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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 08:00
J'AIME ASSEZ

J’aime assez l’idée d’un livre voyageur qui parcourt le monde par la poste. Et dont les pages sont couvertes d’empreintes, de poussière de tous les pays. Pliées, chiffonnées, par des lecteurs curieux et avides. Dont les mots, entourés, soulignés, ajoutés dans la marge sont la preuve de l’intérêt qu’on manifeste à la lecture. Dont la couverture cornée ou arrachée, la reliure décollée, la quatrième de couverture inexistante, les grains de sable, les tâches de graisse ou de chocolat certifient : « j’ai été manipulé, adoré ou rejeté, trimballé dans un sac, lu dans les transports, dans un lit ou aux toilettes mais j’ai apporté quelque chose».

J’aime assez l’idée d’un voyage par la lecture. Echappatoire, découverte, enrichissement, enseignement, divertissement. Oubli du lieu, du moment, de l’entourage. Perte de la notion de temps ou d’espace, des sensations de fraîcheur, de chaleur, des besoins de boire ou dormir. Lire assis à une table à la bibliothèque, debout entre deux rames du métro, à genoux entouré d’enfants aux yeux écarquillés, à plat ventre sur le canapé, dans la position du lotus ou sur un tapis à clous, peu importe. Pourvu que ça signifie : « J’en apprends autant qu’avec une valise ou un sac à dos en parcourant le monde »

J’aime assez ce cliché car à lui seul, il rassemble  deux idées  qui me sont chères.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:00
AU SOL HUMIDE ET FROID

 

Qui t’as déposée là

Au sol humide et froid

Dressée tout contre un arbre

Aussi dur  que le marbre

 

As-tu  couru la lande

De Bretagne ou d’Irlande

Sifflé  sur la colline

Vibré,  cœur grenadine

 

Es-tu tombée à terre

Lancée par Marc Knopfler

Le nez dans le ruisseau

Faute à Manu Chao 

 

Penses-tu comme Nicolas

Qu’on ne veut pas de toi

Clames-tu ici et là

Je n’brigue pas d’autre mandat

 

Sur la mule de Pancho

Danses-tu le Flamenco

Promenais-tu Django,

 Jazzy, au fil de l’eau

 

Sous les doigts fins, agiles

D’un jeune ado fébrile

Qui caressait tes cordes

Semais-tu la discorde

 

Tu étais jeune et belle

Avide de ritournelles

Et tu ronges ton frein

Nul sac à sapin

 

Masquant ta déchéance

De ce trou la béance

Escamotant le bois

Si lustré autrefois

 

Sais-tu qu’au cimetière

Repose à même la pierre

Ta p'tite sœur de chagrin

Veillant sur Fred Chichin

 

Il  suffirait de peu

Le geste d’un curieux

Artiste mélomane

T’emportant dans ses mannes

Tombe de Fred Chichin ( Rita Mitsouko), au cimetière Montmartre

Tombe de Fred Chichin ( Rita Mitsouko), au cimetière Montmartre

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:00
FOLKLORE

Décembre en place, c’est Noël qui s’oublie. La fête approche et file entre nos doigts. Se prépare dans l’effervescence. Dans une débauche de lumière, de couleurs. La foule gesticule, se masse, se bouscule. Odeurs de parfums et de sueur, chaleur oppressante des grands magasins. Nourriture étalée, coffrets, boites, papier glacé, bolduc, ficelles. Sapins emmaillotés, jacinthes pailletées, thuyas enneigés. Etoiles en vitrine, marchés, épicerie fine, repas d’entreprise, cadeaux surfant sur la crise, robes scintillantes,  bourses parfois défaillantes. Surprendre et faire plaisir. Offrir et recevoir. Un mois de frénésie, de courses et de folies. D’intenses préparatifs, d’assauts démonstratifs.

Pour un soir pareil aux autres, dont la  magie est de rassembler ceux qui s’aiment. Au-delà du folklore de décembre.

 

 

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:00
BAL D'HIVER

Comme une abeille au bal d’hiver, elle a dansé devant l’estrade. Son insouciance était son arme, la force des purs, des innocents, qui luttent sans cesse contre le vent. A la périphérie de Paris, bien loin du cœur et des poumons, la vie semble arrêtée. Les commerçants s’en sont allés, banques et médecins ont déserté. Le supermarché fait grise mine, Noël oublie de s’installer, avec son cortège de lumières. Alors danser dans la poussière, en écoutant chanter le groupe, se  remuer au bal d’hiver, c’est indiquer qu’on est vivant, qu’il est  encore  temps. De bousculer monsieur le Maire et ses adjoints, tous les élus. Loin des endroits favorisés, loin des grands axes oxygénés, certains quartiers sont asphyxiés. Nous sommes les extrémités de Paris, ses doigts gelés. Réchauffez-les, donnez à d’autres abeilles en devenir, à leurs parents, à leurs aînés les moyens de profiter du temps présent.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 08:00
LA BOITE

Il a dit : la prochaine fois je ramène la boite. De chocolats bien sûr.  Il y a le plaisir de recevoir, la gourmandise, le goût sucré dans bouche. C’est ce à quoi on pense tout d’abord. Il y a la période aussi. Quand les chocolats circulent, c’est que Noël ou Pâques  approchent. Ce n’est pas une question de religion mais de coutume, le sens de la fête, du partager ensemble. Il y a le plaisir d’offrir. Quand les chocolats circulent, c’est aussi pour remercier, sans s’encombrer de mots. Quelle que soit l’époque de l’année.

Il y a le geste. Touchant chaque fois. Parce qu’on n’est pas obligé, qu’on n’attend en retour, rien de plus que ce qui l’a motivé. Parce qu’il est pensé, réfléchi, qu’il n’est pas anodin.

Pour nous pharmaciens, comme pour d’autres professions de service,  en cette période, la gourmandise, le plaisir, les remerciements contenus dans une boite de chocolats sont un petit supplément. La preuve d’un échange, d’une communication, d’un lien précieux avec le client.  

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 08:00
Hommage à Delacroix  par Fantin Latour ( Le peintre en blanc, Baudelaire face à lui)

Hommage à Delacroix par Fantin Latour ( Le peintre en blanc, Baudelaire face à lui)

J’ai voulu rattraper mon retard. Trois expositions en trois semaines. Fantin Latour, Baudelaire et Oscar Wilde  m’ont fait revisiter le XIXème siècle. J’ai admiré les peintures du premier, ses portraits de groupes saisissants, ses natures mortes. Adoré les commentaires du second sur les toiles de ses contemporains, étonnée quand même de découvrir qu’il rejetait les productions de Manet, précurseur des impressionnistes. Me suis régalée des remarques grinçantes du dernier, ses boutades, ses impertinences de dandy irlandais. «  Vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens ne font qu’exister »

Comme souvent durant mes visites, j’ai eu à observer de loin, sauf pour Baudelaire avec qui j’ai pu converser en tête à tête, des œuvres devant lesquelles s’agglutinait une foule dense, immobile, des groupes accompagnés d’un guide volubile, un peu précieux. Subir les foudres des gardiens lorsque j’approchais les murs d’un peu trop près. Ecouter les commentaires d’une grand-mère s’extasiant devant les cadres dorés à l’or fin qui lui rappelaient ceux de sa maison de campagne. Et m’apercevoir, effarée qu’on devait épeler le mot « esthète » aux élèves d’une classe de troisième, leur indiquer qui était Verlaine. Quoique, à leur âge, ça me disait quoi Verlaine? Bref comme toujours, j’en ai autant appris sur des hommes illustres du passé que sur mes contemporains anonymes. Tout cela m’a fait du bien.

 

Oscar Wilde

Oscar Wilde

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 08:00
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:00
BALLET

Ils entrent timidement le samedi jour de marché, dans l’officine. Choisissent un moment où la foule se fait moins dense ou une période de vacances scolaires. Ils ont l’air sérieux, sont conscients de l’importance de la tâche qui leur incombe. Ils ont une sacoche en bandoulière ou portent un cartable d’écolier qui ne pèse vraiment pas. Leur voix est douce, ils parlent tout bas, leurs yeux observent nos mimiques, notre langage. Arrivés au comptoir ils déterminent le nombre de personnes qui composent l’équipe, ouvrent leur précieux bagage, tendent la main discrètement mais fermement, interrogent : «  Tout le monde est là, personne  à l’arrière ? » Et distribuent de belles affiches. Avec au recto le portrait flatteur d’un candidat au sourire ravageur. Au verso de belles promesses établies à l’encre noire sur du papier bleu, rouge ou blanc.

Le ballet précédant  la course à l’Elysée vient de commencer, et chez nous commerçants, cabrioles, pas chassés et changements de pied se succèdent avec virtuosité.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 08:00
TROIS COULEURS

J’aime que l’automne ait trois couleurs. Qu’il se débatte entre les saisons, qu’il peine à trouver sa place, qu’il se croit jeune et fort encore, qu’il s’épanouisse en rougissant, qu’il disparaisse en s’asséchant. L’automne correspond à un âge idéal, où l’on définit ce qui est important et ce qui reste à accomplir. Il se sent vert et plein de sève, il fait de l’ombre sous les tonnelles. Il se croit riche, se couvre d’or, porte des habits scintillants.  Lorsqu’il se penche vers l’eau d’un lac, ce sont pourtant larmes de sang qui miroitent et l’affaiblissent. Bientôt le givre et les grands froids le dépouilleront. Décharné, décoloré il enfilera sans regret le manteau de  neige poudrée que  l’hiver tendra de bon gré.

 

 

TROIS COULEURS
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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 08:00
SONATE

L’automne c’est le bruit des feuilles sous les pas, un craquement sec comme l’huile de friture. Mais il faut aller aux champignons dans les sous-bois, avec un canif et un panier en osier. Parce que là c’est magique. Le sol est rouge, doré, personne ne l’a encore foulé, les bottes s’enfoncent et ça crisse, ça crie, on dirait que la terre rouspète. Ça vole dans tous les sens, ça s’éparpille et ça revient se coller aux semelles. En réalité la terre aime qu’on la chatouille, qu’on la gratouille. Qu’on déplace des graines, qu’on emporte de la mousse. Sans la dépouiller totalement. Qu’on lui laisse quelques bolets pour la repousse comme on lui a gardé des jonquilles il y a peu. En mélomane, elle a aussi d’autres joies au mois d’octobre.  Car la course des lièvres, la fuite des biches, le galop des chevaux ont un rythme particulier, composent  une musique qui sonne et claque, une sonate sur le tapis rouge de l’automne.

 

 

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