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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 12:14





A l’époque j’avais 37 ans, lui 23. J’étais mariée avec enfants, lui étudiant, célibataire. Ouais, ouais, je vous entends les mouettes, c’est assourdissant ce vacarme autour de ma tête. Taisez-vous et repliez vos ailes. Ne vous inquiétez pas, j’ai assuré, all was over control. Nous deux ça a fini au clash, parce que ça ne pouvait pas marcher, ça ne pouvait plus durer ce désir pas comblé. Il est parti un beau jour, comme il était venu.

 

Il était grand, beau, intelligent, cultivé, bourgeois et très, comment dire, poli. C’est banal comme histoire, un petit jeune, rencontré au boulot et qui vient de se faire plaquer par son amie. On discute, on débloque, on sympathise autour d’une tasse de café. On s’observe, on se scrute, on se découvre… des points communs. Le cinéma d’art et d’essai, Arnaud Despleschin à l’époque de « Comment je me suis disputé… », Mathieu Almaric, Emmanuelle Devos, Chiara Mastrioani. On ne  parlait pas d’eux, en ce temps-là ou très peu.  Et  je m’étais entichée de Katherine Mansfield, lui lisait Virginia Woolf comme d’autres feuillettent Voici. Il pouvait discuter de sujets débiles jusqu’à plus d’heure, histoire d’argumenter et je suivais, histoire de contredire. Alors on s’est apprécié, on s’est plu, troublés l’un  par l’autre. Ca me titillait vous pensez, mais la petite lanterne dansait sur ma tête, nan, nan, nan, fifille.

 

Il m’a fait la cour à sa façon, un peu spéciale. Un jour il s’est approché et m’a abordée de front, ni gauche, ni timide. On était en avril, il faisait doux, le soleil tiédissait la peau. Il a dit, naturellement :

-         Je suis amoureux.

-         Magnifique, j’ai rétorqué, enfin vous avez passé le cap. Votre amie s’efface doucement.

Il est resté planté devant moi, l’air renfrogné, sans un mot, et j’ai compris. Ouais bon, pas confortable comme situation. J’ai pirouetté, un savant quart de tour vers ailleurs, plus loin, à part.

 

Il a acheté des fleurs, pas un bouquet énorme avec un billet et un petit cœur accroché sur la feuille de papier glacé. Trop clinquant, pas adapté. Fallait apprivoiser Emma (Bovary pour ceux qui suivent pas). Il a acheté des primevères attachées avec de la ficelle qu’il a coupée. Il a disséminé des petites flaques jaunes dans des verres, çà et là. Je l’ai interrogé, il a expliqué :

-         Si je vous les offre vous allez refuser, j’en mets partout, ça égaie, vous ne trouvez pas ?

J’étais décontenancée, ébaubie.

 

Un jour, il a dit :

-         Ca y est j’ai rencontré quelqu’un, je vais vous la présenter.

Et je l’ai vue, elle était jeune, belle, douce, très agréable et amoureuse. J’étais heureuse pour lui, un peu jalouse.

Pour moi tout était clair. Chacun son doudou et vogue la galère. Il ne me tournait plus autour, clean comme situation.

 

Et puis je l’ai vu s’intéresser à des gamines de 18 à 25 ans, toutes celles qui passaient à sa portée. J’ai assisté à son manège, interdite. Il était lourd, fatigant, dérangeant. Les filles trépignaient, rougissaient, déguerpissaient. J’ai fait la remarque, c’est quoi cette attitude vis-à-vis de votre nouvelle amie, de ces filles, c’est pas top !

Il m’a tourné le dos, immédiatement pour fermer la fenêtre. Comme si l’air dans la pièce l’étourdissait. Et gardant la main sur la poignée, il a susurré :

-         Si je drague toutes ces filles, c’est parce que vous ne me laissez pas vous faire la cour !

Ca ne pouvait pas continuer, je vous dis.  

      

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:40





C’est un très beau film qui se sert des clichés et les jette au feu. Je n’ai pas l’intention d’en parler, les clichés ça saute aux yeux, des idées toutes faites sur n’importe quoi. Des idées qu’on lance en l’air quand on n’y connaît rien et que l’on croit savoir. Sauf que dans le cas de l’école les clichés sont la vérité. Un quotidien à épurer, à embellir, à rendre supportable. Pour tous ces jeunes, désabusés, désorientés et dont le langage signe la mise au rebut.

Ce film c’est Isabelle Adjani. On parle de retour, de manque, d’impatience. Sublime, habitée, auréolée, elle est son personnage. Et oui, elle me manquait. Ce n’est pas l’image fantasmée que j’avais d’elle, elle a grossi, on la surnomme bouboule et elle en rit. Mais elle est belle à jamais, solaire, présente. Comme une amie que  j’aurais perdue de vue, et dont les avis, les conseils me faisaient cruellement défaut. Une confidente dans le giron de laquelle il ferait bon pleurer. Comme un amant retrouvé par hasard, longtemps après notre histoire, et dont le temps n’aurait pas altéré l’éclat. Je veux dire que des retrouvailles satisfaisantes sont rares, que le public n’est pas toujours fidèle. Adjani a su toucher ses fans d’autrefois et en conquérir de nouveaux.

 

Mais je ne connais pas Isabelle Adjani. Elle est dans ma tête et je l’invente, un peu. Dans ce film, outre une poignée de jeunes comédiens formidables et rafraîchissants, il y a Fatima. On la voit peu, on la voit mal, on la remarque à peine. C’est une de mes clientes à la pharmacie. Dans le film elle joue le rôle de la mère d’Adjani, elle est effacée, discrète, l’anxiété se lit sur son visage, elle ne parle pas. Elle est une musulmane typique, retranchée derrière un mari qui s’exprime seul. Le son de sa voix se résume à un cri, à la fin. Moi je sais qui elle est, elle raconte sa famille, son père, son fils, sa vie. Elle se sait cantonnée aux rôles de musulmane vieillissante et porte dans la vie les mêmes vêtements que dans le film. Chez nous, elle est bouillante, volubile, elle accapare l’attention. Déclame des poèmes, raconte ses tournées, ses auditions, nous fait part de ses constats philosophiques. Ses yeux ont de la fièvre. Elle nous happe, elle nous épuise, elle est vivante. Et tellement éloignée de la sobriété de son personnage dans le film.

 

Eh bien je ressentais le besoin de parler de ces deux femmes, l’une nous appartient, elle est à nous quelque part. L’autre n’intéresse qu’une poignée de personnes. L’une a sa vie loin de nous, en parallèle, elle est une référence. L’autre semble proche, accessible, elle est le quotidien. Ensemble elles représentent  une forme d’équilibre, les pôles entre lesquels nous oscillons, tous, du rêve à la réalité.     

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 09:44



Quand j'avais trois ans, j'ai dit: « Quand je serai grande, je serai un vampire. »
A dix huit ans, j’ai tenu ma promesse. Lui en avait dix neuf, il s’appelait Gilles. Nous nous étions connus en juillet 197… , au cours d’un job d’été. C’était un grand blond bouclé, gringalet, dégingandé. Une saucisse. On nous avait cantonnés au classement des archives. Tous les deux, accroupis dans des allées étroites, avalant de la poussière, supportant le silence et l’ennui. Le soir, nous retrouvions les autres, étudiants comme nous au café, plus loin dans la rue.  Il y avait des pauses, des sourires complices, des airs de connivence, on soupçonnait une histoire entre nous. Ca avait le don de m’énerver ces commérages, d’autant que lui jouait les être fuyants, solitaires, en proie aux questionnements. Il meublait le vide de nos journées en décrivant ses promenades dans la forêt avec sa copine, leurs pas feutrés, le chant des oiseaux, la percée du soleil à travers les feuillages et le silence entre eux. Ils se comprenaient, se devinaient, se complétaient, c’était émouvant ce déballage. Moi je gobais, telle une mouche affamée, j’étais sous le charme d’un amour fusionnel. Et sous le sien évidemment.

 

Je ne sais pas à quel moment exactement, il y eut ce déclic, ce retournement. Peut-être quand  je me suis inventée un copain du genre beau gosse inaccessible. Et puis dans cette atmosphère capitonnée, intemporelle, je me sentais pousser de longues dents et l’envie de mordre montait, montait…. Alors Gilles se tut. Il me dévisageait, l’air soupçonneux, elle raconte quoi au juste, c’est un truc pour m’avoir ou pour m’éloigner, me faire réagir ? Il essayait de titiller ma jalousie, des astuces du genre, ce soir je pars plus tôt, elle m’attend ou alors, à midi, je ne mange pas avec vous, elle m’attend. Pourtant nos mains se frôlaient dans les cartons et nous nous débarrassions mutuellement des toiles d’araignées qui accrochaient nos cheveux. C’était intense !

Un jour, il joua son va tout. Il faisait très chaud, trop à son goût, se pâmer en évoquant  sa copine ne l’amusait plus et mes déclinaisons amoureuses l’agaçaient. D’un geste autant subtil que sublime, il ôta son tee shirt et continua de travailler comme si de rien n’était, torse nu. Gringalet, j’ai dit mais le muscle nerveux. Il n’y avait que nous, ça ne dérangeait pas. Je me suis approchée et au lieu de mordre, j’ai posé la main sur son épaule et j’ai dit :

-         Ben alors Gilles, t’as froid ?

Il a sursauté et s’est brusquement raidi.

-         Ne me touche pas !

Je me suis détournée, moqueuse. Redoutait-il que j’enfonce mes doigts crochus  dans sa peau tendre ? Il a continué de travailler, je sentais qu’il mourrait d’envie de remettre son tee shirt mais il n’osait pas. Les jours suivants et jusqu’à la fin du mois il se montra boudeur, taciturne. Ses regards devenaient pesants. Nous avions échangé nos adresses, lui, moi et d’autres. A la fin de l’été je reçus une carte postale de Grèce, il voulait me revoir bientôt. Je n’ai jamais répondu. J’aurais dû, peut-être. La part de moi qui est devenue sorcière vous salue.

 

Ce texte répond à la consigne 22-début & fin : "Rêve irréel-alizée" (Françoise)

Voici un type d'exercice connu, mais amélioré dans le cas présent. Jugez plutôt.
Il s'agit d'écrire un texte qui contiendra (idéalement dans son titre, mais pas obligatoirement) l'expression: " Rêve irréel-alizée" (Selon le dictionnaire des Elfes, le mot " irréel-alizée" signifie "réalisé dans l'Irréel, le Monde Intermédiaire").
Le texte commencera par la phrase.
Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grand (e), je serai un/une ..."
(remplacer les pointillés par l'un - ou plusieurs, pourquoi pas ? - des mots suivants : fée, magicien, elfe, nymphe, dragon, licorne, lutin, schtroumph, pokémon, sorcière, nain de jardin, loup-garou, chat-garou, ogre, fantôme, orque, vampire).
Le texte se terminera par :
La part de moi qui est devenue ... ... vous salue.
(les ... sont à compléter sur base d'un élément de la liste précédente, mais pas forcément le même qu'au début du texte, et pas forcément qu'un seul non plus...)

 

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 10:47

 

Les yeux fixés sur l’écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux. Ils n’attendaient rien de spécial, et surtout pas que l’image se forme. L’ordinateur vrombissait, et immobiles,  côte à côte, ils retenaient leur souffle. Il y avait ce dossier et le mot de passe à trouver. Des lettres saisies sur PC, des sentiments anciens, les parents, leur jeunesse. A quoi servait de fouiller la correspondance échangée durant leurs fiançailles et au début de leur mariage, témoin d’une séparation forcée, due au travail. Les illusions des débuts, l’enthousiasme, les mots doux. Les discussions sans fin sur le couple, ses finances, l’éducation des enfants. Les blagues entrecoupées d’allusion à la vie de l’époque : la guerre d’Algérie, l’indépendance toute nouvelle du Maroc, les grèves à l’URSSAF, les saisons très marquées. Des humoristes : Roger Pierre et Jean Marc Thibaut, Sacha Guitry, Bourvil.  Des films : Lorsque l’enfant paraît, Orfeu Negro, le Pont de la Rivière Kwaï, Porte des Lilas. Des chamailleries sur le caractère de l’un, de l’autre, des avertissements déguisés en  bouderies de coquette.

Ils trouveraient dans ce fatras tout ce qui expliquerait les disputes à venir, la rupture, le divorce. Ils ne pourraient que les féliciter d’avoir fait le bon choix dans leur intérêt, par la suite. Mais parce que les parents étaient partis tous les deux et qu’ils n’avaient pas expliqué grand-chose, eux se découvraient voyeurs, indiscrets, avides.

 

Il n’avait pas été difficile de deviner le mot de passe, deux prénoms accolés. Ils eurent un soupir embarrassé et se mirent à lire. Ils n’étaient ni surpris, ni inquiets. Sous leurs yeux, les parents redevenaient un couple, avaient des attentes et des espoirs qui seraient les leurs plus tard. Eux n’étaient personne alors, et se disaient que peu d’enfants savent  pour les parents, avant. Comprendre ce qui avait motivé leur désir de construire une famille, le tâtonnement quant au choix des prénoms, l’aménagement de la petite chambre, l’achat des landaus. L’indiscrétion se muait en fierté, en connivence. « Nous avons été désirés, ils ne l’ont pas seulement dit, c’est écrit, c’est vivant, c’est encore là. » C’est étrange ce sentiment de grandir par la lecture de leurs mots, de passer de l’état de larves à enfants, et aussitôt amants, parents, et parents de ses parents. Et s’entraîner au parcours inverse. Garder en soi une part de jeunesse et la découvrir éternelle.

 

Ils se levèrent ensemble, échangèrent un sourire. Elle s’apprêtait à quitter la chambre, emportant le vase qui trônait sur le bureau. Lui hésitait, un malaise, un manque… Des années d’enfance, d’adolescence, à juxtaposer au récit. Machinalement il déporta sa main vers le bouquet. Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

 



Ce texte répond au principe de l'exercice 08, de la communauté Ecriture Ludique, lequel consiste à écrire un texte qui commencerait par :

Les yeux fixés sur l’écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux.
et se terminerait par :

Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

Tous les genres littéraires sont acceptés.

 

 

 

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:24


 

 

 

Il y a des périodes où je me comporterai bien en ASSASSIN, je me saisirais d’un POIGNARD pour TE SCALPER, t’EGORGER  et te mettre les TRIPES à l’air. Tous les ravages que tu provoques me conduiraient directement au CRIME. Oh tu peux te cacher, ruser et disparaître de temps en temps, tu peux installer le manque dans l’espoir de diminuer ma fureur. Mais ne t’en fais pas, je cogite, j’échafaude des plans machiavéliques. Il est question de NAPALM et D’IMMOLATION, D’HEMOGLOBINE et d’EVENTRATION. L’appartement est un champ de DEVASTATION, mes fauteuils LACERES, mes bibelots MASSACRES, toute mon intimité VIOLEE, le mot n’est pas trop fort, même lorsqu’il s’agit de toi ; ce spectacle m’oblige à réclamer ton SCALP et le GENOCIDE de tes congénères.

 

Mais je suis faible. Il suffit que tu te montres, que tu ME CALINES, me frôles ou me CARESSES pour je rende les armes. Je n’ai envie que de TENDRESSE et de BAISERS, de JOUIR d’une paix retrouvée. Tu sais y faire et tu calcules tes moments. C’est quand elle débarque à l’improviste, qu’elle DEFONCE la porte du studio, que tu t’imposes. Le spectacle de nos ébats quand je l’ENLACE, de nos ETREINTES avec toi au milieu, qui nous observe de tes petits yeux fixes, offre l’image d’une SYMBIOSE parfaite. Mais combien de fois ai-je eu l’intention de te PIETINER et de te jeter par la fenêtre !



Ce texte répond à la consigne: 

31 - Mots imposés (Kildar)

Kildar propose cette fois une liste de mots qui, comme les précédentes, fera sans doute réagir nombre d'entre vous.
Sur les 25 mots, il est demandé d'en utiliser au moins 15 pour construire votre texte, mais l'idéal est bien entendu de les utiliser tous...

Assassin - Crime - Viol - Défoncer - Lacérer - Immoler - Dévastation - Poignard - Napalm - Hémoglobine - Tripes - Eventration - Egorger - Piétiner - Scalp - Génocide - Massacre - Baisers - Caresse - Tendresse - Câliner - Etreinte - Enlacer - Jouir - Symbiose

 

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Published by mansfield - dans divagation
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 15:13





Elle les a envoyés promener. Son frère, ses bonnes voisines, ses amis. Des faiseurs d’histoire, pas francs, pas sincères. Ne sont restés que sœur Joëlle de  la paroisse et le pharmacien, celui dont c’est le métier d’écouter.

Elle a borné sa vie de visites et de coups de fil de l’église à la pharmacie. Après s’être baladée comme une bille de Flipper, bondissant de cible en bumper, se gardant de disparaître sur le côté du plateau. Avec sa gouaille et sa voix grave elle évoquait mai 68, ses talents de manucure dans un salon de coiffure pour hommes, les clients qui ne se gênaient pas pour farfouiller sous sa mini jupe. Commentait son divorce d’avec un mari récalcitrant. Ponctuait ses déclarations d’un : ouais, qu’est-ce que vous croyez, c’était comme ça ! Ses grands yeux bleus roulaient dans leurs orbites, illuminaient son visage déjà fatigué. Et son chignon riquiqui, aplati comme un soufflé sorti du four, vacillait sur sa tête.

 

Elle a choisi de vivre calfeutrée, soustraire le spectacle de sa souffrance aux mauvaises langues. Je dirais plutôt qu’elle se transformait en petite souris dans son trou, rideaux tirés, portes hermétiquement fermées, pièces de la maison condamnées. Elle entassait les boites et les flacons de médicaments, constituant un mur derrière lequel elle se retranchait. Là, au milieu de ses lévriers, autrefois médaillés émérites, elle avait son monde. Fabriquait des mixtures à base d’alcool et d’essence de lavande, de citronnelle, ou d’un concentré de perlimpinpin hyper efficace pour la peau, le coryza ou la tendinite. Elle brandissait gaiement ses mixtures au nez du pharmacien : eh, vous voyez, je l’ai essayé, regardez ma boule là sous le menton, vous ne trouvez pas qu’elle diminue, hein, hein, j’ai pas raison ?

Elle a accepté la radiothérapie mais refusé la chimio : ils veulent me tuer, pas folle hé, j’ai lu le compte rendu, c’est quoi ce mélange antimitotique, vous pouvez me sortir l’analyse sur internet ? Elle se tournait, scrutait les uns, les autres, clignait des yeux, s’asseyait un instant, avalait un gorgée d’eau dans une petite bouteille recouverte d’un sac plastique. Puis se relevait, au début, quand elle pouvait encore tirer sa charrette jusqu’à l’officine. Parce que c’était un spectacle Mme B. dans la rue, avec sa casquette, sa charrette et son foulard. Toute frêle, amaigrie de jours en jours, mais rouspétant après les médecins, les voisins. Une énergie débordante lui permettait de repérer les beaux garçons dans la rue et des bibelots hétéroclites sur le marché, de répertorier tout ça et de faire des remarques grivoises.

Ses chiens, c’était sa vie, elle les élevait, les présentait à des concours, et les vendait. C’était sa source de revenus avant qu’elle ne devienne garde malade de sa maman âgée. Mais difficile de sortir dix à quinze lévriers élevés en appartement. Elle était organisée, une vraie femme d’affaires. Des cages, des serpillières. Et un grand lit partagé par tous, n’en déplaise au mari. Au fil du temps, il y eut moins de chiens et le dernier, Trinidad, avait une grosseur sous le museau, comme sa maîtresse. Elle essayait sur lui ses mixtures, en comparait les effets sur elle, sur lui. Elle envisageait leur départ, ensemble, lovés l’un contre l’autre. En attendant elle le nourrissait de blancs de poulet comme un pacha, se réservant la peau. Et ce, jusqu’à ce que ses forces déclinent.

 

Un jour on l’a retrouvée allongée sur le sol de son appartement, comme recroquevillée sur un morceau de fromage empoisonné. Elle n’est pas revenue à elle. Elle avait cinquante huit ans. Trinidad poursuit son chemin, ailleurs, sa tumeur n’évolue pas plus que ça. Peut-être que Mme B. lui a concocté une potion depuis l’au-delà et la lui applique soir après soir, délicatement. 

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 11:05




Alain Bashung est parti à 61 ans mais j’ai la sensation d’avoir perdu un petit frère. Parce qu’il a accompagné ma jeunesse, l’époque où j’aurais pu être ma fille. Je sais j’exécute de belles volutes dans le temps, Madame rêve. Pas seulement,  son départ c’est un peu un flacon de parfum que l’on ouvre. Ce sont des fragrances, des notes, des essences. Je m’balance sur un trapèze, et bien emmitouflée dans un pull angora, je retourne dans un passé qu’aucun express n’aurait pu abolir.   

 

C’étaient les vertiges de l’amour, quand je croyais aux promesses des garçons jusqu’à ce que l’un d’eux m’avoue : la nuit je mens. J’étais un boulet, une petite chose en larmes, une idiote, j’passais pour une caravane.  Et puis un jour, comme ça je me suis réveillée, j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre et crié bien fort dans la rue : Osez Joséphine ! Joséphine c’était moi, celle qui saurait mener sa petite entreprise en temps de crise. Que les autres applaudiraient en vainqueur à l’arrivée du tour. Le tour de piste que chacun effectue bien malgré lui, parfois en dépit du bon sens. Le tour des souvenirs que l’on empile un à un,  comme un légo.

 

Alors Alain, tu aimes les farces. De là-haut tu t’amuses déjà, un  vrai collégien, tu chahutes, tu bouscules. Tu te trompes de prénom et tu m’interpelles : Gaby oh Gaby ! Mais c’est moi qui sans toi, ne peux pas dormir la nuit. Veux-tu me soutenir un peu, me soutenir encore. Maintenant tu es plus beau, plus fort, tu brandis ta Victoire de la Musique d’un bras alerte et décidé. Tu brandis ta victoire sur la vie. Ce matin ta voix résonnait à mon oreille, tu claironnais, perfide : alors, je t’ai manqué ?

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 15:33





Je change de dizaine. On me dit faut avancer, faut fêter ça. Oui mais cette dizaine-là, elle fait mal, elle passe pas. Dans la gorge, elle passe pas. Un côté mémère, un côté ranci. Je ne fait plus partie du panel des ménagères de moins de… J’ai un vécu, un passé, des souvenirs. On me ferait même croire que j’ai plus d’avenir. Ou alors c’est  mémé, mamie, poterie. Je vais gonfler, grossir, déprimer. Me résigner, m’effacer.

 

Eh, oh, faut pas rêver ! Ca c’est pour les autres. Celles qui croient à la baisse de régime,  à la décrépitude. Qui laissent le temps agir comme un rouleau compresseur et s’aplatissent dessous pour lui faciliter la tache. D’abord moi, je ne suis pas encore grand-mère et je fais un pied de nez à la cinquantaine. Je porte les mêmes jeans qu’à vingt ans, même forme, même taille. Même forme, pas tout à fait puisque j’ai opté pour le taille basse. Mais j’ai décidé de rejoindre les copines dignement. Carole Bouquet, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani, Corinne Touzet, Véronique Janot, Inès de la Fressange et même Caroline de Hanovre. Ca fait tout drôle de se dire que maintenant c’est des copines, on est dans le même clan. Celui des cinquas qui se tiennent. Alors bien sûr j’ai pas les moyens d’entretenir un coach de gym, un coiffeur et un cuistot minceur mais j’en veux moi aussi. Je cuisine des carottes à la vapeur, opte pour le chou fleur en salade et les aiguillettes de poulet aux cinq parfums, à l’espagnole, au curry, et même au thym. J’ai l’impression de varier mes menus tout en mangeant tout le temps pareil. Sur la balance pas de surprise.

Je peaufine mon brushing, j’ai appris en regardant ma coiffeuse se coiffer toute seule entre deux clients, les jours calmes.  Et je perfectionne au fer à lisser, pour la final touch c’est génial. Ca ne fait pas  pro comme résultat et ça évite le look dadame. C’est moi, c’est tout.

Pour la gym, je vais à la piscine trois fois par semaine, quand j’ai pas le pied dans le plâtre évidemment. Je vous voyais venir, vous m’imaginiez gesticulant devant un DVD de Véronique et Davina dans un justaucorps rose fluo. J’ai déjà dit, faut pas pousser !  Ce sont des références qu’il vous faut, pour me situer et m’enfoncer. Allons-y. J’avais dix-huit ans quand « La fièvre du samedi soir » est sorti, vingt à l’époque de « Grease » et vingt trois  pour « L’été meurtrier ». Les chanteuses françaises de l’époque étaient toutes blondes France Gall, Sylvie Vartan, Joëlle, Véronique Sanson. Et nos chanteurs faisaient se pâmer des minettes : Claude François, Joe Dassin, Alain Chamfort, Dave, Johnny… Des groupes comme Téléphone ou Indochine cartonnaient. Michaël Jackson explosait et Madonna débutait.     

 

Voilà pour la rétro. Je sais les djeunes vous vous bidonnez. Mais qui dit que dans vingt ans, les petits boudinés en bavoir d’aujourd’hui ne se moqueront pas de vos Katty Perry et autre Lilly Allen. C’est de bonne guerre, la roue tourne. J’ai décidé de grimper dedans, les grand huit et autres « space Montain » c’est pour moi. Vitesse, loopings, vertige, je peux encore apprécier. Je ne vais pas me priver. Cette dizaine-là n’est pas si difficile à avaler tout compte fait. Il suffisait de l’enrober dans du sirop comme un comprimé amer.

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:44



                                                                      


                                            


Allez, on va appeler ça fenêtre sur cour. Ca consiste à être un beau jeune homme, à épier les voisins et à se faire dorloter par une grande blonde très classe tout en élucidant un crime. Et bien sûr il est handicapé par un pied dans le plâtre. Ca c’est dans le film. Dans mon cas, il y a le pied, le plâtre, et c’est pas le pied. D’abord je suis une femme, pas très jeune mais qui fait comme si. Ensuite, épier les voisins n’aurait rien de folichon, car chez moi, c’est fenêtre sur rue. Et puis la grande blonde, c’est moyen, c’est pas un fantasme qui me concerne. Moi j’ai mon doudou, le même qu’il y a vingt trois ans. Il a blanchi et s’est enrobé un peu. Il se demande si le calvaire qui le guette, trois semaines avec moi ronchonnant dans le canapé n’est pas plus  atroce que vingt ans de mariage. Mais il fait face courageusement, les courses, la litière des chats, la gamelle des chats, celle des enfants et la mienne. Et si j’insiste un peu, pas trop, faut pas pousser, il passe la serpillière et l’aspirateur.  Il s’adapte, il compose, il grince des dents en dedans.

 

Il faut dire aussi que j’ai pas été maligne. Un petit rayon de soleil, trois degrés de plus, le printemps qui arrive et hop ! J’ai enfilé la mini robe que je me suis achetée et les bottes djeunes qui vont avec.  Et j’ai joué à être la copine de ma fille. Eh bien, je suis certaine que les bottes, elles ont fait exprès. Ah ouais, tu te crois encore dans le coup, eh bien prend ça ma vieille. Et que je dérape dans le parking, juste avant d’arriver à la voiture. Bécassine et ses quatre fers en l’air. Courageuse, pas crié, pas pleuré. Restée digne. Juste appelé doudou avec mon portable.  Et les copines au bureau. Pour qu’elles fassent sans moi. J’imagine la scène, parce que ça les amuse forcément de se représenter ma pomme étalée comme un chou à la crème. Enfin, ça les amuse mais ça désorganise le planning. Mais je leur fais confiance, je suis un gros chat impotent et absent, alors les souris pendant ce temps…

 

Mon problème c’est que j’ai personne à espionner. Hier c’était la journée « j’attends ». Les résultats de la radio et qu’on me plâtre à l’hôpital. Dans la salle, j’ai fermé les yeux parce que tous ces gens qui souffrent, ça me stresse. Et ces goujats qui ont failli buter dans mon pied, je les aurais tués. Au moins, je n’ai pas vraiment entendu passer le temps. Aujourd’hui clouée dans mon canapé, je le vois et je l’entends. Il est dans chaque lettre que je tape sur l’ordinateur et je m’ennuie. Alors j’extrapole, je recrée mon univers au boulot.  

Le bruit des imprimantes, les « bonjour madame, bonsoir, à bientôt, pas plus de six par jour, à garder au réfrigérateur »… L’odeur du café à 10 heures, les caisses qui s’empilent dans l’entrée. Les « hello les filles » du livreur, les compliments parfois douteux des clients, leurs réclamations, leur anxiété, leurs angoisses. Et nos bavardages de filles qui agacent parfois le seul homme de l’équipe. Tout cela constitue l’ambiance d’une pharmacie. ET ME MANQUE !!!

J’ai trois semaines à râler sur mon sort. Enfin, ya pire. Je me dis que les jours rallongent, que mes minis, j’aurai toujours l’occasion de les remettre. Un peu de patience. Ce sera fenêtre sur court.



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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 11:27


Puisque nous parlions des femmes et de leur journée, il n’y a pas si longtemps, j’ai eu envie de vous faire découvrir cet article paru en septembre 1957 dans un journal marocain de langue française. Il s’agissait d’un article destiné à l’époque aux femmes françaises installées dans le pays. Quelles seront vos réactions ? Penserez-vous mesdames que les temps ont changé, et en bien, ou souhaiteriez-vous avec une larme à l’œil que l’on revienne à des principes d’un autre temps, pour certains ?

 

LES SECRETS DU BONHEUR par Gisèle D’Assailly

COTE HOMME

Sachez avoir de l’autorité sur votre femme sans toutefois la traiter comme une esclave.

Sachez lui faire des compliments et de petites déclarations.

Tachez de « voir » le chapeau ou la robe neuve qu’elle étrenne en votre honneur.

Sachez lui rapporter un bouquet de fleurs à l’occasion, son parfum préféré le jour de sa fête.

Si vous voyez qu’elle a un désir, n’attendez pas trop pour le satisfaire s’il est dans vos moyens. Un objet trop longtemps attendu se fane comme une fleur sans eau.

Renoncez à cette habitude de trouver toujours meilleurs les plats que l’on vous sert hors de chez vous… A moins que vous n’ayez pour femme une déplorable maîtresse de maison, ce qui est assez rare.

Si elle est excellent cordon bleu mais qu’elle garde parfois une odeur de cuisine sur les mains, ne lui dîtes jamais, tu sens le graillon. Conseillez-lui des gants en caoutchouc en lui expliquant que vous aimez ses mains et donnez-lui de l’eau de toilette.

Si vous désirez vous occuper d’une autre femme, ce qui est bien vilain, que ce ne soit jamais devant la vôtre, ni d’une manière ostentatoire qui permettrait à la première venue de plaindre « votre épouse ».

Sachez avoir pour elle toutes les prévenances auxquelles toute femme a droit. Dérangez-vous pour lui avancer un fauteuil, lui ramasser son sac, lui allumer sa cigarette.

Ne lisez pas le journal quand elle est avec vous dans un restaurant, non plus que chez vous pendant le repas.

Si vous aimez la musique et qu’elle ne soit pas mélomane, ne la traînez pas au concert, posez-la dans un cinéma. Vous vous retrouverez avec bien plus de joie par la suite

Si vous n’avez pas les mêmes heures de lecture, ne lui imposez pas la lumière crue dans les yeux jusqu’à un heure avancée de la nuit. Eclairez-vous avec une lanterne sourde, un rai de lumière (style éclairage d’avion) ou ce que vous voudrez, mais ne l’empêchez pas de dormir. Rien ne vous empêche d’ailleurs de lire dans une autre pièce.

Si vous mangez du curé, n’empêchez pas votre femme d’aller à la messe et ne vous moquez pas de ses prières : il est préférable qu’elle ait rendez-vous avec Dieu qu’avec un amant. On ne doit jamais intervenir dans les questions de foi. Elle supporte bien vos élans politiques, elle !

Si vous avez des reproches à faire à votre femme, que ce ne soit jamais en public. Un charmant proverbe vous enseigne qu’il faut laver son linge sale en famille.

Sachez garder votre autorité sur votre femme. Rien n’est gênant comme de rencontrer des maris-toutous. Ce sont d’ailleurs généralement ceux qui portent les plus jolies parures frontales.

 

 

COTE DAME

Si vous voulez être heureuse madame, il est un certain nombre de « commandements » auxquels vous devez vous soumettre.

Soyez d’humeur égale.

Evitez les scènes de jalousie… et les autres.

Flattez les manies de votre mari, tout spécialement sa gourmandise.

Soyez toujours en admiration devant lui : vous ne le serez jamais assez.

Evitez de lui faire des reproches en public.

Soyez propre et soignée.

Evitez de vous montrer à lui la figure couverte de crèmes grasses et la tête hérissée de bigoudis.

Ne lisez pas jusque à une heure avancée de la nuit s’il aime s’endormir très tôt.

Ayez une maison accueillante.

Acceptez avec le sourire des invités imprévus.

Soyez toujours à la maison quand votre mari rentre chez lui.

Ne le faites pas attendre s’il est exact.

Ne pleurnichez pas s’il vous fait des reproches.

Ne lui racontez que les mensonges indispensables, sans tricher avec vous-même.

Soyez toujours prête à sortir s’il le désire.

Accompagnez-le aussi souvent que possible dans ses déplacements.

Si vos idées religieuses ne correspondent pas avec les siennes, ne l’empoisonnez pas avec vos pratiques et ne mettez aucune ostentation dans vos dévotions. Rien n’est odieux comme une femme qui se précipite à la messe dès l’aube, rentre fatiguée chez elle et se montre d’une humeur exécrable toute la matinée. Tous les directeurs de conscience vous diront qu’il vaut mieux avoir un bon ménage que d’exaspérer son mari en allant à la messe.

 

 

Edifiant, non ? Je dirais plutôt qu’on a du mal à discerner si la chroniqueuse parle sérieusement ou avec une pointe d’ironie. A chacune de voir.

 

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