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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 14:20

Il avait d’abord demandé que l’on réduise ses horaires. A dix huit mois de la retraite, il avait tous ses trimestres, alors il pouvait se permettre de lever le pied. Le mardi c’était bien, il avait cessé de travailler le mardi. Il avait repris la guitare, des répétitions, des spectacles pour les amis et la famille. Il avait rangé ses placards et ses armoires, s’était débarrassé du superflu. Il s’était allégé.

Il s’était laissé pousser les cheveux afin de retrouver ses années bohême, ses années yéyé, plaçant ses cheveux gris en un catogan. S'était mis à sortir, de musées en expositions, de salles de cinéma en représentations au théâtre. Il fréquentait les bals costumés, choisissant ses costumes avec délectation comme un  enfant. La retraite, ça se prépare, déclarait-il.

 

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Il perdit ses deux parents en peu de temps, réalisant que la vie est courte, il faut en profiter vite, là, de suite. Alors il souhaita réduire son emploi du temps, encore. Ce qui fut refusé. Soit il partait en préretraite, soit il travaillait. On ne pouvait à la fois le garder, et employer quelqu’un d’autre. Il en perdit l’appétit et le sourire. Il maigrit, son visage devint inexpressif, crayeux.  Comme chez un clown triste, on distinguait la bouche,  les yeux tombants, et les deux sillons encadrant le nez. Les rides avaient disparu comme liftées.

Il se prétendit malade durant quelques mois, puis la médecine du travail le convoqua. On somma la direction  d’aménager ses horaires, un moment. Mais quatre mois avant la date de sa retraite effective, il n’y tint plus. I l remit sa démission et l’obtint. Il était ravi, soulagé, apaisé. Les rides à son front reparurent, témoignage du temps parcouru jusque là, gage de celui qui restait à couvrir.

 

Il recommença de sortir, vendit la maison des parents, tondit le jardin de la belle-mère. S’occupa des impôts, fit des travaux dans sa maison de campagne. Puis il s’installa dans la routine, promenant son catogan de mousquetaire fatigué et sans panache.

Tous les après midi, vers quinze heures, on peut le croiser sur un banc du jardin public. Il s’ennuie.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:37

 

 

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Mon grain de sel n’est qu’un avis de plus à diluer dans un potage déjà très épicé. Pourtant je me lance, comme une commère. Parce que la page ne discute pas, ne contrarie personne, elle se laisse imbiber de mots.

 

On dit DSK, on écrit, on  moque, on  condamne ou on absout.  Chacun selon ses critères, ses convictions, son appartenance politique. Selon son sexe ou son rang social. Trois lettres ont volé son identité à un homme. J’ai le sentiment de parler d’une banque ou d’une compagnie d’assurances côtés en bourse. Sans jeu de mots graveleux. J’imagine tous ces loups guettant la chute, pendus au téléphone, rachetant ou vendant du DSK. Je les vois dans des bureaux  sans fumée, tombant la cravate, scotchés à l’écran de leur ordinateur.

J’ose à peine évoquer les petits épargnants au bout de la chaîne, qui de toutes façons se font gruger. Vous, moi, qui suivons les péripéties dans les journaux avec plus ou moins d’intérêt. Parce que nous n’avons pas tous misé sur cette action-là.  Sur ces idées, sur cet homme, précisément.

 

Et Dominique derrière DSK, c’est qui au juste. Monsieur Sinclair, un grand politique, un économiste, un séducteur ? Seul face à lui-même, que ressent-il ? Je me demande quels mots, quelles phrases le font tenir debout. Le soutien bienveillant des proches, l’argent, la notoriété est-ce que ça construit un homme, est-ce que ça le fortifie ? Quand la télé réalité happe un individu, elle le malmène forcément. Il doit faire bonne figure, se battre coûte que coûte. Or Dominique s’appuie sur des pointures du barreau, il a déjà été confronté au scandale. Ce n’est pas quelqu’un de fragile. Et il a des critères, des valeurs, qui l’empêchent de flancher.

 

Je me demande ce qui motiverait monsieur Lambda  s’il était mêlé à  tout ce cirque. S’il avait abusé de son  pouvoir, si des femmes avaient eu à se plaindre. Pas facile de se mettre à la place de. Le bien, le mal, ce qui est juste ou pas, tout est relatif. Nous aurions tort de croire qu’il existe une vérité universelle. En réalité, nous naviguons  sans capitaine mais équipés de bouées, sur l’océan de nos vies. Certains appellent ça la résilience. Je préfère détermination, instinct de survie. Petits arrangements avec soi, quand ça n’est pas joli, joli. Peu importe, que l’on se tienne à la poupe ou à la proue du navire, la règle est de s’accrocher au bastingage. Et de flotter quand on a passé  le bord. Dominique a compris cela bien sûr.  

 

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 11:53

Cette semaine chez Lajemy le thème est : Roses et roseraies.

Eh bien j’ai choisi d’évoquer les cimetières. On s’y promène  comme dans un jardin, on fait rouler bébé dans son landau dès les premières brises, on va visiter les gens célèbres parce qu’enfin ils paraissent proches et accessibles. On croise grand-mère dans les allées qui époussette grand -père avec une balayette. Et ça baragouine, ça charabia dans toutes les langues. Il y en a qui portent des arrosoirs, d’autres brandissent des plans ou harcèlent les gardiens en quête de l’allée F tout près de la tombe de … Enfin vous savez bien ce grand écrivain !

Certains s’émeuvent devant la guitare miniature sur la tombe de Fred, le compagnon de Catherine, vous savez Marcia, elle danseeee ! Et puis on est stoppé net : une photo d’enfant, une parole, naïve, évidente, gravée dans la pierre par des parents inconsolables. On est ravi, voilà la statue en pied de l’amoureuse de Gigi. On guette, on observe. Ils sont là, nombreux, fiers, bien nourris et déambulent, indifférents. Pas de caresse, pas d’approche sauf si, vous avez pensé aux croquettes, alors ils miaulent de bonheur.

Et toutes ces fleurs donnent des couleurs  à l’endroit qui vit et respire. Moi ça me va, ces hortensias, ces géraniums, ces campanules, ces roses. C’est du bonheur, des odeurs, de petits pincements au cœur. Et je dépose tout ça sur les tombes des miens lorsque je leur rends visite.

 

25912 72422

 

 

LA TOMBE DIT A LA ROSE

La tombe dit à la rose :  

-         Des pleurs dont l’aube t’arrose

Que fais-tu, fleur des amours ?

La rose dit à la tombe :

-         Que fais-tu de ce qui tombe 

Dans ton gouffre toujours ouvert ?

La rose dit : - Tombeau sombre,

De ces pleurs je fais dans l’ombre

Un parfum d’ambre et de miel.

La tombe dit : - Fleur plaintive,

De chaque âme qui m’arrive

Je fais un ange du ciel !

VICTOR HUGO

     

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 14:10

 

 

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Mes vacances cette année débutent à la fin du mois d’août. C’est long parce que les autres sont partis, et dans la rue les boutiques ont baissé vitrine. Au travail tout est ralenti, et le temps ne remplit pas sa mission.  C’est vrai quoi, il n’avait qu’à se faire beau, se raser de près, porter costume blanc et panama comme sous les tropiques. Au lieu de ça, il a enfilé l’imper tout froissé de Colombo cette année. Depuis le début juillet à Paris, j’ai compté deux week end durant lesquels j’ai pu jouer à l’été comme on joue au docteur.  Une robe légère à bretelles en guise de stéthoscope.

Alors j’ai foncé.  Les pieds nus dans mes sandales, l’appareil photo en bandoulière et les gafas, pardon les lunettes de soleil sur le nez, j’ai fait du tourisme. Chatelet, Rivoli, Place de l’Etoile retour par la Gare de l’est, Jaurès et La Villette, chez moi dans le 9-3. Ou alors Montparnasse, Bastille, Le Père Lachaise et la Porte de Bagnolet. L’itinéraire, c’est pour que vous compreniez. Je me suis totalement investie, j’ai oublié de parler français. De le comprendre, de l’écouter. Je me suis dit look, mira, chouf, ouvre grand tes yeux. Tu n’as pas à surveiller l’heure pendant ta pause déjeuner, à courir au Monop avant la fermeture. Vois comme Paris est beau sous le soleil. Langoureux, couvert de dorures, promenant ses entrelacs de pierre,  avec la Seine en écharpe  autour du cou, rappel triomphant d’un défilé de la Gay Pride. Et exclame toi : wonderful, magnifico, zouïn ! Pense-le en allemand ou en grec, même si tu ne parles pas ces langues. Puisque tu ne pars pas tout de suite, sois celle qui ne pars pas du tout. Le tourisme ça s’apprend. Nul besoin de  dépasser le péage de  Saint Arnoult ou de franchir les océans. De te présenter au bureau, colorée comme un pruneau dans un tajine, pour faire joli. 

Les vacances c’est oublier internet, se libérer l’esprit et vagabonder le nez au vent. Sans pour autant crever ses poches. C’est regarder autour de soi. Décider que Râ et zéphyr sont des muses.  Leur être redevable, s’enivrer de leur apparition. Voilà le véritable objectif des vacances.

 

Etre un touriste c’est partir à la découverte d’horizons nouveaux et trouver cette griserie, ce bonheur, ailleurs. C’est aussi réinventer son environnement  habituel en écarquillant les yeux comme un étranger.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 18:10

 

Pris sur le net.

 

C’était la saison, non ? Mai, juin on se marie ces mois-là, en général. Alors on invite du monde pour le fun et pour plaire aux parents. Parfois on le fait en tout petit comité, juste quelques proches, on n’a pas de sous ou on n’aime pas les tralalas. Mais on établit des listes, on prépare la cérémonie, on envoie des faire-parts, on pense au repas, aux fleurs, à l’orchestre. On organise les noces chez Campanile ou dans un château sur les bords de Loire. Et on choisit son costume, ses chaussettes, sa robe et sa jarretière. Ca demande du temps, de la réflexion, de l’énergie et on s’y donne. A fond. Ca occupe et ne laisse aucune place à l’imprévu, à la surprise.

 

 

Mais nous les invités, recevons des mots à l’encre dorée gravés sur un bristol. On dit chouette, le 15, dans trois mois, j’ai un mariage. On bloque sa journée. Et on range le carton dans un tiroir. Et puis ça se met en place dans nos têtes, lancinant, excitant, fatigant. Je porterai quoi? Ils ont vingt, trente, ou quarante ans ? Je choisis mon style ou le leur, décontracté, collé monté. Talons hauts, bibi, gants, robe ou tailleur. Costume ou jaquette, cravate ou nœud pap. J’investis ou je fais cheap. Pour le cadeau, des sous dans une enveloppe ou  une liste sur le net. Je demande autour de moi, c’est selon, on me dit. Ils vivent  ensemble depuis un moment ou pas ? Tu sais moi, je ne m’embête pas, j’appelle les parents, ils ont bien une idée.

 

Je ne stresse pas vraiment, j’ai hâte d’y être, j’ai hâte que ce soit terminé. Parce que j’y  vais avec mon homme, que ça me rappelle des choses, des minutes solennelles, de l’émotion, des pleurs de midinette. Trop manger, trop danser, trop boire. Trop de monde, des inconnus, des sourires, des présentations à des gens qu’on ne reverra pas. Des retrouvailles avec ceux qu’on ne côtoie pas assez et d’autres, qu’on n’aimerait mieux ne pas rencontrer. Du social, de l’hypocrisie. A peine, à peine.

 

Et puis en fin de compte, on regarde les photos, on est moins crispé, d’avoir attendu sous le vent, la pluie ou un soleil de plomb. D’avoir attendu les familles, le photographe, la fin du mariage précédent et l’arrivée des mariés. On se pose devant l’écran de l’ordinateur ou celui de la télé, une semaine après.  On se dévisage. Mon homme et moi, on soupire, c’est comme un « dégoût » de nous et des autres, une victoire de la vie, une promesse pour l’avenir. C’était quand même un beau mariage ! 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 18:40

Le casse-tête cette semaine chez Lajemy est : les cinq continents, Océanie.

 

 

Je n’ai du sujet qu’une vision de carte postale, je ne peux pas évoquer les couleurs, leur foisonnement, les odeurs, la langueur des femmes, leur sensualité,  leur longue chevelure de jai,  la transparence de l’eau, la richesse des grands fonds, la douceur de vivre, des codes sociaux si différents des nôtres, sans inventer, sans raconter des salades. Ca paraîtrait banal et ça ne viendrait pas du cœur. Alors laissons parler les artistes, français bien sûr, restons chauvins. Eux savent, partagent, et  livrent leur ressenti.

 Comme Jacques Brel :

 Ils parlent de la mort
Comme tu parles d'un fruit
Ils regardent la mer
Comme tu regardes un puits

Les femmes sont lascives
Au soleil redouté
Et s'il n'y a pas d'hiver
Cela n'est pas l'été
La pluie est traversière
Elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs
Qui fredonnent Gauguin
Et par manque de brise
Le temps s'immobilise
Aux Marquises

Du soir montent des feux                                                              
Et des pointes de silence
Qui vont s'élargissant
Et la lune s'avance
Et la mer se déchire
Infiniment brisée
Par des rochers qui prirent
Des prénoms affolés
Et puis plus loin des chiens
Des chants de repentance
Des quelques pas de deux
Et quelques pas de danse
Et la nuit est soumise
Et l'alizé se brise

Le rire est dans le cœur
Le mot dans le regard
Le cœur est voyageur
L'avenir est au hasard
Et passent des cocotiers
Qui écrivent des chants d'amour
Que les sœurs d'alentour
Ignorent d'ignorer
Les pirogues s'en vont
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font
Veux tu que je dise
Gémir n'est pas de mise
Aux Marquises

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 Comme Gauguin:

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 09:54

 

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Je suis allée voir l’exposition Manet au Musée D’Orsay à Paris. Comme toujours, si on n’a pas réservé son billet sur internet, c’est bain de foule garanti pendant des heures au milieu des étrangers visitant la capitale. Et puis ça bouchonne à l’entrée devant le grand panneau où défilent les années clés du grand homme, son enfance, ses études, ses rencontres, ses partis pris politiques et intellectuels. Et puis on avance, on s’exclame, des réflexions pertinentes fusent dans le public. Et puis soi-même, on ne peut s’empêcher de remarquer savamment, que c’est beau, quel réalisme, oh ces couleurs, on croirait que tous ces personnages vivent ! 

  

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   Evidemment la foule stagne devant les tableaux mythiques et conspués pour certains, à l'époque de l'artiste : Olympia, Le fifre, Le déjeuner sur l’herbe. Ceux-là qu’on est venu voir tout spécialement, devant lesquels on aimerait rêvasser davantage et sans tout ce brouhaha autour. Evidemment on ne va pas cogner la foule mais on lui en veut un peu quand même.

 

 

olympia-copie-1.jpg

 

Et puis il y a des tableaux moins connus, juste pour nous, des personnages, des natures mortes, des scènes religieuses, des paysages. On admire les contrastes, la transparence des dentelles, le soyeux des mousselines, l’expression des visages.

 

 

 vasePivoines.jpg

 

 On découvre le peintre, sa famille, ses contemporains, Zola et le jeune Monet, son amitié pour Baudelaire, à travers son œuvre. On s’étonne de sa défiance envers les impressionnistes auxquels il refuse de se lier au début. On s’imprègne d’un homme et son temps. Mais cela n’est pas spécifique à Manet. La démarche qui consiste à s’enrichir, à apprendre, approfondir sa culture est la même partout, tout le temps, que ce soit au Musée, au théâtre, au ciné.

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Portrait de Zola.

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 Ce qui compte au fond, c’est le sentiment qu’on éprouve, dès qu’on sort, une fois dans la rue, aujourd’hui en 2011. Et pour moi, c’est un trio de couleurs, rouge, blanc, noir qui danse. Un foisonnement de nuances pour chacune. Et ça claque au vent comme si Manet était un pays en fête, le drapeau national flottant au sommet de chaque toit. 

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 18:04

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Il a vingt trois ans et c’est mon fils. Etudiant, il  vit encore à la maison. Il a des périodes de travail intense, passe ses journées à la bibliothèque avec sa bande de copains pour préparer les examens. Un sandwich et hop, il part tôt le matin. Il rentre vers 22h et le lendemain il recommence. Pas de soirée, pas de week end, pas de sortie. Un zombie, c’est à peine s’il s’intéresse à la météo ou au résultat du match Lille-PSG…

Et puis un soir, c’est fini. Les cours, au panier ! Je ne rentre pas, il dit. On fête ça entre nous, on ne sait pas ce que ça va donner et on s’en fiche. ON DECOMPRESSE !!! C’est très bien, il râle moins, et l’air se décharge en électricité.

 

Cette nuit-là, mon mari s’est réveillé d’un coup en se plaignant. Tu prends toute la place, mais c’est que tu me mets dehors en plus, je n’ai plus de drap. Et moi, encore endormie,  de rétorquer, ah c’est fort, mais c’est toi qui prends toute la place, regarde je vais tomber.

Pour le coup nous étions tous deux bien réveillés. Et d’une seule voix, nous avons crié : mais pourquoi tu lèves, qu’est ce qu’il y a ?

Avant de réaliser que ni moi, ni lui n’étions debout et d’entendre le fou rire de l’étudiant resquilleur qui s’était levé d’un coup pour regagner sa chambre. Il nous a raconté qu’après sa soirée, il était rentré pas très frais. S’était fait chauffer un reste de dîner et puis grand trou noir. Il s’était réveillé avec nos voix, se demandant c’est quoi, cette fille et ce type dans mon lit. S’était observé tout habillé, avec ses lunettes en grand dadais, affalé dans le lit des parents, au milieu. Il était resté ainsi trois heures durant sans qu’aucun de nous ne réagisse.

Même le chat n’y arrive pas d’ordinaire, il se fait chasser illico !

C’est pour ça, je vous le dis, les études c’est pas très bon, ça tourneboule le cerveau des jeunes. La prochaine fois, je pense que nous nous barricaderons mon mari et moi, une commode, une chaise…

Vous avez des idées pour chasser les intrus ?

 

 

 

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 11:03

Le thème cette semaine chez Lajemy est : jeux d’enfants.

 

 

Je suis une fille des îles née au Maroc. Je me répète certainement, je crois l’avoir déjà dit, mais ça fait de moi une fille de nulle part. Une vraie parisienne en somme.

 

Je me suis souviens de mon enfance à Casablanca, à cette époque de l’année, mai-juin. Les amandiers étaient en fleur, les fraises embaumaient les étals des marchés. Nous, ce qui nous intéressait c’était les abricots. Nous choisissions les plus beaux, susceptibles d’offrir les plus gros noyaux que nous collectionnions. Nous les faisions bouillir afin d’ôter les restes de pulpe autour et les ramenions à l’école. Un soleil tiède, chaud vers midi, baignait la cour de l’école française du Belvédère. Tous ceux qui ont connu le Maghreb, enfants, jusque vers le milieu des années soixante dix, ont joué aux noyaux.

 

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Pendant la récréation, nous nous asseyions à même le sol, désignions un noyau comme étant le cochonnet, tentions de nous en approcher avec les autres et de nous approprier ceux des copains. C’était magique, nous venions de partout, France, Grèce, Allemagne, Portugal, Espagne et Maroc bien sûr, et n’avions qu’un seul langage, celui du jeu. Et de l’Afrique du Nord. Ca commençait par: à qui tire ? Ce qui signifiait : qui commence ou à qui le tour ? Mais on n’échappait pas aux : purée, la vie de ma mère, rien que tu touches, je te tue ! Les mains noircies par l’asphalte ou blanchies par la craie qui servait à marquer nos points, la langue pendante, les yeux rétrécis par l’effort, nous écartions nos cheveux de nos fronts brillants de sueur. Le quart d’heure de la récré durait une seconde. Un instant hors du temps, dans la suprême dimension.

Alors quand la cloche sonnait, avant de nous mettre en rang devant les classes, nous ramassions notre butin que nous serrions dans de petits sacs pour les planquer dans nos casiers.

 

Joffo évoquait un sac de billes, mais Tahar Ben Jelloul  parle du jeu de noyaux dans l’un de ses romans il me semble. Pour étaler ma culture littéraire je conclurai en disant un peu comme Amélie Nothomb à propos du Japon,

" Souviens-toi, tout va disparaître, souviens-toi, parce que bientôt tu n'en conserveras que ce que tu as gardé là. " Je me souviens.

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 08:45

 

Ca a commencé dans l'avion. La désillusion. Les hôtesses de la Scandinavian Airlanes approchaient la soixantaine et leur tenue ressemblait à un tablier de grand mère. Quant au steward, c'était un homme grand, sympathique, mais chauve. Pour mon homme,yavait péril en la demeure. Parce que vous imaginez bien, les suédoises... et ses fantasmes.

 

Nous sommes arrivés à l'hôtel sans problème, sans nous poser de question mais en révisant bien notre acquis scolaire en langues étrangères. On reconnaît le gaulois à ses intonnations mais le viking parle anglais, à la rigueur.  

Je ne vais pas vous faire un documentaire sur les monuments, les églises, les musées. Vous avez déjà visité Stokholm, ou allez le faire, ou vous vous en fichez. Mais internet est un fidèle compagnon de voyage que je vous laisse consulter.

J'ai envie d'évoquer une semaine de printemps juste avant Pâques. Dans une ville baignée par l'eau, où tous les clichés prennent forment et envoûtent. Sur de larges quais cernés, en plein centre, par les bateaux de plaisance et des habitations ocres, rouges et vertes.

 

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Dans une lumière de printemps où le soleil joue les adolescents. Tantôt frondeur, cuisant, rosissant les joues des filles, tantôt timide, blafard, les faisant paraître fantomatiques, enfouies dans des couvertures aux terrasses des cafés.

Car il suffit de déambuler dans Gamla Stan, la vieille ville ou  sur les quais, pour les remarquer, immenses, minces radieuses, déroulant leurs cheveux blonds au vent du nord. Elles sourient naturellement, sans chichi, sans apprêt, ont l'air de poupées.

La suédoise est typique et ne déçoit pas. Le suédois non plus d'ailleurs, c'est un grand blond, fin, sain, avec une espèce de féminité pour certains.

C'est n'importe quoi, il y a en Suède monsieur et madame tout le monde, heureusement. Pas forcément jeune, blond et élancé. Mais cette lumière, l'éclat d'un jour qui empiète longtemps sur la nuit, enrobe, englobe les êtres et les monuments. Un peu comme l'objectif complaisant d'un photographe. Il gomme les aspérités. 

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C'est pourquoi mon homme, me trouve belle au soleil scandinave, avec mon mètre soixante trois de fille des îles, qui n'a plus tout à fait vingt ans. Autant qu'à Paris.

 

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