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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 10:00

Arrivés tous deux à la cinquantaine, bien calés au creux du lit froid, ils écoutent les années. Elles murmurent, c’est un chuintement au creux de l’estomac. C’est la respiration de l’un calquée sur le ronflement  de l’autre. Le bras passé le long du flanc, les corps imbriqués. Le sommeil tranquille, les sursauts rares, les rêves insouciants comme l’enfance. Dehors la pluie chantonne et forme un rideau de fils protecteurs, préserve un écrin, entretient la chaleur d’un foyer vibrant, vivant.

 

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Les bras s’écartent, on ne peut conserver une même posture toute la nuit. Chacun repousse l’autre un peu, se tourne, s’étire ou roule sur  soi, recroquevillé. Les rêves s’évadent, vagabondage, libertinage. En songe tout est permis. C’est une liberté qu’on prend, à peine une trahison. Tout juste une récréation, pour se retrouver seul, à la merci de ses fantasmes. De ces chimères qui soufflent les cœurs comme des ballons que l’aube ramènera à une taille confortable. On recommence sa jeunesse, on  réinvente l’ardeur  et l’ivresse des passions, comme si tout était encore possible.

 Un frisson, un tremblement. L’autre se rapproche, remonte la couverture, recherche la chaleur, a besoin de l’odeur. Au mitan de la vie, les habitudes soudent,  les certitudes gainent, l’autre est  un édredon. Plus d’aspérités, peu de conflits. Et si le temps n’a pas trop décalcifié les os, enveloppé les muscles, enflammé les hormones,  raidi les sentiments, qu’il est bon d’aborder cet âge à deux.

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 10:00

 

 

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Marnie déclara qu’elle le ferait elle-même. Lassée de quémander comme une indigente et d’entendre le son de sa voix revenir à elle tel un écho choquant les murs de l’appartement. Elle enfila son manteau et noua son écharpe serrée sur sa gorge. Le printemps était sournois, il offrait de grandes bolées d’air humide et froid auréolées d’or jaune. Marnie enfouit ses mains dans les poches de son manteau emmenant avec elle un peu de la chaleur trompeuse de la maison.  Elle ferait front, ne serait pas surprise.

Dehors à l’ombre, elle frissonna. Mme Dussault marchait devant elle, du pas tranquille de qui a la journée devant soi. Drapée dans un long poncho marron de laine épaisse, elle portait le petit vélo vert et jaune de Toby. Elle venait de déposer l’enfant chez sa nourrice, ses bottes à pompom dansaient et rythmaient sa marche. Marnie imagina Toby tenant son biberon dans sa menotte, et caressant son doudou de sa main libre, les yeux mi-clos. Toby rêvait d’un ours en peluche et d’un petit camion. Dépêche-toi, finis ta brioche, rouspétait  sa mère. Et Toby répondait : c’est pas une brioche, c’est une galette.

Mme Dussault ôta ses gants rouges, délicatement comme une dame de la haute société, venue rendre visite à l’heure du thé. Elle prit les clés dans sa poche et ouvrit le portail bleu de la villa. Marnie pensa qu’elle soupirait derrière, le dos contre le métal froid, puis elle entendit crisser le gravier. Un petit bruit strident et bref comme le pépiement des oiseaux.

Marnie regarda l’heure à sa montre, neuf heures dix. Elle avait tout son temps. Elle traversa le boulevard et aperçut Mr Gilles debout les bras croisés devant le garage. Depuis le cancer de sa femme, il sortait peu. Ou alors il tournait la tête pour ne voir personne, pour ne renseigner personne. Et qu’on arrête de le dévisager, cette pitié de façade, ces visages contrits, tout desséchés. Les gens ressemblaient à des pruneaux, secs et sucrés. Trop sucrés. Aujourd’hui Mr Gilles a le nez frétillant comme pour humer le printemps. Marnie se dit que Mme Gilles allait mieux et se fendit d’un : fait frais ce matin. Sa voix était  rude, gaillarde. Oh oui, répondit l’homme en faisant mine de se caresser les bras.

Jeannette avançait sur le trottoir, le portable collé à l’oreille. Elle hurlait à tue-tête, comme pour stopper les nuages qui osaient marbrer le bleu du ciel. Elle racontait que Jean Paul rentrait du travail à dix-neuf heures trente et se mettait devant l’ordinateur, sitôt le repas terminé. On n’a plus de vie disait-elle. Elle portait un legging noir,  ses petites fesses rondes se dandinaient. Elle marchait à l’ombre mais  l’espace derrière elle était comme surchauffé par la colère. Marnie sourit.

 Neuf heures trente. Marnie rejoignit Joël qui prendrait le métro avec elle, certainement. Il portait une saharienne et un grand sac à dos et tenait un sac de sport à la main. Il allait vers la gare du Nord. Dans son sac, il y avait son costume, ses chaussures, sa cravate. Il disait souvent : je vais faire le pingouin dans des salles de conférences glacées comme la banquise. Marnie et lui se plaisaient bien. Cela se voyait dans leur sourire tremblé et les petites manières de leurs yeux qui se tournaient autour sans s’accrocher.  Mais ils étaient mariés. Ils avançaient dans l’allée au milieu des villas, un chat miaula sur leur passage. Leurs mains se frôlaient. Cette sensation de chaud, de froid, cette marche silencieuse dans un soleil capricieux, jouant à cache-cache avec les corps, avec les cœurs.

Dans l’allée piétonne, au tournant,  les cerisiers fleuris formaient une haie triomphante nimbée de rayons lumineux en forme de guirlandes. Le ciel clignotait et il y avait dans l’air un crépitement joyeux comme une fanfare. Quelques pigeons roucoulaient et s’éparpillaient au sol ainsi que de gros confettis. C’est le plus beau moment de ma vie se dit Marnie, un instant de grâce. Un voile passa devant ses yeux.

Elle s’engouffra dans le métro, fit une bise à Joël. La porte du wagon faillit se refermer sur elle. En face une jeune fille dormait, elle ouvrit les yeux, se pinça les lèvres. Neuf heures quarante -cinq. Marnie commença son livre par les pages de la fin, un recueil de nouvelles, ça se lit dans n’importe quel sens. Elle descendrait au terminus, elle pouvait se permettre d’ignorer les autres.

 

 

 

 

 

 

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:00

 

Défi 78 chez Mémette : transposer un héros de conte à notre époque et lui faire vivre des aventures.

 

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Il était une fois un Chat avec de larges bottes et un grand chapeau rouge à plumes, qui allait au marché des Lilas, non loin de la place de la mairie. C’était un beau matin d’avril et les cerisiers déployaient leur panache rose et blanc sur son passage, en guise révérence. Le Chat n’en avait cure, il sifflotait en écoutant  la musique que lui envoyait son casque SONY dans les oreilles. Ce soir-là il recevait Cendrillon et la Belle au Bois Dormant. Il avait pris la précaution d’inviter les deux, car avec l’une qui pouvait refuser de venir, au dernier moment, parce qu’elle ne trouvait pas sa pantoufle,  et l’autre qui passait son temps sur internet au point de s’endormir devant  l’ordinateur, il risquait de rester en carafe.

Chez Ali Baba, il acheta des fraises. Sept euros les deux kilos, dit Ali. Le Chat arracha discrètement une plume de son chapeau et murmura : Sésame, ouvre-toi ! Une jolie bourse apparut, et le Chat paya tranquillement sous l’œil ébahi des passants et des militants de l’Ours Baloo, qui distribuaient les tracts de leur candidat aux prochaines élections. Le chat acheta également, un rôti de dinde, de petites pommes de terre à faire sauter et une salade. Chaque fois, il paya avec une plume. Ce qui impressionna les militants de Bagheera, la panthère rusée qui ne cèdera pas facilement sa place. Sur le -seuil de sa boucherie Halal, le grand Vizir Iznogoud partit d’un large éclat de rire :

 - Dis donc mon ami, tu as pris la place du marquis de Carabas, tu joues les grands seigneurs !

- Tais-toi, je fais semblant. En réalité je viens de participer à l’émission « questions pour un champion » et j’ai gagné.

Sur le chemin du retour, alors qu’il s’apprêtait à enfourcher un Vélib’ le Chat fut tiré en arrière, jeté à terre et assommé. Il eut à peine le temps de voir son voleur, il se demandait s’ils n’étaient pas quarante. Le petit Poucet qui passait par là l’aperçut  et l’aida à se relever. Il dit :

 - Pourquoi ne te sers-tu pas de tes bottes pour le rattraper, je te prête mon petit GPS blanc, on t’a volé ton chapeau, il avait une balise, non ?

 - Tu as raison frère,         je te remercie, je suppose qu’on m’a suivi depuis le marché, ça m’apprendra à fanfaronner.

 - Pas de quoi. Passe le bonjour au Petit Chaperon rouge et à sa Mère Grand quand tu les verras, dis-leur  que les galettes bio sont délicieuses, j’ai recommandé leur blog  à l’ogre et au loup qui en sont fous !

- Je n’y manquerai pas.

Et le Chat piqua un sprint à l’aide ses bottes  Adidas. En chemin il croisa  Alice qui le salua en riant et  lui demanda pourquoi il courait comme un lapin. Il ne répondit pas car la Reine de cœur qui suivait Alice ordonna à ses gardes  de lui couper la tête. Lesquels partirent en chasse aussitôt, faisant pétarader leurs motos. Plus loin et toujours poursuivi, le Chat aperçut  Peau d’Ane à travers une vitre. Elle glissait un anneau dans un gâteau avant de l’enfourner dans son four multifonctions. Il la pria de le cacher, ce qu’elle fit prestement en lançant sa peau par la fenêtre. Les poursuivants passèrent devant lui, en trombe. Le Chat commençait à se demander s’il arriverait à temps chez lui pour ses invitées, et dans quel état.

 

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- Comment aurait réagi Riquet à la Houppe, réfléchit intelligemment, suggéra Peau d’Ane. Envoie- leur un mail à chacune, et dis-leur de venir chez moi ! On fera un bon repas avec ce qu’il y a dans ton panier et mon gâteau. J’ai invité le Prince qui sera en retard. Il doit délivrer l’épouse de Barbe Bleue me semble-t-il. Une histoire d’ADN dans une goutte de sang prélevée sur la clé d’un cagibi…  Ca ne fait rien. Et puis avec son équipe d’experts, il retrouvera ton voleur et ton chapeau vite fait. Les hommes de la Reine ? C’est bientôt le Bol D’Or au Mans, ça les distraira.

C’est ainsi que notre Chat  et Peau d’Ane organisèrent un dîner presque parfait pour leurs amis qui leur attribuèrent  la note 8 pour la présentation et pour le repas. Ils accueillirent aussi à leur table un mendiant famélique qui regrettait la fermeture des restos du cœur. Et sitôt que chaque convive ouvrit la bouche, il en sortit des roses et un diamant.

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 10:00

 

 

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La mairie du XIXème à Paris est le principal attrait  de la place Armand Carrel, avec le Parc des Buttes Chaumont juste en face.  Très pratique pour les photos, lors les mariages. C’est la frontière entre le côté bobo des Buttes et le look  populaire de la Villette. Ce fut mon quartier pendant plus de vingt ans avant que je ne m’interroge sur Armand Carrel. Qui était-il ?

 

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Armand Carrel naît en 1800 à Rouen. Sorti de Saint Cyr, il intègre l’armée et veut renverser les bourbons en 1822, souhaite rétablir une République. Il combat même aux côtés des espagnols en 1823 dans la guerre avec l’Espagne. Il apparaît comme le défenseur d’idées nouvelles. Les Etats Unis l’inspireront beaucoup, Washington notamment.

 

L’historien Augustin Thierry lui apprend le style. Et tout naturellement il s’oriente vers le journalisme. Publie des articles dans le Globe, La Revue Française, le constitutionnel.

En 1830, il fonde avec Thiers et Mignet « le National », journal républicain. Il combat le régime de Charles X, revendique la liberté de la presse. Il soutient  la Révolution de 1830  mais la monarchie de Juillet qui s’installe ne lui accorde aucun rôle politique. De même, Louis Philippe s’oppose au divorce et Carrel ne peut épouser la femme mariée avec laquelle il vit. Alors il poursuit son combat.

 

Chacun lui reconnaît une figure de républicain convenable, présentable, faisant sortir son parti de l’ornière anti propriétaires, nobles ou prêtres. C’est un orateur ayant de la prestance, une sorte de Mélanchon des temps anciens. Je m’égare… Il s’attire de nombreux procès et séjourne même en prison (1834-1835).

Le 1 janvier 1836, Emile de Girardin fonde «La Presse », journal dont le prix devient imbattable  grâce à l’insertion d’encarts publicitaires. De Girardin menace de dévoiler sa vie dissolue lorsque Carrel crie à la concurrence déloyale. Ce dernier  perd la vie le 24 juillet 1836, à trente-six ans au cours du duel qui en découle, entre les deux hommes. A ses obsèques se côtoient des royalistes comme Chateaubriand et des figures de l’opposition comme Arago et Dumas.

 

Il illustre parfaitement la notion du Dandy  sous sa facette intellectuelle, telle que l’évoque Alfred Nettement en 1844. Celui-ci parlant alors d’Eugène Sue, écrit :

«  Il remplace Benjamin Constant, ….. Mr Thiers, Mr Mignet, CARREL. Il aborde tous les sujets,  la question d’Orient, la question d’Espagne, les frontières du Rhin. Il se développe dans sa gloire et dans sa majesté, il dit tout ce qu’il veut, fait tout ce qui lui plaît, ne reconnaît ni barrière ni obstacle. Il arrange comme il entend la morale, l’histoire, la société, l’administration, la politique. Il est roi, il est prêtre, il est Dieu ».

 

Sources : Wikipédia ; La vie élégante d’Anne Martin- Fugier,  Ed Fayard.

 

 

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:00

En janvier, il y avait une exposition Boris Vian à la BNF. Je ne sais pas pourquoi j’en parle seulement aujourd’hui. Ou plutôt si : Vian est de la génération de mes parents et me plonger dans sa jeunesse, les années 45 à 59, c’est un peu marcher à côté d’eux. Comme si le temps, les heures, avaient fondu. C’est cette histoire de pendule qui me perturbe. En fermant les yeux, j’ai le sentiment d’entendre la voix douce et grave de Juliette Gréco ou  le rire franc, explosif d’Henri Salvador, me racontant leur ami.

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Je n’aime pas raconter les expositions mais l’effet qu’elles produisent sur moi. Eh bien, je suis tombée amoureuse. Complètement sous le charme d’un homme dont j’ai admiré l’élégance, le charme, la fragilité obligée d’un corps qui se refuse. Un homme grand, beau, à  œil visionnaire et inquisiteur, au nez long, fin. Un banlieusard de Ville d'Avray  portant costume et imperméable. Un parisien des beaux quartiers, qui ne connut pas la guerre. Il fréquentait les boites de jazz,  et célébrait la vie qui s’écoule, insaisissable. Les photos, les films  le montrent évoluant au milieu d’une jeunesse dorée, dans une bulle. Pourtant  qui mieux que lui, dont les jours étaient comptés, savait ce que le temps, les heures, les mots confiés au papier, pour la dernière fois peut-être, voulaient dire.

 

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Il était joueur de jazz mais n’avait pas assez de coffre, écrivain mais n’était  pas assez conventionnel, il avait à vivre vite, tout essayer, tout explorer : le théâtre, la chanson, la traduction de polars américains. Et le parcours tracé tout au long de l’exposition était un long tourbillon  au rythme de ses idées, de son bouillonnement, de ses conquêtes aussi. Il avait le sens de la formule ; « Un homme digne ce nom ne fuit pas, la fuite c’est pour les robinets » « Le travail de construction du désert commence par une  destruction ».

 

 A la sortie, un vieux monsieur m’ a abordé, disert, ému.  A salué les compagnons de route de Vian, Serge Gainsbourg, Gérard Philippe qu’il avait vu sur scène au théâtre, m’a parlé de Mouloudji, du groupe Octobre qu’il accompagnait. S’en est allé, m'a souhaité une bonne journée. Puis est revenu sur ses pas, a glissé une anecdote sur Vadim qu’il n’appréciait pas particulièrement, sur Jeanne Moreau qui échange quelques répliques avec Vian dans les" liaisons dangereuses",  et sur les grenouilles du fils Rostand, ami d’enfance de l’auteur.

Imperméable, écharpe, il  promenait ses années cinquante avec lui. Et l’ombre de Boris. Et l’ombre de mon père qui était fou de jazz. 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 10:00

Cette semaine le casse-tête chez Sherry est : Pendule

 

 

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Un pendule ça se tortille et ça endort

Une pendule ça se balance avec effort

Un pendule vous nargue au bout d’un fil

Une pendule  vous assomme de son babil   

Un pendule se cabre, s’arrête et puis repart

Une pendule s’élance, revient, quel tintamarre !

Un pendule évolue dans l’espace

Une pendule se dandine en surface

Un  jour, un pendule facétieux, m’a  prédit l’avenir

Une nuit, une  pendule redoutable, m’a entendu  rugir

Un pendule a des pouvoirs, argent comptant, serait-ce un leurre ?

Une pendule a des devoirs, égraine le temps, dicte les heures

Un pendule se pose, se couche et puis s’endort.

Une pendule  se grippe, s’enraye, et puis c’est mort.

Mais un pendule se tend d’instinct, au bout d’un fil

Une pendule reprend  au loin, le cours de son babil.

 

 


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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 10:00

J’ai revu un ami l’autre jour et ça m’a fait tout bizarre.  Il avait une barbichette grise d’ayatollah que je ne lui connaissais pas car il souhaitait changer de look. Mais ça me démange, il a dit, je vais tout raser. Hum c’est bon quand ça passe et que ça vous refait une peau de bébé, ce bonheur. Il se grattait la paume de la main avec ses doigts rentrés dedans en disant ça et puis il s’est tamponné les  deux genoux de jouissance.


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Je me demande ce qui se cache derrière la barbe ou la moustache des hommes. Et comment ils décident un jour de les laisser pousser. Pourquoi ils les rasent aussi. Cachent-ils un défaut physique, se protègent-ils ? Est-ce une tactique de séduction ? Qu’ont-ils à y gagner ? Le désir de se différencier ou de masquer une différence. Ou rien de tout cela.

 

Je repense à ce film d’après un roman d’Emmanuel Carrère ou le héros, portant moustache depuis toujours, s’en défait  un beau jour, et autour de lui, personne ne réagit. Complot contre lui ou folie du héros ? Cet accessoire n’en est pas un. Il est la marque de l’individu. S’il décide de s’en débarrasser, c’est une évolution personnelle, un acte réfléchi.

En revanche, mon ami s’est laissé pousser la barbe par coquetterie puis l’a rasée  avec désinvolture. C’était un passage, une lubie, une envie soudaine. Un «  ras le bol ». C’était : pourquoi pas ?

Je pourrais tenir le même raisonnement à propos de longues crinières féminines sacrifiées symboliquement afin de tirer un trait sur la vie d’avant ou comme ça, pour changer.

 

 

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Alors tout aussi symboliquement, je m’interroge sur ce qui nous motivera les 22 avril et 6 mai prochains. Certains voteront par conviction, idéologie, après mûre réflexion. Et d’autres penseront : pourquoi pas ? Ils seront nombreux.

 

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 10:00

Le casse- tête cette semaine chez Sherry est : bouton.

 

Sur un téléphone portable on le nomme touche. Il dépasse à peine, on l’effleure, on le caresse. Il peut être virtuel, on le balaye d’un doigt rapide. On parle de portable tactile. Il n’y a pas ce geste appuyé quand l’outil résiste et se dérobe. Un  téléphone portable grâce à ses touches, vous donne de l’allure, un maintien. C’est comme une cigarette en moins nocif, quoique…Ca vous pose et vous impose une légèreté avec quelque chose de vaguement érotique. Ce bouton-là vous définit.   A la manière dont vous le tripotez, frénétique, agacée, étonnée, on vous juge, on vous déshabille.

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Moi je suis une étonnée. Toujours surprise quand mon portable vibre ou sonne. Je le déteste et on le sait. On m’appelle rarement.  Alors au cinéma, je le laisse allumé, comme un défi.  Et au moment le plus palpitant, quand le héros déclare son amour, que les visages se confondent, les peaux, les salives, les larmes, les cheveux s’amalgament, se collent, s’emmêlent, que c’est beau, que ça remue les tripes et le cœur, voilà que cet idiot se met à sonner. Comme s’il n’y avait que dans ces moments-là, quand je suis indisponible, que l’on  daigne m’appeler. Comme si je faisais exprès de me rendre injoignable. Je ne fais pas exprès, je n’aime pas ça ! Alors je deviens frénétique et agacée et j’appuie sur la touche comme une forcenée, pour faire taire l’engin… Et encore, dans ce cas, ce n’est qu’un vulgaire bouton !

 

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:00

 

 Devant le 4 rue Chauveau Lagarde, je n’éprouve pas grand-chose, je n’ai pas la sensation de mettre mes pas dans ceux de ma mère. Est-ce dû au luxe trop présent, aux façades rose bonbon de Fauchon, aux rideaux rouges de chez Hédiard, au  site prestigieux de l’église de la Madeleine. Ces hommes en costume, ces femmes en tailleur, le ballet circulaire des voitures et les grands magasins à deux pas, me donnent le tournis. Alors  ma ferveur retombe devant l’entrée du 4.

 

 

 

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La porte repeinte en vert foncé est ouvragée et représente des paons qui se font face. Le couloir menant à la cour est couvert de décorations en plâtre.

La cour carrée est pavée, proprette. On a accroché des géraniums aux fenêtres. Tout là-haut, ce sont les chambres de bonne, ma mère occupait l’une d’elles. Je ne m’attarde pas, la gardienne armée d’un balai me demande si je cherche quelqu’un. Je réponds que j’effectue un pèlerinage,  que ma mère a habité là entre 56 et 58. Elle hausse les épaules, sourit et me laisse à ma rêverie.

Avant de sortir, je jette un coup d’œil à l’escalier que maman grimpait chaque jour jusqu’au sixième, essoufflée. Dans la rue, j’aperçois un panneau : Maison Henriette fondée en 1848. Ca me perturbe de voir ce que les yeux de ma mère ont vu, exactement.

 

Je m’installe dans un café, cent mètres plus loin. Le garçon dédaigneux qui me sert, se demande ce que je peux faire attablée et lisant de vieilles lettres. J’écoute la conversation de deux hommes portant Rolex et écharpe en cachemire. Ce sont des directeurs d’hôtel évoquant les exigences de leur clientèle. Des nantis qui réclament des chambres face à l’église. Je suis au chaud, un peu ankylosée  et ces gens sont futiles. Il est doux et facile de plonger dans tes lettres comme s’il me fallait ce décalage, ce décrochage entre hier et aujourd’hui, entre mon monde et celui-là pour m’extraire de ma peau  et entrer dans la tienne : tu avais trente- cinq ans en 1957.  Dans mes yeux, il y a ce brouillard humide. Et je détiens un trésor entre les mains, le témoignage d’une époque, les bases de ta relation avec mon père, la naissance de votre amour. J’en ai pour un moment, je crois.

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:00

 

C’est Betty que je vois. Avec sa grande bouche et ses dents écartées, ses seins aguicheurs et ses fesses comprimées dans un bleu de travail.  Elle se prélasse à Gruissan, sur la plage, laissant des traces de pas ennuyés sur le sable. Elle en a marre d’attendre Zorg ou de l’aider à repeindre des bengalows en rose et bleu pour des clopinettes. La vie ce n’est pas ça, un boulot idiot, du temps perdu et un patron qui se fiche de toi. La vie ce n’est pas se pavaner, le torse luisant dans un marcel et  un rouleau  à peinture à la main. Après des journées passées à se frotter l’un à l’autre, à se repaître de la peau de l’autre et de son odeur, à ne pouvoir décoller son corps du sien,  comme des poissons morts, comme des brins de paille entrelacés  par le vent et les embruns, on a besoin de respirer.  

 

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Taillons la route, une camionnette à vive allure, vers n’importe où, n’importe quoi, autre chose. Le sel de l’existence, une explosion des sens, un feu d’artifice. Le jour se lève, et le soleil joue entre les arbres, éblouissant. Un sentiment de liberté intense, la vie dans l’urgence, abandonner sa sandale en plastique dans le sable. Et s’en moquer, se défaire de ces attributs de l’enfance, de même qu'on ne joue plus avec une pelle et un seau. Entrer dans la lumière comme un insecte fou chanterait Patricia Kaas. Monopoliser la scène comme elle, les spots de l’avenir braqués sur soi.


Trente-sept degrés deux, le matin. Comment empêcher la fièvre de grimper et de s’installer,  jusqu’à la folie ?

 

 

Défi 77 chez Nounedeb: d'après photos:

 

 

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Poisson

 

 

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Feu d'artifice

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