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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 10:00

J'ai repris un texte paru il y a quelques années dans la communauté "écriture ludique" avec des consignes d'écriture précises. Je trouvais qu'il se prêtait bien au casse-tête cette semaine chez Sherry: Portes et accessoires.

 

Il s'agit d'écrire à partir de l'image suivante avec la condition supplémentaire d'utiliser les 10 titres suivants, qui correspondent à des chansons de Michel Jonasz :

  1.                                                          
    Que feriez-vous devant ces deux portes ?
    Quelle histoire se trame derrière peut-être ?...
    A vous de le narrer...comme bon vous semble !
    A chaque saison qui passe                                                               
  2. C'est ça le blues
  3. Changez tout
  4. De l'amour qui s'évapore
  5. En v'la du slow en v'la
  6. J'veux pas qu'tu t'en ailles
  7. 25 piges dont 5 au cachot
  8. La vie sans mort
  9. Le cabaret tzigane
  10. Y a rien qui dure toujours

 

Ils sont entrés et se sont assis l’un en face de l’autre tout contre la vitre. Ainsi ils peuvent faire semblant. Etre ensemble et s’échapper. Affronter ce tourbillon dans leur tête. Le rendez-vous de la dernière chance. Ils entendent toutes les conversations, les sonneries de portable, les exclamations des voisins. On parle de détresse, de coup de poing, de dépression. Tout pour parfaire l’ambiance. Il a envie de bâcler, se débarrasser, partir. Elle souhaiterait comprendre, recommencer, bâtir. Supplier : j’veux pas qu’tu t’en ailles ! Il y a  des mots qui pourraient jaillir et qu’on ne veut pas prononcer. Des mots blessants de désamour, des mots criants, à toi pour toujours. Un rayon de soleil cogne au carreau et se blottit entre eux, ose une caresse sur leurs doigts gelés. Un pauvre signe de tendresse. Lui écarte la main, agacé. Elle retourne la sienne, paume ouverte et s’offre à la chaleur. Le garçon aimerait bien prendre la commande mais un mur impalpable le tient en respect. Un mur de rancoeurs, de mensonges, de trahisons. C’est de l’amour qui s’évapore, et paradoxalement peut-être, le seul moment où ils se sentent complices, elle et lui. C’est ça le blues. Ils ébauchent un sourire, un peu de l’un vers l’autre, un peu dans le vide. Ils s’amusent de l’embarras du serveur. Il est si jeune, que sait-il de l’amour ?

 

Une fille s’arrête devant eux, regarde le menu sur l’ardoise. Elle est belle, elle est rousse, elle est jeune. Est-ce qu’elle lui ressemble, la remplaçante. C’est quoi se faire plaquer pour une plus jeune quand on a trente ans. Et qu’il a trente ans. Il aime les gamines, celles de dix huit ans ? Ou alors il en veut une comme celle-là, vingt deux, vingt cinq piges dont cinq au cachot. Au cachot d’une vie sans lui, bien sûr, il est tellement merveilleux ! Dire qu’il y a tant de souvenirs à entasser dans un carton. Cold case, affaire classée.

La fille porte un blouson imitation peau de mouton, un jean trois quarts, qui s’arrête juste au-dessous du genou, et des chaussettes en dentelle, des petites ballerines de danseuse, style Repetto. Une femelette, un bout de femme, pour un homme pas tout à fait accompli, pour un fuyard. Elle n’arrive pas à se dire que c’est un connard.

Ils s’étaient connus au lycée, en face. Ces deux portes massives séparées par une colonne mais ouvrant sur une seule cour, bruyante. Deux sésames libérant leur flot d’élèves tapageurs et insouciants. Eux avaient appris à s’aimer quand l’amour se vivait sans projet, et qu’à chaque saison qui passe, ils s’étonnaient de durer. Aujourd’hui, lui vogue déjà vers d’autres horizons. Son portable sonne, il ne veut pas répondre devant elle. Il regarde la salle et les femmes aux autres tables. Elle ne  veut pas tourner la tête, elle sait. Il y a de l’électricité dans son regard d’homme, de l’insistance, du feu.  Elle a une boule au ventre, des mâchoires lui dévorent les intestins.

Il va hurler : changez tout, je veux la vie sans mort ! Sans toi. Elle n’aura pas la force d’entendre ça. Elle devine qu’il reviendra car il tente, c’est involontaire de l’apaiser. Une caresse sur sa joue, un geste en direction de sa cuisse.  Cet effleurement lui donne la nausée. C’est comme si elle avait avalé un poisson entier, gluant, gigotant. Elle esquive. Elle va se lever et le laisser là avec sa mauvaise foi et son égoïsme. Quand le temps des regrets viendra, il tentera de l’inviter dans le cabaret tzigane  où ils célébraient tous leurs anniversaires. Il sera trop tard.

Le serveur arrive, tout de noir vêtu, il est jeune, il sourit, il blague. Assurément, avec son cœur en clafoutis et ses yeux en marmelade elle lui plaît quand même. Alors elle se dit que tout n’est pas foutu, en v’la du slow en v’la. Si elle s’interdit de penser qu’y a rien qui dure toujours, peut-être qu’un autre saura.

 

 

 





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Published by mansfield - dans fiction
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commentaires

Coucou c'est l'ami "Gégouska" 22/04/2012 06:01

Bonjour je vies te souhaiter un bon dimanche gros bisous

mansfield 22/04/2012 15:23



Merci Gegouska, à bientôt



ecureuilbleu 20/04/2012 22:24

C'est une scène de rupture décrite à demi-mots. J'aime...

mansfield 21/04/2012 19:40



A bientôt chez toi, merci pour ton commentaire



catiechris 20/04/2012 15:50

Oui tout vient d'un choix et d'un chemin ... Très bien dit ainsi va la vie... Bon moi je reprends la porte ...

mansfield 20/04/2012 17:40



Je la ferme sans bruit derrière toi, jusqu'à ton prochain coup de sonnette!



fanfan 20/04/2012 14:18

Partir d'une porte pour faire une belle histoire , bravo!
Je n'ai pas encore fait le défi ;je manque de temps en ce moment!

mansfield 20/04/2012 17:38



Moi aussi, j'ai peu de temps, c'est pourquoi j'ai repensé à ce texte de 2008. Bien pratique! A bientôt.



Alice 20/04/2012 10:00

Les scènes dans un café t'inspirent rudement bien, les personnages sont vrais avec leurs sentiments opposés, cruauté d'une rupture, bravo pour cette verve si plaisante. C'est vrai que ces consignes
aident avec les contraintes. Belle journée

mansfield 20/04/2012 13:53



Merci Alice, à bientôt.



rosinda59 19/04/2012 20:09

tout simplement prodigieux : j'adore.
Bisous
régine

mansfield 20/04/2012 13:53



Merci Régine, à bientôt.



Renée 19/04/2012 15:23

hou la la quelle participation! Bises Bravo

mansfield 19/04/2012 16:14



Merci Renée, à bientôt sous ton soleil...



Mireille 19/04/2012 12:01

Bonjour Mansfield, quel beau texte j'adore ton article :)

mansfield 19/04/2012 16:17



Merci Mireille, j' ai ouvert mes yeux et mes oreilles, dans un café, et c'est parti... A bientôt.



danièle CHANEAC 19/04/2012 11:28

C'est impressionnant. Tout y est, même l'histoire ! Bravo.

mansfield 19/04/2012 16:14



Merci à vous, A très bientôt.



Littorine/Marie France 19/04/2012 10:18

Beau défi ! merci.

mansfield 19/04/2012 16:11



Merci de ton passage, à bientôt Marie France



Malika 18/04/2012 21:41

Joli. Bonne soirée.

mansfield 19/04/2012 16:10



merci Malika à bientôt chez toi.



cacao 18/04/2012 20:18

Bonsoir Mansfield. Très beau texte sur la rupture, belle analyse aussi. Tes personnages semblent vraiment vivants. Et bravo d'avoir réussi à caser les titres, avec beaucoup de doigté. La classe,
quoi ! Amitiés.

mansfield 19/04/2012 16:09



Merci, je fonds devant tant de compliments comme un beau morceau de .... chocolat! bises.



Josette 18/04/2012 19:25

comment ça une bombe anti puce pour ma p'tite puce Candice ?
;-))
bises

mansfield 19/04/2012 16:02



Je ne recommencerai plus, promis... Bise à  toi.



Kawan Nawak peintre 18/04/2012 17:53

Bel exercice de style. L'atmosphère est très bien rendue.

mansfield 19/04/2012 16:13



Merci à toi, je me suis installée dans un café et j'ai regardé les gens, dehors, et mes voisins, et je suis partie... dans mon histoire.



mim-nanou75.over-blog.com 18/04/2012 14:08

Bravo Mansfield, cet exercice est de main de maitre.

mansfield 18/04/2012 17:47



Merci à toi, j'avais adoré participer à ce type d'exercice, dommage que cette communauté n'existe plus sous cette forme! A bientôt.



lizagrèce 18/04/2012 10:18

Bravo ! tu as réussi à caser tous les titres !

mansfield 18/04/2012 17:38



merci Liza, comme je l'ai dit ce type d'exercice m'amusait beaucoup, dommage que ça ne se fasse plus.



jill-bill.over-blog.com 18/04/2012 10:06

Bonjour mansfield... Je suis entrée chez toi... par la news et ma foi jamais déçue, même si d'hier, tu as bien fait de le remettre pour Sherry et pour nous ! Tu t'en sors par la grande porte dans
cet imposé, merci ! jill

mansfield 18/04/2012 17:40



merci Jill, c'est toujours un plaisir d'avoir ton petit clin d'oeil



la chieuse76 11/11/2008 13:11

Rectification: je ne suis pas "enchanté" mais "enchantée"!:-)
Pauvre de moi, si mes élèves me lisaient!:-)

la chieuse76 11/11/2008 13:10

Je découvre ton blog avec ce texte, écrit sur la base d'un exercice que j'avais proposé et je suis plus qu'enchanté, vraiment sous le charme!
Il est...magistralement écrit, d'un bout à l'autre. Une atmosphère peu ordinaire et superbement décrite, suggérée...s'en dégage...un pur délice, merci!:-)

Flora

mansfield 11/11/2008 18:38


Bonjour,
Je suis ravie que mon texte t'ait plu, mais j'avoue que le sujet m'a très vite inspirée. Il n'y pas de bons textes sans sujet évocateur.
Merci encore.


chris spé 10/11/2008 15:57

un chouette exercice de style, rondement mené! ;-)... prends soin de toi. chris.

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