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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 14:22

Aujourd’hui et pour respecter le THEME DE LA SEMAINE: les collections, je vous présente quelques timbres témoins du parcours de mon grand-père en tant que soldat dans l’Armée Coloniale, à la grande époque de l’Afrique Française. Après Verdun et les Dardanelles mon grand-père, originaire de Martinique,  a parcouru l’Afrique avant se fixer au Maroc où il a terminé sa carrière militaire et choisi ensuite le poste de douanier sur le port de Casablanca.

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous fais découvrir la Côte d’Ivoire, le Dahomey, la Guinée, la Mauritanie, le Liban, le Sénégal, le Soudan, le Togo et les pays du Maghreb représentés par des timbres des années 30 et 40. Avez-vous remarqué mon grand père incrusté dans un timbre de la Martinique ?

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 13:27






Je viens d’achever la lecture d’un recueil de nouvelles : « Petites faiblesses inavouables » de VERONIQUE FISZMAN aux éditions Leo Scheer. J’ai apprécié le ton narquois, moqueur, impertinent, désabusé. J’ai adoré ses phrases courtes, simples. Ses remarques font mouches. Et surtout les personnages sont les gros lourds qu’on croise au quotidien. Ce sont vous et moi, avec nos préjugés sur les riches, les pauvres, les juifs, les blacks, la zone et les gens bien.

 

Je dresserais bien ma liste perso de lâchetés pas jolies, jolies. Je la placerais là sur mon blog mais j’hésite. D’abord ça ne regarde que moi, le principal est que je m’en rende compte et tente de me corriger. Et puis écrit comme ça sur l’écran, tout me paraît criminel. Ou alors c’est du charabia, comme d’entendre Bruel commenter un match de Poker sur Canal. Des petites mochetés, moi je ne peux pas en avoir fait. D’ailleurs si j’interroge les autres, autour, ils  jugeront que je suis quelqu’un d’honnête, franc et loyal.

Plus encore, je suis intelligente donc je sais où se situent les limites. Je ne dépasse pas. Ou si peu. Et je suis la modestie incarnée. En douteriez-vous ?

Si vous affirmez le contraire, c’est par méchanceté, d’ailleurs vous n’êtes pas très malins dans l’ensemble. Je n’attendais pas grand-chose de vous.

Au début je vous trouvais sympathiques, je vous aurais offert le restaurant ou une place de concert sans me poser de questions. J’aimais bien votre compagnie. Mais là, à vous écouter dire que … parfois… je peux être mesquine… Je ne veux plus vous voir. Non, je rigole, mais pourquoi vous faites cette tête ? Allez, je vous offre un verre.

 

Non, pas ce soir. Je suis mal, c’est à cause de ce que vous avez colporté la semaine dernière. Moi, j’aurais critiqué vos amis ? Qu’est-ce que vous avez à parler de moi comme ça derrière mon dos. C’est dingue ! Vous vous êtes passés le mot ou quoi ! Consulter un psy, mais je ne suis pas malade. Il faut juste que je me blinde, que je ne me laisse pas déstabiliser par les idiots qui m’entourent, que je les fuis. Tous des imbéciles. J’ai le cœur vide, je ne ressens rien pour mon prochain.     

 

Tout ça pour dire qu’il y a une palette de travers à combattre en nous, il y a le narcissisme, la perversion, l’indifférence aussi. La vigilance consiste à de ne pas tomber dans ces excès et d’avoir l’œil, toujours. Près de nous quelqu’un est peut-être dans la peine.  

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 19:22





J’ai appris le décès de José Carlos en furetant sur les blogs de la communauté ARCHITECTES D’INTERCHOEURS et je voulais  partager  mon sentiment avec vous. Son blog est toujours là et nous incite à découvrir ses passions, ses goûts musicaux, littéraires, picturaux. Et bien sûr son amour du Portugal. Je m’y suis attardée un peu plus que je ne le faisais d’habitude. Je cherchais quelque chose de particulier, un blog c’est tellement vivant, présent, c’est l’idée du moment qu’on exprime. On guette les réactions, les visites, ou leur absence. Chacun sait qu’il y a quelqu’un derrière, et tout plein d’accros avec leur souris. C’est un échange, un peu comme un salon au parc des expositions à Versailles. On baguenaude de stands en stands, on s’arrête, on discute, on découvre. On trouve même le temps de prendre un café ou un sandwich. Une pause et on repart. En fin de parcours, épuisés mais heureux on ramène des dépliants ou on passe commande.

Tout ça pour emporter chez soi un peu de fièvre et l’ambiance particulière de ces « kermesses » à l’esprit bon enfant. Mais les expositions ont un début et une fin, nous le savons  et somme préparés à çà. On se précipite ou on laisse passer, on ira l’an prochain de toutes façons. Alors que faire quand l’exposition est permanente et que l’un des exposants s’en va en abandonnant son stand. Eh bien, mon premier réflexe est celui du pilleur, je pique des idées, j’ouvre des yeux, mes oreilles. Puis je m’aperçois qu’au lieu de lire le blog, j’essaie de débusquer le bloggeur, sa personnalité, pas vraiment son âge puisque ses choix permettent de le deviner dès le départ.

Voilà j’ai trouvé ce que je cherchais, le départ d’un bloggeur lève le voile sur son anonymat. Il n’est plus seulement sur l’écran, et si comme, José Carlos, il a déposé une photo, on ne voit plus qu’elle, dominant les textes. C’est comme s’il était assis à nos côtés, qu’on feuilletait un album de famille ensemble, et c’est très sympathique.  

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 12:14





A l’époque j’avais 37 ans, lui 23. J’étais mariée avec enfants, lui étudiant, célibataire. Ouais, ouais, je vous entends les mouettes, c’est assourdissant ce vacarme autour de ma tête. Taisez-vous et repliez vos ailes. Ne vous inquiétez pas, j’ai assuré, all was over control. Nous deux ça a fini au clash, parce que ça ne pouvait pas marcher, ça ne pouvait plus durer ce désir pas comblé. Il est parti un beau jour, comme il était venu.

 

Il était grand, beau, intelligent, cultivé, bourgeois et très, comment dire, poli. C’est banal comme histoire, un petit jeune, rencontré au boulot et qui vient de se faire plaquer par son amie. On discute, on débloque, on sympathise autour d’une tasse de café. On s’observe, on se scrute, on se découvre… des points communs. Le cinéma d’art et d’essai, Arnaud Despleschin à l’époque de « Comment je me suis disputé… », Mathieu Almaric, Emmanuelle Devos, Chiara Mastrioani. On ne  parlait pas d’eux, en ce temps-là ou très peu.  Et  je m’étais entichée de Katherine Mansfield, lui lisait Virginia Woolf comme d’autres feuillettent Voici. Il pouvait discuter de sujets débiles jusqu’à plus d’heure, histoire d’argumenter et je suivais, histoire de contredire. Alors on s’est apprécié, on s’est plu, troublés l’un  par l’autre. Ca me titillait vous pensez, mais la petite lanterne dansait sur ma tête, nan, nan, nan, fifille.

 

Il m’a fait la cour à sa façon, un peu spéciale. Un jour il s’est approché et m’a abordée de front, ni gauche, ni timide. On était en avril, il faisait doux, le soleil tiédissait la peau. Il a dit, naturellement :

-         Je suis amoureux.

-         Magnifique, j’ai rétorqué, enfin vous avez passé le cap. Votre amie s’efface doucement.

Il est resté planté devant moi, l’air renfrogné, sans un mot, et j’ai compris. Ouais bon, pas confortable comme situation. J’ai pirouetté, un savant quart de tour vers ailleurs, plus loin, à part.

 

Il a acheté des fleurs, pas un bouquet énorme avec un billet et un petit cœur accroché sur la feuille de papier glacé. Trop clinquant, pas adapté. Fallait apprivoiser Emma (Bovary pour ceux qui suivent pas). Il a acheté des primevères attachées avec de la ficelle qu’il a coupée. Il a disséminé des petites flaques jaunes dans des verres, çà et là. Je l’ai interrogé, il a expliqué :

-         Si je vous les offre vous allez refuser, j’en mets partout, ça égaie, vous ne trouvez pas ?

J’étais décontenancée, ébaubie.

 

Un jour, il a dit :

-         Ca y est j’ai rencontré quelqu’un, je vais vous la présenter.

Et je l’ai vue, elle était jeune, belle, douce, très agréable et amoureuse. J’étais heureuse pour lui, un peu jalouse.

Pour moi tout était clair. Chacun son doudou et vogue la galère. Il ne me tournait plus autour, clean comme situation.

 

Et puis je l’ai vu s’intéresser à des gamines de 18 à 25 ans, toutes celles qui passaient à sa portée. J’ai assisté à son manège, interdite. Il était lourd, fatigant, dérangeant. Les filles trépignaient, rougissaient, déguerpissaient. J’ai fait la remarque, c’est quoi cette attitude vis-à-vis de votre nouvelle amie, de ces filles, c’est pas top !

Il m’a tourné le dos, immédiatement pour fermer la fenêtre. Comme si l’air dans la pièce l’étourdissait. Et gardant la main sur la poignée, il a susurré :

-         Si je drague toutes ces filles, c’est parce que vous ne me laissez pas vous faire la cour !

Ca ne pouvait pas continuer, je vous dis.  

      

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:40





C’est un très beau film qui se sert des clichés et les jette au feu. Je n’ai pas l’intention d’en parler, les clichés ça saute aux yeux, des idées toutes faites sur n’importe quoi. Des idées qu’on lance en l’air quand on n’y connaît rien et que l’on croit savoir. Sauf que dans le cas de l’école les clichés sont la vérité. Un quotidien à épurer, à embellir, à rendre supportable. Pour tous ces jeunes, désabusés, désorientés et dont le langage signe la mise au rebut.

Ce film c’est Isabelle Adjani. On parle de retour, de manque, d’impatience. Sublime, habitée, auréolée, elle est son personnage. Et oui, elle me manquait. Ce n’est pas l’image fantasmée que j’avais d’elle, elle a grossi, on la surnomme bouboule et elle en rit. Mais elle est belle à jamais, solaire, présente. Comme une amie que  j’aurais perdue de vue, et dont les avis, les conseils me faisaient cruellement défaut. Une confidente dans le giron de laquelle il ferait bon pleurer. Comme un amant retrouvé par hasard, longtemps après notre histoire, et dont le temps n’aurait pas altéré l’éclat. Je veux dire que des retrouvailles satisfaisantes sont rares, que le public n’est pas toujours fidèle. Adjani a su toucher ses fans d’autrefois et en conquérir de nouveaux.

 

Mais je ne connais pas Isabelle Adjani. Elle est dans ma tête et je l’invente, un peu. Dans ce film, outre une poignée de jeunes comédiens formidables et rafraîchissants, il y a Fatima. On la voit peu, on la voit mal, on la remarque à peine. C’est une de mes clientes à la pharmacie. Dans le film elle joue le rôle de la mère d’Adjani, elle est effacée, discrète, l’anxiété se lit sur son visage, elle ne parle pas. Elle est une musulmane typique, retranchée derrière un mari qui s’exprime seul. Le son de sa voix se résume à un cri, à la fin. Moi je sais qui elle est, elle raconte sa famille, son père, son fils, sa vie. Elle se sait cantonnée aux rôles de musulmane vieillissante et porte dans la vie les mêmes vêtements que dans le film. Chez nous, elle est bouillante, volubile, elle accapare l’attention. Déclame des poèmes, raconte ses tournées, ses auditions, nous fait part de ses constats philosophiques. Ses yeux ont de la fièvre. Elle nous happe, elle nous épuise, elle est vivante. Et tellement éloignée de la sobriété de son personnage dans le film.

 

Eh bien je ressentais le besoin de parler de ces deux femmes, l’une nous appartient, elle est à nous quelque part. L’autre n’intéresse qu’une poignée de personnes. L’une a sa vie loin de nous, en parallèle, elle est une référence. L’autre semble proche, accessible, elle est le quotidien. Ensemble elles représentent  une forme d’équilibre, les pôles entre lesquels nous oscillons, tous, du rêve à la réalité.     

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 09:44



Quand j'avais trois ans, j'ai dit: « Quand je serai grande, je serai un vampire. »
A dix huit ans, j’ai tenu ma promesse. Lui en avait dix neuf, il s’appelait Gilles. Nous nous étions connus en juillet 197… , au cours d’un job d’été. C’était un grand blond bouclé, gringalet, dégingandé. Une saucisse. On nous avait cantonnés au classement des archives. Tous les deux, accroupis dans des allées étroites, avalant de la poussière, supportant le silence et l’ennui. Le soir, nous retrouvions les autres, étudiants comme nous au café, plus loin dans la rue.  Il y avait des pauses, des sourires complices, des airs de connivence, on soupçonnait une histoire entre nous. Ca avait le don de m’énerver ces commérages, d’autant que lui jouait les être fuyants, solitaires, en proie aux questionnements. Il meublait le vide de nos journées en décrivant ses promenades dans la forêt avec sa copine, leurs pas feutrés, le chant des oiseaux, la percée du soleil à travers les feuillages et le silence entre eux. Ils se comprenaient, se devinaient, se complétaient, c’était émouvant ce déballage. Moi je gobais, telle une mouche affamée, j’étais sous le charme d’un amour fusionnel. Et sous le sien évidemment.

 

Je ne sais pas à quel moment exactement, il y eut ce déclic, ce retournement. Peut-être quand  je me suis inventée un copain du genre beau gosse inaccessible. Et puis dans cette atmosphère capitonnée, intemporelle, je me sentais pousser de longues dents et l’envie de mordre montait, montait…. Alors Gilles se tut. Il me dévisageait, l’air soupçonneux, elle raconte quoi au juste, c’est un truc pour m’avoir ou pour m’éloigner, me faire réagir ? Il essayait de titiller ma jalousie, des astuces du genre, ce soir je pars plus tôt, elle m’attend ou alors, à midi, je ne mange pas avec vous, elle m’attend. Pourtant nos mains se frôlaient dans les cartons et nous nous débarrassions mutuellement des toiles d’araignées qui accrochaient nos cheveux. C’était intense !

Un jour, il joua son va tout. Il faisait très chaud, trop à son goût, se pâmer en évoquant  sa copine ne l’amusait plus et mes déclinaisons amoureuses l’agaçaient. D’un geste autant subtil que sublime, il ôta son tee shirt et continua de travailler comme si de rien n’était, torse nu. Gringalet, j’ai dit mais le muscle nerveux. Il n’y avait que nous, ça ne dérangeait pas. Je me suis approchée et au lieu de mordre, j’ai posé la main sur son épaule et j’ai dit :

-         Ben alors Gilles, t’as froid ?

Il a sursauté et s’est brusquement raidi.

-         Ne me touche pas !

Je me suis détournée, moqueuse. Redoutait-il que j’enfonce mes doigts crochus  dans sa peau tendre ? Il a continué de travailler, je sentais qu’il mourrait d’envie de remettre son tee shirt mais il n’osait pas. Les jours suivants et jusqu’à la fin du mois il se montra boudeur, taciturne. Ses regards devenaient pesants. Nous avions échangé nos adresses, lui, moi et d’autres. A la fin de l’été je reçus une carte postale de Grèce, il voulait me revoir bientôt. Je n’ai jamais répondu. J’aurais dû, peut-être. La part de moi qui est devenue sorcière vous salue.

 

Ce texte répond à la consigne 22-début & fin : "Rêve irréel-alizée" (Françoise)

Voici un type d'exercice connu, mais amélioré dans le cas présent. Jugez plutôt.
Il s'agit d'écrire un texte qui contiendra (idéalement dans son titre, mais pas obligatoirement) l'expression: " Rêve irréel-alizée" (Selon le dictionnaire des Elfes, le mot " irréel-alizée" signifie "réalisé dans l'Irréel, le Monde Intermédiaire").
Le texte commencera par la phrase.
Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grand (e), je serai un/une ..."
(remplacer les pointillés par l'un - ou plusieurs, pourquoi pas ? - des mots suivants : fée, magicien, elfe, nymphe, dragon, licorne, lutin, schtroumph, pokémon, sorcière, nain de jardin, loup-garou, chat-garou, ogre, fantôme, orque, vampire).
Le texte se terminera par :
La part de moi qui est devenue ... ... vous salue.
(les ... sont à compléter sur base d'un élément de la liste précédente, mais pas forcément le même qu'au début du texte, et pas forcément qu'un seul non plus...)

 

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 10:47

 

Les yeux fixés sur l’écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux. Ils n’attendaient rien de spécial, et surtout pas que l’image se forme. L’ordinateur vrombissait, et immobiles,  côte à côte, ils retenaient leur souffle. Il y avait ce dossier et le mot de passe à trouver. Des lettres saisies sur PC, des sentiments anciens, les parents, leur jeunesse. A quoi servait de fouiller la correspondance échangée durant leurs fiançailles et au début de leur mariage, témoin d’une séparation forcée, due au travail. Les illusions des débuts, l’enthousiasme, les mots doux. Les discussions sans fin sur le couple, ses finances, l’éducation des enfants. Les blagues entrecoupées d’allusion à la vie de l’époque : la guerre d’Algérie, l’indépendance toute nouvelle du Maroc, les grèves à l’URSSAF, les saisons très marquées. Des humoristes : Roger Pierre et Jean Marc Thibaut, Sacha Guitry, Bourvil.  Des films : Lorsque l’enfant paraît, Orfeu Negro, le Pont de la Rivière Kwaï, Porte des Lilas. Des chamailleries sur le caractère de l’un, de l’autre, des avertissements déguisés en  bouderies de coquette.

Ils trouveraient dans ce fatras tout ce qui expliquerait les disputes à venir, la rupture, le divorce. Ils ne pourraient que les féliciter d’avoir fait le bon choix dans leur intérêt, par la suite. Mais parce que les parents étaient partis tous les deux et qu’ils n’avaient pas expliqué grand-chose, eux se découvraient voyeurs, indiscrets, avides.

 

Il n’avait pas été difficile de deviner le mot de passe, deux prénoms accolés. Ils eurent un soupir embarrassé et se mirent à lire. Ils n’étaient ni surpris, ni inquiets. Sous leurs yeux, les parents redevenaient un couple, avaient des attentes et des espoirs qui seraient les leurs plus tard. Eux n’étaient personne alors, et se disaient que peu d’enfants savent  pour les parents, avant. Comprendre ce qui avait motivé leur désir de construire une famille, le tâtonnement quant au choix des prénoms, l’aménagement de la petite chambre, l’achat des landaus. L’indiscrétion se muait en fierté, en connivence. « Nous avons été désirés, ils ne l’ont pas seulement dit, c’est écrit, c’est vivant, c’est encore là. » C’est étrange ce sentiment de grandir par la lecture de leurs mots, de passer de l’état de larves à enfants, et aussitôt amants, parents, et parents de ses parents. Et s’entraîner au parcours inverse. Garder en soi une part de jeunesse et la découvrir éternelle.

 

Ils se levèrent ensemble, échangèrent un sourire. Elle s’apprêtait à quitter la chambre, emportant le vase qui trônait sur le bureau. Lui hésitait, un malaise, un manque… Des années d’enfance, d’adolescence, à juxtaposer au récit. Machinalement il déporta sa main vers le bouquet. Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

 



Ce texte répond au principe de l'exercice 08, de la communauté Ecriture Ludique, lequel consiste à écrire un texte qui commencerait par :

Les yeux fixés sur l’écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux.
et se terminerait par :

Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

Tous les genres littéraires sont acceptés.

 

 

 

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:24


 

 

 

Il y a des périodes où je me comporterai bien en ASSASSIN, je me saisirais d’un POIGNARD pour TE SCALPER, t’EGORGER  et te mettre les TRIPES à l’air. Tous les ravages que tu provoques me conduiraient directement au CRIME. Oh tu peux te cacher, ruser et disparaître de temps en temps, tu peux installer le manque dans l’espoir de diminuer ma fureur. Mais ne t’en fais pas, je cogite, j’échafaude des plans machiavéliques. Il est question de NAPALM et D’IMMOLATION, D’HEMOGLOBINE et d’EVENTRATION. L’appartement est un champ de DEVASTATION, mes fauteuils LACERES, mes bibelots MASSACRES, toute mon intimité VIOLEE, le mot n’est pas trop fort, même lorsqu’il s’agit de toi ; ce spectacle m’oblige à réclamer ton SCALP et le GENOCIDE de tes congénères.

 

Mais je suis faible. Il suffit que tu te montres, que tu ME CALINES, me frôles ou me CARESSES pour je rende les armes. Je n’ai envie que de TENDRESSE et de BAISERS, de JOUIR d’une paix retrouvée. Tu sais y faire et tu calcules tes moments. C’est quand elle débarque à l’improviste, qu’elle DEFONCE la porte du studio, que tu t’imposes. Le spectacle de nos ébats quand je l’ENLACE, de nos ETREINTES avec toi au milieu, qui nous observe de tes petits yeux fixes, offre l’image d’une SYMBIOSE parfaite. Mais combien de fois ai-je eu l’intention de te PIETINER et de te jeter par la fenêtre !



Ce texte répond à la consigne: 

31 - Mots imposés (Kildar)

Kildar propose cette fois une liste de mots qui, comme les précédentes, fera sans doute réagir nombre d'entre vous.
Sur les 25 mots, il est demandé d'en utiliser au moins 15 pour construire votre texte, mais l'idéal est bien entendu de les utiliser tous...

Assassin - Crime - Viol - Défoncer - Lacérer - Immoler - Dévastation - Poignard - Napalm - Hémoglobine - Tripes - Eventration - Egorger - Piétiner - Scalp - Génocide - Massacre - Baisers - Caresse - Tendresse - Câliner - Etreinte - Enlacer - Jouir - Symbiose

 

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 15:13





Elle les a envoyés promener. Son frère, ses bonnes voisines, ses amis. Des faiseurs d’histoire, pas francs, pas sincères. Ne sont restés que sœur Joëlle de  la paroisse et le pharmacien, celui dont c’est le métier d’écouter.

Elle a borné sa vie de visites et de coups de fil de l’église à la pharmacie. Après s’être baladée comme une bille de Flipper, bondissant de cible en bumper, se gardant de disparaître sur le côté du plateau. Avec sa gouaille et sa voix grave elle évoquait mai 68, ses talents de manucure dans un salon de coiffure pour hommes, les clients qui ne se gênaient pas pour farfouiller sous sa mini jupe. Commentait son divorce d’avec un mari récalcitrant. Ponctuait ses déclarations d’un : ouais, qu’est-ce que vous croyez, c’était comme ça ! Ses grands yeux bleus roulaient dans leurs orbites, illuminaient son visage déjà fatigué. Et son chignon riquiqui, aplati comme un soufflé sorti du four, vacillait sur sa tête.

 

Elle a choisi de vivre calfeutrée, soustraire le spectacle de sa souffrance aux mauvaises langues. Je dirais plutôt qu’elle se transformait en petite souris dans son trou, rideaux tirés, portes hermétiquement fermées, pièces de la maison condamnées. Elle entassait les boites et les flacons de médicaments, constituant un mur derrière lequel elle se retranchait. Là, au milieu de ses lévriers, autrefois médaillés émérites, elle avait son monde. Fabriquait des mixtures à base d’alcool et d’essence de lavande, de citronnelle, ou d’un concentré de perlimpinpin hyper efficace pour la peau, le coryza ou la tendinite. Elle brandissait gaiement ses mixtures au nez du pharmacien : eh, vous voyez, je l’ai essayé, regardez ma boule là sous le menton, vous ne trouvez pas qu’elle diminue, hein, hein, j’ai pas raison ?

Elle a accepté la radiothérapie mais refusé la chimio : ils veulent me tuer, pas folle hé, j’ai lu le compte rendu, c’est quoi ce mélange antimitotique, vous pouvez me sortir l’analyse sur internet ? Elle se tournait, scrutait les uns, les autres, clignait des yeux, s’asseyait un instant, avalait un gorgée d’eau dans une petite bouteille recouverte d’un sac plastique. Puis se relevait, au début, quand elle pouvait encore tirer sa charrette jusqu’à l’officine. Parce que c’était un spectacle Mme B. dans la rue, avec sa casquette, sa charrette et son foulard. Toute frêle, amaigrie de jours en jours, mais rouspétant après les médecins, les voisins. Une énergie débordante lui permettait de repérer les beaux garçons dans la rue et des bibelots hétéroclites sur le marché, de répertorier tout ça et de faire des remarques grivoises.

Ses chiens, c’était sa vie, elle les élevait, les présentait à des concours, et les vendait. C’était sa source de revenus avant qu’elle ne devienne garde malade de sa maman âgée. Mais difficile de sortir dix à quinze lévriers élevés en appartement. Elle était organisée, une vraie femme d’affaires. Des cages, des serpillières. Et un grand lit partagé par tous, n’en déplaise au mari. Au fil du temps, il y eut moins de chiens et le dernier, Trinidad, avait une grosseur sous le museau, comme sa maîtresse. Elle essayait sur lui ses mixtures, en comparait les effets sur elle, sur lui. Elle envisageait leur départ, ensemble, lovés l’un contre l’autre. En attendant elle le nourrissait de blancs de poulet comme un pacha, se réservant la peau. Et ce, jusqu’à ce que ses forces déclinent.

 

Un jour on l’a retrouvée allongée sur le sol de son appartement, comme recroquevillée sur un morceau de fromage empoisonné. Elle n’est pas revenue à elle. Elle avait cinquante huit ans. Trinidad poursuit son chemin, ailleurs, sa tumeur n’évolue pas plus que ça. Peut-être que Mme B. lui a concocté une potion depuis l’au-delà et la lui applique soir après soir, délicatement. 

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 11:05




Alain Bashung est parti à 61 ans mais j’ai la sensation d’avoir perdu un petit frère. Parce qu’il a accompagné ma jeunesse, l’époque où j’aurais pu être ma fille. Je sais j’exécute de belles volutes dans le temps, Madame rêve. Pas seulement,  son départ c’est un peu un flacon de parfum que l’on ouvre. Ce sont des fragrances, des notes, des essences. Je m’balance sur un trapèze, et bien emmitouflée dans un pull angora, je retourne dans un passé qu’aucun express n’aurait pu abolir.   

 

C’étaient les vertiges de l’amour, quand je croyais aux promesses des garçons jusqu’à ce que l’un d’eux m’avoue : la nuit je mens. J’étais un boulet, une petite chose en larmes, une idiote, j’passais pour une caravane.  Et puis un jour, comme ça je me suis réveillée, j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre et crié bien fort dans la rue : Osez Joséphine ! Joséphine c’était moi, celle qui saurait mener sa petite entreprise en temps de crise. Que les autres applaudiraient en vainqueur à l’arrivée du tour. Le tour de piste que chacun effectue bien malgré lui, parfois en dépit du bon sens. Le tour des souvenirs que l’on empile un à un,  comme un légo.

 

Alors Alain, tu aimes les farces. De là-haut tu t’amuses déjà, un  vrai collégien, tu chahutes, tu bouscules. Tu te trompes de prénom et tu m’interpelles : Gaby oh Gaby ! Mais c’est moi qui sans toi, ne peux pas dormir la nuit. Veux-tu me soutenir un peu, me soutenir encore. Maintenant tu es plus beau, plus fort, tu brandis ta Victoire de la Musique d’un bras alerte et décidé. Tu brandis ta victoire sur la vie. Ce matin ta voix résonnait à mon oreille, tu claironnais, perfide : alors, je t’ai manqué ?

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