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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 10:00

Pour commenter la photo-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

Les salles de jeux ne signifient rien pour moi. La seule fois où je m’étais présentée au Casino de Monaco à l’âge de vingt-et-un ans, les agents de sécurité avaient malmené ma carte d’identité, suspicieux.  Je m’étais collée aux machines à sous. Et m’étais ennuyée très vite.

Mais ces lettres illuminées disposées en arc de cercle sur le fronton d’un édifice, les mots salle et jeux,  les dés bondissant comme l’eau d’un torrent, les jetons qu’on balance en masquant la nervosité sous de la nonchalance, la roulette aux encoches bicolores, comme des sentiments tourmentés, m’évoquent la passion. Celle du Joueur de Dostoïevski, celle de Grégory Peck pour Ava Gardner dans le film tiré du livre : Passion Fatale. Peu importent l’histoire et les ravages de l’amour et du jeu. Je ne vois que deux héros sublimés par une rencontre et par le lieu où elle s’épanouit.

 

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Il est beau, grand jeune, mince, torturé. Comme ces êtres qui n’ont pas encore vécu mais sont prêts à succomber à la grande aventure de leur existence. Il est malléable, manipulable, et perméable. Le jeune homme en costume, nœud papillon et gants blancs, est fasciné par le jeu puis possédé. Dépossédé de lui-même. Sa fièvre de gains le conduit à boire les paroles du croupier, à se désaltérer à grandes lampées de « les jeux sont faits ». Sa fièvre d’amour l’envoie se noyer dans des lacs clairs, les yeux d’une Ava, fière, angélique et démoniaque. Nous sommes à Hollywood, rouflaquettes et gomina pour lui, boucles torsadées, robes sublimes, perles pour elle. Nous sommes chez Dostoïevski, la passion est un moteur et se heurte aux calculs, aux intrigues, aux coups bas. Toutes les composantes du jeu sont là. Et l’atmosphère aussi, on boit, on se mesure, on se toise, on baisse les yeux en usant de l’éventail, on exerce son charme. Parmi d’autres joueurs, tout aussi enjôleurs,  perfides et perdus.

Moi spectatrice, comme dirait Mr Hollande, je m’étais régalée avec ce film  en noir et blanc, qui n’avait pas eu tant de succès que ça, à sa sortie en 1949. Si bien que l’image proposée par Miletune, me l’a automatiquement remis en mémoire.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 10:00



Pour la communauté Textoésies et vous de Suzâme : des pensées aux rêves, ce qui existe des bactéries à l’univers…

 

 

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Rêves, manque de cohésion, désorganisation

Une lampe fortuite et son pied en terre cuite

Un profil animal, seconde d’hésitation

Frôlement de moustaches, se risque et prend la fuite

 

 

 


 

 

 

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Clapotis sur la vitre, étincelles et dentelles

Gouttes d’eau martelées, transparence et reflets

Et vogue l’imaginaire, voici une demoiselle

Dans les serres d’un aigle; par les ailes capturée.

 

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 10:00

 

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Il y a deux ans, j’avais déclaré que je passerais à Charleville- Mézières durant mes vacances. On m’avait demandé ce que j’allais y faire. Mes grands-parents s’y étaient mariés, ce qui était une raison sentimentale, et j’avais envie de rencontrer Arthur Rimbaud. Boutade, tout le monde m’avait rétorqué qu’il était mort. Mais tout le monde sait aussi qu’à Charleville, le poète se balade dans toutes les rues. Alors je l’avais suivi comme j’avais suivi ma grand-mère, et je m’étais arrêtée quai Rimbaud devant sa maison. J’avais grimpé des escaliers vers ailleurs et m’étais envolée dans des contrées lointaines, à la recherche d’un univers poétique. J’avais eu des mots et des rimes plein la tête. Un nuage dansait autour de moi. Aussi quand j’avais aperçu le musée de l’autre côté de la rue, en équilibre sur la Meuse endormeuse, j’avais su qu’Arthur rôdait tout près. C’était un matin triste de septembre. Le fond de l’air était doux, et le ciel gris. Les toits se détachaient, métalliques, les murs flambaient comme des épées issues de la forge et trempées dans un baquet d’huile immense et sinueux, au-dessus duquel nageaient des canards insouciants.

 

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Illumination suprême, ces murs semblaient lancer leurs jambes arquées à la conquête du monde et les saules agitaient leurs tignasses de gamins mal peignés, sur les berges. Arthur, tu te tenais là, je n’avais qu’à tendre les bras pour te toucher….

 

 

 

 

 

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De Charleville à Bouillon, il n’y avait qu’une frontière. Et la curiosité me la fit franchir. Le ciel belge était bas, moutonneux, pesant, là aussi. Et pluvieux. Ce qui me convenait. Comment imaginer un croisé à la tête d’une armée partant pour Jérusalem, par une journée radieuse et ensoleillée. Même si Godefroy de Bouillon avait vendu son château pour financer sa première croisade, j’avais entendu les chevaux franchir le pont-levis, et le cliquetis des armures. J’avais vu ces murs épais dégorger leur cargaison humaine au service du Christ.

 

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Et en s’éloignant,  les chevaliers se retournaient pour un dernier regard sur leur construction imprenable, comme des enfants quémandant un encouragement de leur mère.

 

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De là-haut, j’avais contemplé la Semois qui faufilait son ruban argenté à travers la ville comme le glaive pourfendait l’hérétique au travers de sa cotte de mailles.

 

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 10:00

 

Marseille était l’étape obligée avant Bastia. Une journée dans la cité de Marius, le ferry, et à nous la Corse. La ville a su nous retenir comme un bonimenteur devant son échoppe. Nous ne verrions pas tout, pas même l’essentiel mais nous éprouverions le besoin de revenir. Comme si nous avions entrevu la caverne d’Ali Baba.

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Nous avons eu notre premier contact avec le port grâce à Notre Dame qui pointait le doigt sur nous au détour  de la route comme une invite. Un lieu de culte mais aussi un guide touristique très persuasif. Elle nous présentait sa ville comme une jolie fille enroulée au soleil,  l’eau clapotant sur son flanc.

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Nous avons voulu voir à quoi ressemblait la demoiselle et nous sommes posés bien des questions  à l’entrée du Vieux Panier. Des rues grimpantes et serpentant, des escaliers usés par les rigoles d’écoulement de l’eau. Le linge séchait aux fenêtres comme s’il nous saluait ou qu’il se moquait de nous, peuchère ! Des murs tagués, des façades ridées, pelées mais comment dire…

 

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Remuantes, agitées comme pour signifier : nous avons été belles vous savez, regardez,  il suffirait d’un lifting, d’un ravalement… et puis zut nous ne voulons pas nous débarrasser de l’histoire, nous retenons notre pelisse de peinture écaillée comme une armure protectrice. Et  d’ailleurs ça vous plaît à vous de penser qu’en nos murs « la vie est plus belle ! ».

 

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Allez admirer d’autres façades, d’autres balcons ouvragés. Accoudez-vous mesdames, dans la fraîcheur du soir, écoutez ces troubadours dont les chants parfumés au romarin racontent la Provence.

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Et vous messieurs, suivez ces autochtones. Ils avancent dans les ruelles, ils se dirigent vers le port, c’est l’odeur de l’anis, le tintement des glaçons dans les verres qui les attire. Ils se sont donné rendez-vous au café, ont le verbe haut et la langue pendue. Il y a là Escartefigue, Raimu, Mistral, Pagnol, Daudet. Avec un peu de pot, hum, vous les verrez conter fleurette à Fanny et à Mireille. A moins qu’ils ne coursent l’Arlésienne ou les cagoles!

 

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Ecoutez, les « Pays » qui se traitent d’enc..lés toutes les deux secondes, en pleine rue ou le téléphone pendu à l’oreille. Ici c’est affectueux, c’est enrobé de thym et de farigoulette, ça siffle à l’oreille mais ça ne rentre pas dedans !

 

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Nous avons visité l’église Saint Laurent toute proche du bord de mer, sur le vieux port. Elle est immense, magnifique évidemment, et de style roman provençal.  Ses arcs bicolores me rappellent Cordou en Espagne.  Comme si la Provence avait du mal à être entière, comme s’il lui fallait partager avec d’autres pour se sentir unique. Cette idée me plaît. 

 

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Nous avons retrouvé la jeune fille à la tombée de la nuit. Elle dansait dans la rade sous les projecteurs. Il ne manquait que les boules à facettes pour lui donner ce côté rétro si actuel ! Elle gesticulait au milieu des bateaux, s’enroulait aux mâts, emprisonnait la lumière. Elle voulut grimper vers les remparts et nous la perdîmes tandis qu’elle escaladait la roche violette.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 10:00

 

Il ne s’expliquait pas pourquoi il avait pris le métro ce mardi. Non il savait, il était trop perturbé pour conduire. Et elle avait improvisé. Elle avait pensé qu’elle devait lui remonter le moral. Il s’était retrouvé sur un banc à côté d’elle, en attendant la rame, après le travail. Ils n’étaient pas dans leur cadre habituel dans l’entreprise, ne parvenaient pas à s’adresser la parole. Et se comportaient comme deux étrangers. Mais il avait reconnu les longs cheveux fins et blonds,  la raie au milieu du crâne,  les lunettes de myope qu’elle chaussait avant de quitter le bureau car les lentilles la faisaient souffrir. Une robe arc-en-ciel à franges dessinait ses seins et soulignait sa taille. Elle avait un pardessus de laine noire, une sacoche en cuir vert posée sur le banc à sa droite. A un moment, elle lui lança un regard bref. Il feuilletait un journal mais c’était comme si elle lui griffait le visage.

 

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Elle se mit à fouiller sa sacoche, en extirpa un miroir de poche et un tube de rouge à lèvres. Posa les mains sur ses joues, écarta ses cheveux vers l’arrière, s’ébroua. Il rangea son journal, le remplaça par un livre de comptes et un stylo. Il lorgna dans sa direction, se détourna, crayonna sur le papier, l’épia de nouveau. Passa des pages. Lorsque le métro arriva, elle tira sur son manteau et se leva brusquement. Machinalement il la suivit. Ils évitaient de se regarder durant le trajet mais, profitant d’un coup de frein brutal, elle eut un élan de courage et sa main encercla le poignet de l’homme : « Je… Si vous voulez ce soir… »

C’était sa station. Il se dégagea si rapidement qu’elle sursauta. Il descendit sur le quai sans lui répondre.  Il donnait l’image du type qui échappe à un traquenard. Et réalisa qu’il était ridicule en collègue effarouché. Demain, il s’excuserait.

 

 

 

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:00

 

Il arrive parfois qu’on prenne la voiture et qu’on dise on va se balader, on s’arrêtera quand on en aura envie. Ce sont les vacances, il fait beau, on a juste besoin de lumière, de couleurs et d’oxygène. Cette fois, on a choisi les Pyrénées, direction le Cirque de Gavarnie. Le trajet, sur la route, est semé de ruisseaux clignotants, de rivières clapotant, de campings gravitant le long des berges.

 

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Enfouie sous les grands arbres à flancs de montagne et  tutoyant les pins, j’aperçois une maison de bergers, son toit pointu et l’unique fenêtre dans le mur qui luit comme l’œil d’un cyclope. On dirait une vieille dame au spectacle de sa rue,  cachée derrière un rideau de verdure ployant au vent, comme repoussé par une main tremblante.  Tout là-haut, les Pyrénées abritent des tapis de neige, allongés, bien à plat, qui prennent le soleil.

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A Luz-Saint-Sauveur, petite halte et repas sur une terrasse au-dessus d’un ruisseau caracolant sur les galets, moussu et baveux comme la langue d’un chien qui a bu.

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Ensuite direction le Cirque. Mais en amateurs, en touristes farfelus,c’est-à-dire, partis sur un coup de tête, un matin comme ça sans prévoir. La promenade dure trois heures trente, nous n’avons pas de chaussettes. Résultat, nos pieds en sang dans les baskets, et des douleurs aux mollets.  Nous n’avons  pas de sac à dos ni de casquette,  et  manquons défaillir sous le cagnard. 

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Mais le parcours  est enchanteur, les sentiers se maquillent comme des reines de carnaval, une touche de blanc-marguerite pour le fond de teint, de rouge fourni par le sureau à grappes, de jaune grâce au pavot de Californie et de bleu nuance buddléia.

 

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Nous croisons des randonneurs polis et souriants, nos glissades sont plus cocasses que dangereuses et nous avalons des goulées d’oxygène naturel.

 

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Arrivés au point de vue,  nous avons le sentiment  de vivre un instant qui compte. C’est la parade du cirque ! Sur la piste sableuse tournent les pins les plus hardis, les plus jeunes peut-être. D’autres, volumineux leur font une haie d’honneur.  Tandis que  les plus âgés, dressés à flanc de montagne jouent les spectateurs. Au sommet du chapiteau, on a dessiné une ville fantôme écrasée de lumière. Et notre regard se perd au loin, comme celui d’enfants ébahis.

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 10:00

 

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 S’affranchir du classicisme, libérer les corps

Exposer la nudité, puis la revêtir

Monotypes charbonnés ; dessiner d’abord

Couvrir de papier humide et laisser agir

 

A l’empreinte révélée, donner la justesse

Des angles,  de la chair, sans idéalisation  

Courbes réalistes, refus de la joliesse

                                     Etres  imparfaits, souci de la précision                                 

 

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Ombres, lampes et miroirs, oser les reflets

A l’aide d’une pointe dessiner un détail

Tub, baignoire ; afficher du siècle les progrès

Repenser les antiques et sortir du sérail

 

Scènes d’intérieur bourgeois ou prostituées,

Chevelure dénouée, pouvoir sensuel

Vérité crue exposée, abandons soignés,

Bas de soie déroulés, poses  homosexuelles

 

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Avec le temps, ajout du pastel, de nuances,

Apport gradué de couleurs, rouges sublimés

Traits esquissés au fusain à sa convenance

Gestes suggérés, muscles visualisés

 

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Déplacements soulignés par quelques hachures,

Choix de décor naturels, des tableaux immenses

Un intérêt particulier pour la sculpture

Etude des mouvements, des pas, de la danse.

 

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Clin d'oeil à l'exposition "Degas et le nu" qui s'achève bientôt au Musée d'Orsay     

 

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 10:00

 

Afin de commenter la photo-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

 

Sachez que nous sommes fiers de notre allure de chevaux musclés et harnachés tirant carriole et battant la campagne.  Car nos ancêtres nous ont raconté de bien  tristes choses….

 

Ainsi en ce siècle où l’amour était l’unique affaire d’une vie, il s’en passait de belles à Rouen. Il s’appelait Léon, elle Emma, c'est ce qu'on nous a raconté. A moins qu'il ne s'agisse du prénom des personnes qu'ils transportaient. Et ils connurent l'aventure de leur vie. Cette fois-là, leur fiacre avait les stores tendus comme un corbillard et menait une course folle à travers la ville. Dès que Léon faiblissait ou qu’Emma renâclait, le cocher recevait l’ordre de partir derechef. Car les gens de la bonne société qui se trouvaient à l’intérieur refusaient de stopper ou de descendre comme si le rythme et la cadence agrémentaient leur parcours aveugle.

Depuis la rue des Quatre vents, la place des Arts, le Pont-Neuf de la rive droite de la Seine, passant  le carrefour Lafayette, le jardin des Plantes sur la rive gauche,  et l’ile Lacroix en retraversant le fleuve, puis sur les quais et vers le centre-ville, la voiture zigzaguait sur toutes les places, dans toutes les rues, devant tous les édifices.

De treize à dix-huit heures, Emma, Léon et leurs curieux passagers parcoururent la ville sous les yeux des bourgeois ébahis. D’ordinaire les trajets étaient des promenades qui attiraient le regard des voyageurs, il était conseillé de s’ébrouer mollement, de maintenir de petites foulées tranquilles. Nos ancêtres cautionnaient des badinages, de douces paroles, des rêveries, des baisers chastes. Leur sort de chevaux de fiacre, mélancoliques, abattus, gaspillant leur énergie dans des ballades mièvres les frustrait. Ils ne révoltaient pas mais ne se résignaient pas non plus.

 

Mais voilà, Léon et Emma étaient perplexes, leur fiacre était minable, autant que les amours qu’ils trimballaient crinière au vent, des rendez-vous d’un quart d’heure qui en duraient cinq. Peu importait,  ils s’en donnaient à cœur joie, étirant nerveusement leurs longues jambes de chevaux bien nourris. Ils oubliaient les rênes de l’attelage et les œillères dont on les avait affublés ; ce qui était une bonne chose en fin de compte. Pas la peine de constater l’effroi des bonnes gens alentour. Ils entendaient des soupirs, des halètements portés par le vent, qui les revigoraient. Ne se demandaient pas quelle en était l’origine. Ils soupçonnaient un élan, une quête, des illusions, de l’ennui. Un désespoir qui servait leur grand besoin d’exercice.

 

 Ils ont rapporté cela au fil des siècles, et nous savons qu’au détour d’une course  ivre, sauvage et libre dans notre campagne se profile le circuit désenchanté et fougueux tout à la fois, d’Emma et Léon.

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:10

Elle est jeune, grande, longue, vive,  a les cheveux  coupés en brosse.  Assise à l’unique guichet disponible, à la banque, elle porte un jean et une veste en jean. Ses lunettes sont larges, à tour blanc. On imagine une fille dynamique, dans le vent, pressée. On a tort.

Elle : Comment faire ?

L’employée : Pour profiter au mieux de vos intérêts, il faut retirer l’argent de votre ancien compte le seize et le déposer sur le nouveau ce même jour.

Elle : Alors il faut retirer de l’argent. Si j’y vais demain et que je le dépose le dix-sept, ça ira ?

L’employée : Non, il faut effectuer les deux opérations le seize.

Elle : Oui mais je travaille à Saint Lazare et mon autre compte est encore plus loin, ce sera difficile !

L’employée, imperturbable : Faites un virement !

Elle, qui s’agite sur son siège : Ce n’est pas ce que m’a dit Mr V. il m’a parlé d’une autre opération !

L’employée, voix sifflante de cocotte -minute : Mr V. est en vacances jusqu’à la fin du mois.

 

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Nous, autres clients, assis plus loin contre la baie vitrée, cuisons gentiment au soleil de quatorze heures. Un monsieur frappe le sol de la pointe de son mocassin. J’interprète son langage, mayday,  mayday,  je ne sais pas s’il connait le morse mais il appelle au secours. Un autre a les fesses tout contre le bord du siège, prêt à bondir. Il se contient et pose ses deux coudes sur ses genoux, se tient  la tête entre les mains. Evoque-t-il  Dieu ou Satan ? Je dévisage la fille au guichet qui gère son match. L’autre  lance des balles  comme armée d’une raquette sur un court de tennis. Un vrai travail de banquier que de relancer ! Suivre le trajet, smasher, gagner la partie. J’entends le pas précipité des petits ramasseurs…Pardon, c’est mon voisin qui piaffe toujours.

Elle : Oui je sais. Il rentre quand, le 28 ? Alors, il faut que je retire mon argent ?  Oh c’est compliqué ! Et je ne veux pas faire attendre les gens.

Elle coule un regard «  je m’excuse, bientôt fini, mais j’en ai pour un moment encore » dans notre direction.

Elle : Vous dites que pour profiter au mieux de mes intérêts, il faut… Bon je vais rappeler, mais je veux tomber sur quelqu’un qui connaisse mon dossier... Parce que sinon, il  faut que je raconte toute mon histoire à nouveau.

L’employée, extrêmement attentive, fronçant les sourcils et croisant les mains : Eh bien il y a Mr V. et Mme D.

Elle : Oui mais vous dîtes qu’il est en vacances ! Mme D. alors, ça s’écrit comment ? Si je l’appelle, elle saura ? Parce que c’est compliqué ! Bon vous dîtes Mme D. alors….

Elle nous toise de nouveau, se dandine sur son siège, se lève, se rassied. Un gros cabas leste  ses pieds. Elle s’en saisit, se relève franchement cette fois, au revoir, se dirige vers la porte, en sautillant. C’est qu’elle est pressée ! On n’avait pas tout à fait tort finalement. Les mêmes pas sautillants la ramènent vers le guichet tandis qu’un autre client, vient de prendre le siège. Il a le soulagement coincé dans le gosier.

Elle, un peu contrite, juste ce qu’il faut, pas trop : Vous m’avez donné un reçu pour le chèque que j’ai déposé tout à l’heure ?

L’employée, une main sur la bouche : A oui, excusez-moi !

Elle, magnanime : Ce n’est pas grave vous avez tellement de choses en tête !

Elle s'en va tête haute, sûre d'elle et de son importance.

 

 

 

 

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : photo de vacances

 

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J’ai choisi Stockholm pour la lumière particulière qui baigne la ville. En avril et en journée, on a réellement le sentiment qu’un filtre se pose sur les bâtiments et sur l’eau, comme si le ciel et les nuages n’acceptaient que de la poudre d’or. Qui agirait comme un révélateur, les couleurs tranchent et les immeubles semblent posés sur les embarcations et alignés comme des touches de piano. De loin, la ville semble flotter au milieu d’une vaste étendue bleue, tant le ciel et la mer s’accordent à se parer d’une même nuance azuréenne.

 

 

 

 Photo 022

 

A la tombée de la nuit, les bâtiments n’ont plus que des contours et se détachent, fantomatiques, dans le ciel qui luit derrière eux, du dernier éclat d’un soleil timide. Au­-dessus, l’azur persiste quelque temps encore, comme pour braver la mer. Peine perdue, celle-ci étale implacablement un miroir à l’émeraude victorieux. Stockholm est magique, il suffit de fermer les yeux au bon moment, que change le décor, introduisant la scène suivante et que se poursuive le spectacle. Comme au théâtre quand on plonge la salle dans le noir entre deux actes.

 

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