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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 14:20

Il avait d’abord demandé que l’on réduise ses horaires. A dix huit mois de la retraite, il avait tous ses trimestres, alors il pouvait se permettre de lever le pied. Le mardi c’était bien, il avait cessé de travailler le mardi. Il avait repris la guitare, des répétitions, des spectacles pour les amis et la famille. Il avait rangé ses placards et ses armoires, s’était débarrassé du superflu. Il s’était allégé.

Il s’était laissé pousser les cheveux afin de retrouver ses années bohême, ses années yéyé, plaçant ses cheveux gris en un catogan. S'était mis à sortir, de musées en expositions, de salles de cinéma en représentations au théâtre. Il fréquentait les bals costumés, choisissant ses costumes avec délectation comme un  enfant. La retraite, ça se prépare, déclarait-il.

 

 LA-RETRAITE-A-62-ANS.jpg

 

 

 

Il perdit ses deux parents en peu de temps, réalisant que la vie est courte, il faut en profiter vite, là, de suite. Alors il souhaita réduire son emploi du temps, encore. Ce qui fut refusé. Soit il partait en préretraite, soit il travaillait. On ne pouvait à la fois le garder, et employer quelqu’un d’autre. Il en perdit l’appétit et le sourire. Il maigrit, son visage devint inexpressif, crayeux.  Comme chez un clown triste, on distinguait la bouche,  les yeux tombants, et les deux sillons encadrant le nez. Les rides avaient disparu comme liftées.

Il se prétendit malade durant quelques mois, puis la médecine du travail le convoqua. On somma la direction  d’aménager ses horaires, un moment. Mais quatre mois avant la date de sa retraite effective, il n’y tint plus. I l remit sa démission et l’obtint. Il était ravi, soulagé, apaisé. Les rides à son front reparurent, témoignage du temps parcouru jusque là, gage de celui qui restait à couvrir.

 

Il recommença de sortir, vendit la maison des parents, tondit le jardin de la belle-mère. S’occupa des impôts, fit des travaux dans sa maison de campagne. Puis il s’installa dans la routine, promenant son catogan de mousquetaire fatigué et sans panache.

Tous les après midi, vers quinze heures, on peut le croiser sur un banc du jardin public. Il s’ennuie.

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Published by mansfield - dans personnage singulier
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commentaires

Jeanne Fadosi 10/10/2011 17:50


Une vision bien désabusée ! Ca ne se prépare pas comme cela ! et il avait tenu tant de temps. Pour quoi cette hâte pour rien !


Nina Padilha 06/10/2011 15:03


C'est triste de ne pas avoir de rêves...


mansfield 06/10/2011 15:09



C'est vrai, triste de ne plus avoir de projet, d'envie,de besoin. Aujourd'hui la rtetraite n'est qu'une étape au cours de laquelle il faut aménager sa vie afin qu'elle demeure toujours source de
curiosité. Merci de cette visite sur ma page.



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  • : instants de grâce, parcours chahutés, affirmation de soi. J'aime saisir ces moments dans la vie qui font vibrer et se sentir vivant.
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