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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 08:00

Défi 105 chez Brûno, divagation à partir  d'un tableau de Balthus:

 

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Je peux recommencer à travailler mes cours, ouf ça y est. Elle a compris. Jusqu’ici, je m’agenouillais et m’accoudais à cette chaise, je fermais les yeux en priant le Seigneur qu’elle réagisse et sorte de sa torpeur. Elle se postait devant la fenêtre et regardait courir la route comme on regarde passer les trains, en spectatrice de sa propre vie. Les bras raides le long du corps, le souffle court, immobile, elle écoutait le temps filant dans ses veines. Elle tressaillait parfois, quand les souvenirs devenaient chagrins et la submergeaient. Et se reprenait bien vite, devinait que je m’agitais dans son dos,  l’onde de sa détresse avait dépassé la mienne, en se propageant. Dans la maison vide, nos souffles s’entrechoquaient. Ces deux chaises et la table exceptées, nul mobilier ou bibelot, nulle étoffe n’atténuait la douleur. Elle nous emportait toutes deux au cœur de la tempête dans ce néant qui arrache et soulève les cœurs. Elle persifflait, elle scandait : il est parti. L’homme  qui vous tenait debout, et faisait la vie douce et bonne.  Vous avez perdu, elle, un amant et toi, ton père.

Aujourd’hui elle a sorti l’escabeau, et tiré le rideau d’un geste nerveux. Elle  regarde la route comme le ferait un pilote de course avant de sauter dans son bolide : avec gourmandise ; elle a un foulard dans les cheveux en guise de casque. Elle soupire. Un râle long, puissant se muant en un rugissement provenant des entrailles. Une délivrance, je le perçois ainsi. Elle me tourne  le dos mais sa nuque n’est pas raide et son bras accroché à la toile ne tremble pas. Les murs, on va s’attaquer aux murs, c’est ce qu’elle a dit. Du blanc partout, plutôt que ce jaune moutarde. On va racheter des meubles, une ligne fluide, moderne, des couleurs claires.

Je peux recommencer de vivre mes folies d’adolescente, de m’offrir de l’insouciance pour un temps. Maman va mieux, ses yeux pétillent et les miens aussi. Papa n’est plus, il est en nous, il rayonne, pour toujours.

 

 

 

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 10:12

105ème jeudi en poésie chez Brûno, avec un peu de retard: En attendant l’été.

 

 

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Un bourdon volète et murmure

Tout contre un géranium lové

Et son message par  sa tournure

 Fustige l’imposture de mai

 

 Relayé sur tous les balcons

Par  des trilles vains, désenchantés

Il se pavane le ventre rond

Tandis qu’on donne la becquée

 

Les roses ont perdu leurs pétales

Au velours  lavé par la pluie

Un frêle  tapis de soie étale

 Orne  le sol, le soleil fuit

 

Un  lourd parfum de terre humide

S’accroche à mes vêtements secs

Poltron, maladif et acide

Printemps digère son échec

 

Dans l’aube grise, une trouée blanche

Signe la progression du jour

Sur mon épaule, midi se penche

 Et  me témoigne son amour

 

Moi,  les yeux clos, je veux bien croire

Que les tulipes vont faner

 Les murs de ma cité dortoir

Ont la pâleur des blés  fauchés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 10:42

 

 

Dans le cadre des textoésies de Suzâme : un peu, beaucoup de ciel

 

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Posé sur moi comme un linceul

Telle une chape  de poussière

Le ciel s’éteint, craintif et veule

Dans un grondement de tonnerre

 

La pluie s’abat rossant la ville

Un lourd rideau de cordes mêlées

Les oiseaux ont des plaintes fébriles

Les arbres plient échevelés

 

La nuit se colle à mon visage

Luisant et recouvert de suie

Les bâtiments dans les nuages

Ont l’air de spectres qui s’ennuient

 

Du sol trempé, des vapeurs âcres

Un long ruban de fumée blanche

S’enroulent dans un simulacre

De riposte doublée de revanche

 

 

 

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 10:00

Texte  publié chez Miletune d'après la photo-sujet de la semaine

 

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Le flacon, c’est le flacon que j’ai d’abord choisi, pour ses facettes et son ventre rebondi. Celui-là porte la couronne comme un prince. Le verre fait chanter des reflets mordorés,  happe les nuances. Le corps est voluptueux, la base fine.  Posté sur ma coiffeuse, tout l’hiver, il m’invite et je m’exécute. Un nuage vaporeux, à peine perceptible, comme un léger brouillard pénétrant  les pores de la peau. Mais ce n’est pas une fragrance ordinaire.

L’époque est ce qu’il m’a fallu définir ensuite. Quel mois, quel jour, quel moment? Quelle seconde exactement ? Quand recueillir le précieux parfum, constitué de pollens et d’arômes fleuris, de sève et d’herbe coupée, de l’odeur des pierres chaudes, des murs pétris de soleil. Comment harmoniser, séduire, définir une note de tête.  Envoûter, inciter à fermer les yeux, débusquant les souvenirs, le passé, l’enfance, au cours d’une séance hypnotique.

Pour la couleur, le choix fut facile. J’avais à emprisonner ce qui se dérobe comme les faces d’un kaléidoscope. A contenir et restituer, graduellement, les impressions, les émotions. L’ambre est la couleur des bijoux d’antan, de l’exotisme et de l’Orient, des peaux gorgées de soleil,  des boissons fraîches et maltées, de la lune les nuits d’été. L’ambre était une évidence.

Car, aux instants  les plus  ternes, les plus glacés  de l’hiver, il est ma force, il est ma drogue. Je  m’imbibe jusqu’à l’ivresse de l’éther, des voiles d’un Printemps dont  j’ai fait la capture aux heures les plus sensibles de la saison.

 

 

 

 

 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:00

Cette semaine chez Sherry le casse-tête est : vitesse.

 

 

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Moi c’est pas mon truc, surtout durant les vacances. J’avance doucement et le plus moelleusement possible. Et puis les parents sont tellement gaga qu’abuser est tout à fait normal. Je les ai d’abord traînés dans ce magasin, un « petshop » qu’ils appellent ça. Un drôle de nom pour un endroit rien que pour nous. Des vêtements sur mesure, des baballes, des os imités, mal d’ailleurs, des laisses, on se demande pour quoi faire, des croquettes, et là je sais, j’adore. Comme mes parents envisagent d’adopter une petite sœur de la race féline, ils se sont extasiés bêtement devant des souris en mousse avec des poils, et des bouts de cartons rugueux qu’ils appellent des grattoirs. Et là je me suis énervé, on n’était pas là pour ça. J’ai aboyé comme je fais d’habitude avec les étrangers, très fort, très longtemps, et en reculant, pas fou le chien.

Ils se sont enfin intéressés à la poussette tout terrain que je réclamais depuis un moment déjà. Je l’avais repérée au télé-achat, et j’avais fait semblant de boiter jusqu’à ce qu’on obtempère. J’ai choisi la couleur en sautant, péniblement quand même, dans l’engin qui me plaisait le mieux. Et voilà, le tour était joué.  Vous ne trouvez pas que j’ai l’air d’un Lord comme ça ? Ne dites pas que vous me trouvez ridicule parce qu’auprès des copains, rien à dire ça en jette !

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 08:00

 

Défi en poésie cette semaine chez Eglantine: La campagne, la nature, les arbres, les petits oiseaux etc...

 

 

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Roulées dans le printemps

Et la caresse du vent

A nous l’herbe des prés,

Bien tendre et arrosée

Un doux parfum de terre

 Et de bois, de mystère

Au centre de l’univers,

Une joie éphémère

 

 

 

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Tout au bord de la route

La saison en déroute

Dépose ses couleurs

Comme un mouchoir qu’on jette

Un soir, le cœur en miettes

Alors que le ciel pleure

 

 

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Roucouler sur les toits

Tous les deux, toi et moi

Exercice périlleux

Face à tous ces envieux

Qui guettent la chute libre

D'un fragile équilibre

Au centre de la ville

Une matinée tranquille

De l’herbe dans la gouttière

Campagne en bandoulière

On pourrait bien s’y croire

Laisse-moi y pourvoir

 

 

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 14:10

 

Jeudi 6 juin, j'ai fait la connaissance de Catiechris  devant l’école de sophrologie à Paris. C’est son mari qui m’a aperçue le premier tandis que j’attendais devant la porte. Je ne vous dis rien m’a-t-il prévenu, je laisse mon épouse vous raconter. Et j’ai découvert une élève enthousiaste, et motivée. Sa belle humeur et son sourire, ses cheveux blonds et courts illuminant son visage, son parler franc et communicatif, m’ont tout de suite plu. En l’écoutant, je savais déjà pourquoi elle avait entrepris cette démarche vers un univers si différent du sien. La curiosité, le besoin de s’enrichir, de se découvrir, de mettre à jour ses failles et ses capacités sont un moteur. Vivre tout simplement, et avancer. Cette rencontre était de celles qui boostent, qui dopent. Catiechris m’a convaincue de tenter la sophrologie. Une séance, oui pourquoi pas, j’essaierai, je vous raconterai.

 

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Et j’aime les coïncidences, celle-ci est de taille. Catiechris m’avait gentiment invitée à  me rendre à Rouen car en moment se déroule l’Armada. Mais mon emploi du temps ne me le permettait pas. L’Armada c’est la foule, les quais, des navires rutilants, des hommes en uniforme, des enfants éblouis, le cri des mouettes, des voiles déployées avec la prestance des goélands pressés de s’envoler. L’Armada c’est  la fête et ses flonflons, c’est aussi une idée des voyages, la liberté, l’éloignement, la solitude, la vie qu’on laisse à quai, c’est envisager ce triangle amoureux : soi, le vent et la mer.

L’Armada c’est le Belem. Un vieux bonhomme de 117 ans qui avait échappé à la destruction lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902 car sa place au port  de Saint Pierre étant prise, il avait dû chercher un autre emplacement. Le Belem est un rescapé, un chanceux, comme le fut aussi ma grand-mère. Cette année-là elle avait six ans et ce 8 mai, elle était en vacances chez une tante et y demeura une fois devenue orpheline. Alors puisque Rouen et la Martinique ont un lien magnifique, n’étions-nous pas prédestinées à nous rencontrer Catiechris et moi ?

 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 08:00

Défi 104 proposé par Eglantine : La basse-cour est en colère, tous les matins le coq la réveille aux aurores. Imaginez la révolte des animaux de la ferme, en vers ou en prose, de la façon qu’il vous sied le mieux, poème, historiette, dialogue …vous pouvez même convier le voisin qui aimerait lui aussi faire parfois la grasse matinée !

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Pendant quelques jours, nous a-t-on assuré, vous devrez parader devant des citadins, à la  grande ville, dans le petit parc. Il y aura des enclos, un pour le coq ses poules et quelques canards, l’autre pour les cochons, un autre encore pour les chèvres et les moutons. On placera deux ânes dans le dernier. Alors faites comme si. Ebrouez-vous, caquetez, tâchez de braire avec modestie, remuez votre petit derrière au goût de jambon, et vous les vaches que j’ai oublié, vous devrez meugler gentiment, avec un accent qui sent bon l’herbe des prés.

 

Ce seront  des vacances pour vous, un peu comme si vous alliez au musée. Derrière les barrières, il y aura de drôles d’animaux turbulents. Des mains se tendront, des mômes piailleront, d’autres pleureront, d’autres encore se sauveront effrayés. Des parents voudront à toutes forces vous photographier. On tentera de vous nourrir avec de la barbe à papa, car évidemment il y aura des stands tenus par les humains pour les humains. Désolé Naf Naf si ça sent la saucisse, mais les humains ne sont pas toujours délicats. Vous aurez de la chance, le temps sera plutôt frais, ça découragera certains. Sachez les caqueteuses qu’on vous demandera des œufs. Alors je t’en supplie Gallo motive tes demoiselles, pas comme  d’habitude en réveillant la maisonnée dès cinq heures du matin. A la ville on se lève plus tard et les œufs doivent être pondus pour le petit déjeuner. Tu dois montrer que tu es le mâle, hocher la crête et affûter tes ergots mais tu peux quand même diminuer tes trémolos et en ralentir le rythme. A la ville on se retient, on mesure ses actes. Je sais que tu es le chef, le ténor, le Caruso  de la basse-cour, pourtant tu ne vas pas là-bas uniquement pour te faire entendre mais surtout pour te faire connaître.

 

En fin de compte que qu’on attend de nous, est qu’on soit beau, qu’on l’ouvre un peu et qu’on se taise beaucoup. On nous demandera de mimer la campagne, et de nous ébrouer dans la paille. Il y aura même un fermier déguisé qui fera semblant de se plaindre du vacarme. Eh bien Gallo, pour une fois en ce qui nous concerne, il y a contre-ordre. Et nous t’accompagneront dignement. A cinq heures d’ordinaire on n’entend que ton chant strident et malvenu de goujat mal remplumé, mais ces jours-là tu ne seras pas seul. Ca va cancaner, braire, grogner, glousser, glouglouter, piailler, bêler, chevroter un maximum et ils sauront à la ville, qu’on n’est pas des animaux, à moitié. Ils sauront que nous nous unissons quand notre honneur est en jeu.

 

 

 

 

 

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 08:02

 

 

Défi 104 chez Eglantine  pour ce jeudi en poésie: le chat

 

 

20-janvier-2013 0647

 

Depuis qu’il est parti, elle s’ennuie et s’étiole

De son vieux compagnon elle se languit et miaule

Comme il est difficile de vivre une vie de chat

Au milieu des humains quand on n’a plus que soi

Ne plus bondir à deux, se courser et griffer

Ne plus pouvoir se fuir pour mieux se retrouver

Elle se montrait câline, douce et plutôt sage

Lui savait la mâter, c'était un personnage 

Tout n’est que stratégie, il était fort, viril

Elle jouait la femelle, plus jeune et plus docile

Une hiérarchie tacite, au repas tout un rite

Se servait le premier, elle attendait, contrite

Mais sur le canapé, au soleil tous les deux

Postés l’un près de l’autre, goûtaient les matinées

Aujourd’hui l’âme en peine, elle guette sur le balcon

Les beaux gosses du quartier qui jouent les fanfarons

L’aperçoivent de la rue, et chantent la liberté

Des matous bienheureux qui hantent la cité

Mais on lui a promis un tout petit chaton

Pour combler ses journées et emplir la maison

De fracas,  de désordre et de jeux polissons

Alors, elle se prépare et se lèche le plastron

 

 

 

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 15:45

Casse-tête chez Sherry: la barbe, et sujet-photo chez Miletune

 

escargot

 

Je suis plutôt démuni. Si je souhaite me cacher je « m’encoquille » et me dérobe entièrement aux regards. Je ne connais pas les artifices.  Je n’en ai pas besoin pour circuler librement dans le potager. C’est l’unique endroit où je n’ai pas peur. En ce moment je suis à la fête, l’eau ruisselle sur mon corps lisse et j’aime me frotter aux nervures des grandes feuilles qui bordent le chemin. Je salive et ça se ne voit pas dans les flaques. Je rampe, me hisse et me tortille. Je n’ai pas de complexe, mes yeux antennes voient tout et je capte le jour sous une couche de chlorophylle. La lumière déposée sur ma maison me rend beau. Mon corps de limace a du caractère, je ne suis ni gras, ni laid, ni visqueux avec mon coffre, mon trésor de capitaine, sur le dos. Je suis le roi des terres mouillées à l’odeur forte, entêtante. Je les parcours comme on glisse sur l’océan.

Je me fonds au paysage, c’est inconscient, plus fort que moi. En protection contre les prédateurs, ces gobeurs d’escargot. Ma maison ne suffit pas à envelopper ma chair, là-haut on m’a fabriqué sans penser aux chocs et aux indiscrétions. Comme j'aimerais être menaçant et doux à la fois! Je suis sans barbe et sans mystère, coulant comme un serpent mais je ne sais pas faire de noeud qui enserre et massacre. Je me demande quelles sensations procurent ces poils drus, épais qui accrochent ou arrachent ce qui passe à portée. Je me demande ce que ça fait d’être une chenille. D'être une étape, en transit, de se découvrir autre ensuite. De pouvoir se raser.

 

 

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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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