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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 10:00

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Je me suis installée devant et  me suis demandée pourquoi j’avais choisi celle-là. Qu’avait-elle de spécial, à part le fait d’avoir été prise depuis le jardin du château de Saint Projet dans le Tarn-et-Garonne, où dormit la Reine Margot, paraît-il. Elle me fascinait comme la photo d’une icône. Comme un produit, une marque de fabrique. Quelque chose de reconnaissable dans l’ensemble. On dit j’aime, parce que ça fait partie d’un tout, il y a une signature. On est presque forcé d’aimer, de penser c’est beau, de cette beauté universelle qui met tout le monde d’accord.

J’ai pris le temps de découper l’image, d’en examiner les morceaux, de jouer les expertes. La vasque au premier plan, qu’on dirait ajoutée après coup apporte un surcroit de couleurs. Ces boutons orangés sont installés au-devant d’une scène de campagne classique, comme des personnages. Ils se dressent  et foulent des champs tondus, hachurés et coiffés tels des enfants de cœur, avec des raies sur le côté. Ils dansent au gré du vent et avec une certaine fièvre, luttant contre la courbure du terrain.

 Les maisons à l’arrière-plan, fichées ainsi que des piquets aux pointes rouges, contre balancent l’ensemble. Restaurent un équilibre, ce sont les duègnes qui contiennent la jeunesse turbulente. Un enroulement de verdure au fond, molletonne le décor. Comme si le ciel intensément bleu ne devait pas rencontrer le sol ocre de manière trop abrupte. Si l’on devait morceler ces couleurs chaudes, claires, éclatantes. De la lumière certes, mais une intensité progressive, installée, harmonieuse. Les lignes sont marquées, horizontale pour la vasque,  le mur de pierre  et le ciel, verticale pour les fleurs et les maisons, arrondie pour le champ.

Alors oui, j’aime beaucoup cette photo. Mais  son étude est une élucubration de ma part. La tentation d’appliquer quelques codes d’analyse de la peinture, à une photo prise comme ça, dans l’impulsion du moment. Parce que je suis conditionnée, cette photo me rappelle un peintre. La toute première fois que je l’ai vue, je me suis écriée : oh, on dirait du Van Gogh ! en connaisseuse du dimanche.

 

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 10:00
  1. Le casse-tête cette quinzaine chez Sherry est : « Jeux de plein air »

 

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Il s’agit d’un  jeu cruel.  Je l’avais évoqué, lors d’un article précédent : DISPUTE.  C’est une activité pratiquée dans les îles,  les photos que je montre ont été prises à la Martinique. On fait se rencontrer un serpent fer-de- lance appelé à tort trigonocéphale et une mangouste.

 

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Dans la nature tous deux cohabitent paisiblement.  A l’origine on a introduit la mangouste  afin de combattre le serpent dans les plantations de canne à sucre. Mais les affrontements n’ont lieu réellement que pour le spectacle, et dans l’espace clos que constitue la cage de verre.

 

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Les assauts de la mangouste sont des morsures éparses, de quoi déstabiliser le serpent qui n’a pas son agilité. De surcroit, le petit mammifère est en partie immunisé contre le venin. Le dernier  assaut est fatal pour le reptile puisqu’il se produit au niveau de l'arrière de la tête.

 

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On organise des combats pour le public comme c’est le cas ici. La mangouste a souvent la vie sauve mais peut ensuite succomber à ses blessures. Aujourd’hui elle est un véritable fléau car elle s’attaque à de nombreux animaux: iguanes, couleuvres, poules.

Aussi quand ma  « Dispute » évoquait ce combat, c’était une exagération car la colère doit être constructive, appuyer sur ce qui va mal afin d’y remédier. Et non pour achever l’adversaire par KO. N’est-ce pas ?

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 10:00

 

 

Dans le cadre des textoésies de Suzâme : «  La Solitude »

 

 

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Ca n’existe pas, susurre Nicoletta

Sa voix cajole, enveloppe, vous prend dans les bras

Puis elle forcit, affirme, décolle, ne doute pas

Provoque des frissons, de l’émotion, convaincra

 

Elle clame, tranche,  harangue, prend à témoin

Puis réalise, s’est emballée, baisse d’un ton

Change de tempo, moque les poètes, les baladins

Enfle, toise, perchée haut c’est la voix de la passion

 

Résonne, raisonne, fortifie, console,

Se fait sensuelle  et use d’onomatopées,

C’est du jazz, c’est du blues, toutes les notes s’envolent

Chavirent, la solitude existe, accompagnée.

 

 

 

 

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 10:00

 

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Piscine Oberkampf à Paris, image prise sur le net

 

C’est l’été et à Paris, on va à la piscine. Il faudrait pédaler un peu vite, un peu loin pour trouver la mer. Les enfants  se contentent d’éclaboussures, je patauge, tu plonges, tu me prêtes ta planche, je te passe mes lunettes. On nage sous les gens, on leur rentre dedans. On fatigue, on a envie de faire pipi, on a faim, on rentre fourbu.

Pour nous, c’est plus monotone. Longueurs sculptant le corps, notre corps svelte et musclé. Mais si, mais si... Pauses, et force moulinets de jambe, avec les coudes sur les rebords. Séances bronzette et lecture si la piscine, découverte, possède un coin de gazon. Ou alors observation zélée d’autres nageurs en apparence,  décrochage de cerveau en réalité. Parfois, dans ces périodes d’absence, je pense à Aurélien, celui d’Aragon. Le type qui nage dans la piscine Oberkampf à Paris, XIème. Aurélien le bourgeois, se frotte au peuple. S’ébroue joyeusement. Se remémore Bérénice son amour impossible. Ronde  éternelle de l’eau, de l’amour et de la mort. Dans le livre, l’eau est le véritable symbole, le décor reste anecdotique.  Il est le héros de mon article.

 Je connais  bien cette petite piscine en forme de L. Mes enfants y ont appris à nager. Je me dis chaque fois, qu’elle n’a pratiquement pas changé depuis 1922, date à laquelle se déroule la première partie de l’histoire d’Aurélien.

« Si petit que fût l’espace, Aurélien préférait encore celles-ci (les piscines de l’est parisien) aux cuvettes pour gens chics qui lui étaient toujours suspectes pour la propreté… L’étroit balcon entouré de cabines de bois peint rouille ruisselait d’hommes qui s’ils venaient ici le faisaient par goût de la nage et du bain…C’était un boyau d’eau verte, assez propre, bien éclairé, faisant sur le côté un coude avec une branche latérale pour le petit bain, où allaient les enfants et les gens qui ne savent pas nager. L’eau était légèrement chauffée et cela faisait un peu de buée en l’air ».

Bien sûr,  elle a été refaite  au goût du jour, peinture fraîche et céramique clinquante. Il ne lui manque que les ferronneries pour paraître  aussi racée que la Piscine Musée de Roubaix.  Les cabines en hauteur, surplombant le bassin, ont gardé ce petit air vieillot. On parle de style paquebot avec des coursives pour arriver aux cabines. Des hommes comme ceux qui  étrennaient leur « maillot rayé emprunté à la caisse, leur cache sexe ou leur petit caleçon blanc » et « éclaboussaient l’air » s’y rendent aujourd’hui. Des femmes aussi, qui ne se baignaient pas avec les hommes à l’époque, semble-t-il.

 

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La piscine. Musée de Roubaix.

 

Il existe peu d’endroits, de sites à l’intérieur desquels,  l’activité demeure inchangée par le temps et l’histoire. Nombreux sont les musées, les administrations, les ministères, les châteaux qui nous tiennent à distance. Un recul souvent matérialisée par un cordon qui sépare, qui éloigne. On peut imaginer les personnages, les gens célèbres, on ne se promène pas au milieu d’eux.  C’est  une petite frustration, une injustice.

Quand je me rends à la piscine Oberkampf, c’est comme si j’avais obtenu l’autorisation de m’asseoir dans un fauteuil à Versailles et d’y laisser mes empreintes. Je nage avec Riquet, l’ouvrier, et son « copain » Aurélien, le bourgeois. Il n’y a là aucune idée coquine, mesdames… je vous entends !

Je termine avec les mots d’Aragon qui évoque l’effondrement des barrières  sociales : « Il (Aurélien) avait éprouvé …ce plaisir, ce contentement qu’il retrouvait à cette heure : d’être, sans que personne ne s’en aperçût, introduit là où il n’avait pas le droit de se trouver, de ne pas se distinguer de ces gens d’habitude lointains, mystérieux, interdits… Il sentait ce qu’à rebours on imagine qu’un homme du peuple pourrait ressentir, brusquement transporté dans une société choisie, élégante, riche, éblouissante… »

La piscine m’envoûte, parce qu’elle résiste au temps. Je ne m’étais pas rendue compte que l’eau et la nudité gommant toutes les barrières, l’illusion de la rencontre entre deux époques s’en trouve renforcée.

 

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 10:00

 

 

Photo-134.jpg

 

 

Ces pompons bordent les murs  blancs de la maison,

Comme des  nœuds placés tout ronds sur des chaussons

Elle préfère qu’on enlève ses  souliers de ville

Et qu’on emprunte le chemin d’un pas tranquille

 

Dans un bruissement de soie, et sans falbala

Sabots aux pieds, elle arrive, à tous petits pas

Souveraine et altière dans ce manoir champêtre

Où entre le soleil  par de nombreuses fenêtres.

 

Elle l’a voulu coquet, chaleureux, romantique

Suscitant   la passion, les échanges  bucoliques

Un  cadre apaisé dans lequel tourmenter

Les muses ; et écouter  le sol, les murs pleurer

 

 Photo 138

 

Un lieu  où vibre l’âme, où déclarer sa flamme

Esquisser un portrait,  harmoniser ses gammes

Entre intellectuels, charmants, spirituels

Entre gens de salons, se voir pousser des ailes

 

Elle ne peut guère se passer des bois, des forêts

Qui entourent son domaine, son royaume des fées

Un pays de sortilèges et  de feux follets

Une vallée noire, haies vives, chemins encaissés.

 

Je l’imagine sans peine, au peuple associée

Elle observe de près Fadette ou Sylvinet

Partage leurs joies simples et l’amour de la terre

Consigne par écrit leurs émois, leurs galères

 

Dans son  jardin remarquable, se poste soudain

Entre les cèdres plantés par elle, de ses deux mains

A la naissance de ses enfants, défiant le temps, 

La Bonne Dame de Nohant est aussi maman

 

 

 Photo 129

 

 

 

 

 

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 10:00

Selon un challenge proposé par Lénaïg durant l’été, je me prête au jeu  de la proposition B : Commencer par :

"Il ne se passa rien, ou à peu près l'équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis, un matin" ...

et finir par :

"Mais j'ai toujours fait mes choix à l'intuition, uniquement".

 

 Photographes4.jpg

Photo prise sur le net    

Il ne se passa rien, ou à peu près l’équivalent de rien, pendant plusieurs semaines ; et puis un matin, ce fut la délivrance. Son visage me hantait, me torturait depuis que j’avais eu son image, dans l’objectif par erreur. Ce fut lors un goûter d’anniversaire au cours  duquel   j’étais gardien des souvenirs. Emprisonnais des robes à fleurs, des culottes courtes et des nattes, pour la postérité. Par mégarde, j’avais attrapé une grande sœur, postée au second plan. Attrapée, afin que je lui courre après. Elle ôtait de l’éclat à ces visages ronds aux yeux brillants car son sourire dévorait le monde. A commencer par eux, ces enfants, princes d’un jour. Un halo, une blondeur phosphorescente l’enveloppait jusqu’aux épaules. Ses cheveux fonçaient dans l’épaisseur, lui donnaient de la consistance, de la profondeur.

J’avais tiré un exemplaire de la photo sur papier  que je gardais dans ma poche. Et mon ordinateur s’était accoutumé au curieux fond d’écran que je lui  avais infligé. Il grésillait bien un peu au démarrage, signifiait son agacement. Il me jugeait superficiel, entiché d'une Marylin,d'une coquille vide. Mais j’avais saisi quelque chose, j’avais besoin d’autres clichés. Comme lorsque les mots ne suffisent pas à exprimer des sentiments, ou qu’ils ne s’inscrivent pas spontanément sous la plume. J’avais livré ma commande, ça ne me regardait plus. Les jours passaient, amputés de leur folie, de leur légèreté. Enflaient, gorgés d’espoir, de désespoir, de quoi au juste... Cette perruque blonde passait devant mes yeux, des fils épais, de la soie douce, aérée. Je n’étais pas amoureux, les autres s'inventaient que je l’étais. Cela devenait une obsession, de celles qui poussent à téléphoner sans laisser de message, à n’importe quelle heure du jour, de la nuit. Lorsque la voix espérée au bout du fil apaise, ressource, abreuve. Je ne connaissais pas sa voix, je n’avais pas son numéro de téléphone. Je n’étais pas amoureux. J’étais malheureux, incompris.

 

Mon calvaire cessa brusquement au réveil, le lendemain de cette soirée, fameuse. Je l’avais revue par hasard, lors d’une exposition. Elle ne m’avait pas reconnu, m’avait-elle remarqué simplement, la première fois ? Elle regardait une photo au mur, un verre de champagne à la main. Semblait figée dans une robe noire cintrée à la taille. Son visage était pâle comme son sourire. Et pincé le sourire, ainsi que les narines. Elle se détaillait, détaillait son portrait. Par quelqu’un d’autre que moi exposé. Le chef-d'oeuvre par un autre réalisé. Toutes les subtilités, les contrastes, la fragilité, la force qui émanaient du modèle avaient été évalués et restitués. Je m’étais incliné, je ne prouverais rien avec elle. De sa beauté, de mon talent. Elle s’était tournée vers moi, avait chuchoté dans un raclement de gorge :

-         Ne trouvez-vous pas que je suis affreuse là-dessus?

Avant que  je réponde, surpris, l'artiste s’était approché, l’avait effleurée à l’épaule, puis avait déclaré, s'adressant à moi :

-         Elle est splendide n’est-ce pas ? J’ai eu un peu de mal à sélectionner des modèles. Mais j’ai toujours fait mes choix à l’intuition, uniquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 10:00

 

Casablanca-001.jpg 

 

La gare est le noyau de toutes les artères

Ils s’y rendent, ils en sortent  et mordent la poussière

Comme des coccinelles affriolées de sève

Ponctionnent les nervures dès que le jour se lève

 

On s’entasse, on se pousse, on s’écrase en cadence

Sur des sièges éventrés, de la tôle en souffrance

On se dit en en riant que ça vaut bien le tram

Et qu’on ira partout, pour seulement cinq dirhams

 

Place des Nations Unies, quartier du Belvédère

Des circuits, des trajets, et laissez-vous donc faire !

Vous dépayseront,  l’aiguille de la Mosquée

Non loin de la Corniche, est une Belle très prisée

 

Casablanca 024

 

 

Et si vous leur plaisez, et s’ils sont  un peu fous

Les chauffeurs sauront mettre la ville à vos genoux

 Offrent un thé à la menthe, une corne,     aux gazelles

Car c’est  le nom qu’on donne, ici, aux demoiselles

 

Si vous le souhaitez,  vous mèneront à Rabat

Dans les parfums fruités, au cœur des Oudayas,

Des abords feutrés aux marbres du Mausolée,

De ces Princes Alaouites qui règnent au Palais

 

Pour s’oxygéner retourneront à la gare

Envers d’autres touristes auront bien des égards

Gourmands, ils  se nourrissent de globules, du sang frais

De délicieux oisifs qu’il fait bon promener

 

 Casablanca-045.jpg

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:00

 

Le casse-tête cette semaine chez Sherry est : suggestion

 

20-juillet-2012-1261.JPG 

Au loin à l’horizon, incident de parcours

Posées au creux des vagues, flottant sur du velours

Imposent le silence, se pulsent avec aisance

Approchent de la coque, translucides nuisances

Suggestion ?

 

20-juillet-2012 1186

 

 

 

 

 

Regroupées dans le port, enkystées sans un bruit

Silhouettes fantômes ballotées par les flots

 Tandis qu’un ultime rayon persévère et luit

On entend de la nuit, le tout premier sanglot

Suggestion ?

 

Photo 002    

 

 

 

 

 

 

A l’avant et crinière dressée, caracole

Les dents serrant le mors, dirige la gondole

Berce les amours, lumineux guide d’un jour

Illusion des cœurs sourds flirtant avec toujours

Suggestion ?

 

Photo 013 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 10:00

 

 barrieres

 

Nous avions décidé de visiter l’exposition Helmut Newton le 22 juillet. Il faisait beau, l'exposition s'achevait le 30, des arguments qui se valaient. Et compliquons-nous la tâche, c’était l’arrivée du tour de France. Plus évaporés que ça, tu meurs! Juste derrière le Grand Palais, un bazar de grillages, barrières, barricades en plastique. Un brouhaha de paroles mâchées dans des hauts parleurs,  langues baragouinées avec enthousiasme, drapeaux haussés par des Marianne en short  ou roulés sur le torse. De la couleur, de l’imprévu, un événement, de quoi shooter sur le vif.

De quoi entrer dans l’univers d’un photographe par la petite porte. Helmut Newton, c’est un nom célèbre, une légende. Je n’avais que ces indications-là. Naissance à Berlin en 1920, a fui le régime nazi, a voyagé, Australie, Etats-Unis, Grande Bretagne. Et puis le choix définitif, la France et Monaco. Une épouse dévouée, organisatrice de l'exposition, célèbre aussi sous le nom d’Alice Springs.

 

 cdeneuve.jpg

 

Je connaissais sa Catherine Deneuve, et quelques grands noms de sa mode comme Inès ou Kate. C’était beau, lisse, chic. Des images pour glacer le papier épais des magazines qu’on feuillète chez le coiffeur.  Grâce à lui  les couturiers faisaient la roue dans Vogue. Il envoyait des stimuli hauts de gamme à des mâles raffinés et en rut. Il prônait l’extravagance, la démesure, comme tous ceux qui souhaitent qu’on parle d’eux. Helmut ne m’était pas accessible, ne me touchait pas, n’était pas de mon monde.

 

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Et j’ai découvert un petit monsieur charmant, rieur, un rien cabotin. Très proche de vous, de moi. Il ne fallait pas rater le film projeté au cours de l’exposition.  Qui renseigne sur l’homme et sur son travail. Ce regard incisif sur les corps, cette matière, la chair, cet outil. Le besoin de femmes à charpente  musclée, au look  androgyne ou totalement sexué, décomplexé. La force qui se dégage de ces photos, de ces mouvements à l’arrêt. On croit voir des cuisses  s’écarter, les mains caressent, les seins provoquent, se tendent, détachés du corps.  Helmut, c’est Degas, un siècle plus tard. Ce même intérêt pour la nudité, que les corps soient dévoilés ou habillés.

Lorsqu’on ferme les yeux dit-il et qu’on les rouvre ensuite, on perd tout  ce qu’on avait dans la tête. Lorsqu’on  obture l’objectif, un millième de seconde, il restitue tout sans tricher, dans la netteté, dans la vérité du photographe. « Ce n’est pas toi, que je veux montrer, c’est l’idée que j’ai de toi ».

J’ai fermé les yeux  pour continuer ma balade chez Helmut. Quand je les ai rouverts, il était à  mes côtés, il me donnait une petite tape sur l’épaule. Arrête-toi là, cette femme ficelée, ses gants en latex, ce portrait de Mr Le Pen avec ses dogues, célèbre pour de mauvaises raisons, est-ce que ça te dérange ? Parce ce que j’ai toujours des menottes, des chaînes, des cordes dans ma voiture, ce sont des outils de travail. Je ne me soucie pas du convenable, du conforme, je veux interpeller.

 

helmut-newton-grand-palais-3845074384.jpg

 

Observe ma Léni Riefenstahl, le visage de la vieillesse, sa noblesse, sa hideur ! Concentre-toi sur cette main, ces doigts boudinés, l’argent, le vernis, la pierre. Demande-toi ce que je veux exprimer ! Prends le temps, regarde mes Saint Laurent, Mugler, Chanel, n’y a-t-il que du luxe, de la préciosité, de l'exceptionnel? N'y a-t-il rien qui te touche, toi dont l'univers est tellement loin de tout ça. Ca peut être la fille, le tomber du vêtement, l'amorce d'un geste, une attitude, fierté, modestie, arrogance. L'arrogance chez l'autre, a quelque chose d'insupportable, d'admirable aussi qui paralyse. J'avais toujours pensé ça. Là, on me le montrait, c'était palpable. Et sa voix à lui, cet accent délicieux. Quand je fabrique des situations loufoques, femme mangée par un crocodile, Walkyrie, nu contre un réfrigérateur, suis-je dément ou créateur ?

Vous êtes un artiste, Mr Newton, définitivement. Il y a votre style qui  fait votre renommée. Il y a votre travail, votre influence. Et votre oeil, votre profondeur, votre sens de l'humour, de la dérision, des couleurs, des profils, des contrastes... Si j'arrêtais...

 

       Elmut.jpg

      Là c'est moi dans la galerie, et mon mari n'est pas Helmut Newton!

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 10:00

Pour commenter la photo-sujet de la quinzaine chez Miletune

 

Les salles de jeux ne signifient rien pour moi. La seule fois où je m’étais présentée au Casino de Monaco à l’âge de vingt-et-un ans, les agents de sécurité avaient malmené ma carte d’identité, suspicieux.  Je m’étais collée aux machines à sous. Et m’étais ennuyée très vite.

Mais ces lettres illuminées disposées en arc de cercle sur le fronton d’un édifice, les mots salle et jeux,  les dés bondissant comme l’eau d’un torrent, les jetons qu’on balance en masquant la nervosité sous de la nonchalance, la roulette aux encoches bicolores, comme des sentiments tourmentés, m’évoquent la passion. Celle du Joueur de Dostoïevski, celle de Grégory Peck pour Ava Gardner dans le film tiré du livre : Passion Fatale. Peu importent l’histoire et les ravages de l’amour et du jeu. Je ne vois que deux héros sublimés par une rencontre et par le lieu où elle s’épanouit.

 

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Il est beau, grand jeune, mince, torturé. Comme ces êtres qui n’ont pas encore vécu mais sont prêts à succomber à la grande aventure de leur existence. Il est malléable, manipulable, et perméable. Le jeune homme en costume, nœud papillon et gants blancs, est fasciné par le jeu puis possédé. Dépossédé de lui-même. Sa fièvre de gains le conduit à boire les paroles du croupier, à se désaltérer à grandes lampées de « les jeux sont faits ». Sa fièvre d’amour l’envoie se noyer dans des lacs clairs, les yeux d’une Ava, fière, angélique et démoniaque. Nous sommes à Hollywood, rouflaquettes et gomina pour lui, boucles torsadées, robes sublimes, perles pour elle. Nous sommes chez Dostoïevski, la passion est un moteur et se heurte aux calculs, aux intrigues, aux coups bas. Toutes les composantes du jeu sont là. Et l’atmosphère aussi, on boit, on se mesure, on se toise, on baisse les yeux en usant de l’éventail, on exerce son charme. Parmi d’autres joueurs, tout aussi enjôleurs,  perfides et perdus.

Moi spectatrice, comme dirait Mr Hollande, je m’étais régalée avec ce film  en noir et blanc, qui n’avait pas eu tant de succès que ça, à sa sortie en 1949. Si bien que l’image proposée par Miletune, me l’a automatiquement remis en mémoire.

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