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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 10:00

Le casse- tête cette semaine chez Sherry est : bouton.

 

Sur un téléphone portable on le nomme touche. Il dépasse à peine, on l’effleure, on le caresse. Il peut être virtuel, on le balaye d’un doigt rapide. On parle de portable tactile. Il n’y a pas ce geste appuyé quand l’outil résiste et se dérobe. Un  téléphone portable grâce à ses touches, vous donne de l’allure, un maintien. C’est comme une cigarette en moins nocif, quoique…Ca vous pose et vous impose une légèreté avec quelque chose de vaguement érotique. Ce bouton-là vous définit.   A la manière dont vous le tripotez, frénétique, agacée, étonnée, on vous juge, on vous déshabille.

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Moi je suis une étonnée. Toujours surprise quand mon portable vibre ou sonne. Je le déteste et on le sait. On m’appelle rarement.  Alors au cinéma, je le laisse allumé, comme un défi.  Et au moment le plus palpitant, quand le héros déclare son amour, que les visages se confondent, les peaux, les salives, les larmes, les cheveux s’amalgament, se collent, s’emmêlent, que c’est beau, que ça remue les tripes et le cœur, voilà que cet idiot se met à sonner. Comme s’il n’y avait que dans ces moments-là, quand je suis indisponible, que l’on  daigne m’appeler. Comme si je faisais exprès de me rendre injoignable. Je ne fais pas exprès, je n’aime pas ça ! Alors je deviens frénétique et agacée et j’appuie sur la touche comme une forcenée, pour faire taire l’engin… Et encore, dans ce cas, ce n’est qu’un vulgaire bouton !

 

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:00

 

 Devant le 4 rue Chauveau Lagarde, je n’éprouve pas grand-chose, je n’ai pas la sensation de mettre mes pas dans ceux de ma mère. Est-ce dû au luxe trop présent, aux façades rose bonbon de Fauchon, aux rideaux rouges de chez Hédiard, au  site prestigieux de l’église de la Madeleine. Ces hommes en costume, ces femmes en tailleur, le ballet circulaire des voitures et les grands magasins à deux pas, me donnent le tournis. Alors  ma ferveur retombe devant l’entrée du 4.

 

 

 

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La porte repeinte en vert foncé est ouvragée et représente des paons qui se font face. Le couloir menant à la cour est couvert de décorations en plâtre.

La cour carrée est pavée, proprette. On a accroché des géraniums aux fenêtres. Tout là-haut, ce sont les chambres de bonne, ma mère occupait l’une d’elles. Je ne m’attarde pas, la gardienne armée d’un balai me demande si je cherche quelqu’un. Je réponds que j’effectue un pèlerinage,  que ma mère a habité là entre 56 et 58. Elle hausse les épaules, sourit et me laisse à ma rêverie.

Avant de sortir, je jette un coup d’œil à l’escalier que maman grimpait chaque jour jusqu’au sixième, essoufflée. Dans la rue, j’aperçois un panneau : Maison Henriette fondée en 1848. Ca me perturbe de voir ce que les yeux de ma mère ont vu, exactement.

 

Je m’installe dans un café, cent mètres plus loin. Le garçon dédaigneux qui me sert, se demande ce que je peux faire attablée et lisant de vieilles lettres. J’écoute la conversation de deux hommes portant Rolex et écharpe en cachemire. Ce sont des directeurs d’hôtel évoquant les exigences de leur clientèle. Des nantis qui réclament des chambres face à l’église. Je suis au chaud, un peu ankylosée  et ces gens sont futiles. Il est doux et facile de plonger dans tes lettres comme s’il me fallait ce décalage, ce décrochage entre hier et aujourd’hui, entre mon monde et celui-là pour m’extraire de ma peau  et entrer dans la tienne : tu avais trente- cinq ans en 1957.  Dans mes yeux, il y a ce brouillard humide. Et je détiens un trésor entre les mains, le témoignage d’une époque, les bases de ta relation avec mon père, la naissance de votre amour. J’en ai pour un moment, je crois.

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:00

 

C’est Betty que je vois. Avec sa grande bouche et ses dents écartées, ses seins aguicheurs et ses fesses comprimées dans un bleu de travail.  Elle se prélasse à Gruissan, sur la plage, laissant des traces de pas ennuyés sur le sable. Elle en a marre d’attendre Zorg ou de l’aider à repeindre des bengalows en rose et bleu pour des clopinettes. La vie ce n’est pas ça, un boulot idiot, du temps perdu et un patron qui se fiche de toi. La vie ce n’est pas se pavaner, le torse luisant dans un marcel et  un rouleau  à peinture à la main. Après des journées passées à se frotter l’un à l’autre, à se repaître de la peau de l’autre et de son odeur, à ne pouvoir décoller son corps du sien,  comme des poissons morts, comme des brins de paille entrelacés  par le vent et les embruns, on a besoin de respirer.  

 

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Taillons la route, une camionnette à vive allure, vers n’importe où, n’importe quoi, autre chose. Le sel de l’existence, une explosion des sens, un feu d’artifice. Le jour se lève, et le soleil joue entre les arbres, éblouissant. Un sentiment de liberté intense, la vie dans l’urgence, abandonner sa sandale en plastique dans le sable. Et s’en moquer, se défaire de ces attributs de l’enfance, de même qu'on ne joue plus avec une pelle et un seau. Entrer dans la lumière comme un insecte fou chanterait Patricia Kaas. Monopoliser la scène comme elle, les spots de l’avenir braqués sur soi.


Trente-sept degrés deux, le matin. Comment empêcher la fièvre de grimper et de s’installer,  jusqu’à la folie ?

 

 

Défi 77 chez Nounedeb: d'après photos:

 

 

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Poisson

 

 

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Feu d'artifice

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:00

L’exposition « Exhibitions, l’invention du sauvage »  se déroule en ce moment au Quai Branly, à Paris.  Des premiers amérindiens aux phénomènes de foire exhibés jusque dans les années trente à travers la France, la Belgique, la Grande Bretagne, l’Allemagne, les Etats Unis, l’Australie ou le Japon, elle dévoile toutes les facettes de l’exploitation de l’homme par l’homme.

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Au départ, les explorateurs présentaient leurs captures comme des trophées dans les cours européennes afin d’obtenir des crédits pour de futures expéditions.  Et puis les foires, les auberges amenèrent le profit. Des personnes hors du commun vont inspirer des tableaux, des portraits. On échange des êtres et des images, le sensationnel devient recherché. Ainsi la Vénus Hottentote, les indiens contemporains de Buffalo Bill, des siamois, des géants, des personnes difformes, des albinos ont « leur heure de gloire ». On expose les hommes comme des potiches, ils sont décérébrés. Puisque les objets sont du matériel que l’on peut acheter, vendre ou casser, ces êtres circulent de mains en mains. Ou bien on les dresse, ce sont des animaux. On les met en scène comme des lions en cage, à coup de fouet parfois. Les petits films muets en noir et blancs qui passent en boucle sont édifiants.

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Comment ne pas considérer, en toute bonne foi, que certains humains sont inférieurs puisqu’on s’arroge le droit, au nom d’une soi-disant civilisation, de les avilir ? Comment l’homme a-t-il pu se laisser manipuler par son semblable, issu de la même culture? Il y a des cultures et des valeurs, des modèles et des exemples chez tous les peuples. Un homme fier et droit est un homme qui  observe, respecte, et tolère. Il ne cherche pas à rabaisser ou à détruire car il ne saccage que lui-même.

 

L’exposition, judicieusement parrainée par Lilian Thuram, s’achève sur une pirouette : les exhibitions d’êtres humains  cessent avec l’apparition du cinéma et l’arrivée de Tarzan sur la toile….

 

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De tous temps l’homme a eu besoin de fables et d’histoires, de magie, de fantasmes et d’horreurs, d’amour et de sang. De guerre et de paix. De triomphes et d’asservissements. Il a inventé les mots suprématie et racisme.  Il ne lui reste qu’à les éliminer de son vocabulaire, car ils signent sa barbarie.

 

 

 

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : fil, ficelle, corde, etc…

 

Je n’ai retenu que «  fil », et puisque avril va bientôt rempiler, j’ai pensé au dicton, celui qui parle d’avril et d’un fil.

 

Je peux, sans me découvrir vous dire qu’avril est un mois chargé en anniversaires chez nous. Il paraît que ça s’analyse ces coïncidences  dans les familles, que ça a un sens. Pour faire court, il y a d’abord ma belle-sœur puis moi, mon mari, mon fils, et mon frère clôture en beauté, le premier mai. Alors nous passons nos semaines au téléphone, coups de fil et SMS, puis bises et cadeaux, champagne et gâteaux.

Je peux, sans me découvrir expliquer que j’aurai dû naître au mois de mai. Je suis une prématurée et je me suis bien rattrapée. Aujourd’hui je suis un…beau bébé comme on dit. 

 

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Ca n'est pas moi, j'ai trouvé cette corde à bébés sur internet et comme ça correspond pile poil au casse-tête...

 

 

Je peux expliquer qu’un jour, dans la salle d’attente du médecin, chez moi dans le 9,3, j’avais rencontré une étrange patiente. Née à Casablanca au Maroc comme moi, elle avait mon âge environ. Elle avait simplement dit : vous êtes née à la Clinique Mers Sultan et c’est le docteur Lesimple qui a accouché votre maman. Elle m’avait débité ça avec assurance, avec évidence. J’ai conservé le carnet de grossesse de ma mère comme une relique,  je n’avais pu que répondre oui, tout à fait. Pas difficile, avait-t-elle rétorqué, à l’époque à Casa, c’était le gynécologue des  françaises. Si je l’avais laissée continuer, elle m’aurait décrit ma venue au monde par le détail. Cette fois-là, quelqu’un m’avait découverte.

Je peux, sans me découvrir, expliquer qu’il existe un lien, un fil entre les personnes, un peu d’attention et on le remarque. Que ce soit en famille, entre amis ou aminautes, ou avec de parfaits étrangers, il y a toujours quelque chose à partager, des sensations, des situations communes. Et des conseils à retenir :

En avril, ne vous découvrez pas d’un fil ! Laissez-vous découvrir plutôt.

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:00

Le printemps arrive et nous souffle un petit air tiède dans le cou. Les soirées commencent après dix-neuf heures, bien que nous n’ayons pas encore changé d’heure. La nuit prend son temps pour s’installer, le ciel se couvre de moutons orangés juste avant, afin qu’elle puisse s’étirer à son aise. Mes chats roulent dans la poussière du balcon et rentrent tout enfarinés pour apporter à mes tapis un éclat unique et particulier. Dans le jardin d’en face, un cerisier se pare de dentelle blanche  comme pour aller à la noce et Totor le chien, tend sa balle aux enfants qui approchent du portail.

 

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Eh bien là tout de suite, j’ai envie d’une petite robe légère, pas très longue, juste au-dessus du genou. De tourner comme les enfants, pour la faire bouffer et que le soleil me picote les jambes. J’ai envie de chanter la «chanson des collines », de tendre les mains, les bras. Je suis Julie Andrews et je me raconte ma Mélodie du bonheur. Les oiseaux, le vent, les ruisseaux, les airs du passé formant une ronde, tout ça me met du rouge aux joues et de petites ailes dans le dos. Chaque année, en cette période, la nature a cet élan formidable, ce renouveau, et je suis au diapason. Un petit morceau de soleil, c’est comme un petit bout de sucre, ça rend la vie moins amère. Dans la foulée, j’entonne avec Mary Poppins, le refrain du petit bout de sucre.

 

 

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Tout ça pour dire que le printemps  me ramène à l’enfance, aux comédies musicales des années soixante, comme si une part de moi était bloquée à cette époque. Pour grandir, pour atteindre l’été, m’émerveiller aux couleurs de l’automne, et supporter l’hiver chaque année, il me faut repartir de là.

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 12:03

Arsène m’a demandé de parler de lui. Il y a bien longtemps que tu n’as rien dit sur moi, m’a-t-il reproché. Dans ses yeux verts il y avait l’éclat de la séduction car  Arsène est un séducteur, c’est inné, c’est en lui. Et son visage se plissait en une moue boudeuse, comme un enfant auquel on résiste.  Arsène c’est un pseudo bien sûr mais ça lui va aussi bien que son véritable prénom. Ce côté gouailleur, un peu frimeur, un peu Bébel, un peu Zorro.

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Arsène est notre livreur à la pharmacie. Il a ce rôle tout particulier qu’on aimerait voir jouer plus souvent dans le monde du travail, et pourquoi pas en politique. C’est un médiateur. Son métier c’est de livrer des médicaments, poser des boîtes à s’en démolir le dos, dire bonjour, ça va, se charger des cartons CYCLAMED, ces médicaments périmés qu’on envoie à la destruction.

 

Il est aussi à l’écoute. Il a des yeux et des oreilles et il s’en sert. Il nous dorlote. Pace qu’il nous arrive de râler : les téléphonistes ne nous rappellent pas,  le commercial ne passe plus nous voir,  les opératrices se trompent quand elles remplissent les caisses, sur les produits ou sur la quantité livrée. Ce sont de petites misères professionnelles et nous avons toujours quelque chose à redire. Nous menaçons parfois de changer de répartiteur mais ça reste des paroles en l’air. Alors Arsène fait remonter les informations. Il n’a pas que nous sur sa tournée. Partout il observe, il remarque, il note. Et il exprime  les mécontentements. Il amorce le dialogue, facilite les contacts, crée le lien.

 

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Si les choses se passaient un peu plus souvent comme cela, un peu partout, on éviterait bien des frictions. On peut me rétorquer que dans les entreprises il y a des syndicats, et dans les écoles des délégués des élèves pour ne citer que ces domaines. Mais j’aime l’idée d’un  regard extérieur et non impliqué directement, une sorte de Zorro qui signe d’un Z de la pointe de son épée. Car les conflits, c’est bien connu, ne sont pleinement analysés que de l’extérieur.

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 10:00

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : Femmes

 

Guillaume a choisi. Sa vie est en Tchéquie. Pour les yeux bleus et la longue natte balayant les reins d’une belle  fille de l’est. Ils se sont connus à Paris dans le cadre du programme Erasmus. Lui venait de Picardie, elle de Prague. C’est en partageant le gîte et le couvert  qu’ils se sont découverts. Un peu comme dans l’Auberge Espagnole, avec des fous rires, des pleurs, et des soirées passées à refaire le monde. Guillaume a obtenu son diplôme, un master en musicologie, la musique est son autre passion. Les chœurs dans les églises, les cours dans les collèges. Les premiers ne nourrissent pas son homme, les deuxièmes vous font détester les ados boutonneux. De toute manière Guillaume a raté le CAPES… Mais Guillaume est heureux.

 

Ela a fait de belles études commerciales mais elle n’est pas française et avec Guillaume, ils ne veulent pas se marier. Alors tous les postes intéressants lui passent sous le nez. Mais Guillaume est heureux avec Ela.

 

 

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Alors puisque les perspectives en France étaient réduites, Guillaume a suivi sa belle en Tchéquie. Ils ne mangent pas toujours à leur faim, beaucoup de légumes, peu de viande. Prague est une belle ville et Guillaume y a trouvé un travail chez Air France. Il parle français toute la journée et son tchèque reste approximatif. Il n’a pas de couverture sociale, ne cotise pas pour sa vieillesse mais il est merveilleusement heureux.

 

Avec Ela ils ont acheté un appartement.  Ela a un bon job, elle progresse dans sa boîte, son salaire aussi. Guillaume lui, stagne un peu. Il a monté une chorale dans son quartier, c’est sa bouffée d’air et son orgueil.  Et le bonheur n’a pas de prix. Le jeune couple ne compte pas revenir en France, d’ailleurs quand Guillaume  nous rend visite, c’est toujours rapide, en passant. En France, il est perdu.

 

 

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Prague: la vieille ville.

 

 

Je ne sais pas si l’amour  d’une femme mérite ce renoncement, si c'est un renoncement, je ne sais pas si Guillaume regrettera un jour. Lui ne se pose aucune question. Je ne juge pas, je m’interroge. Je suis un peu jalouse aussi. Je connais peu d’hommes qui mettent leur carrière, leur avenir entre parenthèses ; qui se contentent de vivre au jour le jour. A qui aimer une femme suffit. 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 10:00

On nous les présente comme des héroïnes et des victimes de l’actualité politique ou climatique. Elles sont jeunes, belles, et paraissent démunies. Comme pour dire, la vie nous a placées là, elle nous a figées pour la postérité. Elles sont saisies dans l’instant, en un sursaut, dans l’émotion. Comme les amoureux de Doisneau. Sauf que…

 

 

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Elles fouillent nos consciences, pas leurs prunelles réciproquement. Les joues sont pâles, les lèvres serrées, le regard fixe, hanté. Et le voile ou le drap qui les couvre signe la fragilité et la dignité tout à la fois. Elles intimident la caméra et la toisent, je les entends crier. Elles ne réclament ni la pitié, ni la charité. Elles témoignent simplement. Dans leurs yeux, grands ouverts ou cachés à moitié par une frange, il y a un éclat, une flamme, de la vie.  C’est cette nécessité de revanche sur les événements qui les porte. Ces événements se lisent sur les photos, le voile rouge de l’afghane aux couleurs d’un peuple qui saigne, l’enchevêtrement de bois et de carrosserie autour de la japonaise marquant le chaos d’un pays éventré. Ces photos font et continuent de faire le tour du monde. Ce qu’elles véhiculent devrait nous booster, chaque jour, dans nos vies modestes et sans histoire. Sans autres histoires que nos petites misères. Je n’aborde pas les problèmes de santé contre lesquels nous ne pouvons rien. Dans ce domaine, je m’en tiens à la citation de Chamfort : « Mon Dieu, épargnez-moi les douleurs physiques, les douleurs morales, je m’en charge ».

 

 

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Ces jeunes femmes ont une force incroyable, elles sont droites, résolues. Elles symbolisent  un univers à reconstruire sur des ruines. Elles nous insufflent l’allant, le courage. Une sorte d’énergie qui vaut bien des vitamines.

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:00

Le défi de Lilou consiste en l'écriture d'un texte comportant une ou plusieurs expressions courantes de la langue française. J'ai pour cela remanié un extrait de l'un de mes petits romans.

 

 

 

Lorsque Mylène arriva, j’avais résolu de fouiller le grenier de Philippe, d’en remuer la poussière, d’en frotter la crasse.

Mylène souleva mon bras et se carra contre ma veste de jogging. Elle ferma les yeux, confiante, recueillie, joignit ses doigts aux miens : « Que c’est bon de t’aimer, tout chaud, tout doux ! »

Elle sentait le métal et la colle, ses cheveux avaient de particules de plastique multicolores. Elle avait au coin des lèvres des miettes du goûter qu’elle avait englouti en sortant de l’usine, pressée de me rejoindre : « Allons-y dis-je, par où monte-t-on au grenier ?

- Pourquoi, tu veux changer d’endroit, faire l’amour dans les combles, tu veux des sensations, un goût de moisi, des champignons? »

Elle me donna une petite tape sur le haut du crâne et s’ébroua, me scruta, bouche bée, les lèvres sèches et  l’œil embué : « Mais c’est qu’il ne plaisante pas. Viens, c’est juste à côté de la cave, l’autre porte. Attention l’escalier est raide ! »

Les marches en bois vermoulu étaient étroites, avec des toiles d’araignées tout du long. L’odeur de plâtre et de poussière était si forte que notre premier geste fut de nous pincer le nez. Nous pouvions tenir debout sans problème et le grenier était coupé en deux par un mur en torchis percé d’une ouverture. La lumière entrait par des vasistas dans la toiture ; des solives en bois, fuligineuses, soutenaient les tuiles. Au dehors, les feuillages zigzaguaient au vent. Leurs ombres  fauchaient les murs et le sol à l’intérieur, comme  des lasers de boîte de nuit. Mylène s’élança sur la piste, gracile, écarta une vieille table à repasser, une poussette à la capote déchirée, un radiateur mangé par la rouille et déséquilibré sur trois roues. Elle manqua de s’étaler sur une tache de graisse provenant d’un flacon de cire à bois, ouvert et dégouttant sur le plancher, retint un cri d’effroi devant une tête de mort en plastique fichée au bout d’une tige. Elle s’énerva, un lit à barreaux lui agrippait le pull, s’esclaffa à la vue d’un pot à urine émaillé, pirouetta avec dans chaque main, un numéro de Science et Avenir en lambeaux. Je la rattrapai d’un bond, qu’elle arrête de se trémousser, allumeuse, lascive, charnelle, comme SORTIE DE LA CUISSE DE JUPITER.

 

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J’étais à cran, ce n’était pas le moment. Je la maintins fermement par le coude : « Arrête ton manège !

- Tu n’en peux plus pauvre chéri. »

J’esquivai son regard et la relâchai : « Ca n’a rien à voir. »

Elle s’immobilisa, plaça une main dans son dos et l’autre à plat sur sa bouche. Elle fronça les sourcils puis en silence, souleva des bottes en caoutchouc couvertes de vert-de-gris, un tabouret en osier dont le siège était éventré, une bouteille italienne au long col à torsades, un petit ciré d’enfant lacéré. Portant au-dessus de sa tête une Pieta en albâtre, elle me questionna sèchement : « Qu’est-ce que tu veux à la fin, et n’essaies pas DE NOYER LE POISSON ? Est-ce que tu cherches quelque chose seulement ? Tu restes là sans bouger! »

Elle ne me regardait pas, elle avait les yeux fixés sur une toile d’araignée qui ondulait comme une méduse. De l’air froid passait au travers des planches et la nuit s’abattit soudain, braquant la lune sur un buffet en noyer, verni d’usure et aux portes arrachées. On devinait de grands verres à cognac collés dans la poussière d’une étagère.

« Je veux comprendre cette maison,  pourquoi Philippe m’a-t-il amené ici ?

- Mais il n’y a rien à comprendre. Et moi je DONNE MA LANGUE AU CHAT ! C’est le coin idéal pour reprendre des forces, c’est tout.

 

Elle s’approcha de moi, faufila ses doigts glacés sous ma veste, me caressa le ventre, le torse et m’embrassa à peine bouche. Elle me relâcha : « Puisque qu’il n’y a que ça, le sexe comme une  vengeance, je veux ma part, et descendons, car moi je préfère un lit douillet, chacun ses goûts. »

Je la suivis, automate, décérébré, obéissant. Je me laissai faire. Je m’obligeais à la défaite, je me rendais, me soumettais comme pour mieux savourer la victoire. L’amour était une guerre sans vainqueur, autant  DONNER DES COUPS D’EPEE DANS L’EAU. J’en faisais le constat chaque fois.

 

Aujourd’hui je peux analyser. J’étais un imbécile, mal aimé de ses parents, mal aimant, un stéréotype banal. UN OURS MAL LECHE dit-on. Je tombais les filles, ce menu fretin, comme le fonctionnaire Argot de Tchekhov écrasait les cafards. Pour me venger d’une humiliation. Décidément, je ne retenais pas le bonheur quand il se présentait, je le gaspillais. On ne pouvait pas s’attacher à moi. On perdait son temps. On ne pouvait que CASSER DU SUCRE SUR MON DOS.

 

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