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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 17:33






                                                                   C’était pour moi le réveillon à ne pas rater. L’année 85 avait été un cauchemar. Nous l’avions commencé à deux, avec  tout plein de projets et je l’avais finie seule, une rame à la main et ma barque enlisée dans le sable. Les copines, celles qui m’avaient soutenue au début en avaient marre de ma tronche à la : you know what, i’m happy !

Donc, cette Saint Syvestre me promettait un tête à tête avec la télé qui diffusait un programme d’enfer du genre soirée au Crazy Horse. Pas de quoi émoustiller ma libido de fille un peu paumée et souquant dans les dunes. J’avais ramené un prospectus de la boulangerie, un de ceux qu’on attrape distraitement avec le pain et la monnaie et qu’on fourre dans sa poche.  De ceux qu’on lit tout aussi machinalement qu’on salut les voisins d’un bonjour, fait pas chaud aujourd’hui.

Et dessus il y avait des mots magiques : réveillon, soirée, tables par tranches d’âge, hôtel, salle des fêtes, covoiturage possible pour le retour. Je me suis inscrite sans réfléchir, je ne savais pas où ça avait lieu et j’ai payé la somme astronomique qu’on m’a réclamée.

 

J’ai cogité après. Ce que j’allais mettre, si je m’offrais le coiffeur, si je me perchais sur des talons, et quel rouge à mes lèvres et quel sac à mon bras et….

J’ai un peu rêvé du covoitureur, qui ne pouvait pas être une covoitureuse bien sûr. Avec tout ça, mon spleen avait disparu et mon ex s’était noyé dans un puits. Il faut dire qu’à force de pagayer dans le désert on tombe parfois sur une oasis.

Ce soir là, j’étais Gwyneth Paltrow dans une robe vert pomme et vaporeuse, partant pour arracher Brad des bras d’Angelina. Quoiqu’à l’époque on s’intéressait plutôt en France à Emmanuelle Béart et Daniel Auteuil. Mais bon, moi j’aurais pas escaladé l’Anapurna pour Daniel Auteuil.

 

Un type est venu me chercher sur mon lieu de travail. C’était rudement bien organisé. Mais il n’avait rien de folichon le covoitureur, ses premiers mots ont été pour me dire qu’il avait une gastro et venait d’avaler deux comprimés d’Imodium. Difficile de l’imaginer en séducteur.  En arrivant dans le hall de l’hôtel, on nous a offert les coktails de bienvenue. J’ai eu l’impression d’être au club Mé. Il ne manquait que les colliers de fleurs et Michel Blanc. Je me suis demandé si je n’allais pas filer en douce, mais j’avais claqué 500 francs. Ca stoppe la lâcheté, je vous assure. Et j’avoue que la salle toute bleue, façon nuit étoilée m’a plu tout de suite. Nous étions dix par table, avec nos noms devant nos assiettes comme en classe, pour que la maîtresse elle se rappelle.  Il y avait très peu de filles, deux trois, moi comprise, si je me  souviens… Autant dire qu’on nous avait attablées avec des loups de Tex Avery.  Evidemment, j’ai flashé tout de suite sur le garçon en face de  moi. Je voyais bien qu’il était un peu jeune, cinq ans plus jeune  que moi pour tout dire, un peu gauche, un peu maigre. Mais il était beau, si beau, tout brun, bouclé avec de magnifiques yeux bleus. Le défaut de ces soirées, mais est-ce un défaut, est de proposer des danses tout au long du repas. Alors soit tu t’empiffres pour avoir l’air occupée et ne pas tenir la chandelle, soit tu meurs de faim car les plats circulent pendant que tu danses. Moi, j’ai failli me payer une hypoglycémie, à roucouler dans les bras de Roméo. Surtout qu’il m’a draguée comme un  mufle et j’avais besoin de ça à l'époque. Je recherchais une distraction, pas un compagnon. Sa première question a été :

-         Ils sont comment tes yeux, parce que là dans le noir, je vois pas ?

D'accord il n'avait pas trop le choix. Mais qu'il m'ait abordée sans me regarder, sans m’observer, qu'il ait fait danser la première venue, quelque part c'était vexant. Et rassurant: celui-là, il ne me prendrait pas le chou. Il a très vite cherché à m’embrasser et ce fut divin. Et pour finir, après les confettis et le champagne des douze coups de minuit, après les slows jusqu’à plus soif et avant la soupe à l’oignon que nous avions tous deux refusé, il a demandé d’un air désinvolte :

-         Tu me donnes ton numéro de téléphone, je t’appellerai peut-être dans la semaine, qui sait…

Le lendemain, 2 janvier 86, il m’appelait. Les jours, les semaines, les mois, les années ont passé. Aujourd’hui, deux enfants et deux chats plus tard, nous nous apprêtons à fêter le nouvel an 2009. Cela fait  23 ans que ma barque désensablée a regagné la mer.

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Published by mansfield - dans ecriture de soi
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commentaires

isa 19/01/2009 08:05

Très romantique cette tranche de vie. Merci de l'avoir partagée avec nous

mansfield 20/01/2009 07:39


J'avoue que je me suis bien amusée à l'écrire au vu du chemin pacouru depuis.


nicole 01/01/2009 11:11

Je ne sais pas si l'histoire est vraie, mais la fin fait rêver. "...ma barque désensablée a regagné la mer", une belle façon d'écrire la réussite d'un couple.
Je te souhaite une très bonne année 2009

mansfield 01/01/2009 14:21


Histoire véridique et même pas enjolivée. Ce sont les commentaires qui embellissent mon récit. Bonne année à toi.


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