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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 16:11







Pour illustrer le thème de la semaine: Le chaos.

Je ne vais pas aborder les chaos météorologiques ou liturgiques ni même ceux qui définissent l’univers de la science fiction. Je souhaite parler du chaos intime que représente la vente d’une maison de famille. On y a toujours vécu, notre enfance s’y est déroulée année après année, été après été. Elle a connu les fêtes de famille, les barbecues entre amis, la cuisson des confitures, les dîners aux chandelles, les deuils,  les inondations et les ravalements de façade. On s’est endormi dans le jardin sous un abricotier et dans l’odeur du romarin, on a vu des prunes piquées par les oiseaux, pourrir sur l’arbre. On a posé une piscine gonflable sur le gazon fraîchement coupé. On y a rêvé d’un amour de jeunesse, on y a vécu les moments forts de la fête foraine et le feu d’artifice à la fin de l’été.

 

Et puis les grands parents sont partis, et les parents et la tante aussi. La maison s’est refermée sur elle-même, comme une paupière sur un œil. Les volets sont clos et la poussière se dépose consciencieusement. Les araignées tissent leurs toiles. Les peintures s’écaillent et le portail rouille. Ca sent le refermé et le moisi. Trop de charges, trop de frais. Trop de souvenirs enfouis. C’est décidé, on vend.

Avant, et durant quelques années on décide de louer. Pour apprendre à se détacher doucement, pour contourner le chaos. Pour se faire croire que c’est plus facile. On débarrasse un peu. Le locataire n’est pas exigeant, il accepte qu’on entasse nos bricoles dans la cave.

 

Et vient l’épreuve. Vider les meubles, porter livres et bibelots à la brocante, démonter des armoires, rouler les tapis, préparer des sacs pour la déchetterie. Le bois d’un côté, les plastiques, le verre, le tout venant incinérable. Affronter le regard curieux des voisins : « vous vendez, vous louez ? Parce que je connais quelqu’un que ça intéresse. Vous pouvez me réserver la table et les chaises, ça ira bien dans mon salon. »

Que dire des lettres, des photos, des diplômes des récompenses, des tableaux exécutés par nos chers disparus. On jette, on stocke, on offre? Est-ce que ça va réellement faire plaisir ? C’est  tout un drame, un crève-cœur. Si on enterrait de nouveau cette vie par nous exhumée.

La maison est nue, les pièces paraissent immenses, nos voix résonnent dans les couloirs. On tourne en rond une dernière fois parce que le chaos est dans nos têtes. Tout se bouscule, tout se mélange et on refuse. D’avancer, d’évoluer, de lâcher prise. Pourtant ça vient d’un seul coup, à l’agence immobilière. Parce qu’on dépose les clefs, que les visites commencent et qu’il faut contacter l’expert et le notaire. Alors on se dépêche, on a hâte que ça se termine, on bâcle les dernières formalités. Et on se pose dans un coin, on a une larme, on se sent lourd, on attend. Que passe la boule enkystée dans nos estomacs. Qu’elle foute le camp, et emporte le  vertige qui nous étourdit.

Il est temps de repartir, de rebondir. De vivre.

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 10:02







J’ai visité hier après-midi l’exposition Our body à corps ouvert, espace de la Madeleine à Paris. Le lundi, c'est tarif réduit alors il y avait beaucoup de jeunes, ados, étudiants en médecine ou en arts plastiques avec de grands cartons à croquis. C’était détendu, bon enfant et silencieux. Des murs noirs, des textes lumineux dans des cadres en plexiglas, des corps écorchés ou en tranche, c’était ça le silence. Une atmosphère feutrée, ouatée et la sensation dérangeante de commettre un sacrilège.

 

Parce que si on est concerné, étudiant ou médecin, on observe l’anatomie sous un angle très professionnel et passionnant. Le procédé de conservation par imprégnation polymérique, est saisissant. La peau soulevée, les muscles écartés du corps ou restés en place, les os innervés, les yeux, les paupières, les cils, les dents, les doigts, les ongles, les pieds… On reste fasciné. Et les corps sont en situation, tirant à l’arc, jouant aux échecs ou roulant à vélo. Ca permet d’apercevoir les organes en  action, la tension des muscles et des nerfs. Aucune fonction n’est oubliée, déglutition, respiration, digestion, élimination, reproduction… La langue, les poumons, le cœur, l’estomac, les reins et la vessie, le vagin, l’utérus, la verge et les testicules. Biologie, sciences de la vie, sciences naturelles, leçon de choses. On appelle ça comme on veut, question de génération. Mais dès qu’on aperçoit un petit morceau de peau collé aux organes, on pense à quelqu’un de vivant, on voit le bonhomme. On se dit qu’il avait une vie, des enfants, une femme qui sait, qu’il a donné son corps à la science et qu’il la sert. Et qu’elle s’est servie de lui sans  tout lui expliquer avec franchise.  Il  y a même une descente de lit, je ne peux pas dire ça autrement. La peau d’un corps, tannée, étendue comme un trophée, la tête à l’air d’un masque, les  bras et les  jambes sont  étirés. On marcherait dessus….

 

J’ai choisi de m’y intéresser sous un autre angle, de me dire que tout ça, c’est moi aussi. Ca rend modeste, ça décomplexe, ça désinhibe. Tous ces cadavres font que je regarde mon nombril et celui des autres. Le but est là. Alors après, si je me dis que les poumons sont des éponges, et que leur vascularisation ressemble à du corail, que les ongles ont l’éclat de la nacre, que les muscles faciaux me rappellent des branchies, et que tous ces organes décollés ont l’air de nageoires, ça me regarde.  Je peux toujours prétendre que je me suis fait le musée océanographique, si j’ai peur d’avouer que j’étais venue aussi pour ça : le côté malsain.       

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 09:46








Un ciel de Bordeaux

Ah ces merveilleux nuages, disait Sagan. Elle avait raison. Il y a du merveilleux dans les nuages. En les regardant flotter comme du coton et filer dans le ciel, on aimerait les attraper et enfouir le visage dedans. C’est du marsch mallow, du bubble gum, de la barbe à papa. Et la couleur ne change rien, qu’ils soient blancs ou gris, on sait qu’un rayon de soleil les fera rosir.

Il y a de la tendresse dans les nuages comme sur les joues des enfants, et sur la truffe de mon chat. Parce qu’on a l’impression de les toucher et qu’ils respirent, qu’ils sont chauds et vivants.

Il y a de la majesté, le déplacement est lent, gracieux, leurs formes varient joyeusement et on les suit, scotchés, hypnotisés, en spectateur conquis.

Il y a de la bonhomie, ils sont  gonflés, on dirait des brioches, des meringues, de gros pains blancs. Ils nous rassurent et on sourit.

Il y a de la rêverie, car ils détournent et monopolisent l’attention vers leurs filaments étirés, et  leurs bouloches disséminées.

J’y vois des flocons, des boutons, des bourgeons. Des melons, des dragons, des tranches de saucisson. Et le chien de ma grand-mère, le sourire de mon frère, une petite cuillère…..

J’inventerais bien tout plein de choses mais j’ai peur de partir en live, comme Fabrice Luchini, de dire n’importe quoi, de m’écouter parler, et que ça vous amuse.  

 

Que dire d’un ciel sans nuage. Un ciel tout bleu, uniforme, juste rayé du passage d’un avion ou animé par le vol d’un oiseau. C’est tout aussi captivant, enivrant. Il nous rend conscient de l’immensité de l’univers, de l’infini, et de notre petitesse. De la fragilité qui nous caractérise. Et nous fait rechercher la trace, le signe, le passage, d’un messager annonciateur de la pluie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Le ciel à Auch un jour du mois d'août

  

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 20:56





La voix est assurée mais graillonne un peu. C’est l’épuisement, raconter, ressasser, convaincre encore et encore. Il y a quelques hésitations pour trouver le mot exact, il ne s’agit pas de toucher, de faire pleurer mémère mais d’être exacte. Vraie, dépouillée de ressentiment, de rancœur mal digérée. Elle souhaite que l’on comprenne, que ses tripes attrapent les nôtres, que le sursaut de vie qui l’anime encore trouve un écho dans nos vies. Alors elle évoque le Mexique et l’amour, l’exotisme et les violons. Même désaccordés ils ont joué pour elle, comme ils ont joué pour nous aussi. Des concertos en pagaille, avec plus ou moins de bonheur. Et pour son malheur.

 

Des phrases hachées, des mots crachés, un ton désabusé parfois pour ne pas se déclarer vaincue. Son langage est guerrier : menottes, coup, sang, cagoules, tête baissée, photos volées, voyage de nuit, hommes armés,  hélicoptères. La voix parle d’innocence, de conscience, de dignité et d’erreur. Comment peut-on l’aider, lui redonner confiance. C’est ce qui lui manque le plus, croire en son pays, en son gouvernement, en ces associations militantes et en nos blogs. Des marques de soutien, de réconfort en attendant qu’on bouge. Une petite lumière, un rayon laser à scruter inlassablement, éviter de sombrer, échapper à la folie.

Elle sait aujourd’hui qu’il faut s’expliquer devant les médias, que se faire oublier c’est mourir. Prendre le risque de déranger, d’agacer, du ras le bol. Tout plutôt que se comporter comme certains mexicains, penser mal pour approcher la vérité.  

 

C’est ma manière d’agir, poser des lettres les une à côté des autres, une main tendue vers la sienne, vers ce souffle de vie qui influe sur ma vie.

Aller à la  rencontre de  Florence et de la famille Cassez, est un droit, un devoir. C’est montrer qu’on est humain et que cela signifie quelque chose.

 

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 17:42







.... Au mois d’avril. Je les ACHETE à cause de la fille sur la couverture, mince, grande, élégante et surtout pas retouchée. Elle pose en maillot de bain généralement, et ses longs cheveux dorés ondulent au vent des ventilos du studio photo. Ses courbes parfaites expriment l’harmonie à laquelle nous devrions toutes prétendre. Elle est un idéal, un but à atteindre. D’ailleurs les gros titres alléchants affichent une philosophie bouleversante : « Gardez un ventre plat, perdez trois kilos en quinze jours ». A méditer le soir dans le silence, agenouillée sur la descente de lit. Je touche à la psychanalyse là.  Faire le deuil d’un comportement destructeur… Entrer en résilience. Enfin bref, il faut que j’arrête de me goinfrer.

 

Ensuite, je les FEUILLETTE. Pour  voir les pages, à l’intérieur, dedans. Les recettes de cuisine, les erreurs à ne pas commettre, les crèmes à tartiner sur l’âme autant que sur le corps. Les exercices de gym, les sports d’endurance, les recommandations liées à l’âge. Il n’y a que des trucs que je ne soupçonnais pas. D’année en année, je découvre, je m’émerveille, je m’extasie. Et puis de vrais professeurs, des médecins, des coachs y vont de leurs conseils. On nous indique, des salles, des restaurants, des hammams. C’est comme le Guide du Routard, tout a été testé, analysé, critiqué. Si t’essayes t’es prévenue. C’est pour ton enrichissement, ta culture, et qu’après tu étales ton savoir auprès des copines. Hé, c’est pas tout le monde qui va à la piscine du quartier au bas de la rue à droite, ou  contourne le pâté de maisons à l’aise dans ses baskets. C’est un privilège d’aventurier, ma belle ! Tu montres que tu ne te laisses pas aller, que ton équilibre est dans l’effort. Tu ne vas quand même pas avouer que t’as pas le temps, que ça te fais ch…, et que la piscine c’est pas tout près de chez toi. Tu ne vas surtout pas admettre que les revues ne t’apprennent rien que tu ne saches déjà. Et que t’as dépensé des sous pour nada. Moi, j’ose pas.

 

Enfin je les JETTE. C’est une forme de thérapie. Sitôt parcourues, sitôt oubliées. Et ça me calme. Ca canalise une pulsion. Ca m’empêche de passer à l’acte, de plastiquer le siège du journal. Parce que comprenons nous bien, quand on fusille ses journées à travailler à l’extérieur, faire les courses et la bouffe, nourrir le chat, repasser, surveiller les devoirs, câliner monsieur et passer la serpillière dans la cuisine, on aime se caser un petit moment à soi. Alors bien sûr, on lit ou on court, on nage ou on écoute de la musique. Mais ces activités ne sont que détente et repos. Jamais on ne perdra un gramme, nos journées sont stressantes, nous ne sommes pas des stars de magazine. C’est toujours pareil, pour nous aider réellement, il faudrait une nounou à nos côtés, qui nous tienne la main et nous encourage, nous pose des interdits.

 

Toutes ces revues le savent, qui jouent les Super Nanny, juste un instant. Elles nous happent le cerveau le temps de l’achat au kiosque. Une fois ferrée la ménagère, on s’en FOUT. Je me fais avoir autant que vous!

    

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 15:42






Je l’avais appelée Hélène comme la première de ma classe. Le père Noël me l’avait offerte en 67. Sur la photo, elle est tout contre moi avec un gros front bombé et les cheveux sacrifiés  au ciseau, un jour de rage. Parce que la rage, ça me prenait des fois.  Cinq ans plus tard, elle était restée ma poupée préférée. Les bras ne voulaient plus rester collés au tronc et j’avais masqué les trous à son visage par deux yeux dessinés dans du carton. Mais l’amour ne s’explique pas, parfois il se cache. Je me doutais bien qu’on se moquerait de moi, de ma passion pour « Chucky », la poupée tueuse et monstreuse des films d'épouvante. C’est comme  ça que mon mari l’a appelée le jour où je lui ai montré la photo. Il exprimait, des années après, mes craintes de l’époque.

J’ai eu des tas de poupées par la suite, une qui parle, une Barbie, des poupons emmaillotés, mais jamais je n’ai ressenti cette bouffée de tendresse. Elle me submergeait quand je la prenais dans mes bras. C’était en l’absence des copines à qui je réservais des trophées récents et plus valorisants. Dans ces moments je l’embrassais et je passais du rouge à ses joues, à ses lèvres. Elle était mon bébé handicapé, fragile.

 

Un jour,  j’étais en classe de 6ème, et j’avais invité une copine pour goûter. Ma mère avait soudain interrompu nos jeux en brandissant Hélène. En exposant mon bébé. En violant mon intimité. Je l’avais pris comme ça, c’était un crime.  Elles n’ont pas compris, les affreuses, que je hurle, que je trépigne. Que je m'empare d’Hélène pour la dissimuler sous mon oreiller. Et que l’ayant couverte, je l’emporte dans la chambre des parents et m'y enferme à clefs. Ma mère suppliait derrière la porte et ma copine m’assurait qu’il n’y avait rien de grave, qu’Hélène était très jolie. Je n’étais pas dupe. C’étaient des menteuses, des méchantes. Ma copine est rentrée chez elle, désolée et je n’ai ouvert qu’en soirée parce que mon père m’avait promis une sacrée fessée.

Je ne connais toujours pas la raison de cette fureur. Trahison de ma mère ? Regard sacrilège de la copine sur mon trésor ? Fatigue scolaire ? Ou peur qu’on découvre un peu de moi, ce côté bancal, cabossé, qui entrave mes actes encore aujourd’hui. Quand je dresse des barrières pour m'empêcher d'avancer, qui sait…  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 21:58



On se demande ce qu’ils cherchent et pourquoi ils ne trouvent pas. Evidemment quand on ne sait pas ce qu’on cherche… Bien sûr, il y a la crise sociale, l’immobilier, l’emploi. C’est un faux problème, ça fait un bout de temps qu’ils hésitent, qu’ils attendent, qu’ils se tâtent. Ils veulent vivre, butiner, s’amuser. Découvrir, explorer, se tromper, recommencer, aimer, détester, haïr. Ils souhaitent s’épanouir, s’exprimer, exister. L’amour, le vrai, ils y croient comme à un concept. Ils ne veulent pas faire d’erreur, se marier c’est pour la vie. Avec tout le tralala, les fiançailles, l’église, la robe, la noce et le bal. Mais ça n’est pas garanti. Tout le monde divorce aujourd’hui, on a plusieurs vies. On préfère le PACS et le concubinage, ça fait moins peur, ça fait moins mal. Et ça autorise la teuf à moindre frais. Et puis on a le temps, être parents à vingt ans de nos jours c’est ringard. Ca veut dire que t’as rien vu, rien vécu, rien connu. Et puis t’es bloqué avec des mômes qui braillent, parfois t’en as tellement marre que tu les colles à tes parents parce que tu fais pas tes nuits.

 

Ca y est je vois où le bâts blesse. That’s where the rub is, disent les anglais. Le problème c’est les parents, trop gentils, trop généreux, trop présents. Les jeunes aujourd’hui, ils ont trop tout. Pas de contrainte, pas de soucis. Enfin pour certains. Alors pourquoi se casser la tête à fonder une famille, à en prendre pour vingt ans minimum, à se restreindre. Une règle d’or : PROFITER !

Sauf que, les jeunes, ils deviennent moins jeunes, moins fêtards, moins convaincus d’avoir tout bon. Ils attrapent trente cinq balais comme une angine, ça coince dans la gorge. Et ils paniquent, ils veulent ce qu’ils rejetaient jusqu’alors. Le conjoint, la famille et la maison. Le plus souvent ça se passe bien, ils prennent le coche en route et avant quarante ans tout est bouclé. Sauf qu’ils sont cloués jusqu’à soixante. Quand d’autres abordent la cinquantaine, tout frais et libres comme des ados dès que les enfants sont partis vivre leur vie de conquistadors.
Quelquefois le jeu est truqué, le train déraille. C’est pas facile de trouver un copain, une copine, passé trente ans. Ya moins de choix, ils sont casés ou cassés, les potentiels. Le conjoint, la compagne pour la vie, ça prend du temps. Et question fertilité, à trente huit ans pour un premier bébé, ça craint. C’est le parcours du combattant, le stress, la déprime. On a besoin de soutien, les parents encore, les amis. Et ce sentiment encore diffus qu’on n’a plus toute la vie devant soi. 

 

Je ne sais pas, moi, ce qu’il faudrait pour les réveiller tous ces jeunes. Je sais trop bien en réalité, il faut de la confiance, des valeurs, le goût de l’effort. Et nous les anciens (à cinquante ans je crois faire partie du club), sommes responsables de la banqueroute. Nous avons placé sous leurs pieds un tapis rouge, et ils se sont pris dedans.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 09:50






Pour certains Pâques ne signifie rien. Pas même un changement de saison, l’approche de mai et des ponts, les examens, ou les fleurs, les champs, les randonnées.  Il ne peut s’agir d’une fête religieuse, de sacrifice, de crucifixion, de résurrection. Ce n’est pas la procession aux bougies des orthodoxes, treize jours après la Pâques catholique, et ce n’est pas Pessah, la Pâques juive non plus. Ca n’est pas une orgie de chocolats, des jardins pris d’assaut et le gigot d’agneau. Ce ne sont  pas des œufs peints, des poules et des lapins. Ni les cadeaux de l’école en pâte à papier, le week end à Noirmoutier ou dans la maison de campagne, les premiers barbecues de l’année. Ni Mamie et tonton qui rappliquent avec les cousins et l’anniv du grand frère qui tombe au même moment. Et puis l’énorme gâteau décoré de petits œufs à la liqueur.

Ca n’est pas la semaine de vacances à l’étranger, les « youcaïdi » joyeux et le stage de plongée ; la tournée des parcs d’attraction avec les enfants et l’indigestion de dessins animés au ciné. Pas le temps des semis, des gazons fraîchement tondus, des bourgeons. Pas l’heure des amours, des promenades en tête à tête, des serments éternels échangés deux jours d’affilée. Les journées rallongent, le soleil caresse la peau, la lumière éclabousse les lieux, les êtres. D’ailleurs c’est le printemps ça, pas la fête du bon Dieu et des boulangers.  Pourtant tout se mélange en réalité, tout s’amalgame.

 

Mais pour certains ce n’est pas vrai. Le Chemin de croix et la Messe,  ils suivent, à la télé parfois. Muets, immobiles, esseulés. Il n’y a pas de dimanche, de lundi, de matin, d’après midi. Avril et novembre ne sont que mots. Les rires, le brouhaha sont un luxe. Des contacts, échanger des paroles, exceptions, utopies !  

Mais…Une tranche de gigot, une galette de pain azyme, une bougie allumée, une part de gâteau, de la friture en chocolat, ça se partage sans effort, sans que ça coûte. A nous, les autres, de penser aux personnes âgées ou malades, oubliées, délaissées ou démunies.

Parce que sincèrement, quand on y réfléchit, Pâques est la meilleure période pour se faire  sonner les cloches !

 

 

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 14:40




Gaby a cinquante quatre ans. Elle est dépressive et c’est la faute à sa vie. Il y avait un père autoritaire, une mère soumise et Gaby au milieu. Gaby dévouée, inhibée, annihilée. Depuis toujours. Ca c’est arrêté l’année dernière quand les parents sont partis. Gaby s’est retrouvée seule avec le vide. Ca ne remplit pas une existence le vide. Gaby  ne s’est jamais demandée ce qu’est la vie et si ça servait à quelque chose de la combler. Elle faisait les courses et supportait les jérémiades, elle ne pensait à rien d’autre.

Elle a toujours été coincée sexuellement, les propositions des hommes claquaient comme des affronts. Alors ils se sont détournés, même les plus courageux, les plus persévérants.

Les amies de Gaby ont son âge et ses idées. A plusieurs elles se soutiennent.  Il y en a une qui habite en France, à l’étranger. Elle a une autre mentalité et des projets, un mari, des enfants. Elle ne se morfond pas dans un trou perdu de Bavière. C’est un paradoxe mais il est plus facile de lui confier ses soucis au téléphone, que de s’adresser aux copines en tête à tête. Parce qu’elle ne voit pas, elle devine seulement. Ca préserve la dignité, ça évite l’humiliation. De plus, elle a du recul, elle apprécie mieux la situation, elle réagit, elle s’étonne, elle s’énerve. Elle oblige Gaby à réfléchir.

 

Le problème de Gaby aujourd’hui, c’est son travail. Avec la crise tout s’est compliqué et elle risque sa place. A son âge, en Allemagne normalement on ne peut plus la licencier. Mais il faut que l’entreprise ait signé la convention, ce qui n’est pas le cas. Alors on la harcèle, c’est sournois, c’est vicieux. Ils ont commencé par diminuer son temps de travail, d’une journée puis deux. Pendant dix huit mois, elle aura une compensation versée par l’état, ensuite plus rien. Comme elle travaille moins, on a collé des heures supplémentaires à une collègue. Logique, non ! Et vexant. On lui a demandé de peaufiner son allemand. Parce qu’on a crée une nouvelle langue allemande; c’est l’ancienne revisitée. Et Gaby ça la gonfle, vous imaginez vous, un nouveau français avec des mots au goût du jour. Et d’autres mis au placard. Elle s’est plainte au chef. Elle aurait pas dû. Ca n’a pas plu. Elle a intérêt à se surveiller, à prendre sur elle, sinon…

Sinon, pour se défouler Gaby, elle a le yoga. Et l’amitié. Quand le stress monte et que ses yeux s’embuent, que les médicaments ne font plus d’effet, elle s’offre un billet de train pour Paris. Parce que parfois, la copine au téléphone, ça ne suffit plus. Il faut un contact physique, des embrassades, des bras autour des épaules.  Quel bien fou ça fait !  Pour tenir bon et reprendre des forces et que la prochaine brimade glisse sur la peau sans toucher l’âme. Jusqu’à quand ?   

 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:07





J’ai déjà parlé des voyantes et de leur boule de cristal dans un article que j’ai intitulé " les prédictions de Mme Irma". Mais c’était fantaisiste, j’extrapolais à partir d’une image, je jouais les pseudos devineresses, les rassurantes. En fait je ne racontais que ce que chacun à envie d’entendre, des promesses de félicité.

 

Cette fois, j’observe les femmes du voyage, celles qui opèrent en groupe dans les halls de gare. Au milieu d’une foule bigarrée qui va et vient, pressée, fatiguée, énervée, elles choisissent une personne, comme ça au hasard. Enfin, pas tout à fait. Je ne sais pas comment ça fonctionne, c’est l’instinct, le fluide. Elles ont l’air de mendiantes, portent des robes longues, informes, et se parent de breloques. Elles ont l’accent traînant des gens de l’est, des voix douces, apaisantes, et semblent supplier humblement. Mais quand elles arrêtent un passant, elles le tirent par la manche et l’obligent à stopper sa course. La voix se fait soudain plus forte, décidée, persuasive. Un conseil, si cela vous arrive et si vous êtes vulnérable, bouchez-vous les oreilles, ce qu’elles ont à dire se vérifie parfois. Alors bien sûr, elles peuvent annoncer d’heureuses nouvelles, de quoi bondir au plafond. Eh bien d’accord, cela va arriver, n’est-ce pas, alors que vous soyez au courant, par avance, n’est pas important.

 

Mais j’ai deux mauvais exemples. Deux personnes de mon entourage qui ont accepté d’écouter. Parce que ce jour-là, elles n’étaient pas pressées et curieuses,  ou amusées. Peut-être que la pression sur la manche s’est faite insistante et le ton sans réplique. C’est l’étonnement qui les a paralysées. A l’une, on a révélé que son mariage était en sursis, qu’elle ne finirait pas ses jours avec son compagnon de l’époque. Un an après, elle divorçait. A l’autre, on a appris qu’elle n’atteindrait pas l’âge de soixante ans. Elle a soufflé soixante bougies il y a trois mois, et aujourd’hui, assommée par les morphiniques elle attend que quelqu’un là-haut décide de la rappeler.

Pour ma part, je suis lâche, je rentre les épaules, je scrute le sol, et je fuis. Le futur ne m’intéresse décidément pas. Le préparer, un peu, me suffit bien.  Vive le présent !

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