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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 15:33





Je change de dizaine. On me dit faut avancer, faut fêter ça. Oui mais cette dizaine-là, elle fait mal, elle passe pas. Dans la gorge, elle passe pas. Un côté mémère, un côté ranci. Je ne fait plus partie du panel des ménagères de moins de… J’ai un vécu, un passé, des souvenirs. On me ferait même croire que j’ai plus d’avenir. Ou alors c’est  mémé, mamie, poterie. Je vais gonfler, grossir, déprimer. Me résigner, m’effacer.

 

Eh, oh, faut pas rêver ! Ca c’est pour les autres. Celles qui croient à la baisse de régime,  à la décrépitude. Qui laissent le temps agir comme un rouleau compresseur et s’aplatissent dessous pour lui faciliter la tache. D’abord moi, je ne suis pas encore grand-mère et je fais un pied de nez à la cinquantaine. Je porte les mêmes jeans qu’à vingt ans, même forme, même taille. Même forme, pas tout à fait puisque j’ai opté pour le taille basse. Mais j’ai décidé de rejoindre les copines dignement. Carole Bouquet, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani, Corinne Touzet, Véronique Janot, Inès de la Fressange et même Caroline de Hanovre. Ca fait tout drôle de se dire que maintenant c’est des copines, on est dans le même clan. Celui des cinquas qui se tiennent. Alors bien sûr j’ai pas les moyens d’entretenir un coach de gym, un coiffeur et un cuistot minceur mais j’en veux moi aussi. Je cuisine des carottes à la vapeur, opte pour le chou fleur en salade et les aiguillettes de poulet aux cinq parfums, à l’espagnole, au curry, et même au thym. J’ai l’impression de varier mes menus tout en mangeant tout le temps pareil. Sur la balance pas de surprise.

Je peaufine mon brushing, j’ai appris en regardant ma coiffeuse se coiffer toute seule entre deux clients, les jours calmes.  Et je perfectionne au fer à lisser, pour la final touch c’est génial. Ca ne fait pas  pro comme résultat et ça évite le look dadame. C’est moi, c’est tout.

Pour la gym, je vais à la piscine trois fois par semaine, quand j’ai pas le pied dans le plâtre évidemment. Je vous voyais venir, vous m’imaginiez gesticulant devant un DVD de Véronique et Davina dans un justaucorps rose fluo. J’ai déjà dit, faut pas pousser !  Ce sont des références qu’il vous faut, pour me situer et m’enfoncer. Allons-y. J’avais dix-huit ans quand « La fièvre du samedi soir » est sorti, vingt à l’époque de « Grease » et vingt trois  pour « L’été meurtrier ». Les chanteuses françaises de l’époque étaient toutes blondes France Gall, Sylvie Vartan, Joëlle, Véronique Sanson. Et nos chanteurs faisaient se pâmer des minettes : Claude François, Joe Dassin, Alain Chamfort, Dave, Johnny… Des groupes comme Téléphone ou Indochine cartonnaient. Michaël Jackson explosait et Madonna débutait.     

 

Voilà pour la rétro. Je sais les djeunes vous vous bidonnez. Mais qui dit que dans vingt ans, les petits boudinés en bavoir d’aujourd’hui ne se moqueront pas de vos Katty Perry et autre Lilly Allen. C’est de bonne guerre, la roue tourne. J’ai décidé de grimper dedans, les grand huit et autres « space Montain » c’est pour moi. Vitesse, loopings, vertige, je peux encore apprécier. Je ne vais pas me priver. Cette dizaine-là n’est pas si difficile à avaler tout compte fait. Il suffisait de l’enrober dans du sirop comme un comprimé amer.

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:44



                                                                      


                                            


Allez, on va appeler ça fenêtre sur cour. Ca consiste à être un beau jeune homme, à épier les voisins et à se faire dorloter par une grande blonde très classe tout en élucidant un crime. Et bien sûr il est handicapé par un pied dans le plâtre. Ca c’est dans le film. Dans mon cas, il y a le pied, le plâtre, et c’est pas le pied. D’abord je suis une femme, pas très jeune mais qui fait comme si. Ensuite, épier les voisins n’aurait rien de folichon, car chez moi, c’est fenêtre sur rue. Et puis la grande blonde, c’est moyen, c’est pas un fantasme qui me concerne. Moi j’ai mon doudou, le même qu’il y a vingt trois ans. Il a blanchi et s’est enrobé un peu. Il se demande si le calvaire qui le guette, trois semaines avec moi ronchonnant dans le canapé n’est pas plus  atroce que vingt ans de mariage. Mais il fait face courageusement, les courses, la litière des chats, la gamelle des chats, celle des enfants et la mienne. Et si j’insiste un peu, pas trop, faut pas pousser, il passe la serpillière et l’aspirateur.  Il s’adapte, il compose, il grince des dents en dedans.

 

Il faut dire aussi que j’ai pas été maligne. Un petit rayon de soleil, trois degrés de plus, le printemps qui arrive et hop ! J’ai enfilé la mini robe que je me suis achetée et les bottes djeunes qui vont avec.  Et j’ai joué à être la copine de ma fille. Eh bien, je suis certaine que les bottes, elles ont fait exprès. Ah ouais, tu te crois encore dans le coup, eh bien prend ça ma vieille. Et que je dérape dans le parking, juste avant d’arriver à la voiture. Bécassine et ses quatre fers en l’air. Courageuse, pas crié, pas pleuré. Restée digne. Juste appelé doudou avec mon portable.  Et les copines au bureau. Pour qu’elles fassent sans moi. J’imagine la scène, parce que ça les amuse forcément de se représenter ma pomme étalée comme un chou à la crème. Enfin, ça les amuse mais ça désorganise le planning. Mais je leur fais confiance, je suis un gros chat impotent et absent, alors les souris pendant ce temps…

 

Mon problème c’est que j’ai personne à espionner. Hier c’était la journée « j’attends ». Les résultats de la radio et qu’on me plâtre à l’hôpital. Dans la salle, j’ai fermé les yeux parce que tous ces gens qui souffrent, ça me stresse. Et ces goujats qui ont failli buter dans mon pied, je les aurais tués. Au moins, je n’ai pas vraiment entendu passer le temps. Aujourd’hui clouée dans mon canapé, je le vois et je l’entends. Il est dans chaque lettre que je tape sur l’ordinateur et je m’ennuie. Alors j’extrapole, je recrée mon univers au boulot.  

Le bruit des imprimantes, les « bonjour madame, bonsoir, à bientôt, pas plus de six par jour, à garder au réfrigérateur »… L’odeur du café à 10 heures, les caisses qui s’empilent dans l’entrée. Les « hello les filles » du livreur, les compliments parfois douteux des clients, leurs réclamations, leur anxiété, leurs angoisses. Et nos bavardages de filles qui agacent parfois le seul homme de l’équipe. Tout cela constitue l’ambiance d’une pharmacie. ET ME MANQUE !!!

J’ai trois semaines à râler sur mon sort. Enfin, ya pire. Je me dis que les jours rallongent, que mes minis, j’aurai toujours l’occasion de les remettre. Un peu de patience. Ce sera fenêtre sur court.



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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 11:27


Puisque nous parlions des femmes et de leur journée, il n’y a pas si longtemps, j’ai eu envie de vous faire découvrir cet article paru en septembre 1957 dans un journal marocain de langue française. Il s’agissait d’un article destiné à l’époque aux femmes françaises installées dans le pays. Quelles seront vos réactions ? Penserez-vous mesdames que les temps ont changé, et en bien, ou souhaiteriez-vous avec une larme à l’œil que l’on revienne à des principes d’un autre temps, pour certains ?

 

LES SECRETS DU BONHEUR par Gisèle D’Assailly

COTE HOMME

Sachez avoir de l’autorité sur votre femme sans toutefois la traiter comme une esclave.

Sachez lui faire des compliments et de petites déclarations.

Tachez de « voir » le chapeau ou la robe neuve qu’elle étrenne en votre honneur.

Sachez lui rapporter un bouquet de fleurs à l’occasion, son parfum préféré le jour de sa fête.

Si vous voyez qu’elle a un désir, n’attendez pas trop pour le satisfaire s’il est dans vos moyens. Un objet trop longtemps attendu se fane comme une fleur sans eau.

Renoncez à cette habitude de trouver toujours meilleurs les plats que l’on vous sert hors de chez vous… A moins que vous n’ayez pour femme une déplorable maîtresse de maison, ce qui est assez rare.

Si elle est excellent cordon bleu mais qu’elle garde parfois une odeur de cuisine sur les mains, ne lui dîtes jamais, tu sens le graillon. Conseillez-lui des gants en caoutchouc en lui expliquant que vous aimez ses mains et donnez-lui de l’eau de toilette.

Si vous désirez vous occuper d’une autre femme, ce qui est bien vilain, que ce ne soit jamais devant la vôtre, ni d’une manière ostentatoire qui permettrait à la première venue de plaindre « votre épouse ».

Sachez avoir pour elle toutes les prévenances auxquelles toute femme a droit. Dérangez-vous pour lui avancer un fauteuil, lui ramasser son sac, lui allumer sa cigarette.

Ne lisez pas le journal quand elle est avec vous dans un restaurant, non plus que chez vous pendant le repas.

Si vous aimez la musique et qu’elle ne soit pas mélomane, ne la traînez pas au concert, posez-la dans un cinéma. Vous vous retrouverez avec bien plus de joie par la suite

Si vous n’avez pas les mêmes heures de lecture, ne lui imposez pas la lumière crue dans les yeux jusqu’à un heure avancée de la nuit. Eclairez-vous avec une lanterne sourde, un rai de lumière (style éclairage d’avion) ou ce que vous voudrez, mais ne l’empêchez pas de dormir. Rien ne vous empêche d’ailleurs de lire dans une autre pièce.

Si vous mangez du curé, n’empêchez pas votre femme d’aller à la messe et ne vous moquez pas de ses prières : il est préférable qu’elle ait rendez-vous avec Dieu qu’avec un amant. On ne doit jamais intervenir dans les questions de foi. Elle supporte bien vos élans politiques, elle !

Si vous avez des reproches à faire à votre femme, que ce ne soit jamais en public. Un charmant proverbe vous enseigne qu’il faut laver son linge sale en famille.

Sachez garder votre autorité sur votre femme. Rien n’est gênant comme de rencontrer des maris-toutous. Ce sont d’ailleurs généralement ceux qui portent les plus jolies parures frontales.

 

 

COTE DAME

Si vous voulez être heureuse madame, il est un certain nombre de « commandements » auxquels vous devez vous soumettre.

Soyez d’humeur égale.

Evitez les scènes de jalousie… et les autres.

Flattez les manies de votre mari, tout spécialement sa gourmandise.

Soyez toujours en admiration devant lui : vous ne le serez jamais assez.

Evitez de lui faire des reproches en public.

Soyez propre et soignée.

Evitez de vous montrer à lui la figure couverte de crèmes grasses et la tête hérissée de bigoudis.

Ne lisez pas jusque à une heure avancée de la nuit s’il aime s’endormir très tôt.

Ayez une maison accueillante.

Acceptez avec le sourire des invités imprévus.

Soyez toujours à la maison quand votre mari rentre chez lui.

Ne le faites pas attendre s’il est exact.

Ne pleurnichez pas s’il vous fait des reproches.

Ne lui racontez que les mensonges indispensables, sans tricher avec vous-même.

Soyez toujours prête à sortir s’il le désire.

Accompagnez-le aussi souvent que possible dans ses déplacements.

Si vos idées religieuses ne correspondent pas avec les siennes, ne l’empoisonnez pas avec vos pratiques et ne mettez aucune ostentation dans vos dévotions. Rien n’est odieux comme une femme qui se précipite à la messe dès l’aube, rentre fatiguée chez elle et se montre d’une humeur exécrable toute la matinée. Tous les directeurs de conscience vous diront qu’il vaut mieux avoir un bon ménage que d’exaspérer son mari en allant à la messe.

 

 

Edifiant, non ? Je dirais plutôt qu’on a du mal à discerner si la chroniqueuse parle sérieusement ou avec une pointe d’ironie. A chacune de voir.

 

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 16:35






Il est parti sans moi. Il a dit le Mexique, à ce prix, c’est une occasion unique, je ne raterai ça pour rien au monde. Je n’y croyais pas mais il l’a fait, s’est racheté des bermudas et des sweets, une nouvelle paire de lunettes noires et un chapeau pour le soleil.

Il m’a laissé les gosses et l’école, Paris, le ciel gris et  un vent glacial. Il m’a laissé le train train, le grand lit, le chat, les rats et les cochons d’inde. Pour la compagnie : les clings, clings dans la cage ça fait du bruit, je ne suis pas seule. Pour la fourrure : en glissant ma truffe dans les poils de Gris Gris, j’ai chaud. Et puis il y a Facebook, ça c’est pour les amis, les vrais, les proches. Les virtuels. Je m’amuse comme une petite folle. Même que je garde le chien du voisin, il ne fait que des bêtises, bouffe la selle de mon vélo et sème de l’engrais dans le jardin. Réparer, ramasser ça m’occupe. Tant que ce n’est pas moi que je ramasse.

Le boulot me distrait. Je vois des têtes et je papote, je pense à autre chose qu’à lui, sous un parasol sirotant une caïpirinha. On a même ouvert le champagne avec les collègues. C’était bien, une petite fiesta dans ma tête, des maracas et des aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, Palomaaaa…. Je crois que je vais aller chez le coiffeur, changer de tête avant qu’il ne rentre. Dix neuf ans qu’il se coltine une rousse, je peux tenter le blond. Qu’est-ce que je risque ? Qu’il ne remarque rien, c’est tout. Ca ferait mal quand même…

Ce soir je vais au Ciné avec mon fils, le plus jeune. Qui n’est accaparé ni par les filles, ni par ses études. Il est disponible et patient. Disons qu’il m’aime autrement. Que sortir avec maman ne l’humilie pas encore.

 

Il faut que je maigrisse, c’est pas nouveau. Mais j’ai faim. Rien que de penser à des tacos, fajitas et autres enchiladas, j’ai envie de me goinfrer de guacamole en feuilletant un livre sur la civilisation Maya. Je fais des efforts, jogging… mou… dimanche juste avant de préparer le repas. Mais ça creuse, dès le retour, je me précipite sur des galettes de maï… de son, pardon. Et puis préparer de repas de trois gaillards adolescents ça n’aide pas. Je vais à la piscine… Je m’y ennuie, les longueurs, c’est monotone.

 

Il ne faut pas m’en vouloir mais sans lui qui s’amuse sans moi, je déprime. Je ne vais pas mal mais je ne suis pas très bien. J’ai l’impression d’être une biscotte émiettée, de perdre de ma substance. Je guette la sonnerie de mon portable et consulte mes mails tout le temps. Vivement dimanche, parce qu’il rentre dimanche. Ca fait quinze jours qu’il est parti et nous ne sommes jamais restés éloignés l’un de l’autre si longtemps. J’irai le chercher à l’aéroport, je porterai ma robe bleue, ou la jaune. Oui… Non… J’ai le temps d’y réfléchir.  J’ai le cœur qui palpite et les mains moites. Comme une jeune fille à son premier rendez-vous. Comme si notre histoire allait commencer. Comme si quelque chose basculait, comme si le temps imprimait sa marque. Et nous indiquait une direction nouvelle à prendre.  

 

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 15:04

34- La Semaine de la Poésie (Moody Lady)

Sur une idée de Moody Lady l'exercice de la semaine portera sur "La Semaine de la Poésie".

Nous proposons d'écrire un poème en accord avec votre région de résidence, de naissance - ou une région de France que vous aimez - dont vous découvrirez le thème sur le lien suivant :
Le Printemps des Poètes.

Mais vous pourrez aussi écrire un texte concernant la poésie ou bien un poème ou un poète qui vous a touché ou que vous aimez particulièrement.

 

Apollinaire : Rosemonde

Longtemps au pied du perron de
La maison où entra la dame
Que j'avais suivie pendant deux
Bonnes heures à Amsterdam
Mes doigts jetèrent des baisers

Mais le canal était désert
Le quai aussi et nul ne vit
Comment mes baisers retrouvèrent
Celle à qui j'ai donné ma vie
Un jour pendant plus de deux heures

Je la surnommai Rosemonde
Voulant pouvoir me rappeler
Sa bouche fleurie en Hollande
Puis lentement je m'en allai
Pour quêter la Rose du Monde

 

 

 

Tous ses mos interpellent

Chantent l’amour et l’éternité

La jeunesse et ses envolées

Ce côté bouillant, naïf, rebelle,

Le bonheur de vivre et la soif d’aimer.

En quête d’une Rose il parcourt le monde,

Et pour un idéal, a l’imagination féconde.

Sur les quais déserts, durant  deux heures il flâne

Il jette des baisers comme un Pierrot lunaire

Sa vie se joue devant une maison d’Amsterdam.

Il est déterminé, foi d’Apollinaire !

Moi je l’ai étudié en classe de première,

J’aime sa fougue, son enthousiasme, sa flamme,

Comme lui quelquefois, par les chemins je erre.   

J’espère ainsi élever mon âme

Atteindre son univers, évoluer dans sa sphère.

Donner la main à ceux qui composent sa ronde,

Et me persuader qu’il adorait Rosemonde.

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 20:07



42 - du 09 au 22/06 - A compléter + mots imposés (Virginie Edensland)

A partir de la courte phrase "IL ETEINT LA LUMIERE (...) ET FERMA LA PORTE LENTEMENT (...)", il s'agit d'écrire un texte qui viendra s'insérer dans les ... (il y a donc deux parties à écrire), en incluant les 7 mots suivants (les verbes peuvent être conjugué, comme toujours) :

fenêtre, vent, changer, rester, ramasser, corné, dehors.

Le but est de développer le plus possible... sans que cela devienne lourd pour autant.
Au plaisir de vous lire !

 

 

 

Il éteint la lumière et s’approche de la fenêtre ouverte, regarde le ciel  où filent des étoiles chassées par le vent. Il resserre les pans de sa robe de chambre, il tremble un peu. A quatre vingt sept ans, il vient de retrouver l’amour. Bien sûr, il a veillé Eliette jusqu’à son dernier souffle, jusqu’à ce que la maladie de Parkinson ait eu raison de sa raison. Elle est partie l’an dernier, elle demeure le grand amour de sa vie, le plus constant, le plus solide, le plus constructif. Celui qui fait exploser le cœur et battre le sang dans les veines. Aujourd’hui cependant, il a autre chose à vivre et il reste peu de temps. Avant qu’on ne ramasse ses os desséchés d’arrière grand père et qu’on ne les fourre dans une boîte. Alors ce qu’on pense, ce que veulent les autres, il s’en fout. Les comptes il les rendra à Eliette au ciel, à elle seule.

Il doit vendre la maison pour ce qui l’attend ailleurs, avec l’autre, la jeune. Ce sera plus simple, une grande maison avec un jardin et une terrasse. Pour son petit, à elle. Il pense au déménagement, cette corvée. Personne ne viendra l’aider, les enfants sont vieux, soixante ans, ils  ne comprennent pas, ils sont outrés. Il repense à cette fois où Jacques  le flanqua dehors, ouste papi, vis ton délire, mais nous, on ne veut rien savoir.  Et il ferma la porte lentement comme pour contenir sa rage de « jeune » offensé.

 

Il fera venir le fils des voisins et sa camionnette. Il aidera comme il pourra. Il portera sa ceinture de contention, il faudra soulever le lit et la grosse armoire une fois vidée. Et la bibliothèque, tous ces livres aux pages cornées, que doit-il en faire ?

Une larme glisse le long de ses lunettes, il frotte son crâne chauve, se racle la gorge. Il s’éloigne de la fenêtre, il était temps que quelque chose change.  Temps de fuir les commérages, les regards noirs et par-dessous, les moqueries parfois. Parce qu’ils ne se doutent pas qu’il remarque, qu’il observe, qu’il comprend. Qu’il entend  malgré ou grâce à son sonotone, ce qu’on chuchote tout bas. Que ça l’atteint un peu, pas trop, pas assez pour renoncer, pour faire plaisir à la société.  Il a un ordinateur et il note tout ce qu'il ressent , oui monsieur, pas encore dépassé pépé! Et ça soulage et ça apaise.
Ca choque la différence d’âge, il l’admet. Et les petites culottes que certaines ont cru apercevoir derrière un rideau. Elle, la remplaçante, l'intrigante, a quarante cinq ans, un fils de dix ans. Elle veut profiter de sa pension, le temps que ça durera, il n’est pas dupe. Et après?



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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 21:45
53 - Ecriture sur image (Michel) Laissez votre imagination prendre possession de cette photo (tirée d'un film, mais vous ne saurez pas lequel, pour ne pas vous orienter), et vous raconter son histoire. Partagez-nous cette histoire, quelle qu'elle soit. La seule consigne est d'essayer de surprendre, autant que possible.




Il est dix huit heures trente. Je suis arrivée seule et j’ai commandé un mojito. J’ai rempli ma coupelle de cacahuètes et j’ai choisi le fauteuil cabossé, déchiré. Avachie dedans et le regard vague, j’attends. Le temps. J’attends qu’il passe lentement. Il sait faire, il se réfugie dans les regards. L’ambiance est jeune et branchée, la trentaine comme moi. Chacun s’observe, se chercher se jauge, juge de son pouvoir de séduction. Ce que ça peut bouffer les minutes de vouloir plaire. C’est un clignement d’œil, un battement de cil, un geste de la main, la manière de lever son verre de rouge ou de rosé, de fourrer ses cacahuètes une à une dans sa bouche, de dodeliner du chef en secouant une longue chevelure lisse et raide. C’est ce grand type au bar, qui profite de la soirée Halloween, tous les cocktails fument, les serveuses sont vêtues et maquillées de noir, l’heure avance, c’est blindé, chacun se sert, des olives à la louche. C’est ce grand type au bar, et moi qui n’attend personne. J’ai le moral au ras des pâquerettes. S’il fallait que je parle, que j’enlève ce grand scotch sur ma bouche, que je stoppe la larme qui bave sur ma joue, je les aborderai tous. Le grand blond qui téléphone à l’entrée, la fille bouclée aux longues jambes tricotant l’air dessous le short, le serveur. Lui se demande si je vais commander un troisième mojito ou me tirer en douce. Je leur prendrais la tête avec mes peines ; la mort de mon père la semaine dernière, ma dém à cause d’un chef trop caressant, mes amours nulles et répétitives et nulles. Je les embrasserais, je les serrerais fort tout contre moi, parce que ça tient chaud, parce que ça rassure. C’est ce grand type au bar, qui s’approche, et qui s’assied à côté, sur le siège. Il me regarde, il m’ausculte du bout des yeux comme un cancérologue avant d’annoncer la nouvelle. Ou un dragueur avant d’attaquer. C’est nul, j’espérais mieux, de lui j’espérais mieux. Avec ses lunettes et sa barbiche d’intello je l’imaginais déclamant du Brel avec la voix surgie des tripes. De sa poche il tire un mouchoir en papier et effleure ma joue, là où ça brille. Il me regarde dans les petites tâches noires au milieu des pupilles, et sa voix surgit des tripes :
- Prenez soin de vous, il dit, restez droite. Ne laissez aucun événement, ne laissez personne vous démolir.
Une manière d’ôter le placard sur ma bouche, de m’autoriser à parler.
- Merci de vous soucier de moi, je dis.
- C’est très intéressé vous savez, j’ai envie de vous connaître, et de confronter nos blessures. C’est la première fois que je ressens cela.
Et moi, j’ai envie de m’échapper, avec lui, dehors. Par la fenêtre j’aperçois un quartier
de lune, il pendouille sous une étoile, attaché, tel un insecte au fil d’une araignée.
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 16:59



52 - Crache ton venin ! (Mariev)

Il s'agit d'écrire un texte plutôt court (disons, pas plus de 1500 caractères, espaces compris - mais si ça dépasse un peu nous serons tolérants) sur le thème "Crache ton venin !", et si cela vous est possible, illustrer ce texte d'une création personnelle (dessin, infographie, photo, dont VOUS êtes l'auteur).

Cette fois encore,  le type de texte ne vous est pas imposé.

 


Pour récolter le venin des abeilles, il faut tendre un fil à l'entrée de la
ruche dans lequel passe un courant électrique basse tension.
Au passage, l'abeille reçoit une décharge électrique et se défendant
pique dans un voile de nylon situé au dessous d'elle.
Lorsque le voile est bien imprégné, il est lavé dans l'alcool puis
celui-ci est desséché et apparaît alors une poudre blanche
extrêmement toxique: le venin d'abeille.
Cette poudre sert ensuite à diverses applications médicales.
Dans cette opération l'abeille ne meure pas mais elle est très excitée.

 

Pour récolter le tien, il suffit de tendre la perche, d’évoquer les vacances au soleil alors que tu préfères la montagne et les ruisseaux, les randos vérités au grand air sans croiser un pelé. Ca te fait des décharges électriques quand je parle de parasols et de youkaïdis au Club Mé. Pour te défendre, tu dénonces mon côté beauf au soleil, les vacances de masse entre intellos du pastis et les jeux apéritifs.  Lorsque à bout d’arguments, ta langue se dessèche, tu te racles la gorge et tu vas t’en servir un, de pastis… Mais fais attention, l’alcool c’est toxique pour l’organisme, toutes ces rasades que tu descends pour m’envoyer sur les roses. Bon je sais, ça n’est pas fatal mais ça t’excite, ces bagarres. C’est anti inflammatoire, antirhumatismal, ça entretient le couple. Tu craches ton venin mais au final, on partage chaque année. Une semaine à la mer et l’autre dans les alpages. Un compromis quoi !

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 18:56

 

 

Dans mon rêve je dors paisiblement au creux d'un lit en bois noir garni de draps en coton blanc, dans une chambre aux murs bleus auxquels sont suspendues des photos de couchers de soleil. Et puis ça n’est pas un rêve mais le besoin d’un sommeil tranquille et libérateur. Une envie de vacances. Pas de neige, de foule et de froid, de voltige et de griserie sur les pistes. Et le soleil, pas vraiment. Les cocotiers, le vent, la mer, en ce moment c’est pas mon truc, c’est pas ce que je veux. Je vais tout plaquer, le boulot, les amis, le chéri.

Je vais écrire, le temps, les jours fades, mes rides, les enfants, le désamour. Je vais me pâmer, enjoliver, sublimer. Le printemps qui arrive et ses fausses promesses de renouveau, les heures tièdes, la chaleur d’un regard neuf. Les corps dénudés, les terrasses des cafés, les fleurs et les prés. La campagne, les chemins, les sentiers. Alors il faut pour m’évader, un grand lit profond à baldaquin, avec un édredon à l’ancienne, où l’on s’enfonce, comme chez ma grand-mère autrefois. Des draps, blancs frais à l’odeur de lavande. Et une chambre aux murs bleus avec des médaillons dessinés dessus. Très important la couleur. Bleue. Et le soleil  couchant d’un le ciel berrichon. Cette bonne blague. Vous imaginiez, Tahiti ou Fort de France. Mais z’avez pas lu plus haut ? Point d’exotisme. Mon luxe, mon ailleurs à moi est dans ma tête. Enfin, j’ai quand même la folie des grandeurs, je suis une dame illustre. Je suis quelqu’un d’exceptionnel.

Parce que vous n’étiez pas au courant, bien sûr. Je fréquente les meilleurs, je convie à ma table à Nohant, sous un lustre en cristal d’Italie, les plus grands de ce monde. Nous parlons de ce qui se passe à Paris, des désordres de la capitale. Nous parlons de peinture et de littérature, de musique aussi. Mon fils Maurice a confectionné un théâtre de marionnettes qui captive tout ce beau monde. Chopin a adoré et Musset en son temps. Delacroix, Gautier, Flaubert, Dumas. Qu’en pensez-vous ? Suis-je assez mégalo ou imbue de ma petite personne ?  Je me balade en pantalon, je fume le cigare et je divise ma longue chevelure noire veinée de fils blancs d’une raie au milieu du front. J’aime raconter les fêtes et les amours champêtres, les feux follets et les braves gens. On m’appelle Georges. Georges Sand. Enfin Aurore… Pour les intimes. Je m’appelle, je m’appelle…

 

J’éternue, une allergie aux plumes de l’édredon, aux pollens à l’extérieur. Je me réveille brusquement.Un frisson me parcourt l'échine quand soudain je prend pleinement conscience d'où je suis, qui je suis, et de ce qu'il me reste à faire : j'ai peur.

Cet exercice répondait à la consigne 16b : phrases imposées (Michel)

  

3 phrases vous sont ici proposées : une pour le début du texte, une autre pour la fin, et une à placer dans le récit (où vous voulez, mais forcément ni au début, ni à la fin).

Début :
"Dans mon rêve je dors paisiblement au creux d'un lit en bois noir garni de draps en coton blanc, dans une chambre aux murs bleus auquels sont suspendues des photos de couchers de soleil"

A placer dans le récit :
"Voilà donc le sens de cette dernière partie, un spectacle avec une régie de production comme pour une pièce de théatre ou un film."

Fin  :
"Un frisson me parcourt l'échine quand soudain je prend pleinement conscience d'où je suis, qui je suis, et de ce qu'il me reste à faire : j'ai peur"
Et il y a deux façons possibles de traiter cet exercice, et vous devrez indiquer clairement laquelle des deux vous avez choisie :
16a - L'exercice tel quel, avec les trois phrases
16b - Un début & fin classique, vous avez alors le choix entre la première et la
deuxième phrase pour le début,  la phrase de fin restant à sa place.

 

 


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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 10:08

 


Consigne 25: la page blanche ( Kildar- Madam'Aga)

 

Une salle surchauffée au propre et au figuré. Un public jeune, vingt cinq, trente cinq et moi, à peine plus vieille. Si on veut puisque tout est dans la tête. Pour arbitrer le match un sosie de Mustapha El Atrassi. Humour et dérision, un rien directif, un rien affectif, surtout incisif.  Il est là pour fixer des règles, donner les thèmes, compter le temps, sanctionner les fautes. Et nous retourner, nous public, qu’on applaudisse, qu’on se taise, qu’on se lève. Il supervise aussi les prestations d’apprentis DJ qui obéissent au doigt… Et à l’œil.

Le spectacle se compose de deux parties. Première année contre deuxième année, l’impro ça vient du Canada et ça s’apprend, ça se prépare, ça se contrôle. Enfin pas toujours. Il y a ceux qui ont de la répartie tout de suite, et ceux qui suivent, l’air étonné, le bras levé, un fou rire au coin des lèvres.  Il y a des grimaces, des mimiques, des sauts en l’air, des envolées lyriques et des phrases assassines qui tombent comme des mouches dans un bol de soupe. Il faut réagir aussitôt, rester dans le thème, ne pas perdre pied. Et ce jusqu’au coup de sifflet final, Jusqu’à la sanction de l’arbitre. Quelle belle leçon de vie !

Moi, je vous ai tous observés. Votre  sens de la répartie et des rictus, l’aisance avec laquelle vous évoluez. Vous vous défendez de charmer ou de séduire, vous êtes des clowns au rire communicatif.  Vous vous  prêtez au jeu parfois, êtes le black ou la chinoise de service, comme c’est facile de s’enrouler comme un nem sous les directives d’un Fabrice Eboué plus vrai que nature.  Et moi j’imagine Lin Dan Pham, Gong li ou Lucy Liu. Je vois de la grâce et de la magie, de la beauté. Evidemment tous ces bigoudis déchaînés qui se lovaient  dans les cheveux d’une Catherine Deneuve lors d’un sketch ayant pour thème les bigoudis vengeurs, m’ont fait rire à gorge déployée. J’y étais presque, au théâtre, le vrai, ou au cinéma parmi les grands. J’ai cru apercevoir Thierry Frémont et le Moine de Kaamelot. Illusion, vrai talent d’artistes en herbe ? Je le crois sans hésiter. D’ailleurs  tous ont eu les gestes, les mots, les attitudes du burlesque, de l’absurde.    

Tous ont su concevoir, inventer, suivre une direction autre que celle qu’ils s’étaient fixés au départ. Pirouetter, voltiger, c’était du grand art. Ils se sont emparés de la scène, appliqués à la remplir de lumière, de sons, de mots.

Je crois que c’est ça, vaincre l’angoisse de la page blanche. C’est quand des personnages bien campés, kidnappent l’auteur et en font le spectateur ébahi des scènes qui se déroulent sous ses yeux.  

 

 

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