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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 16:42

 

 

C’est l’été sur les Calanques. Le soleil a fondu dans l’eau en gouttes bleues, huileuses, éblouissantes. Nous montons par des chemins escarpés encouragés par les pies et les cigales. C’est tout là-haut vous verrez !, crient-elles sur notre passage. Nous apercevons Notre Dame au loin, scintillante. Nous longeons de petites maisons étagées, cachées au milieu des pins et des oliviers. Un chien nous accompagne, il traîne la patte mais persiste et nous suit. Il halète bruyamment, nous couve de ses yeux jaunes. Nous nous arrêtons un instant, une courte halte le temps de nous désaltérer. D’ici nous observons les plongeurs. Ils glissent le long des canots et disparaissent  sans bruit  sous la surface limpide, au creux du vallon.

 On dirait  que les bateaux sont de longues dents accrochées à des gencives de tuile rose. Comme si l’ogre avait ouvert la bouche et qu’une sorte de vertige nous prenait soudain. Le désir de nous précipiter, de nous élancer au centre vers ce miroir « multibleu », d’en briser la quiétude. Quelque chose nous retient cependant. Quelque chose nous attend, patience. Nous poursuivons notre montée dans la fournaise, le nez au vent.

 

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Le vent. Un souffle chaud  vient de la mer et tente de stopper notre escalade. Nous fermons les yeux et nous laissons porter, perchés au bord du nid creusé dans les falaises. L’océan autour est immense et un ange  frotte ses ailes à nos cheveux. Nous sommes au paradis. Rien de plus fort à espérer, à souhaiter.  

Nous sortons les appareils photos.

 

 

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 14:11

 Le vent siffle dans les rues froides et silencieuses de janvier. Des nuages bas et opaques tapissent le ciel  comme le capiton d’une cellule d’isolement. Je m’attarde devant les vitrines pour absorber un peu de lumière. Dans une pharmacie, une vendeuse baille, accoudée au comptoir. Des cris, des rires fusent soudain, printaniers, incongrus. Un groupe de jeunes roumaines, traverse la rue en courant. Avec leurs longues tresses et leurs écharpes rouges, elles ressemblent à des coquelicots hissant la tête hors d’un bouquet. Un groupe d’employés en costume devant la banque, les observe, souriant mais inerte. Puis hausse les épaules. C’est un matin ordinaire, un peu fatigué et lent à la détente. Un matin qui n’a pas le moral.

 

Peu surprenants alors, ces sacs bleus et dorés, gonflés par le vent, déchirés. Ces branches courbées, desséchées, ces épines collées au sol. Des arbres couchés, inutiles, des rois du trottoir, tombés pour la fête.  Qui, il y a peu, en habit d’or et de lumière, fanfaronnaient dans les salons. Ils s’étalent comme des intrus, des sans domicile sous la tente. Ils barrent le passage et dérangent. Quelques- uns  résistent encore dans les halls des immeubles, décorés comme de vieux poilus. Bientôt, les camions  passeront pour mettre de l’ordre, rendre à la ville son éclat.  Lui redonner le sourire et la préparer au printemps. L’année commence toujours par un grand nettoyage.  

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 14:05

Ses yeux racontaient une histoire mais je ne savais pas lire. Avant  de raconter  « La petite fille aux allumettes » d’Andersen, aux enfants, je ne savais pas. Avant de m’apercevoir que dans leurs yeux à eux, des étincelles clignotaient  en même temps que la flamme de l’allumette dans le conte. Que ça s’en allait quand le feu s’éteignait et que la fillette se mettait à grelotter.

 

 

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 Alors j’ai compris le regard doux, penché, et les grands lacs mangeurs de visage. La lumière jaillissait  de lui, quand il était heureux. Elle s’étalait brusquement depuis le front jusque sous le menton. Sa voix était fluette, une voix malmenée par  une chimiothérapie dans l’enfance. Le cancer avait été un incident de parcours.  Ce n’était pas le souvenir de cette période qui obscurcissait ses traits et ses yeux régulièrement. Dans ces moments, c’était plutôt comme si la lune s’interposait entre la terre et le soleil. On avait très froid d’un coup. On apercevait l’extrémité calcinée d’une allumette dans sa pupille.  

Il aimait nos réunions, nos dîners, et s’asseyait sans un mot dans un fauteuil dès son arrivée quand nous l’invitions. Il ne participait pas aux conversations, n’aidait pas au service.  Il restait posé là, paisible, engourdi dans nos vies. En réalité  il prenait des forces, se nourrissait de nous, de nos liens intimes. Il se créait une famille. Il partait quand il avait fait le plein. Il irradiait.

J’ai su un jour qu’il avait eu un frère.  Qu’un fermier l’avait trouvé dans son champ, sous la roue du tracteur. Un suicide apparemment. J’ai su que nous étions sa famille.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 09:18

Ca y est vous êtes tombés dans le panneau ! Comme dans les pages de yahoo, tous ces tests, les dix comportements qu’il (ou elle) déteste chez nous, est-il (ou elle) fidèle ?, ou encore l’horoscope. Tout ça c’est du blabla pour fidéliser le lecteur. C’est la fin de l’année, la trêve des confiseurs, il faut trouver quelque chose.

 

On nous prend pour des idiots. Tous les conseils qu’on donne sont des évidences. S’il (elle) est amoureux(se), il (elle) est gentil(le), patient(e). Il déteste qu’on picore dans notre assiette au lieu de manger, elle ne supporte pas qu’il passe tout son temps avec les copains. Toutes ces fines remarques attirent des commentaires déçus, désabusés, des ricanements. Mais ça a marché. On a lu l’article, on a répondu. On a fait grimper les statistiques. Quoique, si vous lisez ce post, vous vous demandez quel est mon but.

 

 On nous prend pour des lourdauds, assis entre deux fêtes comme le Roi Babar entre deux chaises. Dans les magasins on nous allèche. Ce sont les soldes avant les soldes, mais pas tout à fait. C’est plutôt moins cinquante pour cent sur le deuxième article acheté. On croit à la bonne aubaine, en réalité on achète un truc qui sert à rien, en plus de ce pourquoi on a craqué. La petite robe qu’on donnera  à Cendrillon, la gamine du dessous, parce  qu’elle nous boudine, en fin de compte. Et fera d’elle une princesse. Ou la chemise qui, une fois déballée, fait ressortir le ventre de monsieur. Et rendra heureux le fils du voisin, Ken.

 

Nous sommes de braves gens qu’il faut occuper avant le cataclysme. Parce que 2012 s’annonce comme un tremblement de terre. Les élections, les JO, la fin du monde.  Il nous faudra choisir entre Astérix et Obélix, nous distraire  dans les arènes et attendre la chute de l’empire romain. Sur Wikipédia, on cite les causes de ce déclin : instabilité politique, invasions étrangères, diminution des revenus et taxes. Véridique, c’était en 476 après JC ! Mon tremblement de terre à moi a eu lieu en 1970, à Casablanca. J’étais gamine mais je revois le lustre de la salle à manger tanguer au-dessus de ma tête. Et toutes ces voitures rassemblées dans un terrain vague en dehors de la ville. Nous avions passé la nuit enroulés dans des couvertures, avions fait circuler biscuits et thermos. C’était fraternel, bon enfant. Ca cassait l’angoisse.

Eh bien 2012, ce sera pareil. D’une manière ou d’une autre, nous saurons casser l’angoisse, nous soutenir et nous retrouver ensemble. En attendant je vous souhaite une très

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 08:35

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : les outils.     

 

Le brouillard ponce les lumières de Noël et rappe les manteaux des passants  qui semblent glisser sur des lames. Je marche dans la rue, c’est plus prudent, pourtant mes pieds se vissent à l’asphalte comme si l’on venait juste de niveler le revêtement gluant.

 

images--1-.jpgJ’avance en renâclant, ce rendez-vous n’a rien de romantique. Je calcule le chemin parcouru depuis le début de notre rencontre, je sais qu’il va m’arracher le cœur. A départ il n’était qu’un contact, un piston, pour tenter ma chance chez L’Oréal.

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Il connaît bien son métier de DRH le bougre, sonder le postulant, percer ses secrets, mesurer ses aptitudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, il m’a clouée au pilori. Et je n’ai rien vu venir, j’avais pris ses gants de soudure pour des gants blancs. Il usait de gestes tendres comme de chignoles, forait ma carapace de célibataire au cuir tanné. Mais dernièrement il a changé de comportement

 

 

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A commencé par raboter ma carcasse. Puis a troqué le burin pour un marteau piqueur. Ses petites attaques sont devenues des tentatives de démolition. Comme s’il fallait raser un chantier, tomber des murs, occuper les ouvriers que sont mes nerfs.

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 Le sous-sol du BHV, rayon bricolage. Drôle d’endroit pour une rencontre. Des vendeurs en boléro vert baillent devant leurs rayons déserts. Trompettes et cuivres pour la musique d’ambiance. Une voix dans un haut- parleur vante la cafétéria du cinquième étage. Mas ici, au milieu des clous et des scies, ça sent le plastique et le métal chaud. Pour lui, ce buldozzer, c’est parfait. Le combat est inégal, ses mots  seront des outils de destruction. Pas les miens.

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 17:15

Audrey Lamy. Son spectacle est bluffant. Pas dès le début obligatoirement, ça dépend du goût de chacun. Mais il arrive un moment où sa crinière blonde, ses mimiques, ses effets de gorge, de cuisse ou de ventre font mouche. On est pris aux filets tourbillonnants d’une sacrée bonne femme.

 

Pour moi, le spectacle était aussi dans la salle. Dans la rangée juste devant. Une mère et sa fille, toutes deux seules au spectacle, le soir de Noël. Tête contre tête et enfoncées dans leurs fauteuils, elles s’offraient une soirée d’exception, l’une à l’autre. De dos, elles paraissaient avoir le même âge. Les cheveux longs de l’enfant pendaient, indisciplinés. Ceux plus courts de la mère rebiquaient un peu raidis par du gel.

 

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Avant que le show ne commence, elles s’étreignaient, s’embrassaient, se félicitaient de ces deux heures à vivre hors du temps. Dans les lumières, les applaudissements et la musique d’une soirée féerique. Elles commentaient le décor et les spots,  se rengorgeaient de leurs places au deuxième rang, s’inquiétaient du retard pris par l’artiste. Avaient des éclats de rires, se tournaient pour  apprécier la salle, s’embrassaient de nouveau. Je notai que la femme pouvait avoir trente- cinq ans, l’enfant douze ou treize. J’imaginai deux existences repliées, un amour fusionnel, un mari, un père, absent. Je supposai des larmes, une rupture ou un décès, un sentiment d’abandon, deux cœurs déchirés. Et le cocon de tendresse tissé par-dessus.

 

L’adolescente s’élança vers la scène au moment du salut, elle retenait son souffle, le cœur battant. Sa mère l’encourageait, oui maintenant, vas-y ! Elle brandissait un paquet, un cadeau enveloppé avec fièvre, mais Audrey Lamy, courbée sous les rappels, ne la vit pas. Alors, elle courut se réfugier auprès de sa maman, enfouissant  son visage dans ses bras, au bord des larmes. Des spectateurs émus leur proposèrent de s’adresser au service  d’ordre, ce qu’elles firent. Mon dernier regard  fut pour elles, debout devant l’entrée des artistes, tandis qu’on évacuait la salle. Autorisées à se rendre auprès de l’idole, un air de béatitude sur le visage, elles vivaient la magie de Noël.

 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:45

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Le casse-tête cette semaine chez Sherry, qui a pris le relais de Lajemy est: boules et billes.

Il s’est arrêté devant le magasin avec dans la main  une boule  du sapin de Noël. Il a dû l’arracher juste avant de sortir, ses doigts sont couverts de neige synthétique et de paillettes dorées. Il porte un anorak beige avec une capuche, et ses yeux  balaient la vitrine comme deux rayons laser. Il ne bouge pas, préoccupé du spectacle qui s’offre à lui. Des boules foncées comme la nuit descendent du plafond et scintillent juste sur sa tête, d’autres rougeoient depuis le sol, perdues dans des entrelacs de guirlandes. D’autres encore, coiffent le toit d’une cabane en carton  d’un halo doré. Tout contre la vitre, on a peint des bougies, des étoiles, et des boules, d’énormes boules toutes blanches. Et il y a ce baigneur  au milieu, qui porte une culotte bleue et un collier d’ambre, une enfilade de petits yeux couleur de miel, sur son torse nu.

L’enfant n’entend pas les bruits du marché derrière lui, les appels des commerçants, le crissement des chariots sur le sol gelé, les papiers froissés. Il ne sent pas l’odeur du poivre et du jambon, pour une fois les poireaux ne piquent pas le nez, les pommes  ne font pas saliver. Il ne réalise pas qu’on l’appelle, eh petit, tu ne viens pas chercher ta tranche de saucisson ! Un bébé pleure dans sa poussette, l’enfant sursaute un peu.  Il serre sa boule tout contre lui, l’élève haut vers le ciel puis la tend vers le baigneur. Il  dévisage sa mère qui l’a rejoint. Un peu inquiet  de ce Noël qui s’annonce différent des précédents, il questionne:

-         Dis maman, le petit frère qui va arriver, il sera aussi petit que ça ?

Elle n’a pas le temps de répondre, l’enfant hurle. Il vient de casser sa boule, un peu de sang couvre les paillettes. 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 18:44

Décembre est le mois du cadeau du pharmacien. Et croyez-moi, ça se prépare.  Nous commençons par nous demander : on leur offre quoi cette année ? Des stylos, un parfum, des calendriers, une bougie, des savons ? La plupart du temps nous nous y prenons à la dernière minute tout en craignant les retards de livraison. Parce que vous pensez bien que nous pharmaciens, avons d’autres préoccupations. D’abord, il y a nos cadeaux de Noël familiaux et nos factures. C’est que tout tombe en même temps !

Bon ça y est, nous avons fait notre choix et nous sommes tout heureux. Certaines années nous enveloppons flacons et savons avec amour, papier et bolduc s’il vous plaît. D’autres fois, nous avons la flemme et estimons que ça sera aussi bien en conservant l’emballage d’origine. Mais nous n’oublions jamais, nous aurions trop peur de vos réactions.

Ca commence timidement dès le premier du mois : y a pas de cadeau cette année ? Plus les jours passent et plus vos voix enflent et prennent du coffre. Ca vient du ventre, ça tonne : et nos cadeaux ? Mr R. est le plus charmant : avec toute la ouardonnance quej’ti laisse parce que tim’plaît, donne moi queque chose ! Mme T. est la plus menaçante : vous allez  bien nous offrir quelque chose, oui, vous plaisantez !  

 

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 Nous affichons spontanément un sourire franc et bienveillant : mais bien sûr, voyons, j’allais vous le donner. Le geste est léger, aérien, nous vous faisons plaisir. Vos réactions ne se font pas attendre : ben, on déjà eu ça l’an dernier, c’est plutôt chiche cette année, moi j’aime pas les bougies, ya pas autre chose… Heureusement, pour compenser,  il y a ceux qui nous embrassent  comme du bon pain. Rester zen et garder le sourire en toutes circonstances est notre philosophie. Excuses et fermeté. La patientèle n’a pas toujours raison, il faut savoir la gérer. Les clients sont de grands enfants ! Je me souviens que lors du passage à l’euro, nous avions offert une calculette de conversion. Avec la rumeur dans le quartier, les stocks ont fondu en quelques jours. Il a fallu calmer les déçus avec diplomatie. Quel métier !

Alors quand certains disent étonnés : ah bon, vous donnez des cadeaux de fin d’année, moi je n’en ai jamais eu, j’aurais peut-être dû réclamer !, il n’ya plus qu’à se faire tout penaud et plonger dans le sac aux trésors : tenez Monsieur, tenez Madame, ce devait être un oubli de notre part. Pirouette, cacahuète…

Tout ça pour dire que décembre est un mois épuisant pour nos nerfs, mais nous vous adorons, puisque vous nous avez choisi et restez fidèles !

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 11:33

Le casse tête cette semaine chez Lajemy est: le petit coin.

 

Un beau petit coin de France. C’est ainsi qu’Haakon et Monica parlent de leur séjour à Paris. Dans leurs yeux bleus une lueur brille, de cet éclat particulier des pays nordiques. Une poussière douce, enveloppante, qui vient de Stokholm, cette ville posée sur l’eau.  Haakon et Monica ont la cinquantaine, ils sont ronds et blonds tous les deux.  Haakon est un militaire gradé détaché à Paris pour un an. Son gouvernement lui a octroyé un appartement douillet rue de Rivoli, tout près de la Concorde. Grâce à lui, j’ai pu entrer dans l’un de ces immeubles derrière  les arcades. Comme endormi,  retranché des touristes et des badauds. Ce soir là, j’ai aperçu Marc Lavoine, sortant d’un taxi, juste devant la porte. Et de le voir devant moi, amorçait la magie, le petit plus, le show. Ce côté irréel, un lourd portail, une cour gigantesque, une cage d’escalier majuscule, des tapis rouges sans fin. Un ascenseur  qui se déplie avec un bruit solennel aux étages. Et l’appartement  meublé de cent mètres carrés mis gracieusement à la disposition du couple, est un petit bijou.  Alliant modernité et style, canapé blanc et séjour Louis quinze, cuisine équipée tout confort. Et ce lit immense dans la chambre, une incitation au voyage, à l’Odyssée, la tentation d’Ulysse, le coup de foudre de Nausicaa.  Monica est aux anges, elle secoue ses boucles blondes, les fossettes font des petits cratères dans l’arrondi de ses joues.

 

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Haakon et Monica ne sont pas mariés et n’ont pas d’enfant.  Et la Suède est un pays bienveillant pour ses ressortissants. Monica est infirmière à Stokholm. Elle a pu suivre Haakon à  Paris en conservant son salaire. Quand elle reviendra, elle retrouvera son poste sans problème. Alors elle profite, pendant que Haakon plastronne du côté de l’Ecole militaire, elle visite Paris, à pied. Le métro n’a plus de secret pour elle. Les fins de semaine, le couple parcourt le pays en train. Cette année est une parenthèse, un petit coin de bonheur dans leurs têtes. En ce moment ils se grisent de l’air vif de la capitale, des lumières de Noël. Ils dégustent, amusés, nos saumons importés de Norvège, sabrent le champagne et se gavent de foie gras. La vie est belle, cela dure un an. Jusqu’à la prochaine affectation de Haakon, ailleurs en Europe, une autre capitale. Un autre petit coin.  

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:40

« Tous fichés », une belle  exposition au musée des archives de Paris. Cela commence par les premières classifications de Bertillon vers 1860, anthropométrie et caractères physiques. On s’installe pour de longues heures de pose devant d’énormes appareils en accordéon dans les ateliers de Nadar ou Disdéri. Photos de famille et albums, photos plus ou moins réglementaires de repris de justice, français,  étrangers, bagnards, membres de la bande à Bonnot, fille de joies et tenancières, opiomanes. Ecrivains recherchés sous le second empire tel  Zola. Des visages blafards, peu souriants, des costumes d’époque, des coiffures négligées, peu apprêtées, des moustaches, des barbes, des lorgnons, des teints pâles. Quelques remarques sur les cils et sourcils, le rapprochement des yeux, le front, le menton.

Mettre des visages sur des noms, observer toutes ces personnes connues ou non, les rend familiers. Presque palpables, certains semblent contemporains tant l’attitude ou l’expression du visage, la coiffure, ont l’air actuels. Comme Alice, on plonge dans des mondes pas toujours merveilleux, bien sûr, mais on  déchiffre des codes. On approche un quotidien pas si lointain que ça.


 Musée des Archives Nationales, 60 rue des Francs Bourgeois - 75003 Paris

 

Ainsi à l’étage on aperçoit des fiches dans des commodes à tiroirs multiples. On imagine le poste le police, les bureaux du chemin de fer, les casernes de l’armée, les archives des lycées. Car ces militaires, employés des chemins de fer, instituteurs, professeurs des années 20 et 30, écrasent leurs profils et leurs moustaches, apposent des baisers glacés sur d’immenses vitrines. Cela donne le vertige. Des élèves dans des costumes d’un autre temps et leurs carnets de notes qui auraient pu être les nôtres. Réellement troublant. Des demandes de famille, de nomades ou ambulants, avec photos de groupe, pour quitter et traverser un pays, des visas pour des domestiques, on se représente des bateaux en partance, des trains, des gens qui voyagent. Ca grouille sous les vitres, on a le sentiment d’écouter le journal télévisé la veille des grands départs.

 Des juifs sous Vichy, des résistants, des prisonniers dans les camps, des formulaires de recherches de déportés disparus, des nazis, Hitler avant la célébrité, les panneaux consacrés à la guerre 40. Ces vitrines sont autant de griffes sur nos poitrines. Chaque remarque, chaque juif écrit en grosses lettres, chaque à surveiller, dangereux, est une lacération sur nos propres visages.


 Exposition aux Archives Nationales : Tous fichés Du 28 septembre au 27 décembre 2011 | aquarium | Scoop.it

 

Des artistes, Picasso, Pabst, Cocteau ce pédéraste notoire. Fichés aussi bien sûr. Comme les autres. Il n’est pas question de génie, ici, mais d’individus à ranger dans des cases.

 Dans le fond de la salle derrière l’un des tous premiers photomatons,  des photos d’algériens, marocains, tunisiens durant les années cinquante. Il y a là aussi des notes et des remarques, « imprévisible, dangereux, chef de bande ». Derrière tout cela, on devine qu’il s’agit de mater, de brider, pour les uns, autant que de conquérir liberté et indépendance à tout prix, pour les autres.

Ce « Tous fichés » dérange dans la mesure où, bien que répertoriés, nous nous croyons anonymes et noyés dans une foule indistincte et indifférente. Ce « Tous fichés » rassure car nous avons été, sommes et seront quelque part et pour toujours dans des archives. Nous laissons tous une trace. Et nous n'avons pas attendu internet pour ça.

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