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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 17:29

Consigne 51

Parmi les 25 mots suivants, il vous est demandé d'en retenir au moins 15 (idéalement tous) pour écrire un texte. Prose ou poésie, fiction ou réflexion personnelle, court ou long, rien ne vous est imposé de plus que les mots.

documents, encre, 30 degrés, huile, plongeoir
gris(e), feuille, stylet, perle, soupir
saveur, connaître, maître, réception, anglais
fée, prune, rouge, fusil, éloigner,
danser, lumière, soleil, décennie, ronronnement

 




 




Si mon blog porte son nom c’est parce que ses nouvelles m’ont plu dès la première lecture. Je la considère comme une fée de la nouvelle. Ses textes sont courts et ce n’est pas vraiment l’intrigue qui les nourrit mais le soleil, la lumière, de son île la Nouvelle Zélande. Née en 1888, morte en 1923, et enterrée en France à Avon, elle a su faire danser les mots à travers les pages. Il y a des émois, des soupirs, les sentiments éclosent par trente degrés et s’épanouissent comme des plantes. La plus célèbre de ses descriptions est celle de l’Aloès; elle en  décrit les feuilles et les nervures avec une minutie désuète, aujourd’hui on dirait que c’est d’un ennui mortel, voire chiant… Peut-être…

Eh bien non, il faut dépasser ça, Katherine Mansfield était une femme libre, indépendante, bouillonnante comme l’huile sur le feu, en dépit d’une fragilité physique. Elle refusa le ronronnement d’une vie classique. Elle s’éloigna du cocon familial et parvint sur le sol anglais  durant la première guerre mondiale puis en France. Elle  décrivit l’horreur dans les trains bondés de soldats portant fusil, allant au front ou y retournant, les chansons paillardes dans les auberges, la peur, l’espoir, et tout ce rouge, sur les nappes à carreaux, sur les terres encore fumantes.

Amie de Virginia Woolf qui admirait son écriture, elle fréquenta le cercle littéraire de Bloomsbury, eut quelques aventures féminines. Son mode de vie trop moderne pour l’époque pouvait choquer mais pendant plus d’une décennie, elle décrivit les mœurs d’une Pension Allemande, décrypta les débuts de l’amour ou son effilochement, évoqua les diversités sociales  en prenant pour cadre une réception ou Garden Party, dans l’un de ses récits.

On ne peut pas parler de Katherine Mansfield sans raconter la mer, l’Océan Pacifique qui baigne son île et dont elle magnifia les reflets gris à midi, la couleur prune, au soleil couchant, et l’opacité d’encre marine à la nuit tombée.

 

C’est la tuberculose qui eut raison d’elle à l’âge de trente cinq ans. Mais son œuvre courte et ses lettres sont autant de documents à découvrir pour écouter sa petite chanson. Tout comme on entend la mer en écoutant les coquillages.

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 17:33






                                                                   C’était pour moi le réveillon à ne pas rater. L’année 85 avait été un cauchemar. Nous l’avions commencé à deux, avec  tout plein de projets et je l’avais finie seule, une rame à la main et ma barque enlisée dans le sable. Les copines, celles qui m’avaient soutenue au début en avaient marre de ma tronche à la : you know what, i’m happy !

Donc, cette Saint Syvestre me promettait un tête à tête avec la télé qui diffusait un programme d’enfer du genre soirée au Crazy Horse. Pas de quoi émoustiller ma libido de fille un peu paumée et souquant dans les dunes. J’avais ramené un prospectus de la boulangerie, un de ceux qu’on attrape distraitement avec le pain et la monnaie et qu’on fourre dans sa poche.  De ceux qu’on lit tout aussi machinalement qu’on salut les voisins d’un bonjour, fait pas chaud aujourd’hui.

Et dessus il y avait des mots magiques : réveillon, soirée, tables par tranches d’âge, hôtel, salle des fêtes, covoiturage possible pour le retour. Je me suis inscrite sans réfléchir, je ne savais pas où ça avait lieu et j’ai payé la somme astronomique qu’on m’a réclamée.

 

J’ai cogité après. Ce que j’allais mettre, si je m’offrais le coiffeur, si je me perchais sur des talons, et quel rouge à mes lèvres et quel sac à mon bras et….

J’ai un peu rêvé du covoitureur, qui ne pouvait pas être une covoitureuse bien sûr. Avec tout ça, mon spleen avait disparu et mon ex s’était noyé dans un puits. Il faut dire qu’à force de pagayer dans le désert on tombe parfois sur une oasis.

Ce soir là, j’étais Gwyneth Paltrow dans une robe vert pomme et vaporeuse, partant pour arracher Brad des bras d’Angelina. Quoiqu’à l’époque on s’intéressait plutôt en France à Emmanuelle Béart et Daniel Auteuil. Mais bon, moi j’aurais pas escaladé l’Anapurna pour Daniel Auteuil.

 

Un type est venu me chercher sur mon lieu de travail. C’était rudement bien organisé. Mais il n’avait rien de folichon le covoitureur, ses premiers mots ont été pour me dire qu’il avait une gastro et venait d’avaler deux comprimés d’Imodium. Difficile de l’imaginer en séducteur.  En arrivant dans le hall de l’hôtel, on nous a offert les coktails de bienvenue. J’ai eu l’impression d’être au club Mé. Il ne manquait que les colliers de fleurs et Michel Blanc. Je me suis demandé si je n’allais pas filer en douce, mais j’avais claqué 500 francs. Ca stoppe la lâcheté, je vous assure. Et j’avoue que la salle toute bleue, façon nuit étoilée m’a plu tout de suite. Nous étions dix par table, avec nos noms devant nos assiettes comme en classe, pour que la maîtresse elle se rappelle.  Il y avait très peu de filles, deux trois, moi comprise, si je me  souviens… Autant dire qu’on nous avait attablées avec des loups de Tex Avery.  Evidemment, j’ai flashé tout de suite sur le garçon en face de  moi. Je voyais bien qu’il était un peu jeune, cinq ans plus jeune  que moi pour tout dire, un peu gauche, un peu maigre. Mais il était beau, si beau, tout brun, bouclé avec de magnifiques yeux bleus. Le défaut de ces soirées, mais est-ce un défaut, est de proposer des danses tout au long du repas. Alors soit tu t’empiffres pour avoir l’air occupée et ne pas tenir la chandelle, soit tu meurs de faim car les plats circulent pendant que tu danses. Moi, j’ai failli me payer une hypoglycémie, à roucouler dans les bras de Roméo. Surtout qu’il m’a draguée comme un  mufle et j’avais besoin de ça à l'époque. Je recherchais une distraction, pas un compagnon. Sa première question a été :

-         Ils sont comment tes yeux, parce que là dans le noir, je vois pas ?

D'accord il n'avait pas trop le choix. Mais qu'il m'ait abordée sans me regarder, sans m’observer, qu'il ait fait danser la première venue, quelque part c'était vexant. Et rassurant: celui-là, il ne me prendrait pas le chou. Il a très vite cherché à m’embrasser et ce fut divin. Et pour finir, après les confettis et le champagne des douze coups de minuit, après les slows jusqu’à plus soif et avant la soupe à l’oignon que nous avions tous deux refusé, il a demandé d’un air désinvolte :

-         Tu me donnes ton numéro de téléphone, je t’appellerai peut-être dans la semaine, qui sait…

Le lendemain, 2 janvier 86, il m’appelait. Les jours, les semaines, les mois, les années ont passé. Aujourd’hui, deux enfants et deux chats plus tard, nous nous apprêtons à fêter le nouvel an 2009. Cela fait  23 ans que ma barque désensablée a regagné la mer.

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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 16:02

Consigne 1:
Mots imposés: vite, magique, rapide, dernier, contacter, prononcer, conseiller, sinistre, astuce, service

Consigne 75:
Les résolutions que vous ne prendrez jamais

Il suffit de suivre les mots, ils délivrent leur message tous seuls, sans que j’aie à les pousser les uns contre les autres. Ils me dictent comme ça leur chante, les résolutions à ne pas prendre :

-         Vite : décoller de devant mon ordinateur en trente secondes, quand j’écris, pour aller regarder la Starac à la télé. Ce n’est pas que ces jeunes apprentis  chanteurs m’ennuient mais l’ordi c’est sacré. C’est devant qu’on refait le monde, qu’on se croit plongé dedans et  qu’on passe le temps. Qu’on oublie qu’on s’ennuie.

 

-         Magique : maigrir en maintenant mon apport quotidien à 1200 calories. Comme si j’allais pouvoir m’y tenir et regarder la France au fond des yeux en lui faisant croire que je n’avale que des potages et de la salade. Comme si je n’avais pas d’affreuses périodes de boulimie chips, cacahuètes, pralines. Comme si j’allais me priver de chocolat quand le spleen monte en flèche.

 

-         Rapide : raconter succinctement mes vacances à Tombouctou. Je ne sais pas faire. Même si ça fatigue ma tante Ursule ou les collègues de bureau, il faut que je raconte en détail ma gamelle sur le tapis roulant de l’aéroport, puis la belle gueule du steward, le retard du car à l’arrivée et le pot d’accueil au club. Ensuite la découverte de l’endroit n’est qu’anecdote…

 

 -         Dernier : vivre chaque jour comme si c’était le dernier. C’est ce que devrait se dire toute personne équilibrée et bien dans sa peau. Apprécier chaque seconde, chaque rayon du soleil sur sa peau. Mais une stressée comme moi ne voit que des accidents, des contre temps, des faux mouvements et râle tout le temps. C’est congénital.

 

-         Ne pas contacter : mes anciennes copines d’école pour voir si ça fait mal, leur réussite. Si ça réjouit leurs insuccès. Je suis trop curieuse et j’aime quand la vie me donne des leçons, de modestie, d’écoute. Quand retrouver quelqu’un à qui on a parfois rien à dire, renseigne sur soi.

 

-         Prononcer avec détachement le mot impôts. Vous l’aimez vous ce mot là ? Il sonne comme une interrogation de chti dans un vase en terre cuite. Et puis quand on le prononce ça bouillonne dans la tête. Je ne sais pas pour vous…

 

-         Conseiller : à mes clients d’aller se faire servir ailleurs car ils me chauffent le système. J’ai affaire à une clientèle qu’il faut écouter, servir, plaindre et dorloter affectueusement. Quand j’ai des problèmes de personnel, d’approvisionnement, de compte bancaire dans le rouge et que mon fils a trente neuf de fièvre tandis que mon chat a un coryza.

 

-         Sinistre : signifier au couple de mes meilleurs amis que je n’ai pas envie de les voir ce soir, même si le rendez-vous était fixé de longue date. Et leur passer en boucle au téléphone le tube de Bénabar pour qu’ils comprennent que je m’en fous. Moi ce que je veux, c’est des câlins sous la couette avec mon doudou. Jamais j’oserais…

 

-         Astuce : partir au soleil le jour de Noël. C’est un truc que je ferais bien, pas pour le soleil, mais pour être loin de tout le bazar dégoulinant de Noël. Mais ya la famille, peux pas.

 

-         Service : offrir mes services au père fouettard. J’ai peur de ce qu’il pourrait me proposer de faire. Assassiner le Père Noël, le traiter d’ordure, non ç’est déjà fait. Pire, je pourrais coller des affiches ou prendre un porte voix et claironner partout qu’il n’existe pas. On ne sait jamais…

 

En tout cas, ça libère ce genre d’exercice, ça fait respirer. Et ça fait repartir avec une tête toute neuve pour l’année suivante.

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 14:30


Nous sommes à moins d’une semaine de Noël et j’ai envie de penser à tous ceux qui le vivent autrement qu’ici, au coin du feu, qui ne  rêvent pas de foie gras, champagne et autres plateaux de fruits de mer. Qui ne salivent pas devant les treize desserts ou la bûche Noël.

Au Vénézuela, on raffole de galettes cuites au four dans des feuilles de bananier, aux Antilles on tue le cochon ou on va déguster le crabe sur la plage. On décore les manguiers sous un soleil de plomb car c’est la saison sèche. A la Marina de  Pointe à Pitre, on sirote un tit punch en bras de chemise avec des accras, avant d’aller à la messe.  Je parle ici du climat, de l’ambiance. Tous ceux qui ont vécu Noël au chaud ne comprennent pas qu’on le fête sous la neige. Ceux qui ne connaissent que la morsure  des jours d’hiver, trouvent impensable de le vivre par 30° à l’ombre.

 

A l’hôpital, on a dressé un sapin dans le hall, des Père Noël appelés à la rescousse font rêver des petits malades avides de cadeaux et de férie. Dans les services on offre des chocolats aux infirmières, aux malades quand c’est possible, on améliore l’ordinaire, il y a un repas de fête le 25 décembre. On cajole les petites grand-mères, on rassure les futures mamans,  on écoute les souffrances attentivement. Dans les services de soins palliatifs, on allège les jours qui restent, on les épure autant que faire se peut. Je parle ici de souffrance, de partage, de compassion.

 

A l’armée du Salut, dans les centres de désintoxication, dans les foyers pour femmes esseulées, au bas de chez nous, la détresse est à notre portée. On ne peut pas fermer les yeux quand tous les supers marchés sollicitent notre porte monnaie, non, définitivement, notre générosité. Quand les journaux publient des photos agressives, évoquant la famine et la sécheresse. Je parle ici de combattre l’indifférence, de faire preuve de solidarité.

 

Et je pense à Mohammed, David ou Li pour lesquels Noël ne représente rien. Le 25 décembre est un jour comme un autre, certains jouent le jeu et font la fête pour la famille, offrent des cadeaux aux enfants. D’autres affichent un réel désintérêt et ont raison pourquoi pas. Des fêtes, des occasions de se réunir en famille ou avec des amis, il y en a d’autres dans leurs religions respectives.   

 

Si j’insiste finalement c’est pour dire qu’une fête est toujours un moment d’échange et d’oubli de soi pour aller vers l’autre ou l’imaginer tout simplement dans son cadre de vie. Lutter contre l’égoïsme, contribuer selon ses moyens à conserver au monde son humanité. Alors joyeux Noël à tous !

 

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 14:04










Consigne 55 Début et fin

 

 

 

Début :
Au téléphone, elle a une voix très douce, presque transparente

Fin :
Je pioche mes lettres et fais signe à mon frère de jouer ; il pioche 7 lettres : REVENIR

 

 

Au téléphone, elle a une voix très douce, presque transparente. Comme si elle pouvait se dématérialiser, glisser dans le fil jusque vers le combiné, et sortir  contre ma joue. Pour m’exposer les avantages de l’abonnement internet couplé à mon abonnement téléphonique. Comme si je ne savais pas qu’au fond, elle s’en fiche, que de là où elle m’appelle, Casa ou Tunis, elle voit la mer par la fenêtre. Qu’un soleil tiède et lumineux éclaire son visage, qu’un sourire détend ses traits, enrobe sa voix.

J’imagine ma correspondante, ce léger accent qui la trahit, la pièce réservée aux filles comme elle. Elles séduisent par téléphone, et vendent des tarifs de communication. Mon interlocutrice est brune, fine, porte de longs cheveux cuivrés qu’elle balance légèrement de droite et de gauche. Elle doit jouer avec un crayon ou dessiner des bateaux sur un buvard tout en récitant des «  je vous rappelle donc notre offre monsieur » et encore « cela vous permettra des communications en illimité en France métropolitaine », des « donc pour finir, je vous confirme votre rendez-vous avec notre technicien ».

Je l’écoute et me prends à rêver d’une rencontre fortuite dans un bar. Elle arrive en tailleur pantalon noir, très chic, porte un chemisier blanc. Une ceinture au fermoir carré enserre la taille qu’elle a fine et marquée. Elle se hisse sur un tabouret à mes côtés, ses escarpins cliquètent contre les tubes métalliques de son siège. Elle porte une coupe à ses lèvres.

Son souffle léger me chatouille l’oreille. Je ferme les yeux avec volupté. Je crois sentir la chaleur de sa peau sous mes doigts. Je pourrais l’étreindre à la broyer. « Que puis-je encore pour votre service, susurre-t-elle ». Si elle savait.

Alors je parle, je dis n’importe quoi,  « quel sera le gain financier ? Pourquoi me contactez-vous aujourd’hui ? Est-ce le seul avantage que ça apporte ? ». Je ne veux plus qu’elle raccroche, qu’elle me renvoie à mon désert sans chameau ni oasis. Mais elle se tait, c’est une professionnelle, elle fait bien son travail. Elle attend mon « oui, d’accord, vous pouvez modifier mon contrat ». Le silence rampe le long du fil comme un serpent et cherche à me mordre. Alors j’acquiesce, je suis déjà vaincu de toutes façons, je suis lâche. Son rire  de cristal est ma récompense. Il est mon ivresse, ma chance. Et je raccroche.

A présent, je peux tenter mon va tout. D’habitude je ne suis pas très doué pour assembler des lettres sur une table. Ce  coup de fil reçu au cours de  mon après midi de RTT, vient  de doper ma concentration.  Je ne passerai pas mon tour, je suis en veine aujourd’hui. On ne me battra pas. Je l’ai eue mon évasion, mon escapade, j’ai assouvi mon besoin d’ailleurs, de lointain. Je pioche mes lettres et fais signe à mon frère de jouer ; il pioche sept lettres : revenir.

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 15:11

 

72 - Ecrire la suite (Fred)

 

Fred nous a proposé, dans le cadre de l'exercice 61, une petite nouvelle (le fruit magique) dont il reconnaît lui même que la fin est assez abrupte et laisse ainsi plusieurs possibilités de suite et de morale.

 

Et si vous écriviez cette suite ?

 

Il ne s'agit pas d'être obligatoirement fidèle au style, ni même à l'univers, que développe Fred dans son texte, mais de développer le vôtre de manière à ce que le sien soit le début, quelle que soit votre façon de vous y prendre. Continuation, détournement, ou piste parallèle, votre texte peut être ce que vous déciderez d'en faire... alors ne vous génez pas, et comme toujours, un seul mot d'ordre : surprenez vos lecteurs !

 

 

Je me suis dressée sur mon lit, haletante et couverte de sueur. Ce rêve décousu, Perséphone, Hadès son époux, Baptiste et moi, une forêt, une lueur aveuglante et cette grenade dont les pépins conduisent tout droit dans le royaume des morts. Ca ne peut pas être une coïncidence, le passé, mon passé resurgit. Il y a bien longtemps que Baptiste n’est plus qu’un fantôme, un pirate de l’univers de Jack Sparrow, quelque part dans de lointaines Caraïbes. Ma vie s’est construite sans lui, banale, heureuse, un mari, des enfants. Il a réapparu au détour de mes pérégrinations sur Facebook. Il y a son profil actuel, l’homme jeune et séduisant s’est empâté, a perdu sa crinière, son allure. Et que dire de moi Sybilline, je n’ai plus la grâce d’une elfe aujourd’hui, je ressemble à la bonne fée de Cendrillon, dans le dessin animé. Une petite mémère à lunettes et à capuche, voilà ce que je suis.

Il y a dans ses photos, ce fruit, une grenade ouverte et libérant ses pépins. C’avait été un signal entre nous autrefois, un code. Celui de notre première fois. Nous avions juré par la suite de nous perdre, d’aller vers d’autres amours, d’autres partenaires pour ne pas glisser à côté de nos vies, ne rien regretter. Et nous nous étions oubliés. Il n’avait pas été l’homme de ma vie, je n’avais marqué que sa jeunesse. Alors pourquoi l’ai-je recherché sur un site de retrouvailles, pourquoi s’y est-il inscrit ? Pourquoi la grenade ?

Mes dix huit ans sont redevenus très vivants, très présents dans mon cœur et dans ma tête aussi. J’ai coupé mes cheveux, commencé un régime, changé ma garde robe, repris le sport. Je me suis mise à lorgner les petits gars dans la rue, comme ça pour retrouver une ombre, un esprit, pour me rassurer. Guetter un regard, un geste, une surprise, une lueur intéressée. Cela fait deux mois que je me recrée ; mon mari ne se doute de rien, il est amusé, fier. Il semble plus amoureux que jamais. Je me sens prête à entrer en contact, c’est pitoyable.

Mais avec les fêtes en famille, tout ce folklore, ce tourbillon, je laisse passer. Puis les soldes, les occasions à saisir me happent. Enfin arrive l’époque des examens des enfants, leurs angoisses, leurs soupirs, je suis là  pour soutenir, encourager. Dans un coin de mon âme se tapit une silhouette, se dessine un fruit à la pulpe rouge et craquant sous la dent. Jamais je n’oserai.

Alors je tourne autour, je louvoie, consulte d’autres profil sur Facebook, retrouve des camarades d’école, de collège, de lycée. Je me repais de nostalgie, je réinvente mes années. J’élabore un personnage qui n’est pas moi, qui n’est même  pas celle que j’étais avant. Et je m’en aperçois. Tout dégringole, je le sais, je le sens. Je dois visiter sa page de nouveau, ne rien rater cette fois, tout décrypter. Baptiste es-tu un leurre toi aussi, n’es-tu là que pour me faire réagir, m’interdire le négligé, le laisser aller ?

A côté de résidence, tu as inscrit Espagne, Torremolinos. A côté de situation,  pacsé sans enfant. A côté de profession, import export, fruits et agrumes. Je vois  une belle affiche, des grenades, des oranges, des citrons.

Ai-je pleuré sur moi-même, ai-je ri aux éclats, je ne sais plus trop. J’ai supprimé mon profil sur Facebook. Je sais que j’aime mon compagnon de route. Plus que jamais.

 

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 17:52










Cher Père Noël,

 

 

Si tu faisais l’effort de comprendre ne serait-ce qu’un instant, tu cesserais de remplir ta hotte, ton traîneau et d’atteler ton équipage de rennes musclés. Tu resterais chez toi bien au chaud.

Toutes ces personnes qui se glissent dans ton costume, déambulent dans les grands magasins et intimident les enfants quand elles ne leur font pas carrément peur, ça ne t’irrite pas ? Moi, ça m’agace, c’est comme si ma voisine de palier se pavanait  dans ma doudoune René Dhéry,  me piquait mes Géoxx, et frimait avec mon sac Lancel. Enfin je dis ça, sans façon, tu me connais j’ai des goûts simples. Et puis je me pose des questions, tous ces copieurs, ils te versent des royalties ? Et puis quand tu poses dans les magazines, sur les cartes postales et les calendriers, quand il suffit d’un clic sur internet pour te voir apparaître, es-tu  grassement rémunéré ? Je me demande pourquoi, dans ces conditions, il faut que je mette la main à la poche en cette période festive. Tu devrais tout prendre en charge comme la sécurité sociale. Je suis certaine que tu ne sais pas ce qu’est un déficit.

A ce propos abordons le chapitre délicat de ta santé. Je sais que tu es vacciné contre la grippe, à ton âge, c’est gratuit. Mais en ce qui concerne ton cholestérol et ton diabète, tu prends des précautions ? Qui est ton médecin référent, j’espère que tu ne comptes pas trop sur le grand Maître de l’Univers, il a trop à faire avec la faim dans le monde et la crise économique. Il est en train de tester des médicaments dans son laboratoire de chimie, mais il va falloir du temps pour les faire approuver. Quand on sait ce que les gens pensent des génériques, ça ne va pas être du gâteau ! Tu vois bien que tu es trop fatigué, trop malmené par des années de galipettes à l’intérieur des maisons.

D’ailleurs comment fais-tu pour glisser comme un gardon le long des cheminées, crapahuter de mur en mur, escalader des haies, des clôtures et des balcons avec l’agilité d’un Tarzan ? Est-ce que tu te choutes à la DHEA ? Est-ce que tu te fais un petit fixe ? Quel exemple pour nos ados !

As-tu pensé à la planète ? Tous ces paquets, cartons, ficelles, papiers et autres sapins plus ou moins dégradables que tu nous obliges à confectionner ou décorer puis à entasser et jeter à la poubelle, c’est un vrai cauchemar. Et encore que moi j’ai des chats, pour eux ce sont de vrais cadeaux de Noël !

 

Je ne vois qu’une seule raison à ton entêtement, tu détestes les enfants. Tu les fais tourner en bourrique durant un mois avant les fêtes, tu leur fais écrire des lettres que tu ne lis même pas car ce sont les membres de ton fan club qui leur répondent. Tu hantes leurs rêves la nuit et tu sers d’appât. Ainsi des parents ordinaires et malléables le reste de l’année, deviennent d’intraitables tyrans à cette époque et obtiennent sagesse et régularité scolaire avec une efficacité surprenante. C’est pourquoi, Bonhomme, je te prierai de t’abstenir cette année. Ou alors pointe le bout de ton bonnet vers la mi janvier, au moment des soldes, que j’ai au moins une compensation financière.

 

Enfin, c’est pas que je fayotte mais bon si tu pouvais passer, comme ça, subrepticement, sur la pointe des bottes, déposer quelque chose à l’appart, je t’ai laissé une petite bafouille un peu plus gentille, j’ai de la pudeur moi, je ne veux pas que tout le monde puisse lire. Parce que tu sais JE T’AIME QUAND MEME….

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 21:02

48 - Mots Imposés (Kildar)

Utiliser tous les mots dans l'ordre donné

Sens, vie, crise, testament, trivial
toxine, Bible, pleure, superflu, jouer
suivre, crier, venger, clairement, cyniquement.

 

 

C’est en découvrant le dernier prix Fémina attribué à Jean Louis Fournier pour : Où on va, papa ?, que j’ai repensé à Lino Ventura et à son association Perce Neige. Quand il parlait des enfants différents, du sens qu’il faut donner à leur vie, du regard que l’on doit poser sur eux, surtout lorsqu’ils sont en crise. C’était un peu son testament, ce message dont  le regard de l’acteur, pudique, profond, blessé, en aucun cas trivial, sublimait les mots. Le regard de l’autre peut être une toxine inoculée à petites doses, jour après jour, démolissant la confiance et la joie de vivre, deux notions qui constituent habituellement la Bible de toute existence.

Mais il peut aussi empêcher que l’enfant ne pleure, ne se sente rejeté, exclu, que ses efforts afin d’attirer l’attention, l’amour, ne paraissent superflus. Un enfant dont la sensibilité n’est pas la nôtre sait comme tous les enfants jouer, suivre un groupe dans lequel il est à l’aise, crier pour se défouler dans une cour de récréation.

Alors on peut user d’un langage un peu vif et non dénué d’humour, comme un besoin de se venger d’un sort trop cruel, afficher clairement, cyniquement diraient certains, son ras le bol, son manque de patience, ainsi que Jean Louis Fournier le souligne dans son livre. On peut adopter la discrétion de Lino Ventura, mais en aucun cas on ne doit rejeter ces enfants qui sont, avant tout, les fruits de l’amour.

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 12:40

Sur une seconde idée de Mariev, on va se refaire un exercice mixte comme celui proposé par Virginie mais avec un truc de plus... On aurait tort de se priver non ? En avant pour le N° 46

Votre texte devra commencer par : "C'est un glaçon..." , comporter au minimum 10 des 15 mots suivant :

angora - ordinateur - chanter - pousser - allumette - jeune - piscine - sept - rouge - courir - peindre - dépayser - salon - épisodique - linge

et être illustré si possible  (avec une photo, un dessin, un tableau, une photo, une abstraction...)


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-         C’est un glaçon cette fille, tu ne trouves pas ?

-         Tu parles de la fille sur la photo ? C’est idiot ce que tu dis, elle fait de la pub pour la « cosmétique glacée ». Tu sais ces produits de beauté qui se conservent au réfrigérateur.

-         Mais non, je te parle de la nouvelle comptable.

-         Tout de suite les clichés ! C’est facile hein, de juger les filles qui ne s’intéressent pas à toi du premier coup d’œil.

-         Je n’ai pas dit qu’il fallait qu’elle succombe, elle fait sa pimbêche, comme si elle ne me voyait pas !

-         Tu es vexé, voilà tout. Moi, je la trouve juste un peu timide. Et puis toi avec tes vannes vaseuses, tu  ne la rassures pas.

-         Comment ça, mes vannes ? Je l’ai juste un peu taquinée sur son poisson rouge, et puis elle ne marche pas, elle court ! Franchement, s’énerver pour si peu !

-         Ben, tu ne vas pas la séduire comme ça, mon vieux. Pas en lui proposant de lui prêter ton chat pour mettre de l’ambiance dans son studio !

-         Qui te dit que j’ai envie de la draguer ?

-         Tu as des allumettes dans les yeux quand elle passe dans les parages, et incandescentes les allumettes. Tu es incapable de rester concentré devant l’écran de ton ordinateur. Tu n’as qu’une envie c’est de lui chanter Ramona….

-         Ca fait combien de temps qu’elle est dans la boîte, six, sept mois ?

-         Ne fatigue pas, cette fille c’est du beau linge, la classe et tout. Tu vas ramer…

-         Oh ce n’est pas  parce qu’elle tricote des pulls en angora qu’elle dépasse tout le monde. D’ailleurs ça date un peu l’angora, c’était pas du temps d’Anne Sinclair à la télé ? Ma mère m’en a vaguement parlé. Et c’est pour qui ces pulls ?

-         Tu te tracasses pour rien. Elle est jeune, belle, intelligente… Tu vas devoir la sortir, la dépayser, te montrer spirituel.

-         Dis tout de suite que je ne suis pas à la hauteur. Et puis je n’en ai pas envie, elle est réfrigérante, décidément.

-         C’est n’importe quoi, tiens regarde, elle discute avec Alex, il sait s’y prendre lui, il la fait rire.

-         Mais lui c’est un artiste, il peint dans son salon. Je ne peux pas rivaliser dans son domaine. Il a dû réaliser son portrait, un truc du genre, j’ai su saisir ton moi intérieur. Et hop emballé, c’est pesé !

-         Je n’ai qu’une seule chose à te conseiller alors.

-         Ah oui, quoi ?

-         Emmène-là à la piscine, qu’elle voit tes pectoraux. Avec ton QI d’huître, tu ne peux compter que là-dessus pour la faire craquer.

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 21:21

CONSIGNE 58

10 mots vous sont proposés cette fois-ci, et il faut les utiliser "tous"... mais chaque mot est à choisir parmi 4, un mot principal et trois synonymes, tels que l'on peut les trouver dans le dictionnaire en ligne du CNRS et de l'Université de Caen.

Certains mots pouvant avoir de multiples sens, les synonymes peuvent partir dans plusieurs directions. Et c'est justement là que cela devient amusant, car les sens imposés par les mots sont multiples, et il y a fort à parier qu'aucun texte ne ressemblera à un autre, ce qui est bien le but de cet exercice.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez aussi vous constituer 4 listes (chaque liste prenant un mot différent de chaque groupe, mais pas besoin de prendre tous les premiers, tous les seconds, etc... vous avez toute liberté pour composer vos 4 assortiments), et écrire sur chaque, soit quatre textes différents, soit un texte en 4 parties.

Voici les groupes de mots parmi lesquels vous devez faire votre choix :

  • présence, compagnie, fraîcheur, régularité
  • compas, boussole, jambe, règle
  • gémir, murmurer, réclamer, ronchonner
  • fidèle, adepte, constant, immuable
  • convaincant, décisif, persuasif, péremptoire
  • loup, bête, masque, rusé
  • rapide, chute, éphémère, fugitif
  • parallèle, clandestin, recoupement, tranchée
  • courbe, arabesque, cambrure, diagramme
  • tendre, converger, graviter, écarteler

 

TOURBILLON

En sa présence, je perds la boussole et la notion du temps, de l’espace. J’en oublie toutes mes résolutions et  ce serment de fidélité, proféré des larmes plein les yeux en ce jour merveilleux, dit du mariage. Mon corps réclame, sa bouche, ses yeux, le contact de sa peau. Et lui sait se montrer convaincant, arbore le masque d’un prédateur, prône les bienfaits d’un relation éphémère, d’un amour clandestin. Il use de circonvolutions et d’arabesques, il me noie sous un flot de paroles doucereuses et je me sens écartelée entre ce que je  m’oblige à nommer bluette et l’amour de ma vie.

LE CIMETIERE

J’aime m’y promener l’été en compagnie des chats qui se sont rendus maîtres des lieux. Je règle mon pas sur leurs déambulations constantes à travers les allées ombragées. Ce sont des manipulateurs rusés car ils font exprès de s’approcher afin d’engager une conversation persuasive, je dois comprendre ils ont faim. Et puisque je n’ai rien apporté, ils se montrent ronchons. Leur fuite est rapide au détour des sépultures et des marronniers. Parfois tapis au fond d’une tranchée nouvellement creusée, ils aplatissent leurs courbes félines et tendent les oreilles à mon passage. Et si cette fois était la bonne, si j’avais avec moi un sac de savoureuses croquettes…

LES ENFANTS

Ils ont la fraîcheur et la spontanéité des débuts de la vie. Leurs jambes ne savent que trotter et bondir, et parfois patatras c’est la chute. Alors bien sûr, on gémit, on pleure et on se précipite dans les bras des mamans, c’est immuable. Quand ils jouent au loup, ces coquins adoptent la cambrure féroce de l’animal  et convergent  de manière décisive vers les proies les plus faibles avec des grimaces effrayantes. Ils ont un comportement parallèle à celui qu’ils adopteront plus tard, dans les défis de l’existence.

LES PREDICATEURS

Ils tiennent des meetings avec une régularité sacerdotale. Ils se lancent dans des harangues péremptoires, afin de séduire les adeptes qui gravitent dans leur entourage et de rattraper les fugitifs.  Comme des professeurs maniant le compas et élaborant des diagrammes au tableau, ils parlent haut, fort, bannissant les murmures. Je dirais qu’ils poussent des cris de bêtes dans certains cas et  par recoupement qu’ils hurlent comme  des loups les nuits de pleine lune.

 

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