Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 10:00

 

 Photo-019-copie-2.jpg

 

Au détour d’un chemin rasant la route, un  pont en accent circonflexe enjambe le ruisseau. L’endroit est idéal, on y observe les branches courbées des charmes qui se font la révérence d’une rive à l’autre. Elles forment un tunnel, comme dans les films d’Esther Williams. La mise en scène est au point, les branches nues du premier plan signent  la grâce et le mouvement. Au second plan, évolue le corps de ballet. Camaïeu de vert, foisonnement des couleurs, expression d’un jeu d’ensemble. Au loin, ténèbres, mystère, le feuillage se pare d’un bleu profond. Sur la droite, une guirlande joue les demoiselles oisives. Elle suit la berge et laisse pendre ses jambes dans l’eau. Des libellules effectuent un vol subtil, turquoise et transparent, à hauteur d’yeux. Des fraises sauvages rampant au sol noin loin de chaque berge, achèvent le contraste des couleurs.

 

 Photo 008-copie-1

 

Le bois craquette mais l’après-midi engourdi dans la torpeur, fait la sieste. Le feuillage filtre les rayons du soleil. Seuls les plus clairs, les plus purs, passent au travers. La lumière coule, verticale, blanchit les troncs. Couvre les frondaisons de dentelle ajourée, par endroit. Tandis qu’ailleurs, la végétation dans l’obscurité a une couleur bouteille, froide et coupante. Des particules blanchâtres, de pollens ou de terre sèche soulevée par le vent, volent au-dessus du ruisseau comme des bulles. Et l’on voit marcher des rayons sur l’eau. Au centre  de traces luisantes et creuses comme des pas, des gardons jouent avec leur ombre.

 

Photo-016-copie-2.jpg

Repost 0
Published by mansfield - dans ecriture de soi
commenter cet article
13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 10:00

 

 

garbo.jpg

 

 

"S'enfuir" est la consigne de Suzâme, et j'ai spontanément pensé à Greta Garbo. S'enfuir, c'est:

 

Refuser de vieillir, dans le cœur du public

Demeurer une idole. Au succès, hermétique,

Aux honneurs, peu sensible. Un choix plutôt drastique,

Un parcours éphémère, une destinée  magique.

 

Résister aux sirènes, à leurs chants enivrants

Se montrer sereine, garder une âme d’enfant

Dissimuler  son âge et ses rides en vivant

Cloîtrée sous les persiennes  de son appartement.

 

C’est aussi s’en aller loin du monde et des rires

Eteindre la lumière, dans l’ombre se tapir

Préférer la poussière, sacrifier l’avenir

De sa vie balayer les regrets, les soupirs.

 

 

 

 

Repost 0
Published by mansfield - dans personnage singulier
commenter cet article
11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 08:00

 

Le défi 83 est cette foi lancé par M'Annette:  En voiture, l'orage, la panne entre Bonifacio et Ajaccio. Pourqui suis-je partie seule?

tn--1-.jpg

 

Bonifacio imperturbable offrait son sourire de craie à la mer. En quittant la ville je ressentais déjà la peur de Jonas. Je me doutais que le ventre de la baleine était inconfortable. Le ciel obscur au loin, me parut inquiétant telle une grande bouche ouverte. J’étais happée dans un long tube digestif dont le nom  officiel « N196 »,  ne m’inspirait guère plus que les mots trachée ou estomac. J’effectuais ce trajet seule pour oublier je ne savais quelle histoire. Avec le désir de m’évader d’une vie qui devenait enfer.

 

J’arrivais à Sartène sans dommage. Un ciel d’orage, une cité typique. Une citadelle, des églises, un dédale de rues entre ville haute et ville basse. Sur la place, des grands-pères appuyés sur leur cane avec aplomb semblaient préserver l’endroit des désordres climatiques. J’entendais gronder la montagne et ronfler la ville. L’une s’insurgeait, l’autre ricanait tendrement. Comme on apaise un « fou pas dangereux ».

 

 olmeto.jpg

 

La pluie se mit à tomber en gouttelettes innocentes et molles, lorsque je  grimpais dans la montagne. Plus je m’enfonçais, plus je devenais minuscule comme érodée par la route. Engloutie par la roche dégoulinant sur le bas-côté, et luisante à présent. Qui dessinait des faces de singes, des oreilles dressées, des gencives retroussées sur des dents menaçantes. Assombrie et éclairée tour  à tour par de gros nuages mamelonnés et des zébrures, des éventails de lumière éblouissante. L’eau se mit à marteler la voiture et le sol, comme autant de pieds foulant la terre. Je me sentis téléportée  en Guadeloupe un bref instant,  sur la Route de la traversée percée par l'orage, dans un vacarme assourdissant. Touffeur et pesanteur. La montagne perdait ses contours, de l’eau bouillonnait par ses flancs, se déversait sur la route. J’étais comme digérée par un long boyau tapissé  d’un enduit grisâtre et constitué de roche orangée, de boue, d’arbustes, de bouleaux et de pins. Je m’arrêtai avant Olmeto, haletante. La voiture refusait de poursuivre. Je perçus la plage en contrebas, comme une invite, un bijou circulaire, à l’éclat magnifié par l’orage. Hypnotique. Puis il y eut un claquement sourd. Une branche vola sur le pare-brise. Une feuille détachée se colla sur la vitre comme se pose une main. Et je vis ses yeux bleus, sa bouche rose, ses dents couleur d’émail. Longiligne, fière. Inquiète et ruisselante aussi. Colomba semblait dire : laissez passer les secours, laissez passer les secours…

 

Paris vingt heures, porte des Lilas. Devant moi un panneau publicitaire alléchant : la Corse, enchantement et dépaysement. Au carrefour un bazar monstre, ça n’avance pas. Dehors, la pluie incessante, aveuglante. Miracle, le camion des pompiers dérange cet enchevêtrement  roue contre roue. J’écoute FIP, au programe interrompu par le message des secours. Et je m’extrais d’un songe éveillé, bricolé à partir de vacances de l’an passé et de divagations personnelles.

 

 thumbnail--1-.jpg

 

 

Repost 0
Published by mansfield - dans fiction
commenter cet article
9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:00

 

 

Photo-081.jpg

 

Cette semaine le casse-tête chez Sherry  est: bac.

Efguenia est une chatte qui rôde autour d’un monastère à Mystra en Grèce. Depuis toujours elle trottine au milieu des touristes, frottant son flanc tigré contre leurs jambes dorées. Son univers est celui des sandales et des chaussures de marche qui déplacent la poussière vers son museau délicat. Ce sont des défilés incessants, des colonnes de doubles pattes immenses qui stationnent devant l’entrée, immobiles tandis qu’un guide prononce des sons qui n’ont rien de félin. Il doit aboyer, car ça ressemble au cri du caniche qui surveille le bar à touristes à l’entrée, avec la langue qui pend et la queue en sémaphore.

 

Photo 087

Efguenia vient d’avoir un petit et se protège derrière le bac à fleurs sans fleurs. Elle a choisi celui-là parce qu’il est vide et qu’il offre de l’ombre quand même. Comme il est vide, il n’attire pas les autres chats affreux et faméliques. Efguenia sait faire la poupée, les touristes elle les emballe. Elle s’étire et prend la pose, quand ils se sont bien fatigués à observer les ors du monastère, qu’ils reposent leurs lunettes de soleil sur leur nez proéminent en sortant. Et qu’ils remarquent le bac vide, qu’ils la voient elle et son petit. Elle les subjugue car elle fait la belle et les tient à distance. Comme une vraie dame qui veut séduire un prince. L’ombre ronde du bac forme une auréole autour d’Efguenia et de chaton. C’est doublement gagné, à force de visiter des monastères avec des saints, les touristes, ils confondent. L’auréole d’Efguenia les fait fondre. A moins que ce ne soit le soleil qui les rende tout brillants et poisseux. Et comme ça tous ramollis, ils font des efforts et se penchent tout près du bac. Déposent un peu d’eau dans l’écuelle. Une fois quelqu’un a laissé couler de la glace. C’était sucré et onctueux. Un peu comme ce que doit ressentir chaton au fond de la gorge. Pour le moment le bac, c’est une bénédiction. Efguenia ne fait pas exprès d’utiliser ce dernier mot, c’est le contexte qui veut ça. Dans deux mois, quand il faudra obliger chaton à se débrouiller tout seul, elle ira dormir à l’intérieur. Il est tout poreux et garde bien la fraîcheur de la nuit.

 

Photo 088

Repost 0
Published by mansfield - dans divagation
commenter cet article
7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 10:00

Exercice effectué d'après photo, selon la consigne de  Miletune

 

 

 Rz 77a

 

CHAROGNARD!

Ils sont derrière moi, je les sens. Tous ces chasseurs de photos volées, ces tripatouilleurs de l’objectif, ces rampants constrictors. Comme si les rédactions n’avaient pas assez de photos de ma frimousse. Avec celles qu’on leur vend de l’étranger et celles qu’elles stockent dans leurs archives, elles disposent pourtant de matériel. J’aurai trouvé plus correct que ces écornifleurs prennent rendez-vous. Qu’on définisse ensemble le genre et le lieu.

J’ai le cheveu splendide, la main et le pied aussi. Cela me vaudra peut-être un cliché mystère, tout en nuances. La crinière chatouillée par le vent, la main virevoltante et le pied charnu offert à un soleil tiède. Le pied... Plein shoot dessus, je ne rêve pas. J’ai bien perçu un flash. Mais c’est qu’il est assuré mon pied, j’ai passé contrat avec Akiléine! Les charognards… Je ne me retournerai pas. Pour ma bobine, je veux être payée.

Je suis en vacances, ils ne manqueront pas de zoomer sur le Gala que je feuillette nonchalamment. Ouvert à la page « trois kilos à perdre avant l’été ». La feuille de chou va titrer : Mansfield a grossi ! en première page. Fatal !

La chemise à carreaux, pas top ! Mais ils ne tablent ni sur de la photo d’art, ni sur des poses lascives. Les carreaux bleus et blancs offrent une touche zen, décontractée, simple. Bon ça, pour le public, non ?

La branche de mes lunettes. Ca m’embête un peu qu’on pense que j’ai besoin d’aide à la lecture. Je vais me tourner, discrètement, qu’on devine à peine. Qu’on oublie. Que tout se confonde dans mes cheveux. Brillants, lourds, soyeux, mes cheveux. Un atout certain. Que m’a affirmé la secrétaire ? L’Oréal voudrait me contacter. Oh, je suis débordée !

Une petite chose me dérange, le décor. Quand on est connue, les bords de plage paradisiaques c’est obligatoire. Pour le business, pour la notoriété. Ils auraient pu attendre, je pars aux Maldives la semaine prochaine ! Ce gazon vert pomme et miteux qu’on dirait planté au bas d’une tour dans une cité HLM, ne pouvait être pire !

Quant au banc, non mais vous avez remarqué, banal, sans caractère. Comme ceux qu’on achète chez ce marchand de meubles nordique. I quelque chose. Si jamais ils osent prétendre qu’ils m’ont photographiée chez moi dans mon jardin et sur mon banc ! Je nierai, ce n’est pas moi sur la photo. Quelle idée de persécuter, dans le dos, une star qui se repose.

Tiens, je viens de voir ma photo dans « Chic et Choc » en quatrième de couverture. Elle illustre un article intitulé : « Que lit la France en vacances ? ». Ma chemise à carreaux est quelconque et le vent a tourné les pages du magazine. On aperçoit des voitures, un habitacle. Comme si j’étais passionnée par Auto Moto. Il faut croire que les paparazzi m’ont shootée sans me reconnaitre sur ce banc. Ou alors si… Mais ils n’ont pas osé citer mon nom…. Ou pas voulu me déranger... Me mettre mal à l’aise? Me critiquer?

 


Repost 0
Published by mansfield - dans nouvelle
commenter cet article
5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 10:00

 

Photos 20120604

 

Un début de soirée de juin quand la saison hésite. Le jour se déleste de la chaleur comme un écolier de sa besace. Il est impatient, rageur, pressé de se dégourdir les jambes. Libérer ce trop-plein d’énergie longtemps contenu. Il gigote, se cabre et rue dans les géraniums sur le balcon. Qui dodelinent de la tête ainsi que des grands-pères indulgents. Le jour se charge d’humidité et de fraîcheur, il halète et transpire. Le vent s'en mêle,  il fait son souk dans mes cheveux et porte à mes oreilles des rires de jeunes filles dans la rue. Il sème des pollens comme une farce, pour le plaisir de m’entendre éternuer. Un nuage moutonne comme on fronce le sourcil. C’est que tous deux exagèrent, turbulents, dissipés. Je réprime un frisson.  Le vent gagne, il est plus fort que le jour. Qui, s'il se se voyait décliner, lutterait pour jouer au grand, et afficherait un dynamisme de bravade. 

Une odeur de  soupe et de friture lui chatouille le nez, quelqu’un dépose une couverture  sur ses épaules. Avec des étoiles cousues dedans. Sur l’asphalte les voitures allument leurs veilleuses afin de vérifier… S’est-il endormi ? Il sursaute, son sommeil est paradoxal. Le jour rêve. Il porte une écharpe rouge autour du cou. Elle disparaît à l’horizon.

Le jour  va grandir, et sa vigueur avec lui.  Il imposera des heures moites, des envies d’orangeade et de bière glacée, régnera sur des cœurs légers. Il embrasera les soirées de juillet et août, étouffant de sa fournaise les nuits d’une saison enfin installée. 

 

 

Repost 0
Published by mansfield - dans divagation
commenter cet article
3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 10:09

Le casse-tête cette semaine chez Sherry était: lignes et/ou angles.

 

Photo 250

 

Transparence nervurée

Veines de chlorophylle

Au soleil apparues

Dessous, coccinelle camouflée

 

 

 

Photo 234

 

Deux angles de verdure ont enserré le lac

Et Côme est si heureux qu'il se laisse embrasser

Ainsi dans les hauteurs mon regard s'est posé

Et de ce beau spectacle n'a pu se détacher.

 

Repost 0
Published by mansfield - dans divagation
commenter cet article
2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 10:00

Clin d’œil à l’exposition Berthe Morisot au musée Marmottan Monet à Paris.

 

cerisier.jpg

 

 

Peinture, jeunesse, féminité

Charme et douceur combinés

Transparence, caressants pastels

Roses, blancs, mordorés

Temps suspendu, gestes aériens

Envol suggéré

Paysage luxuriant, nature sublimée

Flamboyance

Sensualité

Impressionnisme

 

 

Repost 0
Published by mansfield - dans ecriture de soi
commenter cet article
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 09:42

Voici ma participation au sujet de la quinzaine de Miletune, d' après un tableau de Nils Dardel

 

dardel.jpg

 

 

 INCANDESCENCE

Au premier coup d’œil, cela me parut un détail. Mr et Mme S. habitaient une  villa dans les hauteurs du XIXème arrondissement de Paris. Une de ces belles qui embaument le lilas et les glycines. Qui cachent leurs rides, leurs rhumatismes et leurs petits vieux au pas hésitant. Depuis le seuil, dans l’entrée on apercevait le tableau sur le mur devant soi. C’était instinctif, on se hissait sur la pointe des pieds, on se poussait de côté, on regardait sous le bras du propriétaire qui se tenait sur le pas de la porte. Mr S. ne s’étonnait plus. Il me regarda onduler, comme tous les serpents qui lui rendaient visite. Puis il s’écarta, tenta de soulever le sac que je portais. Et accepta que je le porte à l’étage. Je marquai un arrêt devant ce portrait de famille aussi insolite qu’un rossignol s’époumonant dans le château de la belle au bois dormant. Il habitait le mur, le papier autour était fin, plissé et délavé comme si quelqu’un l’avait léché. Les murs prenaient la poussière, une araignée étalait son talent d’artiste. Mais sa toile s’arrêtait au-dessus du cadre. Car l’oeuvre rutilait. On entretenait les couleurs et le vernis.

Je ne saurai dire quel personnage m’intriguait le plus. Le père, imposant, barbu, me fixait méchamment comme pour m’anéantir. Je réalisai que sa chemise rouge m’avait suggéré l’image du rossignol. Ce qui me le rendit sympathique. Il n’était pas menaçant, tout compte fait, mais protecteur. Ses enfants l’aimaient, ils formaient une chaîne à son bras. Un courant d’électricité continue qui partait de la fillette au nœud sage vers l’adolescent fier, adorateur. Les jeunes enfants au premier plan constituant un fil conducteur.

-         Il vous plaît? demanda Mr S.

-         Beaucoup, répondis-je.

Mme S. à l’étage eut un gémissement qui effaça le sourire à ses lèvres.

-         Permettez, dit-il, en grimpant les marches avec difficulté. Posez ça dans l’entrée. L’infirmière va arriver.

Mais je le suivis dans la pénombre. Les volets  étaient fermés, une odeur d’éther et d’urine imbibait le salon. Des cartons de médicaments s’entassaient sous la table basse.

-         Voilà, vous pouvez-vous débarrasser. Je reviens, excusez-moi, ma femme vous comprenez…

Depuis le haut de l’escalier, je ne pus m’empêcher de me retourner, comme aimantée par la toile. Je ne distinguais plus les visages, uniquement des touches de couleurs, bleu, vert, violet, jaune. Comme si l’on avait posé un arc-en-ciel sur le mur. Comme si la lumière me jouait un tour. Mes yeux s’habituaient à l’obscurité qui  finit par me sembler indispensable. Cette maison dépendait des ombres et du tableau. Il était la source d’énergie. Il était les rires, les chants, les rondes et les comptines. Il était la famille, l’avenir, la chaleur et l’amour. Il était la vie.

-         Je vous raccompagne, dit M. S en me rejoignant. Attention au tableau en descendant, le couloir est si petit que parfois on le heurte de l’épaule. Et j’y tiens vous savez. C’est un cadeau de ma belle-fille. Elle a peint  les membres de sa famille. Juste avant l’accident….

La voix chevrotait, et la main tremblait. Pourtant l’œil happé par la toile avait l’incandescence d’une braise.

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by mansfield - dans fiction
commenter cet article
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 10:00

 

528225-280805-jpg_360295_434x276.jpg

Helen Churchill Candee était un écrivain américain de cinquante trois ans. Elle était à bord du Titanic lorsqu’il a fait naufrage. Son carnet de trente-six pages manuscrites est aujourd’hui exposé au Musée des Lettres et manuscrits de Paris. Il a servi de support au film de James Cameron.  Elle y parle des journées, des soirées à bord, de ses voisins, de l’équipage, du commandant et de la terrible nuit.  C’est un carnet au papier jauni. L’écriture est large, légère et  s’envole un peu sur les lignes. Cela s’accorde bien à l’allégresse qui régnait à bord au départ d’une traversée annoncée sans orage. Une sorte de griserie, l’appel du large et le progrès en marche pour un paquebot dit insubmersible. Le ton semble badin au départ, je ne déchiffre que quelques mots, Helen Churchill Candee se fait narratrice pour l’écho des gazettes. Elle parle d'un jeune homme, de moustaches, de présentations. De l’effervescence qui règne à l’approche des soirées. Et dans ma tête des images, le film bien sûr, et d’autres encore. Je vois de grands chapeaux, de belles manières, des livrées, un commandant en tenue, des révérences. Et je me dis que c’est un peu cela que l’on recherche encore aujourd’hui quand on s’exclame : je pars en croisière.

 

 

Je pars en croisière signifie je voyage dans le temps. Montaigne disait : je sais ce que  je fuis quand je voyage, je ne sais pas ce que je cherche. Pourtant en croisière on recrée forcément Titanic dans sa tête. Le grandiose, le faste, l’aventure, et le dîner de gala. Même si les boutiques, la piscine, les salles sport, le cinéma…. Même si le monde moderne s’invite à la table du commandant, je me vois en costume marin courant à perdre haleine dans les coursives. Et les mouettes rient, accompagnant mes hoquets. Une goulée d’air iodée, une bruine d’eau salée et la réverbération  du soleil sur les vagues. Des clapotis contre la coque, je me penche un peu, il y a des pirates qui attaquent. Une main en visière, je guette la chute du gros ballon rouge au loin, dans la grande violette. De l’autre main, je colle mon béret à pompon contre mon crâne. Je suis fière du pompon. J’ai  cinq ans, je ne pense à rien, penser c’est pour les grands.

 

images.jpg


Car c’est aussi un retour dans le passé les croisières. Dans mon passé c’est Martine en bateau, La croisière s’amuse, Deux  ans de vacances, Le loup des mers. C’est Michel Le Royer. Et les romans de  flibuste qu'on lit moelleusement lové dans sa couchette. C’est Pirate des caraïbes aussi. C’est tout ça mélangé.

 

916271

 

Mais... Me voilà de nouveau devant la vitrine au musée. Je distingue les couleurs délavées, l’encre devenue verte, les lettres qui bavent. Helen Churchill Dundee a découvert  la souffrance, le courage, l'héroïsme à bord du Titanic. La lâcheté aussi. L’humanité toute nue et glacée dans l’océan. Ce n'était certainement pas ce qu'elle cherchait. Elle allait rejoindre son fils aux Etats-unis. Son manuscrit s’achève ainsi : "Bouillonnant au-dessus de la surface de l'eau, j'aperçois la divinité de l'homme et le triomphe de l'esprit. Je me réveille sur le Carpathia alors qu'une main pleine de bonté verse un verre de whisky dans ma gorge". Elle a découvert que dans certaines ciconstances l'homme peut approcher Dieu.

 

Repost 0
Published by mansfield - dans ecriture de soi
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de mansfield
  • Le blog de mansfield
  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
  • Contact

Rechercher