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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 08:00
statue de Jan Matejko (1838-1893), Planty park, Cracovie, Pologne

statue de Jan Matejko (1838-1893), Planty park, Cracovie, Pologne

M’asseoir dans un coin du cadre et comme le peintre, observer les couleurs du printemps qui s’installe. Rester assise le jour entier, patiente, attentive, déterminer l’ensoleillement propice à la création d’une œuvre.

Je scrute le ciel et l’horizon, respire sous les frondaisons et j’ai pour tapis le gazon. Le  vent  court dans mes cheveux,  les oiseaux  me picorent le crâne. Le temps a suspendu son vol, je flotte. C’est le moment que je préfère, apesanteur artificielle, quand le monde semble tout petit, s’agite sous mes pieds afin que je le réinvente.

Si l’artiste couvre la toile de ses pinceaux, moi je me sens en verve. Les mots se pressent sous mes doigts, légers comme les robes des filles, sensuels ainsi que leurs bras nus. Des phrases entament une valse, des lettres distillent leur parfum, des sons s’élancent dans les arbres et font le tour de la ville. Si mon regard a ses limites, rien ne freine mon imagination.

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 17:27
DEFI 165 : SI JE DEVAIS CHOISIR

Durgalola a choisi pour le 165ème défi des croqueurs de mots: Dites à quelqu'un que vous aimez... Quelque chose... Contrainte supplémentaire, citer le nom d'un fleur.

Si je devais choisir un endroit, un mets, un livre, un film, une pièce de théâtre,  une activité, s'ii m'était possible de sélectionner, déclarer une fois pour toutes,  trancher sans aucun doute, sans trémolo dans la voix, hésitation, grimace, ou hochement de tête, haussement des sourcils, sans me gratter le crâne ou me curer l'oreille, trépigner, me ronger les ongles, scruter le ciel dans l'attente d'un signe, même invisible, comme le sourire d'un nuage ou ses pleurs sur mes joues, si te convaincre me paraissait évident, enfantin, t'amener à aimer ce que j'aime parce que je l'aime n'était que formalité, je ne douterais ni de mes goûts ni de ton amour.

 

Mais je me connais, je suis d'humeur changeante et capable de renier ce que j'ai adoré et j'ai une confiance limitée en l'amour, en son intensité,  je sais que parfois il ne dure que ce  que durent les ROSES. Mais j'apprécies, et toi aussi, j'en suis à peu près certaine, les moments partagés, le quotidien banal, comme ce soir-là, toi et moi ensemble, quelques macarons, un verre d'alcool de fruits, un  orchestre de jazz...

 

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 08:00
QUAND ON LA VOIT

Depuis la rue quand on la voit, on se la représente dans ses années folles. Quand sa toiture griffait le ciel au lieu de lui creuser une place dans la charpente. Quand ses murs enduits de torchis, peints et enfarinés lui faisaient la peau douce, le teint diaphane et l’air avenant. Quand des fleurs se hissaient à hauteur de fenêtres, répandaient les odeurs du printemps dans chaque pièce. Quand un jardin verdoyant et ombragé la parait de mystère. Quand sa beauté et son éclat attiraient les admirateurs.

Depuis la rue quand on la voit, on se demande ce qui la hante. Les vieux fantômes d’autrefois sont dans une forme insolente. Et par la porte entrebâillée, par les fenêtres démontées, le soupirail et le grenier, ils se faufilent, surfent et chantonnent. Ont des histoires à raconter, secrets de famille bien gardés et par les mulots colportés. Ils murmurent dans les branchages, chahutant  bourgeons et feuillages. Et puis s’échappent tout là-haut, nuage blanc effiloché porteur de rêves en fumée.

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 08:00
DEFI 164: SALLE d'ATTENTE

Afin de répondre à la proposition 164 de Dômi pour les Croqueurs de mots : ouvrir cinq livres à la page cinq, utiliser la cinquième phrase de chacun et l’inclure dans texte de notre invention, voici mon choix de livres :

Délivrances, Toni Morrison, Christian Bourgeois éditeur : Vraiment pas

Effroyables jardins, Michel Quint, Folio : A chaque fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé

Moderato Cantabile, Marguerite Duras, Les éditeurs de Minuit : La dame ne crut pas bon de relever tant d’orgueil

Plats minceur pour soirs de semaine, Solar : Cannellonis frais à la mousse de tomates basilic

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, Le livre de Poche : J’ai pensé que je ne devais rien oublier de son humour à froid, fantasmatique, et de sa singulière aptitude à la fantaisie.

Pour le récit, c’est parti…

A chaque fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. C’était un drôle de bonhomme. Le mardi après-midi, on pouvait l’apercevoir dans la salle d’attente. Il n’avait pas rendez-vous, tout le monde passait devant lui et lorsque le médecin appelait les patients, il avait un hochement de tête. Il saluait l’homme en blouse blanche qui l’observait, intrigué. Le temps défilait et lui dépliait un dépliant : « Comment gérer votre diabète », « Le cholestérol, ce mal sournois ». Il affichait une jolie brioche et un double menton qui pouvaient expliquer son intérêt pour ces lectures et justifier un motif de consultation. Mais il parcourait aussi les « Déclarer votre grossesse », « Je prends la pilule pour la première fois ». Il dévorait avec gourmandise Paris Match et Voici posés à plat sur une table basse. Un filet de salive faisait luire ses lèvres, comme lorsqu’il se  goinfrait de Cannellonis frais à la mousse de tomate basilic. Vers dix-huit heures trente, juste après que l’avant dernier patient s’était levé à l’appel de son nom, il se déployait, se dirigeait vers l’entrée puis disparaissait dans les escaliers comme dans un trou de rocher. Et imaginait la surprise du médecin qui s’attendait à le trouver dans la salle et ne comprenait pas son manège. Vraiment pas.

Un soir il toisa une dame dont l’enfant courait dans la salle en hurlant « Je vais vous tuer, bandes de cochons ! » et brandissait un sabre en plastique. Il dévisagea le morveux, ses yeux jetèrent du fiel, sa bouche se tordit de mépris, il jeta : « A ton âge, j’étais moins stupide ! ». La dame ne crut pas bon de relever tant d’orgueil et déclara mollement : « Allons Boubou, tais-toi un peu, tu me casses les oreilles ». Mais en passant devant lui quand vint son tour, elle siffla : « Il y a de vieux hiboux qui ne devraient jamais sortir de leur grotte ! »

Le silence se fit au départ de Boubou et de sa mère. Il ne restait que lui,  unique patient dans la salle. Il ne se décidait pas à partir car la pluie clapotait à la fenêtre. Le vent transformait les parapluies en soucoupes et les voitures crachaient sur les passants. Il ne se décidait pas à partir car on l’avait traité de…, ça le paralysait. Alors à un moment le docteur parut : « Monsieur, c’est votre tour ! ». Il avait l’air satisfait, rassuré.

Les yeux orange et ronds de l’homme fixaient le chambranle de la porte, il fronça les sourcils qui semblaient s’étirer jusqu’à ses oreilles, ébranla son grand corps massif. Il frotta son nez épais, crochu, attrapa sa sacoche qui s’ouvrit brutalement sur un grand châle en plumes jaunes et noires. Il s’en couvrit les épaules. Emit un borborygme de vieillard grincheux et en colère puis agrippa la blouse du carabin de ses doigts crochus : « Hou, il faut que vous me sortiez de là docteur, ça fait trop longtemps que ça me torture. Trop longtemps que j'hésite à vous parler. Ne réservez pas votre diagnostic. A votre avis,  suis-je un Aigle ou un Grand-duc ? »

J’ai pensé que je ne devais rien oublier de son humour à froid, fantasmatique, et de sa singulière aptitude à la fantaisie.

 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 08:00
Fort Saint Louis Fort de France, Martinique

Fort Saint Louis Fort de France, Martinique

La politique  ne  pouvait  changer nos vies. Les  discours restaient sans  d'effet. Un peuple ne s'identifiait plus à ses élus. Camper debout la nuit pour être entendu devenait obligation, contaminant d'autres nations.

On ne montrait   que des images de combats, de colère, d'attentats à la télévision. On bafouait notre besoin de renouvellement, d'équilibre, on piétinait  notre foi en l'avenir.

Si demain l'évolution de la société conduisait à descendre  un escalier étroit et raide creusé dans la roche instable du temps, nous nous précipiterions. Car  l'espoir est  bon guide. Au bout de la route attendent les palmiers et la lumière. Au bout du chemin, une jeunesse enthousiaste et désireuse de se prendre en main, une nation déterminée font entendre une voix de ténor sans laquelle l'Opéra politique n'est rien.

SI DEMAIN
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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 08:00
Cerazy Wysynski ( National Geographic)

Cerazy Wysynski ( National Geographic)

Défi 163 lancé par Jill-bill pour les Croqueurs de mots: d'après photo.

Si je dresse l’oreille, c’est qu’aujourd’hui je n’entends pas la pluie clapoter ni le vent mordre. J’ai tombé le bonnet et l’écharpe, rongé le plâtre qui m’abritait et mon museau prend la brise comme une bonne odeur de fromage. Une grive chante et puisqu’elle m’ensorcelle, elle doit aussi pétrifier les chats du quartier. J’ai tout mon temps, dimanche s’éveille, les trottoirs sont vides. Un soleil rose rase mon coin de mur et je me tiens dans sa chaleur comme en suspens. Les rues sont calmes, elles vont emprunter le grand escalier du printemps. Mais chut! Personne ne sait encore que les jonquilles, les cerisiers, les pervenches ou le genêt à balais ont prêté leurs parures et leurs parfums. C’est venu d’un coup cette nuit, ça s’est installé comme la fête foraine sur la Grand-Place du village.

Attention, la fanfare va entonner un hymne vernal, faites comme moi : tendez l’oreille !

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 21:55
DE LA PAIX

De là-haut, la planète semble apaisée telle une colombe qu’un vol aux quatre coins de la terre aurait comblée. Trop beau pour être vrai, trop irréel, flou, hors de portée. La nature pourtant fait bien les choses et ne laisse rien au hasard. Le paradis n’existe pas mais on peut s’en approcher, l’imaginer, tendre vers lui.

On peut s’unir et ne céder ni à la panique, ni aux menaces. Depuis l’hydravion du futur, percevoir un territoire où il fait bon vivre, partager ou respecter des idées, des croyances, sans violences et sans heurt. Depuis les nuages, entrevoir un monde naviguant sur les eaux calmes de la tolérance.

DE LA PAIX
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 19:47

 

 

BLOG EN PAUSE

A BIENTOT

 

 

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 08:00
COMMUNIQUER

C’était samedi soir, un bar comme un autre. Une scène et un groupe, guitaristes et chanteur, de la musique pour tous les âges, Manu Chao, Mark Knopfler, de la bonne musique, des spots lumineux, on siffle, on applaudit, on chante aussi, on n’ose pas encore danser.

On consomme, une pinte de Guiness, un verre de vin, un coca, une assiette à partager, un burger, des frites. On est entre amis, on s’amuse, on échange, un week-end comme un autre, une fin de soirée banale.

Il y a ces filles qui entrent, elles sont trois, portent des bottes, des shorts, ont  des cheveux blonds, une coiffure afro, elles s’installent. Aussitôt absorbées, silencieuses, immobiles, concentrées, elles m’intriguent. Pas un bruit à leur table, pas un chuchotement, pas une parole échangée. Rien. Isolées ensemble, au coude à coude, elles parviennent à ne pas se regarder, une réussite ! Car ces rencards entre filles, ces retrouvailles après une semaine de travail ont un but. Vite, vite, ouvrir son sac, sortir son téléphone portable, s’installer confortablement, se pencher sur son siège, croisant les jambes, provoquante sans le savoir et… pianoter, pianoter… Une soirée d’enfer !

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 08:00
Défi 160: D'UNE INCONNUE

Pour ce 160ème défi chez les Croqueurs de mots,  Lénaïg a choisi pour thème: un personnage sort du livre. J’ai choisi d’être cette inconnue dans la nouvelle : "Lettre d’une inconnue " de Stefan Zweig

 

Mon cher Stefan,

Pourquoi aujourd’hui, pourquoi ma révolte ? C’est que Valentin est passé la semaine dernière, a déposé ces roses blanches sur la table de ma cuisine. Les souvenirs me rongent.

Il y a eu ce romancier R., auquel tu m’as liée à l’âge de treize ans. Tu m’as ôté l’insouciance, tu m’as rendue femme, amoureuse et lucide déjà, tristement lucide. J’aimais sans espoir, au-dessus-de ma condition, j’aimais un homme jeune mais plus âgé que moi, un homme à femmes, collectionneur, viveur, sans attache.

Quand j’ai eu dix-huit ans tu as provoqué nos corps à corps, m’obligeant à renoncer à l’union des cœurs car R. ne voyait que ma peau fraîche de demoiselle peu farouche et la promesse d’instants légers, de peu de conséquence. J’avais de l'audace, j'étais moderne avant l'heure,  revendiquais mon indépendance,  ne voulais pas peser sur sa vie. Je suis fière de ce personnage-là, de ses actes, de sa volonté. Je me plais autant que tu as pris du plaisir à me créer.

Je t’en veux pourtant car tu imaginé le gâchis et la douleur d’une fin de vie misérable. Je meurs du chagrin d’une mère qui perd un enfant de cinq ans. C’est l'enfant de R. qui gît dans mes bras et je l’en informe, à l’heure de disparaître à mon tour. Cet esprit volage  se souvient à peine de moi, dans sa tête une petite musique, c’est tout. Mais pourquoi ne m’as-tu pas unie à l’un de ces hommes riches qui me courtisaient et se disaient prêts à élever mon fils ?

Même Phillippe Besson n’a pas eu le cœur aussi sec. Lui a inventé un fils à Marcel Proust, un fils adoré de sa mère, ignoré de son père, et qui découvre l’amour, le vrai, partagé, fusionnel avant de mourir dans les tranchées de la Grande Guerre. Moi, je me consume, je me refuse au cours médiocre d’une vie sans R. et je prive mon enfant du bonheur sur terre. Je suis amour déçu, amour vaincu, je ne suis plus. Je suis toi, bien avant ta propre désillusion.

Mais je traverse le temps, nous le traversons ensemble. Là est notre victoire, je ne suis pas réellement en colère.

 

 

 

 

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