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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 23:34
AVATAR

 La semaine sainte. C’est le titre d’un roman d’Aragon. Peu aisé à la lecture, une foultitude de personnages, de descriptions de lieux, d’habits, importants les vêtements que portent nos élus,  de sentiments. Des questionnements sur soi, sur ce à quoi l’on croit. Est-on de la vieille garde, vénère-t-on la royauté poussive et maladive du vieux roi Louis XVIII. Espère-t-on le retour de l’Aigle Bonaparte? Raille-t-on le petit caporal? Vers qui vont les espoirs, pour qui vibre Paris ? L’un s’enfuit à la sauvette, l’autre se fait attendre. Les cent jours se précipitent. Et deux régimes sont à bout de souffle. Le récit d’Aragon fourmille d’anecdotes, d’habitudes, évoque les métiers d’autrefois, annonce une bouffée de modernisme.  Or nous sommes en 1815, durant la semaine des Rameaux…

Puisqu’il s’agit d’Aragon, l’allusion au communisme du 20ème siècle n’est pas loin. Porteuse d’espoir la Russie de Staline ? L’espoir, le renouveau en politique, les attentes d’un peuple, ses illusions, tout ça me parait contemporain. Très 21ème.  Nous vivons actuellement la désorganisation d’un monde, le rajeunissement des pensées. Pas de Roi, pas d’Empereur toutefois. A la tête du pays, c’est notre avatar que nous avons porté. Jeune, beau, enthousiaste, pressé, sûr de soi et conquérant. Sans titre ni particule. Et dont les ailes de cire doivent se préserver du soleil.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 11:27
Van gogh, amandier en fleurs

Van gogh, amandier en fleurs

Mon printemps est un peu celui de Van Gogh. Chlorophyllé, blanc et tarabiscoté dans un ciel azur. Aéré, léger il danse au soleil comme libéré, en apesanteur. Il s’étire et déroule les nœuds que l’hiver lui a tricotés. Il se croit éternel et promène sa beauté le long des allées, sème des parfums sur le chemin. Son mouvement est perpétuel et la course du vent dans les feuillages l’accélère. Il libère des pollens, inflige ses blessures en contrepartie à l’enchantement. Sous les marronniers le ciel se fendille, s’écarte, se replie. C’est un kaléidoscope à fixer sans modération, une hypnose bénéfique. Un remède absolu à la déprime. Un baume sur le cœur.

Van Gogh, marronniers en fleurs.

Van Gogh, marronniers en fleurs.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 22:22
EUROPEEN

On dirait qu’il est sorti de l’Europe. Lui aussi a choisi le break. On lui demande de se conformer à des règles, apporter sa contribution,  respecter des quotas. Et il n’a pas l’intention de  plier au risque de perdre une partie de ses avantages : ne plus avoir le droit  de se cacher,  plonger où et quand il le désire,  ne jamais disparaître.

Il se demande s’il ne va pas réellement faire bande à part, se désolidariser. Tous ces gens comptent tellement sur lui, dépendent de lui. Il est fier de les appuyer, de soutenir leurs projets. Mais il songe à se démarquer.

En ce moment il n’est pas franc. Il a choisi les nuages et se muche derrière.  Il s’est éloigné pour revenir, triomphant. Il ne s’est pas détaché, il ne fait pas bande à part. Il attend des jours meilleurs. Et se fiche de savoir s’ils doivent correspondre au printemps ou à l’été. L’Europe c’est son territoire comme l’Amérique et l’Asie. Il négocie avec chacun, et se met d’accord avec tous. Tout ce qui compte c’est d’être là.

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 08:00
PROMESSES

On en est là. Au milieu de rochers glissants, en plein soleil.  Les yeux grands ouverts,  à l’affût, les pattes en appui instable, on attend. Qu’on nous regarde et qu’on s’inquiète. Qu’on cesse de passer devant nous en s’exclamant. On nous demande de prendre la pose et d’écouter, pour la photo, pour les journaux. On est la foule conquise, on est « des voix ». On a de l’eau et de l’herbe, c’est essentiel. On est capable de survivre. On aimerait que l’ombre, la fraîcheur et les couleurs des jours heureux soient partagés, équitables .

On nous dessine tout ça, on nous appâte. De beaux discours, de jolies fables venant de gens qui suivent un chemin devant eux, de l’autre côté de nous. Qui offrent des fruits, des cacahuètes, des promesses. Alors dimanche prochain, quel que soit le résultat des élections, pensez d’abord à vous qui devrez composer avec…Tenez-vous prêts. Votre existence, c’est vous qui lui procurez ses nuances.

PROMESSES
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 08:00
PENCHE

Toute cette agitation, cette effervescence me font perdre pied. Je n'arrive pas à tenir droit sur mes racines. J' ai tendance à obliquer, à pivoter légèrement. Ou carrément. On dirait que le ciel pèse sur mes épaules, que je souhaite embrasser mon ombre. Le soleil brille, l'horizon semble limpide et pourtant je flanche. 

A quel moment ça a commencé? Dès ma naissance, à ma première pousse tordue dans le sol. Ils ont remarqué que je grandissais normalement, je m'épanouissais comme  n'importe quel feuillu. Mon tronc long et fin supportait les assauts du vent et l'inclination des branches. J'ai eu la chance ou le malheur de m'épanouir seul. Certains végétaux  n'ont pas toléré que je leur vole de l'espace, que je m'affaisse sur leur frondaison.

Je suis une curiosité, on me trouve beau. On n'imagine pas que je puisse être en danger ou que je  le représente. Je suis en terre de France, le sol est riche et m'offre tout ce dont j'ai besoin. Je crois être utile aussi, par ma chlorophylle, mon oxygène, mon habileté à jouer avec la lumière.

Ma différence est richesse. Accepteriez-vous de me scier à la base?

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 08:00
SUR LE TROTTOIR

En l’apercevant sur le trottoir ce dimanche 9 avril, jour de plein été, je  n’ai pas su quoi penser. Il était encore bien droit à défaut d’être bien vert. Il avait encore fière allure quoique sec et dégarni. Le printemps lui avait fait croire qu’il pouvait encore plaire, alors il s’est dit pourquoi pas…

Moi,  je me demandais pourquoi il avait du temps évité l’irréparable outrage. Miséricorde ou négligence ? Pitié, amour, clémence, charité, tentative d'expérience quant à sa longévité… A-t-il été l’objet d’un pari, d’une blague ? A-t-on souhaité que j’écrive à son sujet, que je le décrive ? S’est-on rappelé que Pâques approchait, que ça faisait désordre ? Aime-t-on l’odeur des aiguilles sèches et leur dispersion sur le sol d’un appartement ? Lui avait-on promis de  passer l’hiver au chaud ? L’a-t-on chassé comme un malpropre dès la levée d’interdiction de chasser les mauvais payeurs?

Et s’il était resté tout seul pendant qu’on s’amusait ailleurs depuis tout ce temps ? Et s’il veillait stoïque la dépouille d’un inconnu dont le sort n’inquiétait personne ? Hum… Et si c’était un original, une vedette, une star, un expert dans l’art de faire parler de soi. Objectif atteint!

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 08:00
GYMNASTIQUE

La compagne de mon fils est polonaise et parle l’anglais, l’italien, l’allemand et le français bien sûr,  en plus de sa langue maternelle. L’espagnol un peu, aussi. Elle dit  que ça n’est pas parfait, elle ne maîtrise pas tout, le français est bizarre, par exemple comment personne peut à la fois signifier quelqu’un et personne. Elle se débrouille plutôt bien. Dans son travail l’anglais est indispensable, pour les voyages… Eh bien mon fils la suit, elle assure !

Elle vit en France alors me dit-elle, j’ai besoin de me replonger dans ma langue maternelle,  sans gymnastique de l’esprit. De penser comme chez moi. Quand elle m’a montré ce livre, j’ai tout de suite pensé : « Ca me dit quelque chose ! ». Moi qui ne sais pas un mot de polonais à part « dzien dobre/ bonjour », j’ai reconnu « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » par le nom de son auteur dont ce fut le premier, et longtemps le seul livre.  J’en profite pour saluer « Ecureuil bleu » et son initiative du livre voyageur qui m’a fait découvrir Harper Lee.

Lire la traduction d'une oeuvre, c’est toujours périlleux car on crée ses propres images à partir de mots qui ne sont pas réellement ceux de l’auteur. L’idéal serait de pouvoir lire l’original et sa version. Ce qui n’est pas toujours possible, combien de français ont lu Tchekhov en russe dans le texte ? Etre capable de « Gymnastique de l’esprit » est un luxe dont on aime parfois s’affranchir. Il faut avouer que découvrir un auteur étranger dans sa propre langue c’est approcher la différence culturelle, et malgré ou a cause de cela, se laisser porter, sentir la magie opérer. Car un bon livre, même imparfaitement traduit, touche au coeur.

Bonne lecture Aleksandra !

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:00
88 ANS

Il m’a expliqué. Ce n’est pas si simple. Il est valide,  on lui a posé un stent cardiaque il y a quelques années.  Il n'avale qu'un comprimé anti-hypertenseur, voilà pour les médicaments. Il ne coûte pas cher à la sécurité sociale. Il est veuf depuis deux ans. La solitude, quand on a rencontré sa femme à 20 ans, c’est irracontable. Les autres s’affolent de ce que personne ne lui fait plus son ménage, son repassage, la cuisine. Lui aussi, un peu. En réalité, le ménage, le repassage, il laisse aller. Il est souvent dehors, il promène les veuves du quartier, celles de son âge, qui sont ravies de marcher avec lui. Car dans  le club, ce sont tous des jeunes de soixante ans. Ils refusent de se joindre aux vieux qui les ralentissent.

La cuisine, il s’en fiche aussi. Le visage aimant dans lequel il pouvait contempler ses propres rides, lire des souvenirs communs lui manque. Alors pour faire durer le repas et ne pas sombrer assis là comme un imbécile, il fait sa petite vaisselle entre chaque plat. Il ne regarde plus la télé qui était un prétexte pour échanger des idées, rire ensemble, s’exclamer, râler, se disputer. A quoi bon ! Il préfère la lecture. Mais on ne passe pas son temps à lire…

Les enfants l’entourent, ils sont très présents. Chaque week-end on l’invite, tantôt l’un, tantôt l’autre. On lui dit qu’il a de la chance, d’avoir de bons enfants,  d'avoir atteint un si bel âge, de garder sa tête, ses jambes, son rire, sa curiosité. Par pudeur, il n’a jamais évoqué l’amour. Mais il m'a avoué : « Je ne suis jamais réellement seul. Mais je ne suis pas heureux »

 

 

 

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 08:00
PRINTEMPS CRUEL

C’est presque le printemps, époque du renouveau de la nature, les cerisiers sont en fleur, les jours allongent entre grisaille et soleil pâle. Le fond de l’air est relativement doux. Les poussettes envahissent les trottoirs, des grand-mères au sourire plissé se penchent sur de petites frimousses aux joues rougies, portant bonnet.  Les parents fiers d’être parents pilotent de petites voitures sophistiquées aux formes arrondies, succombant à la mode et au progrès, dignes des 24 heures. On se toise, on se salue, se complimente sur la vie qui nous pousse irrémédiablement vers la sortie. A coup de chaussons roses ou bleus.

Mais je pense à ces femmes, de plus en plus nombreuses au comptoir et dont les ordonnances renouvelables à volonté préconisent Ovitrelle, Décapeptyl, Gonadotrophine et autre progestérone. Je pense aux espoirs, au découragement, à l’anxiété,  la rage que peuvent déclencher ces tentatives de grossesses. Ces calculs, ces ruses avec les horaires, ces  allées et venues entre hôpital, pharmacie, infirmières. La hantise du temps qui passe, la honte incontrôlable, la frustration qui s’emparent de ces femmes. La timidité, la culpabilité de coûter si cher à la sécurité sociale.  Je pense que le printemps est, dans leur cas, ressenti bien cruellement quand vient l’échec.

 

 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 08:00
désolée pour le boudin vert!

désolée pour le boudin vert!

On dirait que mars affolé déclenche la tempête. Trempé, battu, courbé, on souhaite que ça s’arrête. Le printemps délavé ajuste ses couleurs.  Violettes et genêts subsistent avec honneur.  La pluie jaunit les murs,  et blanchit les ardoises. Quand viendra donc le temps des mûres et des framboises ? Le ciel cale ses nuages  au-dessus de nos têtes. Ce qui motive sa rage ? L’hiver qui s’entête. La grisaille est pesante, dans la cour la pluie chante. Un boudin vert au loin, trottine sur l’asphalte. C’est le chien du voisin, son maître dit : stop, halte !  L’un en imperméable, l’autre sous un parapluie. Ils ont l’air adorable, ainsi bien à l’abri. Dans le jardin en face, volent des balançoires, comme des papillons aux ailes roses et noires. La ville est détrempée, et chuintent ses souliers.

Allons, pas déprime, ce n’est qu’une transition. C’est la saison qui frime, juste avant l’abandon. Les beaux jours qui piétinent, début de mois fanfaron.

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