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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 21:09

Un potager, pour moi citadine ignorante, c’est un défouloir, un reposoir. On y regarde pousser la vie avant de la croquer. On le cajole, on le bichonne, on l’arrose et on lui parle. C’est comme un enfant. Il fait le beau, il s’étale, il s’étire, il prend de belles couleurs, de belles rondeurs. C’est un séducteur. Il a des parfums enivrants, des formes voluptueuses, il sait vous manipuler le bougre. D’après ce que j’entends, ce que je vois, quand il vous tient, il ne vous lâche plus. C’est le besoin de retourner la terre, de soupeser les tomates, d'admirer les citrouilles, de planter un alignement de salades et de poireaux, d’arracher du persil. Ca ne se contrôle pas, c’est viscéral.

 

Un potager, c’est un compagnon de route. Il va bien quand on va bien et que le temps s’y prête. Et comme le temps joue sur le moral…

Autant dire que ça ne trahit pas un potager, ça a des humeurs parfois mais quand on en possède un, on est forcément solide sur ses deux jambes. Lui c’est la béquille de secours.

Moi à Paris, j’en ai pas. Je l’ai inventé. Et j’ai extrapolé comme j’ai pu. J’y vois des stalactites de courge pendues à des plafonds feuillus. On se croirait dans des grottes végétales. Hum…

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 06:43

Pas besoin d'être un grand artiste ni de prendre des photos superbes, ni même de chercher à faire des effets. Pas besoin d'originalité, de spirituel, de don ou de génie, de paysages grandioses ou exotiques. ll suffit de repérer le merveilleux, l'exceptionnel, bref, ce qui fait que c'est à nous et en nous. Ces photos de famille, ces clichés communs qui indiquent qu'un jour, nous nous sommes extasiés devant la lumière.

 


  

Quand elle poudroie sur les plafonds de Chenonceau pour nous séduire en grande coquette.




Quand elle se glisse par les fenêtres d'Azay le Rideau, comme autant d'yeux hypnotiseurs.






Quand elle dépose un voile sur des fontaines, resplendissantes comme de jeunes mariées, à Bordeaux





Quand elle éclaire et n'émeut que moi, devant la façade de la clinique Mers Sultan, où je suis née à Casablanca.





Quand elle sublime les couleurs, les déplacements, les transparances. Elle nous rappelle qu'elle est dans notre esprit, avant tout.
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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 18:02

Cette fois, c’est d’une pièce de théâtre dont j’ai envie de parler. Ce n’est pas un choix personnel au départ, j’avais des invitations pour ce spectacle. Marie Christine Barrault seule en scène durant deux heures au théâtre Daunou, à Paris. J’avais peur de bailler aux corneilles, de me trémousser sur mon siège et de soupirer en fermant les yeux. Mais c’était sans compter sur le texte de Françoise Chandernagor, une adaptation  de son livre « L’allée du Roi ». La vie passionnante de Mme de Maintenon a de quoi retenir l’attention à elle seule : le siècle de Louis XIV, ses fastes, ses femmes légères et ses gens  d’esprit. Le décor est épuré et ingénieux, la statue du Grand Roi  à cheval,  est de profil et nous tourne le dos. On ne perçoit que les boucles de sa perruque, son épée et la croupe de son cheval. Comme pour rehausser sa majesté et  signifier son dédain de nous, petit peuple. Au début du spectacle il est recouvert d’un drap. La dame de compagnie de la Montespan le découvre au fur et à mesure que grandit sa passion pour le souverain.

 

Et il y a Marie Christine Barrault. Une immense actrice qui réussit une performance extraordinaire. Elle est Françoise d'Aubigné puis la veuve Scarron, puis la favorite, l’épouse cachée et enfin la veuve vieillissante. Elle est enfant, adolescente, adulte, femme. C’est dans les gestes, les mots, la voix. La silhouette un peu lourde prise dans une robe longue et noire, mincit par le truchement des costumes enfilés puis retirés, des postures adoptées. Le visage est expressif, il brille, rougit, pâlit, s’éclaire, se voile, raidit, s’éteint. La Barrault devient les personnages que côtoie la Maintenon. Tour à tour, religieuse, tante sans scrupules, libertin, femme galante, dame de la cour, favorite et roi Soleil, elle affiche une détermination sans faille. Elle évolue avec humour, grâce et esprit au milieu de ses fantômes. Au déclin d’une vie fastueuse, Mme de Maintenant reste pétillante et Marie Christine Barrault sait nous envelopper dans ses bulles.

 

Tout ça pour dire qu’on ne parle pas assez des pièces de théâtre géniales qui se montent à Paris, nous croyons à tort  que tel ou tel spectacle va nous déplaire et  les invitations sont un bon moyen de nous attraper au tournant. Il faut reconnaître que le théâtre reste un loisir onéreux et  permettre aux entreprises d’en faciliter l’accès aux employés, est une très bonne initiative. Allez voir Marie Christine Barrault dans «  L’allée du Roi », si vous le pouvez !  A Paris le spectacle est bientôt terminé, mais s’il passe en province, ne le loupez pas.


Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon


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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 12:36

D’habitude les lois sont examinées par l’assemblée nationale et le sénat puis adoptées et promulguées par le président de la République. Ca c’est pour les lois ordinaires mais le silence, lui, dicte ses lois. Tout seul.

Art 1 : La loi du silence ou Omerta. On ne la transgresse pas ou alors, c’est qu’on n’a pas peur des armes à feu.

Art 2  ou 1 bis: Se murer dans le silence. C’est un article additionnel de l’article 1. On ne s’autorise pas à parler par peur, par choix, ou à la suite d’un choc psychologique.

Art 3 : Faire vœu de silence. C’est certainement plus qu’un choix, c’est une conviction, un don de soi. Un contrat entre soi et l’autre, ou l’Autre, le Divin, le Sacré.

Art 4 : Etre condamné au silence. C’est ne pas avoir de choix. Devoir se taire pour ne pas faire de vague et vivre  dans une harmonie toute relative, fragile, incertaine.

Art 5 : Le silence de la mer. C’est la part culturelle du silence. Un beau livre de Vercors sur les différences culturelles, la tolérance et la guerre.

Art 6 : Hôpital, silence. Autre rappel de la tolérance. La maladie qui affaiblit l’individu doit inciter au calme, au silence.

Art 7 : Souffrir en silence. C’est le lot des délaissés, des oubliés, des invisibles.

Art 8 : Respecter une minute de silence. Un hommage à ceux qui sont partis, et nous laissent dans un silence terrible.

Art 9 : Le silence est d’or. C’est pour nous les bien portants, les avides, les joyeux. Qu’on prenne le temps parfois, de taire certaines vérités pas très agréables à dire. Qu’on observe, qu’on écoute et qu’on garde les petites mesquineries pour soi.

 

Depuis le début, vous me lisez en silence, je n’ai pas eu besoin de le réclamer. Et encore, je n’ai pas écrit  la liste complète de tous les articles de la loi. Vous en connaissez bien d’autres, alors j’arrête là. Mais faites attention, le silence est manipulateur, il en impose, il a ses mots et son discours. Il est paradoxal. Ne vous laissez pas faire, soyez bref, coupez lui la parole, intimez lui de faire si…

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:12







L’ANPE, on ne dit plus comme ça aujourd’hui, on parle de Pôle Emploi. Ca fait lointain, ça fait pôle sud, pôle nord, ça veut dire que pour s’y rendre faut s’équiper. De bonnes chaussures d’abord, car l’agence dont vous dépendez n’est pas forcément celle qui se trouve au bas de chez vous, sectorisation oblige. Il faut prévoir aussi d’y aller l’estomac vide, ne rien boire avant de partir, sinon il faudra serrer les sphincters et garder pour soi l’envie pipi. Eh, c’est le plan vigipirate, pas le droit d’aller aux toilettes, qu’est-ce que vous imaginez, vous les chômeurs ! On n’est pas là pour vous dorloter. Achetez-vous des couches culottes, il n’y a qu’un rendez-vous par mois, c’est pas la mort !   
N’attendez pas qu’on vous conseille ou qu’on s’occupe de votre recherche. Les employés ne sont là que pour vérifier que VOUS recherchez effectivement du travail, pas pour vous orienter. Depuis la fusion ASSEDIC ANPE, les serveurs ne peuvent répondre aux demandes. C’est trop lourd, ils ne sont pas conçus pour ça. C’est comme ça, c’est tout. Et puis les logiciels sont incomplets, alors si toutes vos attentes ne sont pas prises en considération, c’est normal, que voulez-vous !

Surtout, surtout, ayez toujours le réflexe d’un sourire, d’une parole aimable. Pas de trépignement, de doigts pianotant sur le bureau de l’employé qui vous reçoit. Il faut maintenir le contact, ce fil ténu sur le chemin de l’embauche. Exercez-vous dans votre salle de bain, prenez la voix d’aéroport, mesdames, messieurs, ladies et gentlemen… Vous verrez ça marche.
Enfin, sachez que ça peut être dangereux, brutal, hargneux. Sauvage parfois. Vous avez l’air d’un bébé Cadum abreuvé à l’eau d’Evian et lancé dans un monde de brutes. Mais il faut vous endurcir à l’intérieur. Le chômeur, ce spécimen en voie d’extension, cet autre qui vous ressemble, pète un  câble de temps en temps. Il cède à la mode d’aujourd’hui. Il prend le directeur d’agence en otage pour des motifs des plus futiles. Avec l’appui d’un comité de soutien, il proteste contre sa radiation, ou ne comprend pas qu’on lui réclame 2000 euros dont il aurait bénéficié à tort. Il campe sur ses positions jusqu’à ce qu’une solution lui soit proposée.

C’est le moment, je ne sais pas pour vous, mais moi, je choisirais cet instant-là pour tailler la route. Sortir, respirer l’air pollué des bouchons de Paris, c’est toujours plus agréable que le spectacle de la détresse humaine. De toutes façons, du travail, yen a pas, et le mois prochain, faudra se blinder et revenir. Pour faire son petit numéro de clown  au milieu des pingouins dans le grand cirque du Pôle Emploi.

 

 

 

 

 

 

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 09:37



Thème de la semaine: si j'étais un oiseau.




Si j’étais un oiseau, je choisirais d’être une cocotte en papier. D’abord parce que c’est affectif, cocotte, c’est un mot gentil. Maman m’appelait comme ça quand j’étais petite, merci cocotte, tu vas chercher mon porte monnaie dans mon sac cocotte, n’oublie pas de ramener le pain cocotte.

Et puis ça a un petite côté grivois, une cocotte, une poule, une gonzesse quoi. C’est Arletty dans Hôtel du Nord, Suzy Delair dans les films de Clouzot. Et puis ça sonnait bien dans la bouche de Gabin, le ton sec et cassant, la gouaille et la bouche pincée sans un sourire.

Et puis, une cocotte caquetant  dans une basse cour et se dandinant en picorant du grain, c’est tout moi. Bavarde, gourmande, dodue. Et puis, mes ailes ne me soulèvent pas bien haut, si je m’envole parfois c’est dans les mots et les histoires que je m’invente sur du papier.

 

Le papier, celui dont on fait les cocottes quand on s’ennuie à l’école ou au bureau. J’aime l’idée, on s’évade en pliant des feuilles et on les fait ressembler à quelque chose. On peut fabriquer un pigeon ou une grue aussi, tout ce qui a des pattes et des ailes. Et pendant qu’on s’échine, qu’on s’énerve, ou qu’on se concentre au contraire, le temps passe. Comme si on restait à regarder le ciel et ce qui bouge là-haut, on s’oublie un peu.

Si j’étais un oiseau en papier, tiens un pélican par exemple, je ne serais pas, je ne pèserais rien et on me froisserait d’une main rageuse. On me poserait sur une commode à côté d’une girafe ou d’un éléphant, on me regarderait, et me déplierait.  Je serais le témoin des humeurs bonnes ou mauvaises, le détail qui trahit. Je révèlerais des caractères, des pensées et cette intrusion dans la vie des gens, cette indiscrétion, m’amuserait beaucoup.

   


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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 14:15


C’est la mode ou c’est dans l’air du temps, aujourd’hui on vend les souvenirs des gens connus aux enchères. Après Yves Saint Laurent et Gérard Oury, c’est au tour de Jean Marais. On éparpille des tranches de vie pour le public ou pour l’argent, pour les deux à la fois. Ce sont des meubles d’époque, de style ou exotiques, des tableaux, des objets, des lettres, des photos qui partent aux quatre coins du globe.

Qui sont ces acheteurs, de riches investisseurs, des collectionneurs avides, des admirateurs éperdus, des curieux ?  Pour les petites choses, ce sont vous et moi. On se dispute une signature, un mot écrit à la va vite sur un bout de nappe, un stylo, un cliché dédicacé. Je me demande ce qui nous motive. Souvent la veille du grand jour, les organisateurs permettent les visites. Ce qui doit partir est assemblé dans des salles et on vient voir. On bave devant les plus belles pièces comme pour s’approprier un peu de la vie des grands. Comme quoi quand on dit qu’on est tous égaux face à la mort, c’est faux. Les célébrités, les people, poursuivent leur chemin grâce à ceux qui achètent ou rêvent devant les fragments de leur passage ici-bas.

 


Les coucous, tapis bleu et rose d'Henri Matisse appartenant à Yves Saint Laurent


Quand nos parents décèdent nous faisons le tri. Il y a ce qu’on jette et ce qu’on enfouit dans des sacs ou des valises pour que les enfants sachent, plus tard. Il y a ce qui trône sur nos murs et sur nos étagères, ce qui nous rend fiers. Parce que c’est une partie de nous, notre bagage, notre histoire. Et pour les chanceux, les nantis, les fans, il y a la trace de ceux qui ont compté dans le monde de la culture ou de l’art.   

Pourquoi entrent-ils dans nos vies après leur mort, pourquoi cet engouement, cette volonté de les avoir à nous, un peu ? Je parle de nous les modestes, pas des m’as-tu vu qui amassent à partir des collections des autres. Il ne s’agit pas seulement de se vanter ou de faire de l’argent, il me semble que les raisons sont ailleurs.

Nous aimions ces personnes, nous les admirions de leur vivant. Mais la mort nous les a rendus proches, accessibles, abordables. Elle crée l’illusion de l’intimité, ces gens sont des nôtres. C’est un honneur qu’ils nous font. C’est un privilège que nous leur accordons.  Leur deuxième vie, éternelle, démarre. Il se trouvera toujours quelqu’un pour raconter l’histoire du bibelot, du tableau ou de la lettre plaquée sous verre que conservait maman. Au fil des générations, on oubliera les exploits de l’arrière grand-père. On jettera peut-être des photos, des diplômes. Mais on gardera intacte la trace de l’inconnu célèbre qui compte tellement encore aujourd’hui.      
Tableaux de Raoul Dufy appartenant à Gérard Oury mis aux enchères les 20 et 21 avril 2009. Les plus abordables sont partis à 5000 euros.

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 16:11







Pour illustrer le thème de la semaine: Le chaos.

Je ne vais pas aborder les chaos météorologiques ou liturgiques ni même ceux qui définissent l’univers de la science fiction. Je souhaite parler du chaos intime que représente la vente d’une maison de famille. On y a toujours vécu, notre enfance s’y est déroulée année après année, été après été. Elle a connu les fêtes de famille, les barbecues entre amis, la cuisson des confitures, les dîners aux chandelles, les deuils,  les inondations et les ravalements de façade. On s’est endormi dans le jardin sous un abricotier et dans l’odeur du romarin, on a vu des prunes piquées par les oiseaux, pourrir sur l’arbre. On a posé une piscine gonflable sur le gazon fraîchement coupé. On y a rêvé d’un amour de jeunesse, on y a vécu les moments forts de la fête foraine et le feu d’artifice à la fin de l’été.

 

Et puis les grands parents sont partis, et les parents et la tante aussi. La maison s’est refermée sur elle-même, comme une paupière sur un œil. Les volets sont clos et la poussière se dépose consciencieusement. Les araignées tissent leurs toiles. Les peintures s’écaillent et le portail rouille. Ca sent le refermé et le moisi. Trop de charges, trop de frais. Trop de souvenirs enfouis. C’est décidé, on vend.

Avant, et durant quelques années on décide de louer. Pour apprendre à se détacher doucement, pour contourner le chaos. Pour se faire croire que c’est plus facile. On débarrasse un peu. Le locataire n’est pas exigeant, il accepte qu’on entasse nos bricoles dans la cave.

 

Et vient l’épreuve. Vider les meubles, porter livres et bibelots à la brocante, démonter des armoires, rouler les tapis, préparer des sacs pour la déchetterie. Le bois d’un côté, les plastiques, le verre, le tout venant incinérable. Affronter le regard curieux des voisins : « vous vendez, vous louez ? Parce que je connais quelqu’un que ça intéresse. Vous pouvez me réserver la table et les chaises, ça ira bien dans mon salon. »

Que dire des lettres, des photos, des diplômes des récompenses, des tableaux exécutés par nos chers disparus. On jette, on stocke, on offre? Est-ce que ça va réellement faire plaisir ? C’est  tout un drame, un crève-cœur. Si on enterrait de nouveau cette vie par nous exhumée.

La maison est nue, les pièces paraissent immenses, nos voix résonnent dans les couloirs. On tourne en rond une dernière fois parce que le chaos est dans nos têtes. Tout se bouscule, tout se mélange et on refuse. D’avancer, d’évoluer, de lâcher prise. Pourtant ça vient d’un seul coup, à l’agence immobilière. Parce qu’on dépose les clefs, que les visites commencent et qu’il faut contacter l’expert et le notaire. Alors on se dépêche, on a hâte que ça se termine, on bâcle les dernières formalités. Et on se pose dans un coin, on a une larme, on se sent lourd, on attend. Que passe la boule enkystée dans nos estomacs. Qu’elle foute le camp, et emporte le  vertige qui nous étourdit.

Il est temps de repartir, de rebondir. De vivre.

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 10:02







J’ai visité hier après-midi l’exposition Our body à corps ouvert, espace de la Madeleine à Paris. Le lundi, c'est tarif réduit alors il y avait beaucoup de jeunes, ados, étudiants en médecine ou en arts plastiques avec de grands cartons à croquis. C’était détendu, bon enfant et silencieux. Des murs noirs, des textes lumineux dans des cadres en plexiglas, des corps écorchés ou en tranche, c’était ça le silence. Une atmosphère feutrée, ouatée et la sensation dérangeante de commettre un sacrilège.

 

Parce que si on est concerné, étudiant ou médecin, on observe l’anatomie sous un angle très professionnel et passionnant. Le procédé de conservation par imprégnation polymérique, est saisissant. La peau soulevée, les muscles écartés du corps ou restés en place, les os innervés, les yeux, les paupières, les cils, les dents, les doigts, les ongles, les pieds… On reste fasciné. Et les corps sont en situation, tirant à l’arc, jouant aux échecs ou roulant à vélo. Ca permet d’apercevoir les organes en  action, la tension des muscles et des nerfs. Aucune fonction n’est oubliée, déglutition, respiration, digestion, élimination, reproduction… La langue, les poumons, le cœur, l’estomac, les reins et la vessie, le vagin, l’utérus, la verge et les testicules. Biologie, sciences de la vie, sciences naturelles, leçon de choses. On appelle ça comme on veut, question de génération. Mais dès qu’on aperçoit un petit morceau de peau collé aux organes, on pense à quelqu’un de vivant, on voit le bonhomme. On se dit qu’il avait une vie, des enfants, une femme qui sait, qu’il a donné son corps à la science et qu’il la sert. Et qu’elle s’est servie de lui sans  tout lui expliquer avec franchise.  Il  y a même une descente de lit, je ne peux pas dire ça autrement. La peau d’un corps, tannée, étendue comme un trophée, la tête à l’air d’un masque, les  bras et les  jambes sont  étirés. On marcherait dessus….

 

J’ai choisi de m’y intéresser sous un autre angle, de me dire que tout ça, c’est moi aussi. Ca rend modeste, ça décomplexe, ça désinhibe. Tous ces cadavres font que je regarde mon nombril et celui des autres. Le but est là. Alors après, si je me dis que les poumons sont des éponges, et que leur vascularisation ressemble à du corail, que les ongles ont l’éclat de la nacre, que les muscles faciaux me rappellent des branchies, et que tous ces organes décollés ont l’air de nageoires, ça me regarde.  Je peux toujours prétendre que je me suis fait le musée océanographique, si j’ai peur d’avouer que j’étais venue aussi pour ça : le côté malsain.       

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 09:46








Un ciel de Bordeaux

Ah ces merveilleux nuages, disait Sagan. Elle avait raison. Il y a du merveilleux dans les nuages. En les regardant flotter comme du coton et filer dans le ciel, on aimerait les attraper et enfouir le visage dedans. C’est du marsch mallow, du bubble gum, de la barbe à papa. Et la couleur ne change rien, qu’ils soient blancs ou gris, on sait qu’un rayon de soleil les fera rosir.

Il y a de la tendresse dans les nuages comme sur les joues des enfants, et sur la truffe de mon chat. Parce qu’on a l’impression de les toucher et qu’ils respirent, qu’ils sont chauds et vivants.

Il y a de la majesté, le déplacement est lent, gracieux, leurs formes varient joyeusement et on les suit, scotchés, hypnotisés, en spectateur conquis.

Il y a de la bonhomie, ils sont  gonflés, on dirait des brioches, des meringues, de gros pains blancs. Ils nous rassurent et on sourit.

Il y a de la rêverie, car ils détournent et monopolisent l’attention vers leurs filaments étirés, et  leurs bouloches disséminées.

J’y vois des flocons, des boutons, des bourgeons. Des melons, des dragons, des tranches de saucisson. Et le chien de ma grand-mère, le sourire de mon frère, une petite cuillère…..

J’inventerais bien tout plein de choses mais j’ai peur de partir en live, comme Fabrice Luchini, de dire n’importe quoi, de m’écouter parler, et que ça vous amuse.  

 

Que dire d’un ciel sans nuage. Un ciel tout bleu, uniforme, juste rayé du passage d’un avion ou animé par le vol d’un oiseau. C’est tout aussi captivant, enivrant. Il nous rend conscient de l’immensité de l’univers, de l’infini, et de notre petitesse. De la fragilité qui nous caractérise. Et nous fait rechercher la trace, le signe, le passage, d’un messager annonciateur de la pluie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Le ciel à Auch un jour du mois d'août

  

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