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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:27

Pour les jeudis en poése de Tricôtine : Par la fenêtre.

 

 

 

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                                    Une femme à sa fenêtre

                                    Découvre l’amour peut-être

                                    Dessous un chapeau blanc

                                    Abrite un cœur tremblant

                                    Et celui qu’elle adore

                                    Poursuivi, pauvre sort

                                    Est la passion d’une vie

                                    Le bonheur, la folie.

                                    Qui sait rendre vivant

                                    Un rêve au bois dormant.

 

 

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est: chance.

 

 

 

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Ceci ne concerne pas l’économie du pays évidemment. Comme nous, les espagnols sont dans la panade. La crise économique n’a épargné personne. Bulle immobilière, chômage en hausse libre, endettement des ménages. Perte des marchés extérieurs, augmentation des importations, ça n’est pas vraiment folichon.

Comme chez nous la taille des familles diminue, le divorce est fréquent. Au moment de la croissance économique, soit avant  2005, de nombreux jeunes quittaient le système scolaire et entraient dans la vie active relativement tôt notamment dans le secteur de la construction. Aujourd’hui la plupart d’entre eux, non diplômés, se retrouvent au chômage et sans qualification. Et ceux qui ont un niveau supérieur élevé, acceptent des emplois sous qualifiés. D’où une réelle frustration. Les jeunes se sentent oubliés par le système.

 

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Les prestations sociales s’épuisent et certains plongent dans la marginalisation ou dans le repli familial : retour chez les parents. Et l’endettement fait des ravages, occasionne des saisies sur salaire, des délogements ou des disparitions sans laisser d’adresse.

 

 

 

 

 

Et pourtant, et pourtant…. L’espagnol est un homme heureux. 68% de la population trouve qu’il fait bon vivre dans ce pays. C’est que l’ibère a une botte secrète, un gri-gri, qui éloigne le mauvais sort et lui redonne le moral quoiqu’il arrive. Son pays détient un triple A. Le plus convoité, le plus jalousé d’entre tous et qui garantit une chance exceptionnelle:

sangriA, tapAs y BarçA.

 

Parce que s’il fallait que nous comptions sur la bière, les chips, le PSG, l’OL ou l’OM pour nous procurer du bonheur et des frissons… Nous ferions mieux de croiser nos doigts dans le dos… Sans y croire. 

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:00

Ca y est, elles ont commencé. Je m’étais préparée. Mentalement je veux dire. Cette année, ce serait un sac. Un vrai, un grand, de marque. J’ai prospecté sur internet. J’en ai d’abord sélectionné quelques-uns par le prix. Sur un site de vente d’accessoires de luxe par correspondance. Pas moins de huit cent euros, c’est vrai quoi, si je veux du luxe, faut ce qui faut.

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Ensuite la forme et la couleur. Droit, rectangulaire et rouge. Et grand, je l’ai déjà écrit. Pas n’importe quel cuir, pas de croûte, pas de daim. Du solide, souple qui se malaxe avec plaisir. A l’intérieur deux grands compartiments séparés par une poche à fermeture éclair. Et d’autres poches pour le smartphone et les clés. De grandes anses aussi, un beau sac se porte à l’épaule. D’ailleurs internet c’est limité, je devrais porter ce sac, observer mon allure dans un miroir.

J’irai aux Galeries pour commencer, dès le premier jour ? Dès le premier jour. Et à l’ouverture. Je prends sur mes congés, un mercredi ça risque de tiquer à cause des collègues qui ont des enfants. Mais il me semble que Lola veut bien échanger avec mon samedi. Yes ! J’ai besoin de la journée, parce que si je ne trouve pas, je ferai un tour au Printemps et au BHV. Je vais me limiter questions marques, deux grandes dont le nom débute par un L, rien d’autre. Bon, j’y vais... Je l’ai, c’est SUPER! Exactement ce que je cherchais, et mieux encore, neuf cents euros! Je le range tout de suite, pour ne pas le salir ou le griffer avec mes ongles. Dans le placard, à côté des cinq autres…

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 Tout compte fait, il n'est pas très pratique ce sac. Trop rouge, non? Trop grand. Trop... Je vais le donner ou le revendre. L’offrir à maman ? Et puis les soldes durent cinq semaines, j’ai le temps. Je crois que j’ai envie d’un manteau, long, cher. De marque.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 10:00

 

 

Le XIXème siècle fut celui des romantiques Hugo, Nerval et tant d’autres, des parnassiens Coppée, Banville, des voyants tels que Rimbaud. Balzac en fit une peinture minutieuse, Sand et Maupassant eurent des visions bucoliques, Zola des considérations ouvrières. La France était un Royaume, connut les fastes de l’Empire et se rebella en une fière République dans ses trente dernières années. L’esclavage fut aboli et le savoir divulgué au moyen des journaux. Les idées circulèrent dans les salons, les théâtres, les cafés. Les français voyageaient, les plus fortunés, bien sûr, les grandes familles, artistes, peintres, photographes. Le monde s’ouvrait enfin. Pour le bonheur de tous ceux qui, avides ou curieux, souhaitaient s’entretenir de l’évolution culturelle, économique et sociale du pays.

Parmi ces nantis, ces chanceux, bien nés ou parvenus, il était un personnage méconnu et attachant. Victor Cochinat est né en 1823 en Martinique.  Issu d’une famille de noirs affranchis, il fut avocat, puis journaliste au Figaro et au Petit Journal entre autres. C’était aussi un chroniqueur théâtral très connu et considéré.

 

 

 

 

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 Cochinat est un vrai noir et non un métis comme Dumas, dont il fut le secrétaire. Alors bien sûr, durant le second empire colonialiste, on raille sa toison épaisse et crépue et son nez épaté. Cela fait de lui un « vilain bonhomme » par le physique, on utilise sa propre expression lorsqu’il moque les parnassiens, ces vilains bonshommes. Eh oui, son esprit vif et son sens critique lui ont apporté la célébrité mais aussi de solides inimitiés.  Il s’imposa par sa gaîté, son dévouement, et un don particulier pour la causerie et le conte. Victor Cochinat sut attraper les manières de son temps et les consigner sur le papier, les rendre vivantes, amusantes ou grinçantes. Sa fraîcheur, son pétillant ont charmé un siècle fourmillant d’idées nouvelles.  Sa caricature par Gill fait la  première page de l’Eclipse du 10 mai 1868. Elle est blessante, avilissante et ne passerait pas aujourd’hui. Mais elle est une preuve de sa popularité, de sa notoriété au même titre que son portrait par Le Gray, exposé dans un musée danois.

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 De nos jours on parlerait de mode, de tendance, de vagues. On ferait des rubriques au journal de vingt heures, ou un film sur sa vie. Nul doute que Cochinat tiendrait un blog à son nom !

 

 Il apparaît dans les correspondances de Banville, Wagner, Paulus, Hugo ou Maupassant.  Il a écrit un livre sur le célèbre brigand Lacenaire, un autre sur les vertus du tabac. Il a vécu l’abolition de l’esclavage et donné son avis sur l’indépendance d’Haïti au risque de déplaire. Ami de Victor Schoelcher, il devint, grâce à lui, conservateur de la bibliothèque de Fort de France sur la fin de sa vie.   

 Différent mais reconnu par ses pairs, côtoyant l’élite, moqué mais considéré, Victor Cochinat est l’un des témoins  d’un siècle où foisonnaient les talents littéraires. Il meurt en 1886 en Martinique, soit un an après Hugo, cinq ans avant Rimbaud, sept ans avant Schoelcher. Peu avant que le siècle se termine et son faste avec lui.  

 

 

  

 

 

 

 

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:00

 

 

 

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Terminus Nord vingt heures, c’est l’heure de pointe. Un incessant ballet de placeurs, d’hôtesses et de serveurs encadre une foule impatiente. Affiche un sourire systématique, obligatoire, c’est du commerce.  Et tripote l’ordinateur car les tables se libèrent informatiquement. La clientèle est  aisée, costumée, étrangère souvent, âgée quelquefois. Epicurienne. Elle aime la France, enfin l’idée qu’elle s’en fait : fruits de mer et Chablis, viande rouge ou canard en confit et Bordeaux. Des serveurs zélés manient la poêle en salle, des flammes hautes s’élèvent et des cris de surprise. Des odeurs de grill chatouillent les narines. D’autres messieurs en tenue, essuient le bord des assiettes avant de servir des clients gourmets qui salivent, beurrent des tartines et aspirent des huîtres. S’essuient le coin des lèvres, avec distinction.

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Certains croient aux déclarations  et roucoulent en se tenant par la main. Font peu de cas du cliquetis des fourchettes, du tintement des verres, de l’effervescence  des discours et du martèlement des pas sur le carrelage.L’amour ça fait qu’on patauge dans la ouate n’importe où.

 


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Ici et là un homme ou une femme, esseulés, se délectent  en tutoyant la foule du regard. Dans la lumière ocre et vive, leurs yeux sont rieurs ou étonnés, jamais tristes. C’est comme lire un roman de gare. Ou visionner un  film. Et il est plus rigolo de se frotter aux gens, en vrai. De lire dans les yeux, de décrypter les gestes. La spontanéité, le mensonge, l’ennui sont gratuits à table. De même que le sel, le poivre ou le pain.

 

Tout compte fait, on n’est pas seul dans une brasserie. C’est un établissement qui porte bien son nom, on est tous brassés, remués, on fait partie d’un grand mouvement.On n'est pas là pour le cadre, la décoration années vingt, les affiches à la Toulouse Lautrec, les miroirs ouvragés. Ou si peu. On s’agite un soir pour couper la semaine et lui prouver qu’elle n’est pas forcément banale ou monotone. Ca fait des bulles, ça pétille, et puis on laisse reposer jusqu’au week-end. L’attente semble moins longue.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : carte.

 

 

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Je pense être à mon avantage, perchée comme ça sur les remparts. Je prends la pose, à angle droit, le corps horizontal, tête et cou à la verticale. Mon plumage accroche le soleil, ce beau gris ardoise est d’un chatoiement exquis. Quel toucher soyeux, quelle élégance ! Et mes plumes se devinent comme les muscles huilés d’un culturiste. Mon cou, un peu dans l’ombre, se détache avec beaucoup de grâce. Je le hausse fièrement.  Mes pattes sont fines et me soutiennent avec vaillance. Je brandis le bec comme un étendard. Il y a du panache dans mon allure, il y a de la Générale d’armée ! Je porte la redingote comme une caporale, que dis-je comme une Impératrice ! Voyez la finition de mon costume, cette majestueuse queue noire de mouette victorieuse. J’ai l’œil perçant du chef, l’air grave avant la bataille. Peuples ennemis, l’ombre d’une géante plane sur vous ! Du haut des remparts de Bonifacio,  je tourne le dos aux dangers. Il m’attendent, nombreux,  au-delà de l’immense étendue indigo couverte d’écume. Juste  avant mon envol,  je contemple mon île.

 

Regardez-moi bien, je suis une carte postale.

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 08:00

Défi N° 72

Vous écrivez une lettre d'amour délirante ou romantique, ou les

 deux à la fois, à votre boucher(e), votre boulanger(e), à votre curé (sans "e"), à votre facteur (trice), votre crémier(e), et que sais-je encore ....à qui vous voulez. Dans cette lettre (pas trop longue), vous introduisez 14 mots (dans l'ordre, de préférence ) d'une chanson que vous connaissez tous  :

" Ne me quitte pas " ; voici les mots : 

Oublier- s'enfuit- malentendus- coeur - couvrir- domaine -amour - mort - feu- blé- rouge -ombre- chien- quitte 

 

Ma chère Aurore,

J’ai promis de ne pas t’OUBLIER, je ne peux pas d’ailleurs.  Jamais ton souvenir ne S’ENFUIT, tes livres sont des repères pour moi dans ma vie, aujourd’hui. Tu as connu les MALENTENDUS, avec les hommes de ton siècle, qui n’admettaient pas que tu puisses être femme, libre, indépendante et pensante. Tu as ouvert ton CŒUR à des créateurs  illustres, entre 1833 et 1847, époque qui a dû COUVRIR ta période scandaleuse.  Des hommes que tu as conviés dans ton DOMAINE au nom de l’AMOUR que tu leur portais. Je parle de Musset et de Chopin bien sûr, je parle de Nohant, Ô Bonne Dame ! Je t’aime parce que tu as su porter, soutenir ces génies, leur donner des ailes.  

Tu as eu la douleur de les perdre tous les deux et leur MORT te fit souffrir et te consumer à petit FEU. A celle du  premier, tu écrivis un livre pamphlet sur votre relation difficile (Elle et lui). Et tu veillas le deuxième comme une mère, jusqu’à sa disparition. J’admire ta capacité à rebondir, j’admire ton dévouement.

 

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Certains de tes romans parlent d’âmes pures et de fêtes au milieu des champs de BLE. Pas seulement pour louanger la campagne et  critiquer la ville, mais pour exalter la nature, cette fée que nos écologistes tentent de préserver. J’ai adoré ton conte, « le Marteau ROUGE », que tu as inventé pour tes enfants. Un conte à lire aux nôtres inlassablement. Pour Dame Nature. Puisque j’aborde la vie familiale, je vois aussi planer l’OMBRE du petit CHIEN blanc Marquis qui avait élu domicile à Nohant et dont Chopin parle dans des lettres aux siens. Que tu aies été une amie des bêtes te rend encore plus chère à mon cœur.


Je vois la vie, l’amour, la douleur, la joie, tout ce qui fait nos existences et que tu as su raconter magnifiquement. Je te QUITTE pour le moment, à regret. Pour mieux te retrouver, plus tard, dans un fauteuil à la campagne, l’un de tes livres entre les mains.

Comme Hugo, je: pleure une morte, je salue une immortelle!

 

A bientôt, Aurore. Ou plutôt George Sand.

E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 16:42

 

 

C’est l’été sur les Calanques. Le soleil a fondu dans l’eau en gouttes bleues, huileuses, éblouissantes. Nous montons par des chemins escarpés encouragés par les pies et les cigales. C’est tout là-haut vous verrez !, crient-elles sur notre passage. Nous apercevons Notre Dame au loin, scintillante. Nous longeons de petites maisons étagées, cachées au milieu des pins et des oliviers. Un chien nous accompagne, il traîne la patte mais persiste et nous suit. Il halète bruyamment, nous couve de ses yeux jaunes. Nous nous arrêtons un instant, une courte halte le temps de nous désaltérer. D’ici nous observons les plongeurs. Ils glissent le long des canots et disparaissent  sans bruit  sous la surface limpide, au creux du vallon.

 On dirait  que les bateaux sont de longues dents accrochées à des gencives de tuile rose. Comme si l’ogre avait ouvert la bouche et qu’une sorte de vertige nous prenait soudain. Le désir de nous précipiter, de nous élancer au centre vers ce miroir « multibleu », d’en briser la quiétude. Quelque chose nous retient cependant. Quelque chose nous attend, patience. Nous poursuivons notre montée dans la fournaise, le nez au vent.

 

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Le vent. Un souffle chaud  vient de la mer et tente de stopper notre escalade. Nous fermons les yeux et nous laissons porter, perchés au bord du nid creusé dans les falaises. L’océan autour est immense et un ange  frotte ses ailes à nos cheveux. Nous sommes au paradis. Rien de plus fort à espérer, à souhaiter.  

Nous sortons les appareils photos.

 

 

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 14:11

 Le vent siffle dans les rues froides et silencieuses de janvier. Des nuages bas et opaques tapissent le ciel  comme le capiton d’une cellule d’isolement. Je m’attarde devant les vitrines pour absorber un peu de lumière. Dans une pharmacie, une vendeuse baille, accoudée au comptoir. Des cris, des rires fusent soudain, printaniers, incongrus. Un groupe de jeunes roumaines, traverse la rue en courant. Avec leurs longues tresses et leurs écharpes rouges, elles ressemblent à des coquelicots hissant la tête hors d’un bouquet. Un groupe d’employés en costume devant la banque, les observe, souriant mais inerte. Puis hausse les épaules. C’est un matin ordinaire, un peu fatigué et lent à la détente. Un matin qui n’a pas le moral.

 

Peu surprenants alors, ces sacs bleus et dorés, gonflés par le vent, déchirés. Ces branches courbées, desséchées, ces épines collées au sol. Des arbres couchés, inutiles, des rois du trottoir, tombés pour la fête.  Qui, il y a peu, en habit d’or et de lumière, fanfaronnaient dans les salons. Ils s’étalent comme des intrus, des sans domicile sous la tente. Ils barrent le passage et dérangent. Quelques- uns  résistent encore dans les halls des immeubles, décorés comme de vieux poilus. Bientôt, les camions  passeront pour mettre de l’ordre, rendre à la ville son éclat.  Lui redonner le sourire et la préparer au printemps. L’année commence toujours par un grand nettoyage.  

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 14:05

Ses yeux racontaient une histoire mais je ne savais pas lire. Avant  de raconter  « La petite fille aux allumettes » d’Andersen, aux enfants, je ne savais pas. Avant de m’apercevoir que dans leurs yeux à eux, des étincelles clignotaient  en même temps que la flamme de l’allumette dans le conte. Que ça s’en allait quand le feu s’éteignait et que la fillette se mettait à grelotter.

 

 

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 Alors j’ai compris le regard doux, penché, et les grands lacs mangeurs de visage. La lumière jaillissait  de lui, quand il était heureux. Elle s’étalait brusquement depuis le front jusque sous le menton. Sa voix était fluette, une voix malmenée par  une chimiothérapie dans l’enfance. Le cancer avait été un incident de parcours.  Ce n’était pas le souvenir de cette période qui obscurcissait ses traits et ses yeux régulièrement. Dans ces moments, c’était plutôt comme si la lune s’interposait entre la terre et le soleil. On avait très froid d’un coup. On apercevait l’extrémité calcinée d’une allumette dans sa pupille.  

Il aimait nos réunions, nos dîners, et s’asseyait sans un mot dans un fauteuil dès son arrivée quand nous l’invitions. Il ne participait pas aux conversations, n’aidait pas au service.  Il restait posé là, paisible, engourdi dans nos vies. En réalité  il prenait des forces, se nourrissait de nous, de nos liens intimes. Il se créait une famille. Il partait quand il avait fait le plein. Il irradiait.

J’ai su un jour qu’il avait eu un frère.  Qu’un fermier l’avait trouvé dans son champ, sous la roue du tracteur. Un suicide apparemment. J’ai su que nous étions sa famille.

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