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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 10:00

Ah cette manie qu’on a en province, de toujours vous demander d’où vous venez ! On vous épingle sitôt qu’on vous aborde. On vous répertorie,  on vous classe. Et le ton qu’on prend quand on sait que vous êtes de la capitale, tient de l’admiration parfois mais le plus souvent, de l’ironie ou de la condescendance. On a besoin de se rassurer, on est mieux dans son patelin qu’à Paris. On respire, on se parle, on prend le temps. Rien ne vaut la nature et le calme, rien ne vaut d’écouter passer les jours.

 

 A Paris, personne ne pose de question, peu importent les origines.  Tu existes puisque tu es là. Tu portes un costume, une djellaba ou un boubou, et tout le monde le voit bien. Tu affiches tes origines, tu revêts  « le dress » code social. Tu te fonds dans la masse comme une ombre. Et tu marches et tu cours. Personne ne t’arrêtes, ne t’entraves. Paris n’est pas New York où rien ne surprend. Si tu hurles, si tu gigotes,  si  tu chantes à tue-tête, quelqu’un se retournera, te regardera l’air surpris, puis poursuivra sa route. On ne va pas tout simplement t’ignorer, ne pas te voir. Mais si je réfléchis bien, à Paris on se fout un peu de toi, tu n’intéresses personne réellement. Les regards sont lisses, tu es un fantôme. A moins d’avoir su recréer, dans ton quartier, un coin de province, ou l’on papote, ou l’on échange, ou l’on se parle. Et que lorsque survient un étranger, tu saches dire : tu viens d’où toi ?

 

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Je parle de Paris, j'écris, mais j'écoute les infos aussi. Je ferais mieux d’évoquer les grandes villes toutes, et de l’indifférence qui les caractérise. Quand je pense qu’un homme est mort à Strasbourg, il y a trois ans dans une tour, et qu’aujourd’hui seulement, quelqu’un s’en est aperçu.

  

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 10:00








Selon le thème puisé dans l'atelier d'écriture de PSYCHOLOGIES.COM: écrire une lettre d'amour, réelle ou fictive, à son chéri sans la lettre M dans le texte.


Si notre passion n'est plus qu'un souvenir
Si de nos ébats s'est enfui le désir,
Si soudain que soit ton besoin de partir
T'éparpiller, respirer, t'étourdir
T'évader, t'envoler, loin de nous rebâtir,
Des illusions d'ailleurs épuiser les soupirs;
Tu sais au fond qu'un jour surgiront les regrets
De nos querelles absurdes, de nos jeunes années;
Ton coeur dans ta poitrine saura très fort cogner
Tu te surpasseras, tu viendras rechercher
Celle en qui résonnaient tes paroles d'éternité
Et qui, si la vie n'a pas tout balayé
Acceptera peut-être de te laisser creuser
Une place, une digue, un fossé,
Au tréfond de son être par toi disloqué.
   
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 14:15

 

 

 

 

 

 

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(Clin d'oeil à Capucine, sur la notion d'émotion et de plaisir.)

 

Agrandissant le trou dans le grillage, je pénétrai dans la propriété comme si c’était normal, comme si j’étais attendue. Sans complexe, je brisai les branches qui entravaient mon avancée. Je  coupai les orties hautes. Je marchais lentement, dérapant sur le sol moussu et la terre recouverte de buis séché. C’était l’automne, les tilleuls perdaient leurs feuilles. Les pins et le buis avaient un feuillage dense et verdoyant soumis aux caprices du vent dont le chant imitait les oiseaux. Je m’aventurai sous une voûte enténébrée de fougères géantes. Leurs feuillages mêlés et retombants ouvraient un passage. Au loin je repérai une clairière. Elle brillait d’une lumière aveuglante et chaude comme du miel bouillonnant dans un chaudron. Je forçai l’allure et trébuchai sur des pommes de pin et des cailloux, me cramponnai aux branchages. Mes gants usés étaient une piètre protection. Mes mains étaient glacées et écorchées. Ce long tunnel exacerbait les odeurs : fientes et crottes d’animaux, essence de pin, parfum douceâtre du tilleul. Au centre de la clairière, le tronc  d’un arbre abattu recouvert d’une nappe de lierre, figurait un autel. Le sol était jonché de ramures duveteuses et dorées. Le soleil pétillait de poussières comme le champagne de bulles. Je fis le vide dans ma tête. J’eus de nouveau la certitude de vivre.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 14:50

J’avais trouvé du thé vert  et des biscuits dans un placard et subitement, eu  le désir de déguster un thé à la menthe. Je voulais goûter, apprécier cette soirée, la savourer. J’avais déjà assisté au cérémonial du thé, tel qu’il se pratique dans le djebel aux environs de Chaouen au Maroc. Un plateau de cuivre sur une table basse, de petits verres alignés, des gâteau au miel et aux amandes, et en fond sonore, une musique andalouse diffusée par un orchestre «Djebli ». L’homme qui remplissait les verres, avait des mouvements lents de va et vient. Ses gestes avaient quelque chose de net, lumineux. Plus je le regardais, plus j’avais l’impression de le voir au travers de jumelles après une longue mise au point. Et je ressentais alors le bienfait, la grâce d’une minute hors du temps.

 

 

 

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J’avais coupé quelques feuilles de menthe dans le jardin, en retrait de la bordure prisée des chats. Ma lampe traçait des voûtes et des ogives dans la nuit. Elle matérialisait la poussière et les insectes qui me rappelaient toutes ces particules en suspension dans ma tête. Je rinçai les feuilles et les fis infuser dans de l’eau bouillante en ajoutant le thé. Je fermai les yeux tandis que le liquide brûlant descendait dans ma gorge comme un nectar. J’étais de nouveau là-bas.

 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 10:00

 

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : A l’envers.

 

Alors là, ça m’a fait bondir. Parce qu’un sujet aussi personnel, aussi intime, fallait oser. Me demander quel effet ça fait d’être associée à une culotte, et me le demander comme ça, de but en blanc, c’était risqué. J’ai donc cherché en moi, au plus profond, en quoi consistait ma douleur. Pourquoi ce bouleversement tellurique dès qu’on aborde la question du retournement. Ca ne vient pas d’une enfance dramatique ou d’horreurs vécues à l’adolescence et enfouies dans d’obscures régions de mon cerveau. Ca ne m’évoque pas non plus un conflit au travail ou en famille. Cela vient-il de vous mes aminautes ? Est-ce que j’ai un problème avec vos commentaires tous plus amicaux et encourageants les uns que les autres ? Quand même pas !

 

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Seulement voilà, à l’envers chez moi, ça déclenche une petite sonnette. Comme une décharge, j’ai un sursaut. Parce que mon nom d’épouse c’est DECO… et non DAGO… BERT. Eh oui, riez, je vois bien que vous avez compris. Quand je l’épelle, on me demande si c’est en un ou deux mots. Comme si j’avais une tête à particule ! Quand on l’écrit, parce que j’ai dit : comme ça se prononce,  ça donne DEGOBERT ou DAGOBERT le plus souvent.  

Nous y sommes, le bon roi pointe son nez. Et avec lui, les plaisanteries douteuses du genre : tu as fait attention en t’habillant ce matin ? Qu’as-tu fait du bon Saint Eloi ? Mais ce nom là je l’ai emprunté, je ne suis pas née avec, j’ai donc appris à réagir. Et le plus souvent quand on me questionne je réponds : je ne porte pas de culotte !

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 17:34

Ils étaient déjà dans la rame lorsque je suis entrée. Mes oreilles ont bourdonné aussitôt, j’étais comme assaillie, assourdie. Ambiance de boite de nuit, personne n’écoutait vraiment personne, tout le monde gesticulait, piaillait, piaffait. Et ça tournait, sautait, levait les bras en l’air. Des bonnets, virevoltant comme des parapluies aperçus depuis le toit d’un immeuble. Des taches de couleur balancées mais impossible de voir dessous au premier abord.  Les accompagnateurs, des instituteurs je suppose, accrochés à la rambarde, bavardaient entre eux. Comme si depuis le temps, ils avaient trouvé une méthode pour converser en toute quiétude, un moyen de placer un écran entre eux et la classe sans perdre le contrôle.


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Alors toi tu habites à Belleville ?

Oh oui, c’est un quartier vraiment super et on y mange pour trois fois rien. Je connais un vietnamien, je te donnerai l’adresse.

Ca ne m’étonne pas, tu dois payer le repas au prix de l’entrée dans mon quartier. Allez les enfants, préparez-vous, on descend, à la prochaine.

Oh tu dois avoir raison, les quartiers de Paris sont tellement disparates. Hervé, cesse d’essuyer la vitre avec tes gants.

Lilou, s’il te plaît, écarte-toi et laisse passer la dame. Pour le resto, c’est quand tu veux.

 

Je me suis tournée vers les enfants, examinant leurs petits visages furtifs aux yeux brillants. Ils se tortillaient comme des anguilles sous mon regard, trifouillant  dans leur nez avec leur doigt. Les filles jouaient de la queue de cheval comme des danseurs marocains de leur fez. Elles restaient groupées entre elles, elles avaient tant de choses importantes à dire, tant de mimiques de starlettes à adopter. Les garçons se dispersaient, collaient leur museau contre les vitres ou sous le journal des voyageurs.

Tout ce petit monde est descendu, s’est déversé d’un seul coup comme l’eau d’un torrent. Et le silence s’est abattu sur nous, les voyageurs, qui nous sommes regardés, hagards, un peu perdus. Comme des personnages de bande dessinée, tout juste ébauchés, et auxquels il manque les bulles et les couleurs.

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 08:00

images (15)Je te connais, et je sais que tu boudes. Tu ne supportes pas mon regard sur ton ventre rebondi, mais tu ne fais aucun effort, tu ne m’écoutes pas. Tu es tout boursoufflé et quand je te palpe, mon doigt s’enfonce dans ta peau, c’est tout  mou, tout flasque, rebondi mais flasque.

Je suis désolée, je ne suis pas là pour te faire plaisir et dire ce que tu as envie d’entendre. Tu as abusé, tu en payes les pots cassés.  Je t’avais prévenu, fais du sport,  arrête le sucre.  Attends ! Tu ne sais pas te contrôler, dès que quelque chose te fait plaisir, tu l’acquières. Et tu ne lésines pas, tu n’aimes que ce qui est beau, bon, appétissant. Le diagnostic a été posé : tu es diabétique. Alors je vais te mettre au régime sec. Plus de geste incontrôlé, tu vas tout compter, tout mesurer. Allez, secoue-toi ! Je te donne la main, je te guide, je te surveille. On ne va plus se quitter toi et moi, ta courbe de poids va descendre. Et sans recourir à Weight Watchers on line, je te le promets. Je t’aime bien sûr, mais je te préfère mince et svelte, tu es beaucoup plus attachant, plus intéressant comme ça. Je me sens valorisée, comblée, capable d’aller au bout du monde avec toi à la main.

 

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Aujourd’hui, tu es rempli de pièces jaunes ou cuivrées et sans valeur, tu es lourd. Si je te pèse, pourtant, si je compte toutes ces pièces comme des calories, je sais que ça ne vaut rien. Si je ne vais pas loin avec ce pécule, je pourrais toujours te délester du morceau de sucre planqué dans l’un de tes compartiments.

 Lorsque je t’ouvrirai, que tu seras plat mais débordant de billets, une porte s’ouvrira sur tous mes possibles. Tu seras magnifique, je te vénèrerai. Tu seras mon Dieu…J’en fais un peu trop? Mais qu’est-ce que c’est capricieux un porte-monnaie. Allez, va bouder au fond de mon sac, je ne veux plus te voir.



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Pour répondre au défi lancé par ENRIQUETA:

Qui n'a jamais aimé un objet démesurément (et pas seulement quand vous étiez enfant) ? Qui n'a jamais cru qu'une machine pouvait avoir une personnalité ? Qui n'a jamais personnifié un objet (en lui donnant un nom par exemple) ? Qui n'a jamais parlé à une machine ?

Choisissez un objet / une machine et racontez-nous sa vie humanisée et ses relations avec vous (ou avec un autre humain) qu'elles soient positives ou négatives.

Défi n°74 Pour les Croqueurs de mots : objets inanimés avez-vous une âme ?

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:24

A la manière de : bref ! Ceux d’entre vous qui ont Canal plus, regardent le Journal de Michel Denisot et sa séquence Culte : Bref ! me comprendront. Pour les autres : tout est dans le ton, et dans l’absurde.

 

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Bref ! Hier soir j’ai organisé une crêpes-partie.

J’avais acheté du lait, des œufs, de la farine.

On fait mini, pour l’apéro j’ai dit : tomates cerise, olives, trois cacahuètes.

Jojo a dit : moi j’aime ton cake au jambon.

Bref j’ai dit : pas cette fois, après t’auras plus faim pour le reste.

Ouais, a soupiré Jojo. Ca va pas être marrant ta soirée.

J’avais acheté du fromage, des champignons, de la charcuterie.

Sa copine avait déjà préparé vingt crêpes quand Jojo a dit :

T’aurais dû poser le fromage et des champignons et couler la pâte par-dessus, c’est meilleur.

La copine et moi on s’est regardés. Bref ! Je crois que j’ai un ticket avec cette fille.

La copine  a recommencé. Elle a failli se brûler, je lui ai fait un pansement, elle m’a inscrit son 06 sur le carton des œufs.

Jojo a râlé : t’as pas autre chose à mettre dans les crêpes et puis ça manque, ton cake au jambon.

Bref ! J’ai dit : t’as qu’à voir dans le frigo.

Sa copine et moi on s’est roulé une pelle.

Jojo est revenu avec du persil  de la pancetta, et de l’ananas.

L’ananas c’est pour tout à l’heure, quand on passera au sucré, j’ai dit.

Jojo a dit : là, j’ai envie de sucré.

Avec le persil, j’ai dit ?

 Ouais.

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Lulu a dit : Jojo franchement t’exagères !

A la copine il a dit : j’sais pas comment tu fais avec ce type.

Je l’ai regardée. On s’est regardés.

Jojo a dit : t’as pas du rhum ?

Dans la cuisine, je te dis !

Bref, j’ai glissé ma main dans la chemise de la copine.

Jojo est revenu avec la confiture, le sirop d’érable. Et le rhum.

T’as plein de trucs, il a dit, pourquoi tu les caches ?

J’allais pas lui avouer que c’était pour qu’il me laisse avec sa copine.

On s’est goinfré de crêpes, on a bu du cidre, Lulu et Jojo ont failli se taper dessus pour des bêtises, la copine a dit j’en ai marre, j’me tire.

Bref !  J’ai organisé une crêpes-partie et j’ai volé sa copine à Jojo mais dans l’ensemble, ça m’a soûlé !

Jojo a dit : la prochaine fois, tu nous fais ton cake au jambon.

 

 

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 10:00

 

 

 

Manet Rochefort Orsay

 

L'évasion de Rochefort (1880)

 

 

Casse-tête cette semaine chez Sherry: En transparence.

 

 

Si j’essayais de  me mettre à sa place, si moi, la béotienne, je prétendais deviner comment Manet a plaqué  la transparence des flots sur sa toile. Une toile vierge, une esquisse au départ, le choix minutieux de l’emplacement de la barque. L’œil doit être attiré par les personnages, leur petitesse dans l’océan immense. L’œil doit être hypnotisé par les vaguelettes claires, laiteuses, par leur clapotis, jusqu’au vertige, jusqu’au mal de mer.

 

Ensuite une couche de peinture bleue pour le fond,  très fine, on doit deviner le dessin au travers. Puis j’insisterais sur  les zones sombres, la ligne d’horizon à l’arrière-plan, le triangle de touches  bleues foncées à l’avant de la barque. J’appliquerais du blanc avec un tout petit pinceau, sur ce grand vide au premier plan, de la lumière, de l’éclat. Puis toutes les nuances de couleur, bleu cobalt, verts clairs et sombres pour le mouvement. Un peu de brun, d’ocre ou de rouge délayé tout là-haut, tout au fond. Des gris, des noirs pour  accentuer la brillance. Devrais-je tapoter la toile avec un gros pinceau derrière la barque et devant elle, pour simuler les embruns ?  Clair, foncé ? J’augmenterais les contrastes, créerais des silhouettes comme le bateau dans le fond, pour la symétrie, pour l’infini, la solitude.

Donner de la profondeur, du réalisme par le souci du détail, des vagues ourlées, tournoyantes. Je zoomerais sur un personnage dans la barque.  Je rendrais compte de sa  fragilité, de sa peur. Car l’océan est clair en surface, avec ses reflets changeants,  noir en profondeur, abyssal.

 

Pour achever de happer les regards, qu’ils se noient dans la transparence, et pour entretenir l’illusion, le trouble, je vérifierais l’harmonie des couleurs, les ombres, les lumières, les brillances, la texture fluide, impalpable, de l’eau. Et j’apposerais la touche finale, ma signature.

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:00

Il m’arrête alors que je sors de ma Twingo.   "C’est chouette hein comme voiture, on se gare n’importe où avec ça, dit-il. J’en ai une moi aussi, pas ce modèle, celui d’avant un peu plus rond qui lui donnait un air de gros bébé. Je vais partout avec ça, c’est que c’est cher maintenant les voitures, et vu le prix de l’essence..."

Il porte un blouson ouvert sur un gros pull marron à col roulé et un jean. Il a les cheveux gris et le sourire d’un homme à la quarantaine lisse. Il ne se complique pas la vie. Les rides sont dessinées pour lui donner de la profondeur, le rendre crédible.  De près, ça à ressemble du maquillage, elles ne sont pas creusées, tout juste à peine esquissées. Ses dents brillent comme des gouttes de lait. Je l'aperçois dans le quartier depuis un moment déjà. Je sais qu'il n’est pas marié, n’a pas d’enfant, exerce un job pépère. Il arbore une boucle à l’oreille gauche. Dans ce matin brumeux qui promet la pluie, un peu de brouillasse dans laquelle le soleil a délayé  un rayon pâle, il semble heureux, il a l’air jeune, insouciant. Je me demande quelle est sa vie,  a-t-il une compagne, un compagnon peut-être? Je me demande ce qui le motive, quels sont ses amis, ses loisirs, ses sorties.

Je m’interroge sur moi, cette curiosité malsaine qui voudrait que ça cache quelque chose, cette existence douce, sans aspérité, ce personnage dont rien dans l’allure ou le contexte familial n’accroche, ne dérange, ne montre une difficulté ou une souffrance. Je ne devine aucune faille. Pourtant il doit bien y en avoir une.

 

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Et je me dis qu’il ne camouffle rien, il relativise. Les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde. Lui est joyeux de nature. Campé devant moi et les jambes légèrement arquées, il me dépasse d’une tête. Il a le regard clair, son œil pétille comme s'il me faisait une farce. Ou allait disparaître dans la brume tel un lutin.

Il me quitte sur une pirouette : "je n’ai pas les moyens de changer de voiture, ou alors dans dix ans peut-être, je prendrai une voiture à pédales !" Son petit rire sec résonne à mes oreilles comme un grelot.

 

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