un jus de mangue et un colibri tout vibrant,  le bec plongé de dedans, et dans une assiette, de l’ananas en tranches et des groseilles pays. J’ouvre ma thermos, mon café a  le goût de la terre brune et vanillée de la Maison Chaulet. J’y plonge un morceau de sucre de canne blonde et parfumée. Les vagues ont la langueur des îles et se déposent en s’étirant sur le sable dans un chuintement d’écume. Il n’y a personne sur la plage à cette heure, à part quelques pêcheurs qui s’en vont au loin placer leurs casiers à langoustes. La mer déroule ses couleurs, métallique et froide à l’horizon, bleu roi puis vert émeraude et transparente sur le sable. Je n’ai pas la force de me lever et de me tremper les orteils, je n’ai pas envie de me soustraire aux rayons qui filtrent à travers les cocotiers. Je ferme les yeux, sur une grosse boule rouge comme si le soleil  s’était incrusté dans mes lunettes. Et je les rouvre devant le spectacle irréel d’une voile blanche filant dans le ciel, emportant avec elle mes désirs anesthésiés.

 

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 08:00

Pour ce défi 120 chez les Croqueurs de mots Cétotomatix propose de composer un texte comportant un maximum de mots débutant par e, eu, ou oe.

 

 

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Enfin, je me demande En quoi un tel texte peut nous rappeler Pâques et les Œufs. Car c’Est l’Enfance qui surgit dès que j’Evoque cette période. Et je m’Envole, par-delà le temps, je retrouve l’Œdipe, Euh l’Electre plutôt en ce qui me concerne :  Eblouie, je redeviens amoureuse de mon petit papa Eparpillant des Echantillons de friture en chocolat Enveloppés de papiers multicolores, dans le jardin, parmi les pots d’Estragon et les plants d’Eglantier. Je me barbouille d’Encre noire, pardon de cacao, qui m'Ecoeure et me reste sur l’Estomac. Pâques c’est aussi  la messe et l’Eucharistie, les chants répétés durant des semaines avec la paroisse. C’est l’Epaule d’agneau accompagnée de haricots, le dimanche Ensoleillé par les retrouvailles en famille. C’est le cadeau Exécuté à l’Ecole, une poule cartonnée au design Evocateur d’une Esquisse de Picasso sans le talent, OEuvre toutefois Excusable, que l’on tend un peu Effrayé à une maman Emue.

Bref,  Pâques c’est Entendre les cloches  de l'Eglise sonner, Ecouter les rires déclenchés par la découverte d'un butin Ephémère car comestible, et se sentir tout Emoustillé par les beaux jours annonciateurs de l’Eté.

 

 

 

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 15:00

 

 

clochard.jpg

 

 

Samedi 22 mars, métro Place des Fêtes à Paris. Il est dix-neuf trente et ils se préparent à dormir, déjà. Ils se sont installés au milieu des voyageurs et se sont fabriqués une chambre confortable avec des couvertures et des morceaux de cartons. Rien ne les dérange, ni le va et vient des passants, leurs rires ou leurs cris, ni l’air glacé de la rue chassé dans les couloirs, ni le sifflement des trains sur les rails. L’éclairage blafard de la station et les affiches géantes vantant les îles et les douceurs tropicales constituent leur décor mais je doute qu’ils les regardent. A cette heure où les autres sortent et retrouvent des amis, vont au restaurant ou au cinéma, ils s’apprêtent à hiberner.

Ils sont trois, barbus, sales, portant un improbable bonnet sur la tête. Ils opèrent en équipe. Car ils ont hérité d’un matelas pneumatique et de sa pompe. Tandis que l’un actionne le soufflet avec son pied, l’autre maintient le matelas en place. Le troisième trône sur un amas de cartons et lève une canette de bière à leur santé. Son regard plonge dans le mien un instant, glacial. Et je sursaute, je réalise qu’il devait y avoir du rejet, du dégoût, de la pitié dans mes yeux. Je me détourne et juste avant de leur donner le dos, j’aperçois ce gros cabas MONOPRIX, une espèce de gros sac de provisions, en plastique tressé, qui aurait dû recevoir des fruits, de la viande et des conserves,  un de ces sacs pesants et que l’on porte avec peine habituellement, en opérant une halte, en reprenant son souffle, ou que l’on dépose dans un charriot jusqu’à sa voiture,  et qui cette fois déborde de cartons, cordages,  pièces de tissus et autres ingrédients dont s’encombrent les oiseaux qui font leur nid.

Sur le sac une inscription en lettres majuscules bleues et blanches  m’arrête comme un tir de grenaille fauche un pigeon en plein vol. Ca disait :

VOTRE VIE SE DOIT D'ETRE BIEN REMPLIE 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 10:00

 

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Photo prise depuis le Square de la Butte Rouge et donnant sur la porte de Pantin

 

Avec le beau temps qui s’installe et malgré la pollution à Paris, ou peut-être à cause d’elle, je me rends au travail à pied au moins un jour ou deux par semaine. Le trajet dure environ une demi-heure et longe le tram et l’hôpital Robert Debré. Paris à sa lisière a un air de campagne, les branchages sont hérissés de bourgeons, les maisons dévoilent leurs fenêtres comme des filles offrant   leurs appâts.  Au-dessus de moi le ciel est poudré, se couvre de terre de sienne rasant les immeubles. Il semble fondu dans une masse brillante et aveuglante comme si le matin était ce « fog » enveloppant les êtres et les lieux. Pourtant je ne traverse pas l’univers opaque et angoissant de Stephen King,  j'avance au milieu les arbres boutonneux du  parc de la Butte Rouge. Dans les hauteurs c'est un bleu pur, immaculé qui auréole les nuages. La ville au loin paraît fantomatique. Malgré la menace sur nos poumons le soleil dore les nuages et défait leurs amas cotonneux. Il nous enveloppe, sa chaleur printanière et bienfaisante agit comme une drogue.  J’ai le sentiment d’être au théâtre au moment des rappels quand on ferme les rideaux pour les rouvrir aussitôt sous une salve d’applaudissements. Nos paysages sont des décors que la nature arrange afin d’agrémenter nos vies, elle  nous envoûte sournoisement si nous la laissons faire. Alors faisons abstraction de cette vague polluante...

 

 

 

 

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 08:00

 

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La mienne était petite et frêle, elle courait tout le temps. Le matin, c’est à peine si elle chaussait ses lunettes pour parcourir le journal tout en mangeant ses tartines. Elle assemblait ses cheveux blancs et frisés dans un chignon serré, passait le balai dans le salon puis précipitait les poussières dans l’escalier menant à la cave. Gare à qui s’y aventurait à ce moment-là, le risque c’était une pluie de miettes de pain ou d’épluchures sur la tête !

Elle allumait la radio dans la cuisine et s’arrangeait pour que le bruit des casseroles couvre la voix des animateurs. Sauf pour le jeu des Mille Francs de Lucien Jeunesse. Je n’ai jamais compris pourquoi, durant ce jeu, poêles et cuillères, fouets et plats  se taisaient. Personne ne devait franchir le seuil de la pièce quand elle s’y trouvait. Elle pendait un petit tablier bleu à son cou et l’accrochait derrière le dos. C’était sa tenue de capitaine et elle pilotait seule. Je l’apercevais depuis le jardin, sa silhouette virevoltait de la table vers la gazinière, mécanique et sèche comme une marionnette dans les spectacles de Guignol. Quand le repas était prêt, elle rameutait ses troupes, mais elle ne devait pas se répéter sinon elle  laissait tout en plan et allait de se coucher. Nous rappliquions affamés et dociles.

L’après-midi, c’était la sieste. Elle s’allongeait durant une heure et somnolait tout en élucidant  des mots-croisés à moins que ce ne fût le contraire.  Puis elle se levait d’un seul coup, droite et raide, comme téléguidée. Elle m’appelait :

-          Joséphine !

Ca lui plaisait Joséphine, ça lui rappelait l’Impératrice qui était née dans son île, bien qu’elle n’aimât pas beaucoup cette esclavagiste. Mais j’étais sa Joséphine, sa Princesse, son Impératrice. Je lui préparais son goûter, un thé parfumé à la menthe du jardin et une madeleine. C’était un moment privilégié, elle me racontait son enfance, les îles, l’arrivée en Métropole, la guerre de 14 et le grand-père. Ses yeux délavés par le grand âge prenaient alors des couleurs. Ses mains déformées par l’arthrose se posaient sur mes cuisses et elle disait :

-          Profite de ta jeunesse, tu sais, à mon âge, on n’attend rien !

Elle est partie un soir d’avril 1985, elle avait 89 ans. Son pas vif, ses yeux espiègles, sa tendresse un peu rude me manquent. Aujourd’hui c’est ta fête « Mémé », je pense à toi.

 

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 10:00

 

Félicité est l’une des nouvelles les plus connues de Katherine Mansfield (1888-1923) et l’une de celle que je préfère. Je ne sais pas pourquoi, j’ai  envie de l’évoquer avec vous.

 

reception

 

Bertha est une jeune femme de trente ans à qui la vie a déjà tout donné. Elle a atteint cette félicité qui la fait vivre dans une bulle. « Comme si vous veniez tout à coup d’avaler un morceau brillant de ce tardif soleil d’après-midi, qui continuerait à brûler dans votre poitrine, envoyant de petites fusées d’étincelles dans chaque parcelle de votre être, dans chaque doigt et chaque orteil »

Bertha a une belle maison avec un beau jardin, ah ce magnifique poirier que l’on aperçoit par la porte-fenêtre du salon : «  Au fond, contre le mur, s’élevait un grand poirier élancé, en sa plus riche floraison. Il se tenait là, dans sa perfection, comme abrité contre le ciel vert de jade ». Bertha a un merveilleux bébé : « Tu es mignonne, tu es très mignonne dit-elle en embrassant le bébé tout chaud. Je t’aime ! Je t’adore ! » Elle l’appelle « le bébé » et la confie aussi souvent qu’elle le peut à Nany tout en regrettant bien sûr de devoir le confier à Nany. Bertha a un merveilleux mari, Harry, toujours un peu pressé : Oh ! c’est toi, Ber ? Ecoute je serai en retard, je prendrais un taxi, je viendrai aussi vite que je pourrai… », un peu impatient aussi.

Ils forment un couple mondain, aisé, connu qui adore  recevoir des gens connus, aisés, mondains. Ce soir, la réception est particulièrement réussie : « Ils sont des amours –des amours- et elle aime les recevoir là, à sa table, leur donner une nourriture et des vins délicieux. En fait, elle voudrait tant leur dire combien ils sont exquis, quels groupe décoratif ils forment, et comme ils se font mutuellement valoir, et lui rappellent une pièce de Tchekhov. »

Décoratif le groupe, comme la belle maison, le bébé, Nany, la jolie robe blanche de Bertha, ses souliers, ses bas verts, la tenue de couleur argent de la nouvelle amie, Miss Fulton, dont s’est entichée Bertha. Décoratif comme ce poirier « élancé tout fleuri, … qui semblait s’étirer, trembler, pointer dans l’air pur…..jusqu’à presque toucher le bord de la lune d’argent » Dans son décor, Bertha est heureuse, Bertha s’envole, submergée de bonheur.

Cependant au moment du départ de Miss Fulton,  la scène est ainsi racontée : « Harry se rapprocha de Miss Fulton dans le hall, lui mit les mains sur les épaules, la rapprocha avec violence face à lui. Sa bouche forme les mots : « je vous adore » Ses narines frémirent, il murmura «  Demain », et, de ses paupières, Miss Fulton dit « Oui. ». Décoratif comme Harry dans la vie de Bertha.

Bertha courut vers les portes-fenêtres, et s’écria : « Oh ! que va-t-il se passer à présent ? »

« Mais le poirier était aussi merveilleux que jamais, aussi couvert de fleurs, et aussi calme ».

 

KM

Katherine Mansfield

 

Si ce texte vous rappelle un peu les déboires sentimentaux qui agitent les hautes sphères de l’état, sachez que j’y ai pensé avant vous.

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:00

 

 

 

 

 

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Si j’oubliais un peu mes petits problèmes. Installée au chaud dans ma voiture j’attends que le feu passe au vert. J’écoute FIP, c’est la seule radio que je supporte car on n’y programme aucune publicité. Même si parfois le jazz est un peu trop là, même s’il me plairait que la java s’en aille, je préfère somnoler  au volant plutôt que d’entendre louanger les magasins BUT.  Car attendre au carrefour c’est piaffer d’impatience ou mollir gentiment, selon le moment de la journée et la course qui nous attend. C’est regarder l’heure, fouiller son sac, téléphoner en bluetooth, se pincer les joues devant le rétro ou se colorer les lèvres. C’est abaisser la vitre, allumer une cigarette ou l’éteindre, cracher de la fumée au dehors. C’est regarder les autres alignés dans la file, sourire ou tourner la tête, les yeux dans le vague.

C’est aussi voir venir à soi ces malheureux qui bravent le temps, le vent. Seuls et sales le plus souvent, ils tendent une main calleuse dessous des vêtements froissés, supplient, ne parlent pas français. Jeunes ou vieux, ils sont gris, ridés, plissés. Semblent flotter sur la misère qui les dépasse, s’étale à côté d’eux,  nous frôle et nous apeure. Nous culpabilise. Le feu passe et nous démarrons, vite avant le malaise, l’effroi, le choc des regards.

Dans le rétroviseur, j’aperçois cet enfant, de dos, en anorak aux motifs de treillis qui danse en marchant, une main dans celle de son père. Il claudique en réalité et dodeline de la tête. Il cautionne la mendicité, il est là pour faire misère, pour faire la guerre aux sentiments. Lui et les siens n’ont pas d’autre choix.

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 08:00

 

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Défi 114 chez Jeanne Fadosi pour les croqueurs de mots cette semaine : le génie de la lampe d’Aladin me permet d’exaucer trois vœux…

 

Ce n’était pas une simple lampe mais un soliflore qu’on m’avait offert lors d’un dîner organisé à la maison. Il avait d’abord contenu une rose et de l’eau, trôné sur la table au début du repas puis fini sur un guéridon au dessert. Et je l’avais oublié. Ce furent les pétales étalés sur le bois qui m’alertèrent tout d’abord. Et le gargouillis au fond de l’eau croupie ensuite. J'étais en train de rincer le vase quand j’entendis une voix, rauque, mâle, déterminée, surgie du col :

-          Fais donc trois vœux, je les exaucerai !

J’avais d’abord souri, moquant mon imagination fertile. Mais la voix insistait, monotone, comme un message de répondeur. Puis elle se fit cajoleuse, persuasive. Je m’inventai un Prince au physique irrésistible tel Alain Delon dans La Piscine. Et tout naturellement je demandai :

-          Montre-toi, c’est mon premier vœu !

Il  y eut un rire tonitruant, un rire de gorge. Et l'autre de répondre que c’était impossible, je devais me creuser la cervelle, quoi, il n’y avait rien qui me tentait ? Je venais de gaspiller un vœu, il ne m’en restait que deux.

Je  trouvais ce vase moins sympathique soudain. C’était un objet tout bête en verre filé, sa place était sur le guéridon. Il se mit à chanter, à siffler : fais un vœu, fais un vœu…. Je me bouchai les oreilles :

-          Tais-toi donc !

-          Si tu y tiens mais il  te reste un... dernier vœu, penses-y, c’est ta seule chance.

Je m’étais assise dans le canapé à côte de lui. Je le fixai un instant, de la buée perlait sur le verre, on eût dit qu’il respirait. Je réalisai que c’était la première fois que je me tenais ainsi, n’écoutant que mon souffle calme. J’étais en paix, détendue. Je fermai les yeux, laissai pendre mes bras contre mes cuisses. J’entendais le ronronnement de la machine à laver, et  le chuintement des voitures dans la rue. Je m’endormis. Ce fut la lumière vive et clignotante de la guirlande accrochée au lampadaire devant ma fenêtre, à l'occasion des fêtes de fin d'année, qui me réveilla à la nuit tombée. Je sursautai et renversai le guéridon. Un rayon de lune  balayait les bris de verre au sol.

 

 

 

 

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 08:00

 

 

 

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Quitter Paris après les fêtes, suivre les nuages, aller vers les plaines, les vaches et la Seine serpentant jusqu’à  la mer. Cabourg est vide, ensoleillée mais triste, l'air est vif. Les digues ont des flancs couverts de couteaux échoués, qui craquent sous les pas de touristes encapuchonnés. Deauville semble morte, ainsi que Trouville. La foule est à Honfleur agglutinée autour des quais, promenades en famille et dégustations dans les nombreux restaurants du port. Sous un ciel nuageux s’accrochent les mâts des bateaux. J’ai le sentiment d’être un puceron désorienté projeté au sol comme si l’on  avait donné un coup de pied dans mon nid. Je me sentirais mieux en haut  des mâts crissant au vent, loin de cette  fourmilière qui va m’engloutir.  Mais je m’accroche au sol. Le temps est doux, je déambule au milieu des chalets disparates du marché de Noël, dans l’odeur de beignets et de pain chaud qui, trop c’est trop, me soulève le cœur. Des gamins courent, bavards, bruyants. Leurs parents  ont l’air heureux et détendus car les jeunes sont supportables au dehors, courant dans les embruns, les joues rouges et piquées au sel. Au reste, je suis en train de tomber amoureuse de l’instant. Honfleur bulle dans le soleil couchant comme une framboise dans une coupe de champagne.  J’ai le nez dans la mousse et je ressens une sorte de félicité.

 

 

 

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