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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 08:00

 

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Pour ce  107ème défi, ABC nous invite à parler de : rien. Je me suis inspirée des paroles de « Shangaï Palace »,  une chanson (sortie en 1996), d’Isabelle Mayereau, artiste discrète que personnellement j’adore.

Elle jouait au mah-jong
Au Shangaï palace
Elle changeait de nom
Pas laisser de trace

Elle buvait du thé
Et des cocktails maudits
Se photographiait seule
Nappée dans la magie

Hong-Kong, Shangaï, 
Macao, Baie d´Along, 
Lisbonne, Coimbra, Venise

Elle explorait les villes
Les chemins indiscrets
Dévoilés au pencil
Sur du papier glacé

Elle aimait aussi
S´étirer au soleil
Sans le peignoir rayé
Marqué du nom de l´hôtel

Berlin, Amsterdam, 
Saint-Pétersbourg, 
Vienne, wagon 17, cabine 12

Elle posait ses empreintes
Sur les beaux cuirs usés
Des boudoirs demi-teintes
Le goût des voix feutrées

Quand loin lui faisait trop
Elle aimait revenir
Dans les jardins secrets
Cachés dans son cachemire

Dublin, Oslo, Stockolm, 
Moscou, Barcelone, 
Madrid, Munich, Rome

Les soirs de chair de poule
Elle glaçait l´Frascati
Elle voyait Istanbul
Un peu de Sainte-Sophie

Elle reprenait la route
En voiture et chauffeur
L´amour, il n´y a pas de doute, 
Ça lui faisait trop peur

Pera Palas Hôtel, Metropol Taj-Mahal, 
Savoy Ritz, Danieli Plaza, l´Oriental
Rambagh palace, le Continental.

 

Je trouve que ça illustre bien une certaine idée du « rien », lorsqu’une vie aisée et commode,  la facilité et l’argent n’apportent plus  ou peu d’exaltation. Les voyages ne sont que déplacements pour combler le vide, les hôtels des écrins, des fourreaux afin qu’aucun événement ou rencontre ne perturbe un état confortable et léthargique. On peut imaginer que ce « rien » est un choix de vie, un refus des souffrances et du risque. Ou la crainte d'une punition, d'un châtiment, cette femme se cache, se dérobe. C'est peut-être une espionne, une Mata Hari, une personne d’âge mur lassée du spectacle des humains… Observer le monde avant de s’y jeter, s’en détourner après y avoir goûté jusqu’à l’écoeurement…

Ce « rien » est mouvement, fuite, mise à distance. Avec mon imagination de midinette, j’invente de longues robes de mousseline, des chapeaux à larges bords, des châles, des boucles de cheveux  roux couvrant les épaules. Je crée un personnage évanescent et secret qui rend les hommes amoureux. Une sorte de Madone, une Zelda inaccessible, à moins qu’il ne s’agisse d’une jeune fille à la recherche d’un temps à venir et dont les fleurs ont fané.

Chaque fois que j’entends cette chanson, dans ma tête, je bâtis sur rien.

 

PS: j'ai bien un CD comportant cette chanson mais elle est introuvable sur le net!

 

 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 08:00

 

 

Jeudi en poésie chez les Croqueurs de mots. Sujet libre.

 

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Quand s’imposent de l’hiver, la rudesse, les morsures

Je sais que me suffisent, ainsi, paupières fermées

Des images incrustées, des fils blancs dans l’azur

Un de ces instants doux au cœur du plein été

 

 La caresse sur mes pieds, l’écume, le sable chaud

Les algues courent au loin, se couchent sous mes pas

Les yeux sur les mouvances et les reflets de l’eau

Je m’invente des îles, un paradis à moi

 

Or dans le ciel aussi les nuages s’évadent

S’éloignent avec eux les grosses pluies des tropiques

Un soleil implacable s’invite à la promenade

Et le vent en ami lui donne la réplique

 

Ils s’entortillent autour des côtes érodées

Et la plage blondit, une anse claire  protégée

Qui roule et s’épanouit au creux des alizées

Et maintient  tout décembre  dans  un rêve éveillé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 14:18

 

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Exercice proposé cet été par Michel sur le site de E-criture et  auquel je participe avec un peu de retard, et après une rentrée qui a démarré sur des chapeaux de roue mardi. Atterrissage depuis la Guadeloupe à sept heures et hop au boulot à quinze heures, avec six heures de décalage au compteur….

 

Pour cet exercice, il vous est demandé d'utiliser pour écrire un texte au moins dix mots parmi les quinze de la liste ci-dessous. Vous pouvez conjuguer les verbes, et utiliser le pluriel et le féminin si cela vous aide.

 

Entendre, possible, souple, lancer, fiable, début, tourner, source, matière, rapport, compagnon, oeil, beaucoup, événement, familier

 

 Je ne sais pas ce que vos YEUX voient, ce que vos oreilles ENTENDENT. Ce décor nous est tellement FAMILIER, que mon COMPAGNON et moi n’y trouvons plus MATIERE à nous extasier. Un ciel capricieux LANCE un arc  au loin dans la mer des Caraïbes. Il est fugace et si peu FIABLE, que nous lui TOURNONS le dos avec mépris. En quoi est-ce un EVENEMENT ?

Ah, ces vacanciers blêmes au DEBUT, et couverts de piqûres de moustiques, ont BEAUCOUP d’enthousiasme en débarquant de l’aéroport. Il faut supporter leurs exclamations. Le ciel est bleu, le temps au beau fixe, l’eau à vingt-neuf degrés… Et alors ! Ils viennent chauffer leurs articulations rouillées sur notre belle toile SOUPLE, sans aucune honte. Et plongent dans notre piscine le soir après de belles expéditions dans nos forêts tropicales comme pour se rafraîchir dans l’eau de nos SOURCES. Ces jours-là bien sûr, ils ne se sont pas vautrés au soleil, sur nos plages de sable blond ou noir et n’ont pas batifolé avec palmes, masques et tubas le long du rivage. 

A l’heure où le jour se lève, les grenouilles cessent de chanter et il n’y a personne. Pas un bruit si ce n’est le clapotis des vagues au loin. Est-ce POSSIBLE ! Goûter ce calme, ce silence sans RAPPORT avec l’hystérie des soirées d’été  parasitées par des gamins hurleurs, éclaboussant nos pieds de bois ou de plastique. Ah vivement que les cyclones s’installent, faisant fuir tous ces affreux. On nous abritera gentiment sous un carbet, d’où nous aurons droit à des vacances bien méritées! 

                                      

 

 

 

 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 10:00

 

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Un dimanche après-midi ensoleillé, plus que ça, un après-midi de canicule. Pas un souffle de vent, pas un chant d’oiseau, pas même un clapotis le long des berges. Je me demande ce qui me pousse à trottiner sous les saules tout en toisant ces villas présomptueuses qui paradent comme des stars au premier rang d’un défilé de mode. Ces dames ont même revêtu des lunettes noires afin d’assister au show en VIP. Incognito. Et leurs volets fermés abritent des mystères, des romances, des passions.

 

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J’ai le sentiment d’avancer dans la lumière et sur un drap de velours, des spots éblouissants sont braqués sur moi, à la fois pesants et libérateurs. Comme si j’étais à la fois portée et dirigée, priée de marcher droit, aérienne, flottante. Depuis l’autre berge, en face, on entend l’accordéon par intermittence. Le son ricoche sur l’eau en jouant avec les miroirs posés par endroits comme sur le sol d’une piste de danse.

 

20-janvier-2013 4422

 

J’évolue dans un couloir, altière, assurée, les bras légers, et je gonfle les poumons. Je suis libre. Les canards oublient de nager, des arbres rougissent, émus. Les pierres sur le chemin se couvrent de poudre de feuilles dorées et séchées, sur mon passage. Je me sens belle, je me sens Reine. Je suis Vedette sur le podium. Heureuse de vivre.

 

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ET JE SUIS EN VACANCES !  BISES A TOUS, A BIENTOT EN SEPTEMBRE. 

 

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 16:54

 

En suivant la consigne indiquée par Michel sur le site de E-criture :

Dix  mots,  vous sont proposés cette fois-ci, à vous de les utiliser tous, et si vous avez envie de placer un pluriel ou un féminin ici ou là, à votre guise. Le verbe peut bien sûr être conjugué.

Les mots à utiliser sont :

Vaste, objets, services, centre, grâce, continu, instantané, jour, miser, étrange

 

Tous les genres et styles littéraires sont bien sûr acceptés.

 

 

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Une matinée comme une autre dans Paris au mois d’août. Après les grosses chaleurs un petit vent frais et caressant s’enroule à  mes épaules tel un compagnon amoureux, après une longue absence. La ville est  ETRANGE,  alanguie au soleil, débarrassée du flot CONTINU des voitures. Je m’installe dans un café,  rue Jean Pierre Timbaud, et sitôt ma commande passée, j’observe le marronnier au dehors. Ses feuilles se balancent avec GRACE zébrant le plateau des tables placées contre la vitre.  A côté de moi, une vieille dame avale un croissant tout en contenant un chien, installé sur la banquette et MISANT sur un geste maladroit, une minute d’inattention. Un peu plus loin, des jeunes gens oublient le monde, focalisés sur leur tablette, seul CENTRE d’intérêt digne de ce nom. Et je goûte cet INSTANTANE pris dans une lumière pâle et poudrée, l’odeur du café, le tintement des verres, les voix nasillardes des chanteurs d’un groupe de rock. Au plafond, des boules de papier suspendues comme des OBJETS volants, sont les touches de couleur du décor jaune et ocre d'une matinées qui s’étale.  Je détaille l’immeuble juste devant moi, sa façade aux fenêtres étroites et aux persiennes coulissantes, quadrillant le JOUR. J’imagine de petites pièces étroites cachées derrière, des planchers en bois couinant sous les pas, des couloirs  serpentant comme des rubans, des murs en carton. Je me dis que les occupants rêvent de VASTES prairies ou de plages interminables, peut-être s’y prélassent-ils en ce moment. Ou alors s’ébrouent-ils entre les draps tièdes du lit, dans leur chambre confinée, un pli au coin des lèvres.

Je finis de déguster mon thé au citron, et retourne au garage. Un quart d’heure pour installer un autoradio, ça doit suffire, non ? Combien le mécanicien facturera-t-il ses SERVICES ? Peu importe, il m’a offert sans le savoir un supplément de bonheur, dans Paris, en technicolor. J’ai le sentiment de marcher dans le monde merveilleux d’Amélie Poulain.

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 21:21

Pour illustrer le sujet de la semaine chez Miletune

 

1075-12-Dubout-2

 

Je me demande si je ne vais pas procéder comme ça. Après le quinze août, je serai en vacances et vous, petits curieux tentés par les mots, aurez  malgré tout envie de stationner devant mon blog. Vous aurez l’air mauvais et la mine renfrognée, surtout si vous n’êtes pas, plus, ou pas encore batifolant au soleil. Ainsi armés, chapeautés et masqués vous me ferez virtuellement peur, et votre imper à la Bogart ne pourra pas me rassurer. Alors derrière mon clavier, je choisirai un brave gardien de la paix, très persuasif qui saura vous dissuader de fracturer ma banque à élucubrations bien retranchées derrières les vitres inviolables d’un système de sécurité dernier cri.  Planté  droit sur ses jambes comme un cowboy, mains sur les hanches et prompt à dégainer, il affichera une mine patibulaire sous un lorgnon digne de docteur Knock. Et si  rester ainsi à supporter mes délires vous chatouille, il saura vous gratouiller habilement et vous convaincre d’aller voir ailleurs… Et de revenir très bientôt, car je l’aurai aussi formé pour ça.  Faire peur, mais pas vraiment, pas tellement et surtout pas du tout. Alors s’il faut vous offrir une belle auto rutilante crachotant avec dignité, s’il faut entrouvrir les portes blindées de mon trésor aux idées, je ferai de mon mieux. Bien que née à Casablanca,  je ne suis pas Ingrid Bergman mais je trouverai le moyen de vous séduire autant que ces vieux polars en noir et blanc dont le temps n’altère pas la magie.

 

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 17:38

 

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Il avait promis le mariage et la sécurité, était arrivé de Paris en évoquant Tahar Ben Jelloul. Il avait appris à entourlouper ses mots avec du miel comme l’écrivain. Elle aurait dû se méfier. Il arrangeait des phrases comme elle préparait des gâteaux  poisseux et couverts de graines de sésame. Qui tiennent au corps et font grossir. En dix ans, elle était devenue une grosse fille, mariée à un pervers de Paris qui lui avait collé deux enfants pour l’engluer davantage. Elle, la jolie fille du bled aux longs cheveux soyeux.

Elle s’était dit, je quitte un trou et l’ennui qui va avec. A moi la liberté, je serai une dame,  j’aurai un toit et la sécurité sociale. Je n’irai plus chercher l’eau au puits, et je pourrai sortir seule hors de la maison. Pour le voile, je verrai, ce n’est pas un problème. L’important c’est d’exister en dehors du père, auprès d’un homme. Et puis là-bas, les hommes pensent autrement. Elle n’était pas rusée. S’il était venu la chercher au bled, c’était pour la mentalité. Pour l’obéissance, la soumission, la bouche qu’on ferme. Les filles de Paris, on ne peut pas les mater. Elles prennent exemple, elles sont françaises.

Il avait acheté l’appartement, elle n’avait rien eu à dire. Elle avait repris ses études et eu un enfant, une petite fille.  Elle avait un travail maintenant et tous les mois, elle lui donnait le chèque. Il laissait de quoi faire les courses chaque semaine.  Elle n’avait pas à émettre une opinion. Et quand elle s’y risquait malgré tout, c’était comme souffler dans la semoule. Ca dispersait des grains partout, il fallait nettoyer, c’était tout, elle s’offrait le luxe d’un surcroit de travail.  Si encore elle savait tenir son ménage ! Il la trouvait désordonnée, jetait ses chaussures, ses vêtements, les habits de l’enfant. Ca ne devait pas traîner comme ça partout. Sa mère lui donnait raison, oui mon chéri, habibi, tu as une mauvaise femme. Il revendit l’appartement car les charges du syndic devenaient trop lourdes.

Il acheta une maison, sans elle. Sans son avis à elle, sans que ça ait de l’importance. Elle ne comptait pas, elle était là pour la bouffe, le ménage et la baise. Ses parents étant au bled, elle n’avait personne sur qui se reposer. Alors elle fit un deuxième enfant, avec un peu de chance ce serait un garçon. Et peut-être que ça le calmerait. Ce fut un garçon, un beau petit garçon aux traits fins, aux grands yeux noirs. Et qui ne fit pas longtemps la fierté du père : on le diagnostiqua autiste l’année de ses trois ans.

Il la traita de bourrique, pourquoi avait-elle voulu un deuxième enfant ? Ce gosse, il en avait rien à f… Il le laissait crier et quand il l’appelait, papa, papa, il cognait dessus. Il cognait sur tout le monde d’ailleurs. Il se calmait après l’amour qu’il faisait, mal, car il faisait mal. C’était brutal, bestial, trivial. Après il s’endormait. Dans ces moments, on soufflait un peu, on avait la paix. Quand il partait en vacances, il emmenait la petite avec lui, au bord de la mer. Elle apprenait le bruit des vagues mais pas les éclats de rire. Elle apprenait le sable mouillé avec les pieds. Elle n’avait ni pelle, ni seau, ne construisait pas de château. Mais on avait la paix.

Elle proposa de divorcer à l’amiable. Il aurait fallu partager l’argent de la maison. Il entreprit des démarches, en douce, au bled où il ne possédait rien. Et mit la maison en vente. Elle ne le sut qu’au moment de la signature de l’acte.  Elle serait à la rue avec ses enfants, et alors ? Elle prit un avocat qui lui recommanda de ne pas signer. Les coups redoublèrent sur elle et sur la petite. Mais elle ne céda pas. Au point où elle en était, elle s’en fichait qu’on voit les bleus, les bosses. Pour la petite, elle fit constater les brutalités au commissariat. Ce fut long et pénible. Il y eut des pleurs, l’intervention des cousins, les témoignages des amis. La mairie lui obtint un logement. Et puis un jour ce fut terminé. Elle sortit du tunnel de l’enfer. La lumière au bout avait quelque chose de doux, tiède et liquide. Elle éprouva l’envie de se rouler dedans et de fermer les yeux. Elle avait du temps, des jours à venir, des jours avenir. Elle voulut comprendre et acheta « L’enfant de sable » et  « La nuit sacrée » de Tahar ben Jelloul. Ca parlait d’elle, de sa souffrance ; cet homme-là, avec son français si pur, avait tout deviné. Il était  différent de l’époux de France. Ses phrases avaient des mots brûlants qui parlaient vrai. C’était du miel cristallisé qui n’enrobait pas.  Il donnait des clés, il ouvrait des portes. De quoi reprendre sa vie en mains.

 

 

 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 11:25

 

Pour Michel sur le site de E-criture selon le thème : Chaleur

 

 

moiteur


C’est le soir, entre les murs étouffants de la chambre que je la ressens le plus. Comme si des vagues de canicule s’étaient accumulées toute la journée, constituant ce lourd édredon de plumes dans lequel on s’emmitoufle l’hiver,  et qu’on rejette sans état d’âme dès les premiers beaux jours.

Au sortir de la douche, la moiteur est déjà sur moi. Je me sens fraîche et propre, détendue, lavée d’une journée harassante, et déjà collante. Ma lampe de chevet fonctionne comme un radiateur, alors plongeant la pièce dans l’obscurité, j’attends que le sommeil vienne. J’ouvre un volet car  j'ai le sentiment d’expirer de l’oxygène comme les plantes. Mais cette trouée noire dont les yeux lumineux  scintillent au loin n’est même pas vivante. Pas un souffle, pas une brise. J’entends le miaulement long et insistant des chats de la rue, j’écoute gémir les heures. Un piano hulule dans la nuit, tantôt plaintif et pleurnichard, tantôt  enjoué, comme dans les romans de Carson Mac Cullers. Mais nous ne sommes pas en Géorgie, aucune voix grave, rayée et chaude ne  l’accompagne en célébrant le Sud. Je me poste à la fenêtre et tends les bras vers le gouffre humide qui me happe. Les arbres sont des paravents immobiles et font obstacle à la pluie qui se risque à trouer les nuages. Une odeur enivrante de braise  me monte aux narines, c’est la saison des barbecues et j’ai faim soudain. Les fortes chaleurs me coupent l’appétit, habituellement. Cette fois la nuit a un parfum de terre, de poussière et d’herbe mouillée et je salive. Mais je suis bien trop lasse et molle pour retourner dans la cuisine. Je m’allonge sur le lit et écarte le drap dont le contact sur ma peau est une torture. Je soupire, accablée par cette nuit qui ne se décide pas à fraîchir. Je sursaute et rallume la lampe précipitamment. Une coccinelle se promène sur ma main, confiante, puis  s’envole un peu plus loin sur le drap. De mon lit j’aperçois un réverbère dans la rue et la nuée d’insectes tournoyant autour. Un éclair zèbre le ciel, l’orage ne va pas tarder. En attendant je suffoque, et branche le ventilateur qui vrombit comme un petit avion. Je ne réussirai pas à dormir, au moins son haleine tiède  entretiendra-t-elle  ma torpeur.

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 20:35

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Pour Michel sur le site de E-criture, un texte avec pour incipit, l'interrogation suivante:

Se peut-il que ce soit mon rêve qui continue ?

Je ne m’attendais pas à le revoir et le temps avait glissé sur mes projets. J’avais enterré mon rêve d’avenir à ses côtés,  et découvert la vie. Mon parcours avait été lisse, de ceux qu’on bâtit sans se poser de questions, avec le sentiment d’accomplir ce qui tient à cœur, et donne à l’existence sa saveur. Mais je savais au fond, qu’il ne se passait rien. Rien ne vibrait, ne résonnait, ne me comblait réellement.

Ce fut un déclic, comme le pops d’un bouchon de champagne. Assister au remariage de ma meilleure amie semblait une promesse, quelque chose de nouveau était en marche. Comme si le passé allait soulever les barrières de l’ennui. Je déteste les mariages, trop de préparation, d’organisation, de monde à saluer. Trop de rêves à matérialiser. Mon amie rayonnait, elle virevoltait, consciente de son charme et de sa sensualité. Elle était heureuse, inutile d’afficher jeunesse, romantisme ou ingénuité. Elle aimait la fête et les invités  étaient venus pour s’amuser, avant tout. Son bonheur me faisait plaisir mais ne réussissait pas à me contaminer. Je n’étais pas vraiment avec elle. De légers frissons, agaçants comme les pattes d’une mouche me parcouraient  la peau. Car assis à trois rangs de moi, à la mairie, il y avait cet homme, fixant ma nuque. Je savais que c’était lui, surgi du passé comme si  cela faisait partie du protocole,  du déroulement implacable de la cérémonie. Pourtant, sa  présence avait quelque chose d’incongru ce jour, précisément. Je n’osais pas prononcer son prénom, même tout bas. Je m’étais retournée furtivement, avais  retrouvé cet air buté, ce regard clair, tour à tour fuyant et lancé dans ma direction, tel un glaive. Il avait souri, pas à moi, mais au vide. Puis il était sorti, alors que les flashes crépitaient sur les signatures des époux.

Il attendait dehors, sous la pluie, que déboulent chapeaux et costumes. Il avait tombé la cravate, comme on tombe un masque. Le vent soulevait ses cheveux qui commençaient à grisonner. Les traits de son visage étaient apaisés. Comme au poker  quand la partie touche à sa fin, il s’était découvert. Je réalisais que nous jouions un jeu tous les trois, lui, mon amie et moi. Il restait à abattre quelques cartes, à désigner un vainqueur. Tandis que je l’observais, interdite et perdue, la mariée s’avança vers moi, délaissant son époux un instant. De petites lucioles allumaient son regard, ses joues  étaient transparentes, finement rosies. Elle plaqua sa voix chaude et mouillée sur nous, comme un baiser :

-          Je savais que je ne m’étais pas trompée. Quand j’ai compris Olivier, j’ai préféré que nous divorcions et tu n’as pas vraiment discuté. Aujourd’hui je vous ai invités sans vous prévenir, l’un comme l’autre.  Sally et toi, ensemble, c’est ce qui peut arriver de mieux, non ?

Je ne pense pas que mon rêve continue, cela semble trop simple. Il a reparu furtivement puis il s’est arrêté. Je ne suis plus dans le rêve, mon existence a retrouvé de l’arôme et du goût. Ce n’est pas parfait, c’est beaucoup mieux que ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 18:06

 

Selon la consigne de Miletune d’insérer une ou plusieurs locutions (en majuscules chez moi), dans un  texte.

 

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Je viens de revoir « César et Rosalie » à la télé, lors de sa énième rediffusion. L’univers de Sautet est UN COUP DE POING chaque fois. Le quotidien,  des petits riens, pas grand-chose et pourtant, la vie se déroule comme un SERPENT DE MER. La mer  tient une grande place dans ce film, le vent, les GOUTTES d’eau salée et DE PLUIE, s’infiltrent et façonnent les paysages comme les personnages. C’est un peu observer le pare-brise d’une voiture, prise dans la tempête, aux essuie-glace malmenés comme ces sentiments qu’on affiche et qu’on balance tout au long du film.  Montand  au CARACTERE DE COCHON, magnifique, colossal, en fait des tonnes. Capable de confesser un CRIME DE SANG ou de passer la BROSSE A RELUIRE pour se faire aimer coûte que coûte d’une Romy-Rosalie pétillante, ensorcelante. Samy Frey, calme doux, amoureux, fuyant, mérite une paire de claques. Personnellement j’aurais bien versé du COULIS DE FRAMBOISE sur sa mèche impeccable de beau gosse, histoire de constater qu’il peut se départir de son flegme pour de bon.

Tous ces tronçons de vie apposés, profonds, ces réparties cinglantes formulées l’air de rien, échafaudent des existences en relief, comme UN BATON DE PELERIN trace la route de Saint Jacques, à chacun des pas du marcheur.

 

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