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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 20:32
 
 
 
 
 
Texte publié dans le cadre du concours organisé par point d'interrogation.
 
Thème: poême en dix lignes commençant par décembre et se terminant par point d'interrogation.

 
Décembre tel une demoiselle pressée
D'atours inoubliables souhaite se parer
Et vers les grands boulevards, ébouriffé, blaffard,
S'en va baguenauder, s'en va quérir un fard,
Hausser le front, le nez, et la bouche plaquer
Tout contre les vitrines si grandes illuminées,
Ne sait s'il doit sourire, ne sait s'il faut oser,
De guirlandes et de boules, de bougies se parer.
Pourquoi tant de questions, une telle hésitation,
Quand célébrer Noël n'admet point d'interrogation.
 
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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:35

Consigne 69: Chroniques intimes

Aujourd’hui RAS. A part la rage, l’envie de bouger, et ne rien pouvoir faire. Car demain c’est le verdict de la mammographie de contrôle. L’affreuse radio qui dira si je peux continuer à élucubrer, rire, dire des bêtises et rêver de grands bruns musclés ou s’il faut tout mettre en stand by et se battre. Je piaffe inutilement comme un alezan devant  l’obstacle. Avec les collègues, je lis des articles tels que : Je grossis sans manger ou comment maigrir sans régime. Aucun intérêt puisque c’est métabolique, à mon âge on capitalise, on amasse, on rentabilise ses kilos.

J’ai appelé mon amie Josiane. Je  m’entortille dans ses problèmes pour me décharger des miens, en minimiser l’importance. Elle me parle d’une conférence qu’elle doit animer le mois prochain. Le thème est l’engagement, tout un programme ! Elle se donne du temps depuis son dernier poste. Quelques interventions par-ci, par-là, rien de définitif. Son travail n’était pas intéressant, elle est partie du jour au lendemain. On ne l’y prendra plus. Le ron ron du téléphone, l’énergie dans sa voix me font du bien.

 

J’ai rendez-vous à dix heures, ce matin. Ce qui veut dire tétanie, handicap, déconnexion des neurones. Décérébrée je suis. J’ai peur, alors tout va mal. En me levant, j’ai renversé la poubelle et failli marcher dans la litière du chat. Je pars avec une heure d’avance, mais il y a des travaux vers l’hôpital Saint Louis et je longe trois fois le canal St Martin avant d’arriver place de la République. Mes doigts se crispent sur le volant que je lâche. Mes mains se joignent en une prière à sainte Rita, patronne des désespérés. A Apollon,  Cupidon, Aphrodite, Valentin. Tous ceux qui de près ou de loin ont un rapport avec l’amour, avec mon homme et mes états d’âme. Parce que sans mon homme, je me sens minable et pas belle. J’écraserais bien toutes ces filles jeunes et jolies qui passent devant mes roues, pour leur apprendre à respirer la bonne santé et les promesses. Enfin je me gare. Un automobiliste courtois et souriant me permet de lui voler la priorité. Pas maintenant, monsieur, je ne sais pas encore si vous avez raison de me draguer. Si je n’ai pas les rototos en sursis. Si on ne va pas me hacher le buste en deux mots secs : tache suspecte. Si je ne vais pas hurler doucement en moi, tout au fond, pour ne pas affoler mon homme et nos louveteaux. Comble de bonheur, je passe tout de suite,  pas le temps de prendre racine à côté d’autres dindes en détresse dans la salle d’attente. De faire semblant de lire une page du dernier Katherine Pancol. Dans la cabine je compte mes pas, je respire à petits souffles mesurés comme durant les épreuves d’endurance au bac. La manipulatrice radio me rudoie et m’oblige à coller chaque sein sur une paroi lisse et froide comme son visage. L’interprétation des résultats prend du temps, je tremble, je dois rester torse nu en attendant.  Tant pis j’enfile mon gilet. Je recommence à déambuler les bras croisés, je me dandine comme une folle dans un asile. Le docteur  arrive, il est très beau, trop jeune, risque un œil lubrique sur ma poitrine. Ah, ce n’est vraiment pas le jour ! Il  me rassure, tout va bien, procède à l’échographie, fronce le sourcil, promène sa douchette, s’attarde, s’arrête,  me badigeonne de gel, m’ordonne sèchement de me tourner, à droite, à gauche. Il me persécute et me réconforte en même temps,  il utilise la méthode des bains romains, du chaud, du froid, j’allume, j’éteins la confiance. Feu rouge, feu vert… Puis c’est bon, vous pouvez y aller madame, n’oubliez pas d’apporter votre dossier avec vous, chaque fois, afin qu’on ne se pose pas trop de questions vous concernant. Dans votre cas, vous savez, c’est difficile. Il a un dernier regard sur ma poitrine, par en dessous, esquisse une pirouette, son pas racle le sol et pfutt, il s’en va.

Pourquoi ces précautions, ces insinuations, pourquoi c’est difficile dans mon cas ? Heureusement il y a internet, je décrypterai chaque mot du compte rendu. Je manipulerai la peur avec délice, j’aggraverai le diagnostic, j’augmenterai mon quota de nuits blanches. Ou alors j’irai à la piscine pour gérer le stress, un kilomètre de bassin, avec l’exquise sensation d’apesanteur, ne plus sentir Robert et René ballotter entre mes côtes.

Résultat, j’ai perdu mon livre dans une cabine. Katherine Pancol s’est évanouie, écoeurée de mes radotages de bonne femme. C’est tout dire. Parce qu’elle s’y connaît la Pancol en bonnes femmes.

 

Je me dépêche. Hâte de regagner la voiture, d’appeler mon homme, le rassurer, embrasser le combiné pour un transfert instantané de tendresse. Un agent de police est devant ma voiture, le képi de travers, un stylo dans la main, crissant sur un carnet. Il est tout rigide, bloqué par avance, professionnel. Il attend ma supplique, ma colère, mon coup de pied dans la roue. Il me tend son carton comme un bon point, triomphant. Je le remercie et je l’embrasse. Je m’autorise  un coup d’œil dans le rétro sur sa bobine éberluée et roulez jeunesse ! J’ai ma vie en cadeau, je compte bien en profiter.

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 11:59

Consigne 39

 

 

C'est un exercice combiné qui est cette fois proposé par Virginie Edensland. En effet, il s'agit d'écrire un texte dont le début vous est imposé, en utilisant également au minimum 10 mots parmi les 15 d'une liste. Ce double défi, nous ne doutons pas que vous saurez le relever, et que la surprise et l'émerveillement seront comme toujours au rendez-vous à la lecture des résultats.

Début : Il / Elle reposa le téléphone...Les larmes emplirent ses yeux...Il n'y avait plus d'espoir.

Mots imposés :
soleil, main, regard, feuille, rideau, océan, demain, oublier, rancoeur, soulagement, impasse, bonheur, lancinant, pourquoi, poing.

 

 

 

Il reposa le téléphone…Les larmes emplirent ses yeux…Il n’y avait plus d’espoir.

C’est du cinéma tout ça…Ce n’est pas le schéma que j’entrevoie pour moi. J’ai une belle maison avec un grand jardin. Dedans, une belle femme enceinte et deux beaux enfants de 6 et 8 ans. Je suis le patron de ma boîte. Et je m’emmerde. Je sais, je choque. Je pense à ce qui me porte, ce qui me pousse. Il y a le sport, comme ceux de mon âge, la quarantaine, je me fais croire que j’ai vingt ans. Je force, j’endure, j’éprouve. Il y a les fêtes où l’on admire ma belle maison, ma belle femme enceinte, mes beaux enfants.  Les réunions de famille aussi. Montrer qu’on forme un cocon et qu’on s’adore, même de loin. Il y a les soirées d’anciens, les vacances au Japon,  la nouvelle voiture et tout pleins de trucs qui font le quotidien.

Je crois qu’il manque l’essentiel dans ce que je mange, les condiments. Mes jours se déroulent en noir et blanc. Du vrai noir et blanc, pas de contraste, pas de faux jour, pas de mystère. C’est comme ça pour tout le monde, il paraît. Mais je ne l’accepte pas. Je ne suis pas tout le monde. Parfois je vais dans un bar tout seul, place de la Bastille. J’y vais le soir. Un surcroît de travail est mon prétexte. Là, je trouve ce  qui convient. La musique à fond, l’alcool à flot, les filles en nombre. Je m’imagine que je suis libre, que je vais bien. Je suis un caïd, un grand chef, un voyou. Ca me change de l’entreprise, ce côté sérieux, responsable. Ca me change de la maison, ce côté sévère, raisonnable. Je sors, je fume un peu, des types éméchés m’accostent, des gamines intrépides m’allument. Je retourne à l’intérieur, je m’étourdis, une Caï, un Mojito, une assiette d’accras. Et la musique, et l’évasion. Je plane, j’oublie.

 

Je me suis mis au yoga. Mon professeur est un petit vieux à lunettes. Ses chaussettes ont des doigts multicolores. Elles jouent aux marionnettes. Allongé avec les autres, je ferme yeux, et me concentre sur les parties de mon corps. Le prof voudrait que je me détende, que je m’endorme, que je m’extraie de moi-même. Mais, cils entrouverts,  je ne peux m’empêcher de regarder ses chaussettes, de les voir danser. Mon ventre se contracte, j’ai un rire nerveux. Il  le devine. Je le vois au tressaillement  de ses épaules, je perturbe le cours. J’ai le sentiment qu’il va m’exclure. Quand j’enfile mon imper à la fin de l’heure, il s’approche de moi et me serre la main. Il me détaille comme un prêtre. Il voit de la souffrance dans mes sourcils, dans ma barbe naissante. Il n’ose pas me renvoyer. Je souris, j’en profite, il est  le seul qui perçoive ma détresse.

 

Je lis des psaumes,  je parcours les textes des philosophes. Je participe à des initiations rituelles, des cérémonies, je donne de l’argent pour mon salut. Parfois je m’éloigne le week-end, j’assiste à des congrès, j’emporte des livres, des cahiers, des devoirs à rédiger. Ou alors j’effectue des pèlerinages, Lourdes, Lisieux, j’achète des médailles. Les enfants s’étonnent, il va où papa. Ma femme menace de divorcer, mais timidement, son ventre la freine. La famille,  tout ça, ça ne va pas m’arrêter. J’ai tant besoin de couleurs.

 

Je peins des tableaux. Je me suis équipé, gouaches, peinture à l’eau, à l’huile, chevalets, pinceaux. Je prends des cours deux fois par semaine. C’est encore du temps que je vole aux miens. Je n’y peux rien, c’est comme ça. Parfois le dimanche, je retourne chez moi en Picardie. Je m’installe sur les bords de la Noye au soleil, et je peins les canards, les poules d’eau et les saules dont les feuilles pleurent. Je ne lésine pas sur les nuances et la lumière. Je me fais plaisir. Un jour, un promeneur  s’est arrêté derrière moi et m’a regardé barbouiller la toile.  Il veut l’acheter. Il y trouve de la  vie, du bonheur. J’ai ricané comme un imbécile. Mais l’idée a germé. Si je changeais de métier, si j’allais à l’authentique ?

 

En ce moment je me lève tôt le matin. Je prépare le petit déjeuner pour moi et pour ma femme. Ca lui fait plaisir. Elle se dit que je tiens à elle un peu quand même. Je l’embrasse dans le cou et je sors. Je vais faire un tour le long du canal de l’Ourq. C’est comme un besoin d’espace, d’océan. Quai de Seine ou Quai de Loire jusqu’à la Villette. Je marche au son des clapotis, je rencontre des coureurs et je les salue. Je n’ai plus d’énergie pour les imiter, ce  signe de la main me fait du bien. C’est une sorte de connivence, de complicité. Et j’aime  l’esprit de confrérie, d’appartenance. J’attends d’avoir bien froid avant de rentrer. Aux joues, aux mains, aux jambes : j’attends la morsure, le feu. Au retour ma femme se fait câline, elle tient absolument à me réchauffer de son corps lourd. Je me détache le plus doucement possible, je fuis son regard. Je lui fais de la peine, mes gestes sont brusques. Malgré moi. C’est quand la peau me brûle que je trouve le courage de me jeter dans le fourneau. De jouer au chef d’entreprise, cette comédie.

 

Le verdict est tombé. Hépatite C. J’entame le processus la semaine prochaine : Ribavirine et Interféron. J’en ai pour un moment. On m’a dit que ça marche bien, quelques coups de fatigue, comme une grosse grippe. C’est tout pour les effets secondaires, c’est un soulagement. Je ne suis pas dans l’impasse comme je l’avais d’abord cru. Ma femme a fait des analyses au début de sa grossesse. Elle n’a rien heureusement, je n’aurai pas supporté je crois. Demain je la mettrai au courant, je lui expliquerai. Elle n’avalera pas de couleuvre. Je guérirai si elle pardonne, si elle comprend, si elle accepte mes écarts. Si la rancœur ne vient pas ruiner l’amour. Je n’ai qu’elle et je la rejette pour le moment. Dès que j’aurai parlé, je m’accrocherai à son ventre. Je serai un fardeau. Je me sens aussi démuni que l’enfant à naître.

 

 

 

 

 

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 11:19

 

Consigne 63

 

 

Le principe de cet exercice est de choisir cinq éléments dans chacune des listes ci-dessous (personnages, lieux, dates et nombres), et de construire un récit incluant l'ensemble des éléments choisis.

Personnages : prêtre, assasin, chien, femme, homme, poisson rouge, vieux, chat, peintre, maître, voleuse, femme d'affaires, magistrate, recteur d'académie, policier

Lieux : Un balcon, un bar, une abbaye, une maison close/bordel, un sous-sol, un/des toit(s), une cage, une cellule, une cuisine, une salle de bain, un bureau, une réserve (de magasin), un ascenseur, une cabine, des escaliers

Dates / Nombres22 mars, 15, 7, 1, 5, 12, 31 décembre, 1 mai, 74, 156, 2943, 33, 7 octobre, 150, 1528


 

    

     

 

 

Pierrot est un chat européen, c'est-à-dire un chat comme tous les chats. Un chat qui n’a rien d’extraordinaire mais il plaît. Parce qu’il est grassouillet, que son ventre blanc traîne à terre. Il est tout gris sur le dessus, il a même un masque autour des yeux et un museau tout blanc. Il a des chaussettes blanches autour des pattes et une touffe grise sur sa patte arrière gauche. Il aime onduler dans la maison comme un cowboy. Pierrot s’appelle Pierrot parce qu’il rappelle à Mr Grisouri l’un de ses copains d’école qui s’appelait Pierre. C’était un petit garçon qui dormait au fond de la classe. Quand la maîtresse l’interrogeait, il se frottait les yeux et disait :

-         Ben quoi, j’sais pas moi !

Mme Grisouri  a refusé qu’on l’appelle Pierre, c’est un prénom de petit garçon. Alors ils se sont mis d’accord, Pierrot, c’est pas mal. Et puis ça va avec dodo, p’tit gros, pataud. Pataud ? Pas tant que ça.

 

 

C’est le quinze août aujourd’hui, un jour férié chez les humains, comme le premier mai. Et chez les chats c’est la mi-aou. Les maîtres sont partis et Pierrot veut réunir tous ses amis. On ne sait pas comment il s’y prend, c’est comme un tam tam. Tout le monde est au courant. On vient du monde entier.  Gros Loukoum est une gourmande qui arrive  de Turquie. Son poil est tout collant. Petit Nem est un chat siamois qui trotte depuis la Chine. Goudam est un chat tout rond au pelage orangé qui vient de Hollande et adore le fromage. Zizi Patte en l’air est une chatte acrobate qui fait un numéro le soir dans un cirque ambulant. Sans compter Gilda la rousse mystérieuse. Si je vous disais qu’il y a aussi une petite souris blanche appelée Poupette. J’ai bien dit une petite souris, oui, une souris amie des chats. La plus belle c’est Corne de Gazelle, la préférée de Pierrot, sa petite copine, quoi ! Elle aussi est toute blanche, toute fine et ressemble à une pâtisserie orientale.  Comme elle est là, Pierrot a confiance.

 

Mais tous les placards de la cuisine sont fermés à clefs, comme la porte de l’entrée. Il faut de l’aide. Alors Pierrot, bon prince, un peu crâneur, descend le long du balcon, l’appartement étant au premier étage. Il va amadouer la gardienne de l’immeuble. Vous savez bien comment il s’y prend, et que je te frotte, et que je te chatouille avec mes moustaches… Et que je t’emballe ! Elle monte avec son ouistiti, Tire bouchon qui flaire une occasion d’être nourri à l’œil.  Elle a les clefs de l’appartement, elle ouvre le garde manger. Pierrot ronronne et lui frôle la jambe au  passage. La gardienne oublie de refermer les portes en sortant et Tire bouchon va  se cacher dans la salle de bain.

 

Pierrot veut bien aider  mais, avachi sur la table de la cuisine, il en a assez de piquer du poisson sur des bâtons.  Il  a compté les brochettes, d’après lui, il y en a au moins deux mille neuf cent quarante trois. Il lâche tout et cache son nez dans ses pattes. Il a juste le temps d’apercevoir la truffe agacée de Corne de gazelle avant de fermer les yeux. Il baille avec un miaou bref :

-         Ben quoi, j’ai sommeil !

-         Tu pourrais participer au moins! Il faut écraser des crevettes, émietter du thon, répartir les croquettes dans des bols…. Tes amis sont au nombre de cent cinquante six et il faut tabler sur sept petits fours par invité, alors tu peux faire un effort !

-         Tu n’as qu’à demander à Gros Loukoum. Il faut la surveiller sinon elle engloutit tout ce qu’elle prépare. Mais elle sera ravie de t’aider !

-          Mais c’est toi qui organises, enfin !

-         Bof, je compte sur vous. C’est ça l’amitié, non.

Il s’étire et s’étale de tout son long sur le plan de travail. Bientôt son ronflement remplit la pièce. 

Corne de Gazelle soupire. Elle prépare un couffin pour la sieste des chatons venus avec leurs parents. Elle va l’installer sous la table de la salle à manger.  Pendant ce temps, Tire bouchon sort de sa cachette, il fait le clown. Il saute dans tous les sens et casse de la porcelaine sur une commode. Il attire une partie des invités vers la salle de bain qu’il referme et bloque avec une chaise. En poussant des Yo ! Yo ! il se gratte la tête et se précipite à la cuisine pour engloutir tout ce qui est sur la table. Dans sa hâte de goinfre, il ne regarde même pas ce qu’il avale. La queue de Pierrot  est dissimulée sous un papier d’emballage jaune. Il la prend pour une banane et...

 

Pierrot l’attaque aussitôt, aidé par une armée de chatons surgis du couffin, encore tout endormis mais féroces. Tire bouchon hurle. On entend les pas de la gardienne dans l’escalier. Elle entre comme une furie, essuie ses mains sur son tablier et tonne :

-         Qu’est-ce qui se passe ici ?

Elle reconnaît les cris de son « artiste » et  fonce tout droit vers la cuisine. Elle découvre le ouistiti la patte coincée dans un pot de cornichons. En voulant le libérer elle tombe à la renverse sur le carrelage, un peu groggy. Corne de Gazelle attrape  Pierrot, qui accroche Gros Loukoum laquelle se suspend à Goudam qui saisit Petit Nem par la patte arrière droite. Ainsi ils forment une chaîne et tirent  la bonne femme vers l’entrée. Avec Tirebouchon rivé à son tablier, elle dégringole les escaliers.

 

Tout à coup Pierrot dresse les oreilles. Il perçoit le bruit de la cage d’ascenseur.  Monsieur et Madame Grisouri sont déjà de retour. Quelle catastrophe ! Toute une organisation se met en place. Les chatons freinent l’avancée des maîtres en zigzagant dans leurs pas sans qu’ils s’en aperçoivent. Dans la grande salle, des chats nettoyeurs se mettent en boule et réparent les dégâts. Les autres invités se planquent dans le grand vaisselier. Aïe, aïe, attention à la vaisselle !

Mr  et Mme Grisouri arrivent au salon. Ils sont tout rouges et leurs cheveux font des serpentins sur leur tête. Le salon  est en ordre,  mais on voit des touffes de poils partout sur les chaises. Des poils de toutes les couleurs, de toutes les longueurs. C’est drôle non ! Et Mme Grisouri veut regarder ça de plus près. Elle enlève ses chaussures. Elle ne va jamais dans le salon avec ses chaussures. Elle se tourne vers son homme en geignant:

-         Edouard, je saigne, il y a du verre cassé par terre ! On nous a cambriolés, téléphone à ton ami le policier !

Elle se penche :

-         Oh ma porcelaine de Limoges, c’est encore ton chat. Sale bête !

La voilà qui tire les moustaches de Pierrot.  Celui-ci lève brusquement le museau et ses poils se dressent.  

-         Non, c’est toi qui laisses traîner  tes affaires! soupire Mr Grisouri. Ca devait arriver !

Pierrot se précipite sur le pied blessé et le lèche avec application. Il ferme les yeux avec gourmandise. Mr et Mme Grisouri éclatent de rire et Mr constate :

-         Allons ma chérie, ce n’est rien. Regarde, Pierrot veut te consoler.

Celui-ci frotte son dos sur  la main de Mme. Il ronronne. Il l’observe à la dérobée. Mr Grisouri a droit à un câlin lui aussi.   

-         Je t’emmène au restaurant, décide Mr. Remettons-nous de nos émotions.

Gagné ! Pierrot se mange les griffes avec application, l’air de rien. La porte de l’entrée claque.

Les maîtres sont partis. Les nettoyeurs qui s’étaient aplatis sous le canapé, grimpent sur les chaises, s’enroulent et vont terminer leur travail. Mais Pierrot les arrête. Il gratte au bas de la porte de la chambre. Il cogne celle  des toilettes en plein milieu. Il y a du beurre sur la poignée de la porte de la cuisine et du savon sur celle de la salle bain. C’est un jeu de chaton de les ouvrir pour Zizi Patte en L’air, la petite chatte acrobate. Les copains, ceux que Tire Bouchon avait enfermés se dirigent tous vers le salon, à la suite de Pierrot et du reste de la troupe. Le voilà qui se dresse sur ses pattes de derrière avec un miaulement joyeux :

-         Et maintenant les amis, que la fête commence !     

 

 

 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 18:27

Consigne 61 D’Ecriture Ludique

 

Deux personnes se promènent dans une forêt. Leur chemin se sépare un instant, pendant lequel l'une des deux (le personnage principal), suite à un phénomène étrange, découvre une sorte de "boîte"...

A partir de ce canevas très simple, racontez-nous une histoire où vous pourrez décider absolument de tous les détails, le but étant comme pour beaucoup de nos exercices d'éviter la banalité, les clichés, et donc de chercher à surprendre par le ton, les personnages, les situations...

 

 

Elles ont choisi de parcourir le pays, de ravaler leurs dépits. Les hommes, stop, on zappe, on oublie. Elles ont jeté les valises dans le coffre de la Clio et taillé la route. Un vagabondage intellectuel, initiatique. La Bretagne d’abord, elles ont hanté Combourg, froid, austère, traqué Chateaubriand. Puis elles se sont invitées chez Georges Sand à Nohant, convivial et champêtre. Elles sont descendues vers Bordeaux, poursuivant Montesquieu  dans son antre à La Brède. Cela fait déjà dix jours qu’elles s’évadent, qu’elles s’allègent, qu’elles respirent. Hélène observe Louise qui se dénoue. Les premiers soirs, elle s’endormait vite, recroquevillée en chien de fusil, la tête enfouie dans les draps. Au fil du temps, elle s’est étirée, occupant tout l’espace, une jambe, un bras, un sein dénudés, offerts. Hélène s’assied, haletante, sur son lit jumeau. Son cœur roule dans sa poitrine, écrase les poumons, comme une boule dans un jeu de quilles. Elle va à la fenêtre qu’elle ouvre grande, happe l’air, expire lentement. Puis, se dirigeant vers le lavabo, elle se passe de l’eau sur le visage, jette un œil à son reflet dans la glace.

-         Que m’arrive-t-il ? 

 

Elles reviennent sur Paris, explorant les châteaux de la Loire. Profitent d’une halte au Clos Lucé, domaine du Seigneur de Vinci. Le parc est magnifique et la lumière, en cette soirée de la fin août, est d’une blancheur crémeuse, irréelle. Procure une harmonie, une quiétude que personne ne songe à rompre. Les visiteurs chuchotent, leurs pas glissent dans les allées, et au détour de chacune d’elle une machine gigantesque du génial inventeur incite à la réflexion, à l’admiration. Les filles avancent en silence, découvrent la flore et la faune d’un écosystème marécageux. Elles  traversent le grand pont de chêne à double travée, se promènent à l’ombre des grands arbres, dans la fraîcheur des sources jaillissantes.

 

Hélène s’éloigne un instant, tandis que Louise contemple les canards et les carpes dans la mare. Elle se dirige vers le jardin botanique, se penche, attribue un nom à chaque plante. Elle veut occuper son esprit, chasser le trouble qui la saisit et l’effraie. Sur le sol, elle remarque une minuscule boîte blanche et l’ouvre dans le creux de sa main. Tel un vizir ou le génie de la lampe, Léonard apparaît, majestueux. Il ne porte pas le lourd manteau de velours des riches citoyens de Milan mais une sorte de blouse blanche. Il ressemble à un apôtre. Ses longs cheveux, sa barbe en pointe et un sourire prophétique illuminent son visage. Hélène se secoue, c’est le moment de dire des âneries, arrête la coke et l’ectasy, ma fille !  

Laisse tomber les feuilletons surnaturels, les « Stargate »,

les « heroes », eh, ho, atterrit ! Ou alors achète l’intégrale de « the L Word », parce qu’avec ce qui t’arrive, tu en auras besoin !

La voix de Léonard, s’élève, impose le silence :

-         Il n’y a pas de maîtrise à la fois plus grande et plus humble que celle que l’on exerce sur soi.

Hélène hoche la tête, esquisse un sourire. Et tandis que le spectre disparaît, énigmatique, un rien farceur, elle écarte ses doigts recroquevillés sur l’objet dans sa main. C’était un caillou lisse et rond qu’elle dépose doucement dans la terre.

 

Elle retrouve Louise assise en tailleur au bord de l’eau, hypnotisée par l’onde qui se propage à la surface. Elle passe un bras autour de ses épaules et l’autre sursaute. Il est trop tard, je ne peux pas m’éloigner de son odeur, de sa chaleur. Plus maintenant. Tout ça c’est de la faute à Léonard ! Je n’ai pas son calme, sa philosophie. Pour se donner du courage, elle attend qu’il souffle  une autre maxime, un prétexte, un alibi. C’est dans le bruissement des feuilles et la course du vent à travers les joncs qu’elle entend : louer ou censurer ce que tu ne comprends pas peut causer préjudice.

Alors elle s’autorise un geste, se rapproche davantage, pose sa tête contre l’épaule de Louise et murmure :

-         Tu as froid ?

-         Non au contraire. Je suis bien.

     

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 17:12

Je l’appellerai D.D. A dix sept ans, il n’avait rien d’un adolescent déluré et dragueur, ne savait pas mordre la vie avec des crocs acérés. Il était réservé, timide, portait des lunettes sur un visage piqué d’acné et son sourire arborait une dent de travers. Les filles, la séduction, tous les jeux des gosses bien dans leur peau, ça viendrait plus tard. Lui, ce qui le boostait, c’était les études. Deux ans de classes préparatoires, plus une troisième pour intégrer l’école de son choix, et voilà c’était parti. Il s’était lancé tout seul. Sans l’aide des parents, ces cours en plus, ces loisirs d’enfant gâté, cette émulation intellectuelle. Lui c’était un fils de cut’. Un cousin picard de Dany Boon. Son village c’était Paillart, à côté de Breteuil dans l’Oise. Où l’on s’assied chu’ch cayel le temps d’avaler un chtio kâfé, où l’on carbure au Picon bière dans les fêtes entre potes. Comme au  bistrot du coin, avec les potes toujours, de vrais paysans qui ont l’avenir tracé dans la succession au père.

 

Au cours de sa première année d’école, D.D. s’était fait discret sur le bizutage. Rien ne filtrait des épreuves de potaches, des mascarades d’un goût douteux qui forgent des liens entre les gars des promos. Cette volonté de servir, cette flamme ardente et pure, de l’amitié éternelle. Sur les photos de la promo AM Li 191-194, j’aperçois un jeune homme radieux, les boutons d’acné ont disparu. Il porte une blouse grise bariolée de signes cabalistiques, avec un écusson, de grosses lunettes en écaille, une chevelure et une barbe d’homme des bois. C’était l’une des règles de l’école : interdiction de se raser ou de se couper les cheveux durant le premier semestre. Il effrayait mon fils qui avait  quatre ans à l’époque, je m’en souviens, c’était hier. Sur d’autres photos, il a le costume de l’école, la casquette, l’écharpe rouge et les gants blancs. Le tout porté avec décontraction, nonchalance. Comme pour dire tout ça c’est notre folklore, la vie bien sûr, c’est autrement.  J’aime aussi cette photo où devant sa glace, il se rase de près, cette délivrance, ce bien-être après l’épreuve. D’autres souvenirs, plus incongrus se bousculent dans ma tête, comme cette ferveur devant le feuilleton « Le château des oliviers », lui et moi côte à côte sur le canapé, scotchés devant la télé, alors qu’il séjournait à la maison pour son stage à Paris.

Sur le livret de l’école il a le numéro 60, comme celui de son département, c’est une coïncidence, il s’appelle Sonny. Il appartient à la bande des betteraves.

 

Pendant les vacances, D.D. n’allait pas au Club, ou planter la tente dans le Vaucluse avec les copains, ni même vadrouiller au tour du monde, sac au dos. Les vacances, c’était les moissons. Pour aider son père, il parcourait les champs avec son tracteur et portait le blé à la coopérative. Il avalait de la poussière, se cassait le dos sous les ballots de paille. Et le soir, il retrouvait les potes. Au bistrot. Les amis du coin, à l’avenir tout tracé.

 

Après le temps d’école, deux ans à Lille, un an à Paris, il y eut le temps d’armée, à la Défense, au ministère, à Paris toujours. Il y eut les permissions, les retours aux sources, à Paillart. Et même s’il retrouvait les copains d’enfance, les origines, D.D. s’en irait un jour. Il le savait. Et ceux dont l’avenir n’offrait pas de mystère, le savaient aussi. Alors le fossé de l’envie, de la jalousie, s’est rempli.

Il a suffit d’une dispute un soir, au café. D.D. est sorti, tout colère. Il est monté dans sa voiture, a négligé sa ceinture, il en avait pour cinq minutes. La maison était proche. Mais les autres l’ont coursé sur la route de la Falloise. L’ont-ils réellement coursé, lequel conduisait, D.D. a-t-il perdu le contrôle de son véhicule ? On l’a retrouvé dans un champ, éjecté de sa voiture. C’était dans la nuit du 4 au 5 novembre 1994.

On a exploré toutes les pistes et leur contraire, à l’arrivée tardive des gendarmes. Et puis on a laissé tomber. Pour la famille, ses frères, sa sœur, il restait les larmes et le chagrin à vie. Pour les autres, le temps de l’oubli.

 

Six mois après nous avons reçu son diplôme à la maison. D.D. ingénieur des Arts et Métiers. Ingénieur « Garsdzarts ». Dans la famille, il était le premier à réussir de longues études. Il aurait aujourd’hui l’âge de Gérard Philippe ou de Guillaume Depardieu à leur départ. Il aurait déjà accompli de belles choses. On ne lui en pas laissé le temps. Pour nous il est encore là, il a toujours vingt trois ans. C’est Didier, mon beau frère.

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 20:49

Avant, c’était mission impossible. Le matin, j’avais les enfants et l’école, les courses ou le  travail. A midi, ma pause déjeuner était sacrée. L’après midi, je me retranchais encore derrière le travail ou les copines, les devoirs des enfants. Et le soir, c’était le repas à préparer. Enfin là j’exagérais, j’ai un mari qui bosse à domicile. C’est bien pratique quelquefois le soir, un homme qui cuisine, c’est a-do-ra-ble !  Le dîner était le seul moment que je vivais réellement dans une famille harmonieuse, unie et muette devant la télé.

Elle m’avait fait la leçon, elle avait dit: après quarante ans, le sport c’est un must. Elle c’est ma bonne copine, celle qui me veut du bien. Transpire, souffle, attrape des crampes, gèle-toi les doigts, le nez, elle avait insisté. Obligatoire ! Retrouve ta légèreté, ta respiration, le goût de l’effort, de la discipline. Attends, ne dis  pas que tu t’en f… Les enfants ?  Ils sont à la fac, non ? Le midi ?  Ben quoi, salade ou sandwich, c’est tout. Le soir de temps en temps,  ton homme se débrouille, ça n’est pas ce que tu prétends ? Personne n’ira te culpabiliser, te traiter de mère ou d’épouse indigne !

Laisse-toi tenter. D’abord tu fais un bilan de santé. Ben oui, c’est plus prudent, à nos âges…Escorte-moi durant une toute petite semaine. Je parie que d’autres suivront, que tu ne pourras plus t’en passer. Et puis le printemps arrive : super pour commencer! Les jours allongent, l’air est plus doux, les arbres bourgeonnent : c’est idéal !

Quel baratin, je te jure !

 

 

On y va quand ? Tôt le matin, à midi, le soir, c’est toi qui décides ! Il y en a qui courent à jeun, mais je ne te le conseille pas, il vaut mieux te caler l’estomac. Tes vêtements ? Confortable, hein, pas midinette, et de bonnes chaussures surtout ! Le premier jour on ne dépassera pas un quart d’heure, je te promets. On s’arrête dès que tu n’en peux plus. Si tu as mal aux jambes, frictionnes-toi avec une crème chauffante. Chochotte, va !

Allez, pour te motiver, tu n’as qu’à emprunter le MP3 de tes mômes. Ils ont toujours de la musique hyperspeed, pas forcément à ton goût, mais c’est radical pour l’entrain. Trouve ton rythme : j’expire deux fois, j’inspire deux fois par exemple, et je recommence. Arrête de geindre, t’es pas marante. Tiens demain, on se lance un défi, on court cinq minutes de plus qu’aujourd’hui. Chiche !

Bon ça y est, on a établi un parcours agréable qui ne massacre pas trop les chevilles. Tu es d’accord ? C’est pour l’endurance, pas pour battre des records, Ok ! On ne cherche à rattraper personne, ce qui importe c’est d’augmenter la durée du trajet.

Et on a le temps d’admirer le lac et les canards, de regarder verdir les marronniers.

Aujourd’hui tu n’as pas remarqué, tu souffres moins, tu souffles moins, tu te sens légère et le vent fouette agréablement tes joues.

Pour la musique, rends-toi compte ! Avant tu te laissais porter, maintenant tu te permets d’écouter et tu zappes les morceaux qui te déplaisent. Prends le temps de saluer les autres : ce sont toujours les mêmes qui courent à la même heure. Rallonge encore de cinq minutes, tu vois, on en est à trente minutes quotidiennes.

Ca y est, le but est atteint, rythme, endurance, légèreté des muscles ! Quel exploit ma fille !

Tu y prends plaisir, avoue,  ton organisme libère des endorphines : tu as ressenti cette  plénitude, ce calme. Tu n’éprouves rien? Menteuse. Moi, je vois bien que tu n’es plus à cran.

Tu peux porter un panty pour augmenter la perte en eau, je sais c’est pas sexy. Mais c’est intéressant si tu ne veux pas courir plus de trente minutes par jour. Si tu souhaites tenir plus longtemps, il te faudra  du temps et de la motivation. Attention, tu risques de décrocher rapidement. 

Demain pause. Tu as bien entendu: you’ve to make a break. Tu te reposes et là, le manque va s’installer. Oui ma chère, courir t’est devenu indispensable.

Repartir n’est plus une corvée. C’est un besoin. Par ailleurs, tu t’apercevras que monter les escaliers, courir après le bus ou le chien est un simple jeu de guibolles. Le cœur s’est adapté, les bras, les jambes se coordonnent sans effort. Au travail tu t’énerves moins. Pour tes enfants, tu es la crème des mamans et  ton Jules t’adore. La prochaine fois, demande lui  de t’accompagner, à celui-là. Hum…

Tu arrives à la fin de ta première semaine. C’était harassant, je te l’accorde : crachoter comme une phtisique n’avait rien de plaisant. Et tous ces  sexagénaires qui te dépassaient, ça t’humiliait. Entendre ton cœur déchirer ta poitrine était angoissant. Mais sois sincère, retrouver ton souffle, tes jambes de vingt ans, acquérir de la vitesse, de l’endurance, te débarrasser du stress quotidien valait bien quelques sacrifices.

Tu as raison, chouquette, j’ai répondu.  Mais je reviens de chez le phlébologue. Il m’a interdit les sports par à coups, c’est ballot ! Dès demain, je me mets à la natation.

 

 

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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 17:43

 

 

Christian est un jeune homme romantique, très grand, très beau, très doux. Par ses traits réguliers et ses yeux pleins d’étoiles, il rappelle le chanteur Mika. Sa voix est suave, il a des gestes amples, élégants. De la grâce, du raffinement. Il se déplace avec lenteur et distinction : c’est un dandy égaré au vingt et unième siècle. C’est un séducteur bien sûr. Les filles pour lui c’est du gâteau : il les enrobe comme du sucre, il les englue comme du miel. Et il tétanise les grand-mères :

-         Oh, quel beau jeune homme, quel dommage, je n’ai plus vingt ans et pas même une petite-fille à lui présenter !

 

Christian a vingt neuf ans. Il soigne son apparence, porte des chemisiers blancs entrouverts sur une chaîne en or et une poitrine glabre, étroite. Arbore un crucifix à l’oreille gauche : je suis un  mystique, dit-il. Il entoure quatre doigts de chaque main de bagues en argent, ça donne du poids à sa langueur. S’accroche un bracelet en cuir au poignet droit,  ajoute une touche virile à sa préciosité. Christian plaît, je l’ai dit. Mais il ne sait pas ce qui lui plaît à lui.  Il rêve de peinture et de bandes dessinées, s’est lancé dans la « final fantaisy » et s’échappe, s’échappe. Ca lui permet d’occulter qu’il vit de petits boulots. Ca lui permet d’oublier Aline qui s’est casée ailleurs parce qu’elle ne supportait plus ses fuites, ses hésitations, ses regards vides et larmoyants. Aline qui ne sait pas ce qu’est un artiste, ne voit pas le mur d’incompréhension dressé devant lui. Qui n’imagine  pas que  douleur rime avec  création. Aline est  droite, sage, raisonnable. Elle n’a pas ce grain de folie, ne laisse aucune place à l’imprévu. Avec elle tout est simple. Or c’est si compliqué la vie !

 

Christian a rencontré Sylvie. Elle a vingt quatre ans, est très belle et aussi folle que lui. Sylvie est merveilleuse, elle fait des études de philosophie, elle aime discuter, elle sait tant de choses. Avec elle, la vie a une vraie saveur, elle peut expliquer, recadrer, décortiquer les événements. Dans les soirées, avec elle, Christian ne s’ennuie jamais, elle brille par sa beauté, son intelligence. Alors on l’envie, lui, on le jalouse. Ca ne dure pas. On pardonne. A tous les deux.  Car Sylvie accompagne les délires de Christian, assiste à ses créations, elle a  servi de modèle pour l’un de ses tableaux. Ca représente une femme bleue et nue alanguie sur une mer rouge surmontée d’un soleil vert. C’est délicat, c’est futuriste, c’est coloré.

 

Christian n’aime pas Paris. Il a besoin de calme et de feuillages, et d’eau.  Il a besoin de contempler. Il vit à Auvers, chez ses parents dans une grande maison non loin de l’Oise où ses yeux plongent dans la noirceur du monde. Où son inspiration trouve sa source. Il est si conscient de ses tourments que ses petits boulots s’en ressentent, il est souvent en retard. Une heure, deux heures parfois. Il a tant œuvré sur la toile qu’il a oublié l’heure, s’est couché à trois heures du matin. Et il avait si mal au crâne… Ce sont les explications qu’il donne à ses employeurs. Ou alors il raconte que s’il prend le train d’avant, il arrive une demi heure trop tôt, donc il préfère arriver avec une heure de retard en prenant le train d’après. Ca se tient comme raisonnement. C’est limpide comme le regard de Christian. Ce regard qui se voile parfois quand il songe à acheter un appartement, à gagner de l’argent. A entrer dans la vie quoi, essayer au moins. Construire un jour, quelque chose ailleurs.

Christian prépare une exposition à la mairie d’Auvers. Il a prévu de valoriser son stand, sait quels tableaux il exposera. Avec son frère il a dessiné des marque-pages dans le style « final fantaisy », qu’il vendra un euro ou deux aux enfants. Ils se vendront bien. C’est un début. Christian a crée un blog. Comme ça tout le monde appréciera son travail. C’est vrai qu’il est doué, mais il est si lent, indéterminé. Volonté, endurance n’entrent pas dans son caractère. Il aurait dû naître dans les îles. Avec tous les clichés que ça suppose, on aurait mieux supporté.

 

Christian a rencontré Laurie. Elle a quarante cinq ans et le charme des femmes mûres. Elle a une situation, de l’argent, un mari depuis vingt ans et des enfants déjà grands. Elle pourrait l’aider. Alors il sort le grand jeu. Les doigts qui frôlent, les yeux qui tuent et tout le bazar. Il dit qu’il a une copine, Sylvie. Qu’elle est très belle, qu’elle est en vacances, qu’il espère qu’elle ne va pas voir ailleurs. Mais que lui ça ne l’empêche pas de s’intéresser aux autres femmes. Quand  il dit ça, il enfonce les pupilles dans l’iris de Laurie comme pour transférer de l’amour. Et du sucre. Mais sur Laurie ça glisse, le sucre. Il y a du vernis dans ses yeux, elle a connu les larmes et la trahison. Les manigances d’un petit branleur elle s’en fiche. Et Christian n’insiste pas. Il a juste un rictus, une parole sèche du style, vous ne savez pas ce que vous perdez. Il est adossé à une commode, Laurie ne voit pas que sa main derrière lui agrippe le bois. Qu’il perd l’équilibre. Qu’il se demande où est sa place dans la société.

 

Depuis peu, Christian rêve la nuit. Aline… 

 

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 18:12

Arsène est chauffeur livreur. Tous les matins, dès l'aube, il traverse Paris
avec son camion. C'est le moment de la journée qu'il préfère quand la ville dort encore un peu, que les rues sont vides et silencieuses. Il pourrait presque conduire les yeux fermés, juste bercé par le ronron du camion. Ses premières livraisons ont lieu dans le calme, les pharmacies sont encore fermées, il possède les clés et le code, il dépose ses caisses et à la suivante !  Il va vite, ne s'attarde pas, à dix heures, son café l'attend au bistrot du coin. Et plus vite il ira, moins d'encombrements il rencontrera l'Arsène. Peu à peu, les pharmacies ouvrent, alors Arsène gonfle le torse, roule un peu des mécaniques, il sait où trouver de jolies filles et leur raconter des blagues. Dessous la mèche brune, l'oeil frise. Arsène pérore, il a de grands gestes avec les mains, fait mine de boxer un adversaire invisible, histoire de détendre l'atmosphère. Il se pavane comme un gros chat avide de câlins et de compliments. Et souvent ça marche. Il y a  quelque chose dans sa démarche, un peu cow boy, un peu dandy, dans son sourire large, franc, facile, dans son phrasé direct et joyeux. Les «Salut les filles, comment tu vas, à tout', ouais ben j'te dis à demain » suffisent à déclencher  les rires, à susciter les poignées de mains des hommes, à taper dans l'oeil des plus récalcitrantes. C'est l'effet Arsène, de petits riens banals, répétés quotidiennement et qui égaient l'instant. Arsène sait faire plaisir, rendre service, que  ce soit dans le cadre de son métier ou non, il se dévoue, il participe, il anticipe parfois. Il est de tous les événements, de tous les pots de l’amitié, dans toutes les officines. Je me demande si ce n’est pas son camion qui le ramène au dépôt certains jours, précis, fidèle, régulier.

 
Arsène fait du zen, il explique que c’est tout un art de se concentrer, de s’appliquer, de ressentir un réel bien être. Il prend un air inspiré, exécute un mouvement, derrière le comptoir afin  que les clients ne voient pas. Mais c’est quand il a le temps, que le camion est presque vide, qu’il est de bonne humeur. Il est souvent de bonne humeur, s’il a un problème, un souci, si quelque chose le tracasse, Arsène ne le montre pas. Je ne sais pas si c’est de la pudeur. Je crois qu’il se dit que ça n’est pas nos oignons, tout simplement. Il préfère parler de ses soirées avec les copains, de ses concerts rock, de ses vacances à Miami, Biarritz ou Sète. Arsène a une sœur et des neveux, il en parle parfois, il évoque ses origines espagnoles. Et il repart, il fanfaronne, il fait semblant de vouloir embarquer  l’une de nous dans son camion. Il a des choses à lui montrer. « Et ya la clim, je t’assure, l’été c’est super, tu ne veux vraiment pas. Ah la, la, c’que t’es sérieuse. Des filles comme toi, on n’en fait plus. Le moule, il est cassé. »

Il s’éloigne, avec son diable, les jambes arquées, le pas moins alerte qu’à son arrivée. Il  est plié sur lui-même, comme si délesté de ses caisses il n’avait plus de tuteur. Comme s’il perdait de la consistance. Dans ses yeux un nuage s’installe, un rêve, une sorte de nostalgie.

 

Arsène a quarante deux ans. Cela fait bien quatorze ans que je le connais. Cela fait bien quatorze ans que je ne sais rien de sa vie. Je parle de l’autre vie, celle des amours. Il n’est pas marié, pas même fiancé ou casé. Il se contente de sourire et de nous envoyer promener sur des paroles énigmatiques, des « j’t’en pose moi des questions, et qui te dis que je pars seul, ah c’qu’elles sont curieuses ! ». Mais pourquoi cet oeil bleu délavé, ce haussement de sourcil, ce tremblement de la lèvre. On imagine une histoire torturée, un drame, de la souffrance. On se raconte n’importe quoi. Il y a  ce mystère, ce phénomène, que peut bien cacher Arsène ?

 

 

 

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 20:17

CECI EST UNE PURE FICTION, avec un peu de moi dedans, c’est normal.

 

 

J’ai cinquante ans et je kiffe pépère. Pourtant il m’a laissée. Il a dit : je veux m’amuser. Il n’a pas contesté mon ventre plat, ma taille fine et la fermeté de mes seins refaits, il a simplement avoué son ras le bol, son envie d’aller voir ailleurs, comme s’il avait vingt ans et toute la vie devant lui pour faire un choix. Et il le dit, il a cinquante ans et toute la vie pour… Il a envie de changement quoi ! C’est  bizarre, je n’ai pas le sentiment d’être laissée sur le carreau. Je n’ai pas envie de dire ma vie est fichue, elle est derrière moi, que vais-je devenir, et les enfants ? Non, je cherche un clan, un groupe, une appartenance. Parce que les copines, elles ne me correspondent pas. Mon jean taille basse les fait ricaner.  Ma rage de bosser, de continuer, alors qu’elles pensent à la retraite, ma haine des jardins, ceux qu’on travaille avec les mains, pas ceux, bien entretenus, dans lesquels on se promène ; mon dégoût de la cuisine, celle qu’on concocte pas celle qu’on savoure font de moi une emm... De quoi j’ai l’air avec ma jeunesse fabriquée dans le bassin de la piscine du quartier, mes injections de botox et mes extensions à mille euros. D’une conne larguée par pépère malgré le zèle déployé pour le maintenir ficelé à mes basques. Mais je prends ça plutôt bien. C’est un test, une épreuve, pour me trouver moi. Et mieux vaut tard que jamais.

 

J’ai acheté le dernier Faïza Guène, pour voir, c’est quoi son clan.  Si le bitume et la banlieue ça crée des liens qui vous construisent. Et j’ai relu les lettres d’amour de mon père à ma mère, pour voir c’était quoi l’amour à ma naissance. Je n’ai rien appris, l’amour c’est toujours la même chose, ça s’adapte aux générations. C’est toujours des violons qui s’enrhument avec le temps. Et Faïza, elle évoque un monde attachant qui n’est pas le mien. On a un lien quand même toutes les deux, quand elle kiffe quelqu’un ou quelque chose, c’est sincère.

Je veux la vie en rose, pas en ose : ménopause, arthrose, ostéoporose, telle qu’on me la propose. A quand les stages UCPA pour seniors de 40 à 59 ans. Parce que pour les rencontres si tu n’es pas branchée Meetic, va te faire voir ! Eh oui, je cherche à  me recaser. Enfin pas vraiment. Je ne suis pas honnête. Ce que je veux c’est qu’on se retourne et qu’on salive. Qu’on ait le regard de Steeve Macqueen sur Faye Dunaway dans l’affaire Thomas Crown. Et que ça me rassure cet œil de lion sur sa proie. J’aime les randonnées mais il n’y a que des vieux au Club Alpin Français, des papis en vadrouille. Alors je vais draguer aux terrasses des cafés. Au premier regard qui tue je me lève en courant. J’aurai ma preuve, je fais partie du club des séductrices. Excuse-moi, si je te fais de peine Benoîte, chère militante de la première heure, chère féministe. Un jour plus très lointain, je rejoindrais le clan des invisibles comme toi. Avant, permet que j’expérimente.

 

J’en arrive à me demander si ça me fait quelque chose l’abandon de pépère. C’est si léger dans ma tête, je ne réagis pas. J’ai une couche de plâtre sur le cœur. Qui ne pèse pas pour de vrai, elle recouvre simplement, elle masque la douleur. Je l’attends celle-là, fourbe, et qui m’évite. Je patiente, elle va monter comme la moutarde. Et les larmes couleront le long de mon nez sans que je m’y attende. Je ne saurai pas les bloquer au coin des yeux. Je me sentirai vieille et laide et seule. Je me recroquevillerai dans le lit vide, la nuit quand les enfants dormiront ou que désertant la maison au profit des copains, ils me croiront solide. Je sais ma faiblesse, ma lâcheté. Je ne réussis pas à extérioriser ma peine, à hurler. Comme si des araignées me pétrissaient la trachée et tissaient un fil autour de ma glotte pour étouffer les cris.

 

Pépère est revenu, il a dit que toutes ces filles jeunes et en bonne santé, même pas un mal au dos, ça finit par l’incommoder. Tu préfères les filles qui ont la vie en ose, j’ai souligné, sans allusion à son andropause bien sûr. Je suis heureuse mais je ne le montre pas. Il s’imagine quoi, que je vais retomber dans ses bras comme une limace avide. Je le fais mariner dans son jus, tu as peur hein, bonhomme de finir tout seul, et que personne ne partage tes radotages sur notre vie d’avant. Allez, tremble un peu, rumine. J’ai tout mon temps, car c’est bien ce dont il s’agit n’est-ce pas, le temps. Le temps passé et celui qui reste pour se chamailler et pour s’aimer. Si ce mot veut encore dire quelque dans nos bouches d’anciens revenus de tout. S’il a toujours de l’importance, je le prononce. Pép…, Boris, je t’aime grave.

 

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